Archives du mot-clé Dargaud

pendant-que-le-roi-de-prusse-couv

Chronique | Pendant que le roi de Prusse faisait la guerre, qui donc lui reprisait ses chaussettes ? (Zidrou & Roger)

Catherine a 72 ans, elle est veuve. Elle vit avec son fils, Michel, 43 ans, handicapé suite à un accident de voiture. La vie d’avant, Catherine y pense de temps en temps mais cela fait si longtemps. Au fil de ces petites histoires du quotidien, nous découvrons une héroïne, une vraie, de celle qu’on ne trouve pas dans les livres… Continuer la lecture

mayuko_couv_bandeau

Chronique | Les monstres de Mayuko (Marie Caillou)

mayuko_couv_bandeauMayuko s’amuse à lancer des boules de neiges sur des statues représentant un Renard et un Tanuki, deux esprits du bestiaire fantastique japonais. Alors que sa mère vient de la coucher, un étrange personnage l’entraine avec lui. C’est le début de l’Odyssée dans le monde des esprits pour la petite fille. Un conte graphique étrange et pénétrant à la croisée de plusieurs univers.     

Le retour du lapin blanc

Comment ne pas penser à Alice au pays des merveilles en parcourant l’œuvre de Marie Caillou ? Même esprit fantasque, même plongée dans un univers à la fois absurde et contrôlé, même surprise à chaque coin de page. Mayuko suit le Kitsune dans un couloir et nous voici dans le terrier du lapin blanc. Un lapin blanc qui s’avère être un renard asiatique aussi malin que son voisin européen mais bien plus fourbe… et capables de métamorphoses !mayuko-detail

Dans cet album où rien n’est à sa place, tout est un fou comme ces « monstres », les fameux Yokaï japonais, qui parcourent ses pages. On trouve pêle-mêle quelques éléments les plus fameux de ce bestiaire fantastique :  Kitsune et Tanuki alcoolique qui se chamaillent, Tengu joyeux et volant au long nez, Kappa attirant les humains au fond de l’eau et j’en passe… Ils sont nombreux à croiser le chemin de la petite fille et à tenter de l’attirer dans leurs pièges. Bien plus amoral que l’œuvre de Lewis Caroll, on ne sait jamais vraiment où et quand la petite fille va atterrir.mayuko_marie-caillou

Marie Caillou semble parfaitement maîtriser son sujet et savoir où son récit porte son héroïne. Les références à la littérature fantastique japonaise sont nombreuses, parfois même un peu trop, au risque de perdre le lecteur un peu profane. Sans être un spécialiste, les Yokaï est un sujet qui m’intéresse depuis ma découverte du travail de Miyazaki et la lecture de Shigeru Mizuki, grand spécialiste du genre en manga. Pourtant,  il m’a semblé très souvent passer à côté de certaines choses. Juste ce qu’il faut pour attiser ma curiosité. Bon, il faut juste cultiver un peu plus son jardin.

Un voyage graphique détonnant

Vu son thème, le dessin de Marie Caillou est fortement inspiré par la tradition graphique japonaise. On semble percevoir les anciennes estampes et les couleurs dominantes rouges, noir et bleu nuit renvoient à un univers très asiatique.mayuko-1

Cependant, son dessin ne se perd jamais dans les références, on retrouve ce ton particulier qui fait sa marque de fabrique. Si je n’ai pas particulièrement aimé son album précédent, La Chair de l’Araignée (scénario Hubert) j’avais été marqué par son dessin numérique qui, avec ses aplats de couleurs directes, ce trait fin presque chirurgical donne une ambiance particulière à ses histoires. Il évoque très bien le décalage, le malaise, la rêverie et convient donc parfaitement à cette histoire surprenante. Si les tenants de la tradition pensent que le numérique affadie le caractère du dessinateur, Marie Caillou démontre le contraire. Nous sommes par exemple bien loin du travail numérique de Morphine (je vais encore me faire un copain tiens !). Là, on ne peut qu’apprécier le caractère de ce graphisme tant il présente un vrai apport dans le récit.

Marie Caillou nous propose donc un voyage dans des mondes bien différents. Un voyage littéraire entre réalité et fantastique, un voyage graphique entre monde asiatique et occidental, voyage technique entre tradition japonaise et univers numérique. Bref, un album qui vous surprendra de la première à la dernière page. A découvrir !

PS : Merci à Lisa pour le prêt, un peu longuet certes, mais je travaille à réduire ma PAL (qui a bien grossi avec Angoulême).

A lire : la chronique de Choco, de Paka la chronique de Tristan chez B&O

mayuko_couvLes monstres de Mayuko (one-shot)
Scénario et dessins de Marie Caillou
Editions : Dargaud, 2012 (19,99€)

Public : Ado-Adultes
Pour les bibliothécaires : Un très bon livre… un lien intéressant entre bd asiatique et européenne

 

 

paul-atargull

Les Incomparables #1 | Paul VS Atar Gull

Voici quelques temps déjà que cette idée me trotte dans la tête. Oh, rien de bien révolutionnaire : parler d’une BD non pas à partir de son histoire mais d’un de ses personnages. Chose étrange, la semaine dernière j’ai été incapable de rédiger un billet digne de ce nom sur l’excellentissime série des Paul du québécois Michel Rabagliati. Cette semaine, suite à des discussions intéressantes sur le blog de Mo’, je voulais parler d’Atar Gull, album qui ne m’a pas du tout enthousiasmé. Pareil ! Impossible de rédiger quelques choses de cohérents. Après avoir écrit deux pages sans queue ni tête, j’ai laissé tomber, un peu intrigué par ces deux échecs similaires sur des albums pourtant très différents.

Justement, ils sont différents, aucun points communs…

Et si c’était  ça la clef ?

Et si, pour rire, nous convoquions ces deux personnages de fiction pour une confrontation ? Qu’est-ce que ça donnerai comme chronique au final ? Alors juste pour s’amuser, je vous présente le premier (et peut-être l’unique) duel de cette nouvelle catégorie d’IDDBD : les incomparables !

A ma gauche : Paul. Québécois de Montréal né dans les années 60. Alter-ego de papier de son créateur, le très sympathique Michel Rabbagliatti. Paul, c’est 6 albums qui racontent une vie : la sienne. Paul est un genre de M. Jean  sans le côté parisien énervant. Son travail : graphiste, maquettiste, illustrateur. Il vit avec Lucie, sa très intelligente compagne et sa fille, Rose. Paul a de la famille, des amis, des emmerdes aussi. Bien entendu ce héros a de nombreux défauts mais aussi de grandes qualités dont les principales sont l’ouverture d’esprit et la dose d’autodérision qui manque à la plupart d’entre nous. Qualités qui lui permettent de prendre la vie comme elle vient, avec ses bons et ses mauvais côtés, sans s’illusionner sur ce qu’il est… ou n’est pas. Il a quelques regrets mais finalement, Paul est un humaniste qui s’ignore. J’exagère, c’est une personne simple qui sait faire attention aux autres.

A ma droite : Atar Gull. Prince d’une tribu africaine devenu esclave, donné comme cadeau à la fille d’un planteur. A la mort de son père, il n’a qu’un but… La vengeance ! Atar est né de la plume d’Eugène Sue au 19e siècle mais c’est Fabien Nury, nouveau scénariste hype de la BD franco-belge, qui l’a fait revivre sous le dessin de Bruno (Biotope, Michel Swing). Sous ses airs de statues, il est presque impossible de comprendre ce que ressent ce personnage singulier. Est-il simplement mué par la haine ou ressent-il véritablement les choses ? Qui est ce personnage, un fou dangereux, un tueur psychopathe incapable d’empathie ? Personnage dérangeant, impénétrable comme cette armure graphique qui l’entoure constamment. Seul son némesis, un dénommé Brulart, pirate et assassin de son état, semble percer à jour cet étrange personnage. A la fois terrifiant et froid, un robot avant l’heure.

A ma description, ces deux personnages sont différents autant sur le fond que la forme. Pourtant, en y réfléchissant un peu… Bon côté graphisme, pas de doute. Celui de Paul est influencé par la BD ligne claire des années 70-80, avec des traits caricaturaux pour les personnages mais plus de détails dans les décors. Globalement ça reste quand même très simple. Atar Gull en revanche dispose d’influences artistiques variées et fortement marquées par l’art africain. Ce personnage de golem sombre au trait si particulier rappelle les œuvres d’art premier. Cependant, le choix des couleurs l’entourant me semble si saugrenue qu’à la lecture je pensais sans cesse : « mais pourquoi diable a-t-il colorisé cet album ? ».

Au-delà de l’aspect graphique, ces personnages semblent toutefois partager quelque chose d’indéfinissable. Déjà, étant tous les deux les héros éponymes de leurs aventures, leurs histoires respectives reposent sur la réussite ou non de leur personnalité, de leur présence et leur charisme de « héros » de bande dessinée. Bien entendu, il est plus facile pour moi de se retrouver dans le personnage du québécois. Après tout, j’ai plus de chance d’être Paul qu’un prince esclave. Cependant, comme pour les univers imaginaires qui ne sont que des terreaux pour raconter des histoires, ça n’empêche pas l’ennui. Ce qui est intéressant dans le personnage de Michel Rabagliati, c’est sa faculté à se livrer sans ambages, sans se cacher ni prendre des chemins de traverse. Il montre, donne et reçoit avec la même intensité, n’élude aucun thème (même la mort comme dans Paul à Québec). L’auteur québécois se situe à la fois dans la ligne d’un Harvey Pekar par rapport au côté autobiographique de son œuvre mais aussi en rupture par son approche très positive. L’un est américain l’autre québécois, je ne sais pas si ça joue. En tout cas, Paul donne vraiment envie de traverser l’Atlantique à la nage, la rame et autres moyens plus ou moins rapides histoire de balancer quelque « hostie de calices » et autres « Tabernac ». Bref, lisez Paul et soyez heureux.

A l’inverse, alors qu’on cherche à me faire ressentir avec force la violence, le dégoût ou la compassion, on me livre un personnage déshumanisé comme Atar Gull. Comment puis-je adhérer au propos ? C’est pour moi un véritable frein qui me fait préférer – et de très loin – le personnage du pirate bien plus poétique et romantique que le héros principal. Hormis le fait que l’histoire soit plutôt bâclée sur la fin, il me semble quand même important dans un récit de ce genre qu’il puisse y avoir une accroche avec le héros. Rappelez-vous le Comte de Monte-Christo, l’un des plus grands récits de vengeance jamais écrit ! Atar Gull subit, puis agit comme un golem. Jamais il ne semble ressentir quoique ce soit. Il m’est donc impossible d’entrer confortablement dans cette histoire et d’être dérangé par quoique ce soit.

Voici donc le résultat de cette comparaison d’incomparable. Pourquoi j’aime Paul ? Parce qu’il est humain. Pourquoi je n’aime pas Atar Gull ? Parce qu’il ne l’est pas du tout. Pourtant ces deux personnages, par leur style de récit, sont des porteurs de vie, de sens, de ressenti. Si l’un m’entraîne, l’autre me laisse à quai.

Merci à vous d’avoir subi ce test dont l’intérêt est sans aucun doute discutable. Tiens et bien discutons-en justement !

Paul (7 volumes)
scénario et dessins : Michel Rabagliati
Éditions : La Pastèque
Public : Pour tous
Pour les bibliothécaires : indispensables, surtout Paul en appartement, Paul à la pêche & Paul à Québec.

Atar Gull (one-shot)
scénario : Fabien Nury d’après le roman d’Eugène Sue
dessins : Bruno
Editions : Dargaud
Public : Adulte
Pour les bibliothécaires : Gros buzz cette année (sélectionné à Angoulême, comme Paul d’ailleurs) mais je demande à voir sur la durée. Pas certains que cet album vieillisse très bien.

corbac

Dimanche KBD : L’histoire du corbac aux baskets

Vous avez aimé la chronique d’IDDBD sur L’histoire du corbac aux baskets ? Alors voici du rab’ avec la synthèse de KBD. De quoi vous replongez dans le récit farfelu et poétique de Fred. Un des chefs d’oeuvre de la bande dessinée des années 90, justement récompensés par le prix du meilleur album 1994.

Au passage, nous accueillons 2 petits nouveaux dans l’équipe : David Fournol et Mr Zombi. Bienvenus à eux ! Rappelez-vous, nous sommes toujours prêt à accueillir des petits nouveaux.

Pour retrouver l’équipe de KDB et Armand Corbakobasket, c’est ici.

Et pour la chronique d’IDDBD, c’est là.

A la semaine prochaine pour la dernière du mois consacré aux fauves d’or.

histoire_du_corbac_aux_baskets

Chronique | L’histoire du Corbac aux baskets

Un jour, le docteur Verlecorbo, pyschiatre, voit sonner à sa porte un étrange individu. Armand Corbackobasket a un problème. Il y a encore quelques mois, il était un homme comme vous et moi. Aujourd’hui il est couvert de plumes et ressemble à un corbeau. En fait, il est un corbeau. Mais le plus grave, ce qui ne pardonne pas, la chose la plus inimaginable possible, c’est qu’il porte des baskets !

Un conteur de l’universel

Dans la bande dessinée contemporaine, nous avons des formidables auteurs, des gens capables de nous  emmener dans leur univers, de nous émouvoir, de nous faire rire aux larmes et parfois même de  changer notre vision de la vie. Ce média et ses auteurs sont capables des mêmes petits miracles que les plus grandes œuvres d’art.

Pourtant, peu d’auteurs sont véritablement des conteurs comme Fred. Oui, je fais une différence entre un conteur et un raconteur. Fondamentalement, ils créent des histoires tous les deux, c’est vrai. Cependant, quand le second fait appel à notre raison et notre culture, le premier tire sur la bobinette de l’enfance, joue avec nos sens premiers.

Avec Fred, lire une histoire est comme jouer aux billes ou à la marelle, il y a à première vue une joie innocente et une absence de raisonnement qui en devient presque extraordinaire. Une innocence que l’on retrouve dans les deux personnages principaux de cette histoire, le psy comme Armand. Ici, nous sommes tout simplement portés par une espèce de magie informe, une auto-dérision constante qui nous fait perdre nos repères et qui ne lâche pas jusqu’aux dernières pages… et un peu après.

Un capharnaüm organisé

Mais comment fait-il ? Les magiciens partagent assez peu leurs secrets, nous ne pouvons qu’entr’apercevoir ce qu’ils daignent nous laisser. Qu’est-ce qui frapppe chez l’ami Fred ? Décrire son dessin est compliqué car c’est une espèce de joyeuses fêtes de soirées entre un Reiser et un Gébé (dont il fut acolyte chez Hara-Kiri) avec un Jean-Jacques Sempé venu par hasard parce qu’il a vu de la lumière. Tout cela donne un trait à la fois souple et précis, à la fois caricatural et réaliste. Mais son dessin fourmille avant tout de mille détails qui feront sourire les lecteurs les plus attentifs. Résultat, des planches graphiquement très fournies.

Des planches fournies aussi par une écriture omniprésente. Éléments graphiques au même titre que les dessins, ces bulles jouent sur le rythme de la lecture. Ainsi, on passe de très longs récits de la part du corbeau à des dialogues très courts et dynamiques. En fait, l’esprit des textes de Fred peut tout à fait être comparé à celui d’un Raymond Devos. On y retrouve la même recherche du plaisir du bon mot, de la plaisanterie suspendue sous les jeux de langage. Il y a comme un élan d’insouciance, d’une profonde légèreté teinté d’un bon brin d’anarchie.

Rire pour pleurer, pleurer pour rire

Et pourtant, sous cette étonnante légèreté, L’histoire du corbac aux baskets aborde des thèmes très lourds : xénophobie, culte de l’apparence, traditionalisme à outrance, folie…  Des thèmes qui sont encore (et même encore plus) d’actualité aujourd’hui. Mais pour éviter d’en pleurer, Fred décide de jouer sur la métaphore en faisant de « l’étranger » un corbeau rejeté sous un prétexte fallacieux : les indécentes (et bien pratiques) baskets ! Entre crises sociales et préjugées, Fred dresse un catalogue des situations et des phrases classiques de l’hypocrisie et du racisme ambiant. Quelques chansons de Zebda nous reviennent alors en tête. A la fois dérangeant par sa simple présence, unique détenteur de l’atteinte à la bonne morale et boucs émissaires évident,  rien ne sera épargné au pauvre Armand. Il est à son tour l’étranger, l’artiste, le jeune, le pauvre, le fou… Mais je ne vais rien vous dévoiler, sinon que les surprises et les rebondissements cocasses seront au rendez-vous sous l’égide de ce docteur étrange qui pratique une psychiatrie fredienne.

Vous l’aurez compris, je vous invite avec insistance à découvrir Fred, auteur majeur des années 80/90, malheureusement un peu oublié depuis l’avènement de la Nouvelle BD. Mais que ce soit avec L’histoire du Corbac au basket, L’histoire du conteur électrique, le Magic Palace Hotêl, Le Petit Cirque ou Philémon, lire les œuvres de cet auteur à la fois tendre et cruel est un rafraichissement total, un bonheur pour nos cerveaux englués de réalité visqueuse.  Par le biais du rire, Fred dénonce les travers de nos sociétés avec la grâce des artistes du bon mot. Car, il y a tout un plaisir de l’écriture, une volonté de montrer que la bande dessinée est avant tout un art narratif avant d’être un art uniquement graphique. Un chef d’œuvre couronné à juste titre par le Prix du meilleur album 1994.

scénario et dessin de Fred
Editions : Dargaud (1993)
Public : Ado-Adultes
Pour le bibliothécaires : si vous ne l’avez pas déjà c’est que vous avez un souci… Grand classique et prix d’Angoulême 1994

A lire : Fred, sa vie son œuvre sur wikipédia
A découvrir : une présentation de la série Philémon
A voir : la présentation de la retrospective Fred
A lire : La chronique de l’album dans la bodoïthèque

 

Chronique | Murena

Scénario de  Jean Dufaux
Dessin de Philippe Delaby
Editions Dargaud
Série en cours (8 publiés à ce jour)
Public : ado-adultes

Ma (pauvre) culture latine a évidemment débuté par le très classique cursus… des aventures d’Asterix le Gaulois ! Outre les très nombreuses citations latines, notamment énoncées par le second du bateau pirate, j’ai pu ainsi en apprendre un peu plus sur la vie du premier César (certes, à quelques approximations près…). Bon, j’ai encore un peu patiné avec Alix et son Jules (mais non, je ne parle pas d’Enak…). Mais il restait onze autres César à découvrir, comme me le disait encore récemment Suétone ! Bien entendu, j’aurai pu vous parler d’Auguste, de Tibère ou, mieux, de Caligula, mais bon… enfin bref… J’ai choisi de passer directement à Claude et, surtout, Néron avec la superbe série de Dufaux et Delaby.

Lucius Murena, qui a donné son nom à la série, est un  jeune patricien romain que la proximité du pouvoir impérial va mener du Mont Palatin aux bouges des rives du Tibre. Cette descente aux enfers est donc  l’occasion pour nous de découvrir la Rome des règnes de Claude et de Néron. Et il faut bien reconnaître (à ma grande honte) que j’en ai plus appris au cours des huits tomes de Murena que sur les bancs de l’école ! D’autant que les auteurs ont eu l’excellente idée d’ajouter, à la fin des albums, quelques notes fort instructives qui éclairent les citations, événements et situations de l’intrigue.

Mais je rassure les indécrottables cancres (auxquels je m’associe avec jubilation), Murena n’est pas qu’une longue leçon d’histoire latine. C’est surtout une suite d’aventures palpitantes. Alors je sais bien que je vous l’ai déjà vendu le truc des rebondissements, des coups de théâtre, et tout le toutim… Au cas particulier, pour une fois, vous ne serez pas déçus ! Personnellement, j’ai englouti les huits tomes de Murena à la vitesse d’un char lancé au galop autour de l’arène ! Il est vrai que la Rome antique reste certainement la capitale historique et internationnale des violents coups tordus, de la corruption généralisée au plus haut niveau de l’Etat, des cruelles intrigues, j’en passe et des meilleures. Autant dire que pour un scénariste de BD, c’est de l’or en barre (seule notre vieille Vème République pourrait rivaliser dans ce domaine…). D’ailleurs Dufaux ne s’est pas privé de saisir toutes les opportunités que lui offrait ce cadre ! Quant à Delaby, son superbe dessin sait mettre en valeur toute la beauté et la majesté de Rome, sans oublier les aspects moins nobles des coulisses impériales… L’ensemble donne une série à mon sens incontournable pour tous les bédéphiles avertis, qu’ils soient amoureux de la culture classique ou fans de péplums hollywoodiens (ou les deux !)…

A lire : l’excellente chronique (« y a pas photo ! » comme le dirait le Professeur Sintès…) du site http://cewcalo.over-blog.com/article-bd-murena-43732125.html

A voir : un résumé de la conférence « Néron en BD » à la Sorbonne

A découvrir : la bibliographie « BD » sur le thème « Au temps de Rome et de l’Empire romain » proposée par le site BD-Thèque

Blueberry Origins…

La jeunesse de Blueberry (scénario de Jean-Michel Charlier, dessin de Jean Giraud, éditions Dargaud ; scénario de François Corteggiani, dessin de Colin Wilson et Michel Blanc-Dumont, éditions Novedi, Alpen Publishers et Dargaud)

Wahou ! Comment prétendre que l’on est fan de BD western sans avoir chroniqué, en quatre ans, les aventures du Lieutenant Blueberry ? Impensable ! Heureusement, voilà la faute réparée ! Bien entendu, j’aurai pu commencer par la série principale consacrée à Blueberry, la première que Jean-Michel Charlier ait scénarisée et que Jean Giraud ait mise en image dès 1963 dans le magasine Pilote… J’aurai pu, certes (et cela viendra en son temps, croyez-moi…). Mais autant commencer « historiquement » par le commencement, et découvrir comment le jeune Mike Donovan, fils d’un planteur du Sud, est devenu – en 1861 – Mike Steve « Blueberry », clairon d’un régiment de cavalerie de l’Armée Fédérée.

D’autant que ces premières aventures (imaginée dès 1968 et « albumisées » à partir de 1975) ne constituent pas un gadget superfétatoire. Elles éclairent vraiment le caractère et les ressorts intimes du lieutenant le plus insolent et indiscipliné de la cavalerie américaine. Dans La jeunesse de Blueberry, on découvre également que notre héros a toujours eu une propension marquée pour se retrouver impliqué dans des situations toutes plus compliquées et dangereuses les unes que les autres. On peut dire que les meurtres crapuleux, les chasses à l’homme épuisantes, les missions suicides, les quiproquo intenables et les haines tenaces pleuvent autours de Mike S. Blueberry comme les balles de revolver à OK Corral ! Pour vous forger un caractère, ça, ça vous forge un caractère !

Et autant avouer que notre plaisir de lecteur est proportionnel aux ennuis (pour rester poli) que rencontre Blueberry… qui est exactement le même plaisir que l’on éprouve lorsqu’on s’offre un bon film de western de la période classique (John Ford et consorts). Mais attention, si vous retrouverez bien entendu dans La jeunesse de Blueberry (comme dans les trois autres séries, du reste) tous les poncifs du genre, il faut reconnaître que l’approche de Jean-Michel Charlier était remarquablement novatrice à l’époque (1968). La complexité croissante de Blueberry tranche avec les postures relativement caricaturales des héros de far-west de l’époque, sans parler de ses rapports avec les minorités ethniques.

Bref, si vous aimez le western classique mais jamais mièvre, cette série est faite pour vous, d’autant qu’elle a l’autre avantage d’introduire la mythique série Lieutenant Blueberry qui est encore (à mon goût) un cran au-dessus !

A lire : la page Facebook de La jeunesse de Blueberry (et devenir fan !)

Pour aller un peu plus loin : « Le western dans la bande dessinée européenne » par Gilles Ciment

Attention : cette chronique s’inscrit dans le Challenge BD lancé par Mr ZOMBI et auquel participe IDDBD !

Explosion artistique

Blast T.1 Grasse carcasse (scénario et dessins de Manu Larcenet, Dargaud)

Avant de commencer à écrire cette chronique je me suis dit : est-ce vraiment la peine de parler de Blast ? L’un des albums qui a sans doute eu la plus grosse couverture médiatique de l’année 2009 (mais quand même moins que le « machin » gaulois) ? Doit-on ajouter notre pierre à la muraille de la critique/chronique bédéphile ? Et puis je me suis souvenu de la devise IDDBDéiennes, « Chroniquois ce qu’il te plaira » (ou un truc du genre je me souviens plus bien) en me disant que les ayatollahs de la bonne morale cyberBD, auquel nous avons déjà eu à faire il y a quelques temps, nous traiterais encore de vendus à la gloire de l’anti-édition-alternative. Mais, en faisant fis de ces imbéciles, BD alternative ou pas,  j’ai aimé cet album. Et c’est bien la seule réponse intéressante.

Si ces derniers mois, vous avez vécu dans une bulle (jeu de mot foireux nous voilà) alors je vous fais un petit topo sur l’histoire. Dans un commissariat de police, un homme est interrogé par deux policiers. Il a fait quelque chose de grave. Quoi ? On le devine rapidement mais la question est surtout de savoir pourquoi. Et justement, les policiers et le lecteur sont là pour écouter l’histoire de Polza, écrivain/chroniqueur gastronomique, qui du jour au lendemain a choisi de devenir clochard. Et pour comprendre ce personnage difforme d’obésité, il faudra prendre son temps et s’armer de patience.

Je ne connais pas personnellement Manu Larcenet. Je l’ai vu et entendu à Angoulême lors d’une très intéressante rencontre  avec Gotlib, lu pas mal de ses albums (de Dupuis à Fluide en passant par les Rêveurs et Dargaud), ainsi que son blog et différentes interviews, et enfin parcouru ses réactions souvent orageuses sur les forums. Je peux donc effleurer la possibilité de penser connaître un minimum l’artiste. Et Blast est l’album d’un Larcenet qu’inconsciemment (ou pas) je souhaitais voir apparaître un jour. Il pouvait le faire, oui, mais… Avait-il la possibilité de passer outre les angoisses et l’extrême sensibilité que l’on ressent chez l’homme derrière l’auteur de BD ?

Bien sûr, j’aurais beau jeu de faire une post-analyse des albums précédents : remontant à Presque, faisant référence au Combat ordinaire, à La Ligne de front, invoquant les forces obscures du graphisme et la noirceur des scénarii….Pfffff !!!! Je n’ai rien vu venir oui !!!! Je laisse les prédictions aux prétentieux et les analyses aux laborantines. Car du début à la fin de ce premier volume, j’ai été surpris. Surpris par un Larcenet lâchant complètement les chevaux de sa créativité. Si on retrouve ses thèmes de prédilection (l’image du père, la condition sociale, le rapport au monde…), le  graphisme sombre de l’album frappe et peut tout à fait calmer les ardeurs des habitués du gentil Larcenet du Retour à la Terre (avec le génialissime Jean-Yves Ferri).  Mais dans Blast, même les quelques traits de couleurs ne sont pas là pour rassurer. Au contraire, il participe à cette folie sous-jacente, à cette différence, à cette volonté de s’affranchir, tout comme le héros s’affranchit de son corps pour voir son esprit s’envoler et ressentir le monde. J’aime particulièrement le passage de la première nuit de Polza dans la forêt où, couché par terre, il perçoit pour la première fois la présence des insectes et des animaux de la nuit. Tout est là, dans cette scène. Les descriptions narratives et graphiques sont précises, détaillées, justes. Car incontestablement, Larcenet n’est pas qu’un dessinateur. C’est également un formidable écrivain. Il n’aimera peut-être pas ce terme (sous réserve qu’il lise un jour cette chronique) mais c’est le seul que j’ai trouvé. Manu Larcenet est l’un de ces auteurs de BD capable de poser admirablement les mots puis de se taire, laissant leurs dessins parler pour eux. L’écriture est belle sans être complexe et le dessin est accompli. J’ai ressenti dans Blast une espèce de sérénité chez l’artiste, une plénitude peut-être.

Bien entendu, certains m’accuseront de fanatisme, trouvant dans mes propos un manque de nuance. Pourtant, je reste critique vis-à-vis de certains de ses derniers albums (les très décevants « Les aventures rocambolesques… » ou même le dernier Combat Ordinaire qui m’a laissé une impression bizarre). Et c’est vrai, nous n’avons ici que la première partie d’un triptyque. Attendons la suite. Mais après tout peu importe. Avec ce premier volume de Blast, Manu Larcenet entre dans une autre sphère, celle des très grands auteurs. Et j’en suis très heureux pour lui… et très égoïstement, pour nous aussi.

A voir : la bande annonce

Il était une fois Les révolutions

Le retour à la terre - Tome 5 : Les révolutions (scénario de Jean-Yves Ferri, dessin de Manu Larcenet, éditions Dargaud, 2008)

C’est l’hiver. Dehors, le temps paraît gelé et figé comme la végétation environnante. A l’intérieur, c’est un bon feu de cheminée, un fauteuil confortable et un tas de BD fraîchement sorties des étals qui m’attendent. Dans le tas, le cinquième tome de la série Le retour à la terre et sa belle couverture bleue sur laquelle Larssinet (le double « bédé » de Manu…), sa compagne Mariette, et sa fille Capucine volent, accrochés à un parapluie, sous le regard bienveillant de l’Hermite.

C’est cela Le retour à la terre, des scénettes et des tableaux pleins de poésie douce, décalée, parfois surréaliste, où l’on retrouve les personnages que l’on a découvert et aimé tout au long des quatre premiers tomes, de Monsieur Henri à la Mortemont. Sans oublier l’épicier et le maire, qui assurent dans Les révolutions, une bonne partie de l’animation aux Ravenelles, entre élections muncipales, connivences avec la grande distribution, magouilles et intimidation des électeurs… Et croyez-moi, lorsque vous habitez vous-même un petit village, la ressemblance avec des faits et des personnages existants est tellement troublante que l’on ne peut s’empêcher de faire des parallèles…

Mais c’est aussi cela qui nous touche dans Le retour à la terre : chacun de nous peut s’y retrouver, au détours d’une situation, d’une expression ou d’un détail dans ces histoires d’anciens urbains confrontés au monde parfois (souvent ?) déroutant. Et ça marche ! Quant aux situations les plus invraisemblables, elles ne nous rendent les personnages, petits ou grands, que plus attachants. Décidément, si ce cinquième tome ne révolutionne pas la série, il l’a poursuit admirablement.

Ah ! Dernier message pour M. Ferri : continuez à scénariser Le retour à la terre, mais… oubliez l’héroïc fantasy gothique noire ! 

On peut toucher sans risque…

Miss pas touche - Tome 3 : Le prince charmant (scénario Hubert, dessins Kerascoët, éditions Dargaud, collection Poisson Pilote, Septembre 2008)

Le troisième tome de la magnifique série Miss Pas Touche sort aujourd’hui et je ne résiste pas à l’envie de vous le conseiller chaudement. Si vous avez lu les deux précédentes chroniques d’IDDBD (celle du 18 juin 2006 et celle du 10 mars 2007), vous savez à quel point nous sommes fans des aventures de Blanche, cette jeune fille qui se retrouve dans un bordel du Paris du début du XXème siècle… mais pour la bonne cause puisqu’il s’agissait pour elle de retrouver l’assassin de sa soeur !

Les deux premiers tomes constituent le premier volet des aventures de Blanche (qui finit par retrouver l’assassin, je vous rassure...). Ce troisième opus ouvre de nouveaux horizons à la belle Miss Pas Touche (son nom de « scène ») : réussira-t-elle à quitter le Pompadour, trouvera-t-elle (enfin) l’amour entre les bras de ce jeune homme blond qui a tout l’air d’un Prince Charmant, mais que se trame-t-il réellement derrière tout ça ?

Vous l’aurez compris : Hubert nous a encore concocté un scénario de première classe et c’est avec un immense plaisir que nous retrouvons sa protégée (heu pardon… son héroïne…). Quant au dessin des Kerascoët, vous savez encore une fois tout le bien qu’en pense IDDBD !

Bref, si vous ne connaissez pas cette série, il n’est jamais trop tard pour bien faire. Et si vous la connaissez déjà, cette chronique n’aura pas eu de mal à vous convaincre de la poursuivre…

A lire : la fiche album sur le site Dargaud

A voir : quelques belles images sur le site Poisson Pilote

A découvrir : les six premières planches du tome 3