Archives par mot-clé : Documentaire

Mini-chroniques | Saucisse, patrimoine, rail et goodbye…

Quelques jours avant Noël, je vous propose une petite série de mini-chroniques, comme ça, sans prise de tête, juste histoire de se faire une petite synthèse de mes dernières lectures. J'ai lu beaucoup de choses mais pas forcément de quoi en faire une chronique intéressante... positive ou négative. Bref, rien qui me permettent d'argumenter un peu. Continuer la lecture de Mini-chroniques | Saucisse, patrimoine, rail et goodbye…

Chronique | Mur (Simone Bitton)

mur-simone-bitton2Une méditation cinématographique sur le conflit israélo-palestinien proposée par une réalisatrice qui brouille les pistes de la haine en affirmant sa double culture juive et arabe. Le film longe le tracé de séparation qui éventre l’un des paysages les plus chargés d’histoire du monde, emprisonnant les uns et enfermant les autres (synopsis producteur). Note de début de chronique : Voilà ça commence ! Je vous avais parlé de changement, le plus éclatant étant celui-ci : IDDBD parle cinéma. Écrire sur le cinéma, c'est une première pour moi alors soyez gentil de ne pas être trop exigeant sur la forme. Nous en reparlerons quand nous serons à plusieurs centaines de chroniques. Pour l'instant, il faudra se contenter de ça. mur-simone-bittonMur est un film documentaire mais le cinéma documentaire qu'est-ce que c'est ? Un reportage comme à la télé ? Non, pas vraiment. Ici, l'approche est celle d'un cinéaste, pas celle du journaliste. Si le journaliste démontre à coup d'interview, d'images d'archives, parfois de caméra cachée pour répondre à une question centrale, le cinéma documentaire (appelé aussi Cinéma du Réel ou Documentaire de création) est un regard posé à un instant T sur une situation. Bien souvent le déroulé du film suit la réalité et le réalisateur travaille "sans filet". Il filme sans savoir ce qui se passera : la réalité s'impose et le documentariste travaille avec cette matière brute pour en faire son œuvre. Simone Bitton est franco-israélienne et revendique sa double culture juive et arabe. L'idée de ce film est venu en 2002 quand à la télévision, le ministre Israéliens de la défense a présenté ce "mur" comme une solution aux problèmes de la violence. Il serait mal venue de na pas qualifier le film de Simone Bitton d’œuvre. Elle ne n'est pas seulement contenté de poser sa caméra et d'interviewer les gens. Son film est marqué par une recherche esthétique constante. Sur des musiques alliant tradition juive et arabe, de longs plans séquences montrent ce pays magique. Mais une image, symbole du film, frappe les esprits : un village sur les collines au loin, paysage magnifique et soudain des morceaux de mur qui se posent peu à peu, envahissant progressivement l'image jusqu'à remplir l'horizon de gris. C'est à la fois très simple et bien plus compliqué qu'il n'y paraît.
Simone-Bitton
La réalisatrice Simone Bitton
Outre ses longs plan séquence, la réalisatrice offre la parole aux gens du peuple. Scène ouverte, sans questions, juste une écoute de témoignages de ceux qu'on n'entend pas assez souvent. Ce ne sont pas des politiciens, ni des militants, juste des personnes comme vous et moi : habitants de Jérusalem ou de ses environs, psychiatre dans la bande de Gaza, ouvrier arabe du chantier de construction (notons l'ironie de la situation), habitant d'un kiboutz... israeliens et palestiniens mélangés. Ces personnes vivent le murs au quotidien, sa construction et les conséquences. Certains vivent près de ce mur, les autres le construisent, certains même l'ont pensé. Mais pas de discours extrémistes, simplement un constat :  l'inutilité de cette barrière. Le puzzle que forme ces témoignages est accablant. D'un côté, celui des juifs, on ressent cette peur constante de l'instabilité qui les pousse à chercher à se défendre jusqu'à s'enfermer et enfermer l'autre. On se prête alors à penser que la peur est bien mauvaise conseillère.  De l'autre, celui des arabes, on perçoit ce sentiment d'injustice et d'incompréhension quand le mur sépare les terres cultivées des cultivateurs, quand les personnes doivent parcourir plusieurs kilomètres à pied pour aller travailler, quand les citoyens israéliens n'ont plus le droit d'entrer dans les villages arabes. Chacun est sur ses gardes, chacun regarde l'autre et le dialogue semble presque impossible. Réalité du lieu, la plupart des témoignages se font en voix off. Peur de représailles ? Finalement, le film montre toute l'absurdité d'un tel choix. Poreuse, cette barrière l'est assurément. Elle n'empêche ni la peur, ni la frustration de passer. Seul le dialogue et la rencontre se meurent, emprisonnant les uns, enfermant les autres... Et la Paix dans tout ça ? Pour rebondir : comme la BD n'est jamais très loin je vous invite à découvrir l'album Faire le mur de Maximilien Le Roy (avec une préface de... Simone Bitton). Je laisse Mo' ,  ainsi que Lunch et Badelel vous en parler avec leur brio habituel. Vous pouvez également vous pencher sur la chronique d'IDDBD de Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins) de Sarah Glidden La Bande annonce
Mur, un film de Simone Bitton, 2004, 1h29min Festival de Cannes: Sélection officielle Quinzaine des Réalisateurs Festival International FIDMarseille: Grand Prix Festival de Sundance: Prix spécial du Jury Festival du Nouveau Cinema de Montréal: Prix ONF du Meilleur Documentaire

Info du jour | Sous les bulles

Est-ce que ça vous dirait de soutenir l'édition d'un documentaire sur la bande dessinée ? Proposition étrange mais bien réelle faite par la réalisatrice Maiana Bidegain sur un site consacré. Dans Sous les bulles, l'autre visage de la bande dessinée, elle veut nous montrer la partie cachée de l'iceberg. Qui se cache derrière les planches, les bulles et les piles de livres dans nos librairies ? L'envers du décor est-il aussi magique que l'on imagine ? Bref, une enquête en profondeur chez les auteurs de bande dessinée. Maiana Bidegain a choisi d'interviewer un certain nombre d'acteur de la chaîne du livre : des auteurs (Fabien Velhman, Joel Callède, Marko), des libraires et grands distributeurs, des éditeurs (Delcourt, Dargaud, Les Requins Marteaux...), des critiques (Gilles Ratier, Frédéric Vidal...) et tiens, même des lecteurs ! Bon, je ne vais pas être rancunier mais on ne trouve visiblement pas de bibliothécaires. A croire que nous ne sommes pas des acteurs de la chaîne du livre... Hum, hum...  Rendez-vous sur ce site pour apporter votre soutien.

Le temps des siestes (Beaulieu)

Une mèche brune tombe sur ses yeux. Elle nous regarde, belle et troublante. Vêtue d’un manteau d’hiver, son silence nous parle. Elle semble avoir des choses à raconter, des secrets à révéler. Cette pin-up sage résume assez bien l’esprit du Temps des Siestes, recueil de dessins de Jimmy Beaulieu. Directement issus des nombreux carnets de l’auteur, ces dessins sont une parade de jeunes femmes dénudées. Elles sont belles et coquines ces femmes aux rondeurs non photoshopés ! En positions suggestives bien souvent entre femmes ou dans des attitudes du quotidien, ces jolies créatures de papier possèdent un grand pouvoir érotique.  Car ici, la présence de l'homme est rare. Comme un message de la part de ce dessinateur : beauté est un mot féminin. Ce recueil constitue un vrai voyage graphique dans l’univers de Jimmy Beaulieu. En variant ses techniques, ses cadrages ou ses sujets – ces femmes sont rarement identiques -, ils démontrent toutes ses qualités de dessinateur. Exercice de style, le recueil d’illustration permet de découvrir les auteurs de bandes dessinées sans le poids, parfois lourd, de l’histoire. Quoi que... Seules des légendes viennent troubler le silence des illustrations. Constituées de quelques mots, parfois de simples phrases ou de textes plus longs, elles entrent en écho avec les portraits de ses femmes et forment finalement une sorte de récit, un lien inconscient entre le lecteur et l'artiste, une pérégrination anodine ou le plaisir est d’apprécier le dessin pour lui-même. Un petit bonheur de fin gourmet ouvert à toutes les interprétations. Comme il l’explique lui-même dans son introduction, Jimmy Beaulieu voit dans ses carnets l’essence même de son travail d’artiste. Ses albums deviennent des éléments connexes. En relisant Le temps des siestes et Comédie sentimentale pornographique, on sent que ces deux livres se répondent. Quand le personnage principal de Comédie Sentimentale pornographique évoque ses carnets de dessins, il apparaît même un lien extrêmement troublant. Avec le Temps des siestes, Jimmy Beaulieu nous offre une œuvre simple et riche où désir et érotisme sont les maîtres-mots. On retrouve surtout le plaisir de l’évocation de la sensualité loin des clichés de la pornographie. Un très joli livre. Je remercie les impressions nouvelles pour ce partenariat. A découvrir : la fiche album sur le site des Impressions nouvelles (ou vous pourrez lire les premières pages) A lire : la chronique de Mo' (qui a toujours un temps d'avance sur moi en ce moment ^^ )
Le temps des siestes Textes et dessins : Jimmy Beaulieu Éditions : Les Impressions nouvelles, 2012 (17,50€) Public : Adulte Pour les bibliothécaires : un très beau recueil de dessins. Genre pas assez représenté dans nos collections à mon goût.

Chronique | Traits Résistants

traitsresistantsEditions Libel (2011)
De Marouf, sorte de Thierry la Fronde anti-allemand, à l’anthropomorphisme de La Bête est morte, de Coq Hardi au Téméraire, de Vaillant à Pif Gadget, des petits formats conservés à la Bibliothèque de Lyon aux histoires complètes, des petits traits tirés sur le passé à la loi sur les publications à destination de la jeunesse de 1949 ; plus de 70 ans après la débâcle française de 1940, des historiens, des journalistes mais aussi des professionnels des musées et des bibliothécaires se sont penchés sur la Résistance dans la bande dessinée. De ce travail commun est né à la fois une exposition, fruit de la collaboration entre le Musée de la Résistance Nationale (MRN) et le Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon, et cet élégant recueil de textes. Longtemps considérée comme de la sous-littérature, le 9e art a souvent démontré toutes ses qualités en matière de communication. De nos jours, c’est l’aspect publicitaire qui vient immédiatement à l’esprit. Les amateurs de Gaston Lagaffe se souviendront longtemps des publicités pour des orangeades, le bus, les appareils photos ou, plus noblement, l’UNICEF. Mais c’est oublier un peu vite l’époque pas si éloignée de l’utilisation de la bande dessinée comme outil de propagande politique. Et sur ce point, la France des années 40 et plus tard celle de la reconstruction ont été des époques particulièrement exemplaires. Outil capable de synthétiser texte et dessin, de s’adresser aux marges les moins instruites de la population, la bande dessinée – mais il n’est pas le seul média -  a fait l’objet d’un traitement bien particulier dont les conséquences ont longtemps résonné dans le paysage éditorial de la seconde moitié du 20e siècle. Ce recueil est surtout intéressant pour son approche historique. Ainsi, on découvre comment la loi sur les publications destinées à la jeunesse (1949) a freiné le développement d’une bande dessinée se démarquant du simple public enfantin. On voit la naissance et la mort des revues de publication, l’évolution notable de Vaillant vers Pif, les petites magouilles qui ont permis à certains journaux et auteurs (et non des moindres car dans le lot nous avons quand même le papa de la ligne claire) de faire oublier leurs petites collaborations ou de se garantir des livraisons de papier (denrée rare dans l’après-guerre). On découvre les journaux résistants et les collaborateurs (parfois changeant au cours du temps), les grandes figures comme Marijac et les premiers films d’animations européens (belges). On voit comment chaque camp a tenté de forger les esprits à coup de caricatures et de grandes figures tutélaires puis comment on a essayé de faire croire à une France unie contre l’ennemi durant l’occupation. On y voit l’omniprésence de la résistance puis son oubli avant un renouveau édulcoré. Bref, à travers ce livre, c’est non seulement l’image des partisans mais aussi celle de toute une société, une nouvelle société née des décombres de la guerre. A l’image de la France (et de la Belgique), la bande dessinée se relève et les cartes sont redistribuées.bêteestmorte Mais les auteurs de Traits Résistants ne se sont pas simplement contentés d’évoquer le passé, ils ont tissé des  nombreux liens avec une création contemporaine qu’ils citent assez régulièrement (Gibrat notamment). Un chapitre spécial est même consacré au travail de Stéphane Levallois autour de l’album La Résistance du Sanglier contant la vie de son grand-père résistant. Un chapitre montrant toute l’importance du devoir de mémoire. On peut également y découvrir les œuvres des auteurs invités à travailler sur le sujet pour l’exposition. En tant que bibliothécaire, j’ai également beaucoup apprécié le texte de Henri Champanhet consacré au dépôt légal et la conservation des petits formats à la Bibliothèque Municipale de Lyon… mais bon là, c’est un peu subjectif. Pour conclure, Traits Résistants est un très beau travail d’érudition qui saura passionner les plus férus d’histoire de la bande dessinée. Pour les autres, la lecture pourrait être un peu plus complexe même si les nombreux chapitres abordent des thèmes pouvant être lus pour eux-mêmes. De plus, il est important de souligner la très grande qualité d’édition de l’ouvrage, ce qui facilite grandement sa lecture. Je remercie les Agents littéraires et les éditions Libel pour cette découverte.

Chronique | Village Toxique

village_toxique_bd_jarry_otto_TScénario Grégory Jarry Dessins Otto T. Editions FLBLB & Le Nombril du monde (2010) Public : Adultes Pour les bibliothécaires : Une bonne acquisition. Dans la lignée de leurs albums précédents (13€)

Il ne faut prendre les gens pour des c... (mais il ne faut pas oublier qu'ils le sont)*

En 1987, l’état français avait sélectionné d’un commun accord avec lui-même 4 sous-sols afin d’accueillir les déchets nucléaires (et juste un peu radioactifs) générés par les centrales nucléaires. Comme par hasard - ce petit malin faisant toujours bien les choses - ces 4 régions étaient plutôt du genre rurales, en théorie pas trop habituées au grand charabia politico-financier… pour ainsi dire des péquenots. Oui mais, comment dire ? Il y eu comme un caillou dans le chabichou pour les grands penseurs technocrates. Dans les Deux-Sèvres – et les autres départements d'ailleurs – les « paysans » n’étaient pas tout à fait prêt à se laisser faire. Et c’est ainsi que la lutte commença…village_toxique_bd_jarry_otto_T_1 Nous avions quitté Grégory Jarry et Otto T. après La Conquête de Mars, une réécriture ucrhonique de l’histoire où les nazis partaient vers la planète rouge. Avant cela, nous les avions découverts avec une ré-interprétation tout aussi comique de la Petite histoire du Grand Texas. Aujourd’hui, c’est toujours avec un style et un humour propre à leur duo que nous les retrouvons dans un livre à mi-chemin entre la pochade grinçante et le documentaire cynique… Grégory Jarry et Otto T. jouent toujours sur ce décalage constant entre un petit texte court, documenté, descriptif, quasi-journalistique (le narrateur de Village Toxique est Yves Mourrousi c’est dire !) et ce dessin dynamique, réduit à la portion congrue (des ronds, quelques traits par-ci par-là) mais toujours très expressif.  On pourrait se dire : « oui bon maintenant on connaît ça va hein ! » et bien non ! Ca marche toujours. Plus on avance dans le récit, plus les textes deviennent précis et plus les dessins partent en vrille. Ce fossé est le moteur de cet humour à part. Mais il ne faut pas s’y tromper car sous un masque bon enfant, cet album aborde des thèmes dépassant l’histoire principale. Village Toxique est un livre politique, au sens le plus noble du terme, sur des notions comme l’engagement, le respect de l’autre, l’écoute, le partage, le devoir citoyen. Cette histoire d’éleveur de chèvres (ou de petits ouvriers) s’élevant contre les plus hautes autorités de l’Etat a des airs de Robin des Bois. Il faut l’avouer on aime bien prendre le parti du soi-disant plus faible. Cependant, cet album se veut engagé ET didactique. Ici, les traits d’humour ne sont jamais gratuits et les flèches font mouche mais elles sont surtout décochés avec le travail documentaire et le talent nécessaire pour toucher la cible. Au bout du compte, même si parfois c’est un peu jaune on sourit beaucoup et on s’attache à ces gens comme s’ils étaient nos voisins (surtout que pour ma part c’était le cas). Bref, encore une fois, les deux lascars des éditions FLBLB ont réussi leur coup : mettre le doigt sur une histoire qui a fait mal aux uns (les politiques) et montrer la grande solidarité des autres. Seul bémol, le nouveau format « album classique » que je trouve moins pertinent que leur petit format à l’italienne. Mais peu importe, en format à l’italienne, en classique, sur des pages des 3x3m ou sur écran, nous vous conseillons de lire ce très bon album. Un album rappelant aussi que la lutte pour vivre librement dans un monde sain n'est jamais terminée. A découvrir : le site des éditions FLBLB (retrouvez les dates de dédicaces) A découvrir : le spectacle du conteur Nicolas Bonneau tiré de cette histoire A lire : la page consacrée au livre sur le site de Sortir du nucléaire A lire : la chronique de Sceneario.com ps : le titre est une citation tirée d'un sketch des Inconnus (on a les références qu'on peut, hein !)

Chronique de vacances #18 : Eisner vs Miller

L'info du jour L'été est aussi une saison propice à la navigation... non seulement sur les eaux bleues et chaudes de la Méditerranée (encore !) mais aussi sur le web. Et là, patatras, j'échoue sur le site des éditions Rackham pour y découvrir (tardivement : honte à moi !) qu'était sorti, le 25 juin dernier (ça va, je n'ai qu'un mois de retard...) un monument documentaire : le compte-rendu, par le journaliste Charles Brownstein, d'un entretien informel entre deux papes de la BD américaine, j'ai nommé Will Eisner et Frank Miller ! Je ne l'ai pas encore lu mais évidemment je cours le chercher... A lire : le pitch de l'ouvrage, tiré du site des éditions Rackham...

"Mai 2002, dans la chaleur étouffante de Floride, Frank Miller rend visite à Will Eisner dans sa maison de Tamarac.  Sirotant un verre au bord de la piscine, ils parlent boutique, comme les deux vieux amis qu’ils sont. La soirée s'avance et les langues de nos deux compères se délient, et fort  heureusement,  le journaliste Charles Brownstein qui est présent enregistre cette longue conversation faite de coups de gueule, d'éclats de rire, de constats, d'échange. De ces bandes est né Eisner/Miller, chassé-croisé de questions et de réponses autour du neuvième art, et ce de la part de deux géants de la bande dessinée internationale. Tour à tour, les deux auteurs abordent les problèmes formels et conceptuels, l’impact de la bande dessinée sur la société, les problèmes éditoriaux, la censure. Ils nous donnent à voir avec un oeil neuf, non seulement leur propre œuvre mais aussi tout le panorama créatif mondial. En traitant tous ces thèmes, Will Eisner analyse sans ambages son expérience passée, ses succès comme ses désillusions, l’évolution de l’art séquentiel et le développement du roman graphique dont il a été un des protagonistes majeur tandis que Frank Miller se retourne sur les influences les plus marquantes que les grands anciens de la bande dessinée ont pu avoir sur lui et son travail , et se penche sur les dernières évolutions du medium et notamment les étroites relations qu’il entretient avec des industries comme celle du cinéma.

L’admirable travail d'édition réalisé par Brownstein, l'organisation de  l’ouvrage par chapitres thématiques, en rend la lecture encore plus passionnante. Eisner/Miller capture dès les premières pages l’attention du lecteur et ne manque pas d’intéresser non seulement les admirateurs de ces deux géants de la bande dessinée mais aussi tous ceux qui s’intéressent de près à la vie et l’évolution du medium. Ce livre a remporté un franc succès de public aux Etats-Unis ainsi qu'en Italie.

L’édition française, illustrée par de nombreux dessins et photographies (dont certaines inédites) a été enrichie des notes donnant au lecteur européen quelques éclaircissements sur les aspects moins connus du panorama créatif américain."

Loisel, dans l’ombre de Peter Pan : entretiens

(Christelle Pissavy-Yvernault, Vents d’Ouest) Que ce livre est splendide ! Une fois n’est pas coutume, IDDBD vous présente non pas un album mais un documentaire sur la BD. Et pas n’importe lequel ! Un documentaire sur le créateur de La Quête de l’oiseau du temps. Avec la série Peter Pan, Loisel a signé l’une des plus belles adaptations littéraires en bande dessinée. Cet univers onirique, ces personnages haut en couleur, ce scénario imprévisible faisaient reprendre vie au monde de J.Barry. A travers l’entretien réalisé par Christelle Pissavy-Yvernault, on découvre l’envers du décor : analyse des albums, dessins inédits, points de vue de Loisel sur ses personnages, hommages d’autres dessinateurs et surtout, surtout des illustrations magnifiques tout au long de ce livre de qualité. Un très bon et beau livre pour prolonger la lecture des 6 tomes de Peter Pan. A lire : l’avis de Sceneario.com A lire : l’entretien de Loisel avec le magazine Lire pour la sortie du 6e et dernier album A découvrir : le site de Régis Loisel A découvrir : le mini-site consacré à Peter Pan Info du jour : oh la bonne nouvelle ! Nous vous avions parlé de Comme un lundi de James, un très bon album. Et bien voici que James remet ça ! Et cette fois avec la Tête X, son fidèle compagnon ! L’annonce a été faite sur son blog il y a seulement quelques jours. Pour une bonne nouvelle, c’est une bonne nouvelle ! Désolé, quelques problèmes techniques et des raisons professionnelles ne m'ont pas permis de faire des mises à jour cette semaine. J'ai quelques chroniques sous la main tout de même... Elles arrivent bientôt !

Les mauvaises gens

(scénario et dessin d'Etienne Davodeau, éditions Delcourt) Lorsqu'on lit de la BD, il y a des petits instants de bonheur comme ça où l'on se sent un peu plus intelligent, un peu mieux informé, un peu plus conscient des choses après que l'on ait tourné la dernière page. C'est ce qui arrive à la lecture de l'album Les mauvaises gens  - Une histoire de militants d'Etienne Davodeau. Cette BD est un véritable acte militant, une sorte d'électrochoc édifiant à une époque où, paradoxalement, le syndicalisme ne signifie plus grand chose pour la majorité des gens (et des jeunes en particulier) alors même que les droits des travailleurs (au sens large du terme) ne cessent d'être remis en cause et "précarisés"... Continuer la lecture de Les mauvaises gens