Archives du mot-clé couple

Jasmine_bandeau

Chronique | Jasmine (Alain Ughetto)

En 1978, Alain fait du cinéma d’animation en pâte à modeler et Jasmine étudie le théâtre de l’absurde. Ils tombent amoureux. En France, tout est simple mais à la fin de ses études, elle doit repartir en Iran au moment où une Révolution se met en marche. Quelques mois plus tard, il la rejoint à Téhéran. Tous les deux vivent une histoire d’amour singulière dans les heurts du changement. Mais il y a 30 ans, Alain laisse Jasmine et oublie la pâte à modeler. Continue la lecture

Mister-Wonderful-Clowes

Chronique | Mister Wonderful (Clowes)


Dans un bar quelconque des Etats-Unis, Marshall patiente. Quinqua dépressif et anxieux, il attend son rendez-vous avec l’amie d’une amie, le premier depuis son divorce 6 ans auparavant. Elle est en retard, il fait des plans et ressasse inlassablement sa vie. Quand soudain… apparaît Nathalie.

Le petit monde angoissé de Daniel

Dans le monde de la bande dessinée américaine d’auteurs, Daniel Clowes est une figure incontournable. Son nom est synonyme de qualité. Il possède même un héritier en la personne d’Adrian Tomine (Loin d’être parfait). Doué pour explorer différent genre, il n’hésite jamais à surprendre ses lecteurs. Mais ce dernier excelle surtout dans un style particulier : le portrait. A l’image de Mister Wonderful, Ghost World ou David Boring sont ainsi des peintures de personnages types, souvent en décalage avec leurs époques et leurs milieux. Maniant l’humour acide et situation cocasse, voire dramatique, Daniel Clowes n’hésite jamais à malmener ses anti-héros pour nous faire prendre conscience de l’absurdité de nos petites valeurs étriquées.

Dans une certaine mesure, Daniel Clowes est un peu le Woody Allen de la bande dessinée. D’ailleurs, le format à l’italienne du livre fait penser au format d’image cinéma. De plus, en voyant le personnage de Marshall « Mister Wonderfull », on ne peut s’empêcher de penser à Manhattan avec son héros perdu, se posant des questions existentielles en sirotant son café, angoissé (ou conscient) par les vicissitudes du monde qui l’entoure et désespérément en recherche d’amour. Bref, même si je n’apprécie pas beaucoup ce terme, un personnage de looser parfait.

L’art de décaler les sons

Finalement, le moteur du récit est simple : comment un personnage comme celui-ci peut tomber amoureux et surtout séduire une femme ? Difficile… à moins de tomber sur aussi torturé que lui ! Et avec le personnage de Nathalie, je crois que nous sommes bien servis. Dans Mister Wonderful, nous assistons donc à une parade amoureuse ridicule, faite de quiproquos, de non-dits, d’interprétations ratées et de situations ubuesques. Si Daniel Clowes, fidèle à son graphisme académique, ne passe pas par un jeu de dessins ou de couleurs pour raconter son histoire, il travaille en revanche beaucoup sur l’écriture et surtout sur ce double texte qui jalonnent le récit. Ces deux textes parallèles nous permettent d’appréhender la rencontre de deux manières. Tout d’abord par un regard extérieur symbolisé par ce qui se voit et s’entend : le dessin et les dialogues. Ce point de vue est celui du Marshall « sociale ». Ensuite, par les pensées intérieures du personnage. Très souvent, et ce n’est pas une image, les deux textes se superposent dans une cacophonie visuelle qui permet de créer un décalage réel entre les images, le(s) texte(s) et la situation. L’effet est immédiat et on se prend à sourire de ces multiples contradictions qui apparaissent. On s’attache rapidement à ce personnage, à cette pensée qui vagabonde au grès des rebondissements et au bout du compte, à cette histoire d’amour tentant de naître entre deux adultes pas vraiment gâtés par les aléas de la vie. C’est rythmé, c’est décalé, et la lecture file à la vitesse de l’éclair.

Lire Daniel Clowes est à chaque fois un plaisir. S’amusant à jouer avec les codes de la comédie romantique, il dresse le portrait sympathique d’un anti-héros chronique. Bande dessinée construite comme un film de cinéma, Mister Wonderful est une œuvre drôle et intelligente, plus légère que ces œuvres précédentes. Une parfaite introduction au travail parfois exigeant de l’auteur de Ghost World. A lire donc !

A lire : la très bonne critique de du9
A  voir : la fiche album chez Cornelius

Mister Wonderful
Scénario et dessins : Daniel Clowes
Editions : Cornélius, 2011 (20€)
Collection : Solange

Public : amateurs de comédie romantique à la Woody Allen et de la BD indé américaine
Pour les bibliothécaires : bah… Daniel Clowes quoi !!

solanin

Chronique | Solanin T.1 (Asano)

Taneda et Meiko débutent dans la vie. Jeune couple, ils découvrent les joies et les problèmes de la vie à deux et du monde du travail. Ils n’ont rien d’extraordinaire mais rêvent d’une vie loin du train-train quotidien… comme tous leurs amis.

Simple, beau…

Je commence souvent mes chroniques en vous disant que le hasard fait parfois bien les choses. J’aime bien prendre un album, ne rien en connaître et puis découvrir son histoire et son auteur. Chacun sa façon de se balader dans les rayons d’une bibliothèque. On y rencontre parfois de belles choses. Alors, qu’est-ce qui m’a attiré chez Solanin ? Déjà le titre qui m’a rappelé l’un de mes films préférés de Takeshi Kitano (Sonatine). Oui, je sais, c’est un critère un peu spécial mais que voulez-vous, l’effet madeleine de Proust oblige ! Bon d’accord, les deux œuvres n’ont strictement rien à voir. J’avoue. Ensuite, la couverture que je trouve très belle par sa simplicité et son originalité. Un jeune couple au loin dessiné sur une photo avec en filigranes quelques traits blancs. En ouvrant, on constate un dessin classique pour du manga. Mais ce dernier dispose d’un trait un peu particulier, me rappelant le dessin de Hisae Iwaoka (La cité saturne, Yumenosoko). L’auteur joue aussi beaucoup sur la lumière. Bref, j’ai apprécié ce que j’ai vu. Et sur ce point, je reste convaincu des qualités de cet auteur.

…mais creux.

En revanche, côté histoire, soyons clair d’entrée (enfin de milieu de chronique plutôt), il me semble avoir vu tous les poncifs du manga certes gentil (si ce n’est gentillet) mais pénible sur la longueur. Mais pourquoi tant de haine ? Non ami mangaka, je ne te hais point… Ton traducteur peut-être car quand je lis des phrases du type « Si jamais tu doutes de ton idéal parce qu’il te paraît irréaliste… il vaut toujours mieux risquer d’avoir des regrets en essayant que regretter de ne pas avoir essayé ». Et encore, là je fais dans la sobriété car il y a des grands moments de réflexions transcendantales destinées à comprendre la théorie générale de l’univers de mon 9m² avec cuisine. C’est simple, on dirait du Pascal (Obispo). Désolé si je suis un peu méchant – oui parce que quand j’évoque Obispo, en général, ce n’est pas un compliment – mais, je m’étonne qu’en 2006, on puisse encore nous servir ce genre d’album dont les principaux codes narratifs reposent encore sur ceux des années 80. Certes le dessin est moderne, certes nous parlons de jeunes des années 2000 mais globalement, en grattant un peu, on retrouve les mêmes préoccupations que dans un Maison Ikkoku (Juliette je t’aime). C’était bien à l’époque, mais depuis le monde de la bande dessinée a un peu changé. La comédie romantique c’est bien, mais pourquoi ne pas réfléchir à une façon nouvelle et élégante de présenter la chose ? On n’évite rien ! Les doutes s’enfilant sur des pages et des pages, le lacrymal en mode gros plan, le groupe d’ami avec le vieil étudiant, la copine dynamique, le rebelle, le faux dur… Bref, toute la famille est là ! Sous d’autres traits, mais toujours bien présent. Et je ne parle même pas des rebondissements (et de cette fin de premier volume surtout !!!!!) dont on se demande presque comment il a osé le faire tellement c’est du vu, revu et rerevu ! Lourd dans le plus mauvais sens du terme.

A trop tortiller

Comment ne pas comparer à Kazuo Kamimura et à son Lorsque nous vivions ensemble. Une oeuvre des années 70 évoquant un couple de jeune vivant sans être marié et dont les codes traditionnalistes de la société japonaise les brûlent peu à peu. Certes, c’est une œuvre qui est destiné à un public plus âgé, qui est un drame. Mais sur tous les plans, les qualités narratives rendent à cette histoire japonaise une universalité marquante. C’est une oeuvre dans son sens le plus noble. Avec Solanin, œuvre pour vieuex ados, on a juste envie de secouer un peu les personnages tout en se disant qu’ils sont un peu la victime d’un créateur qui a voulu ratisser large pour toucher un maximum de public. On navigue entre les berges du manga pour ados à succès (un brin de rêve de musique comme dans Nana ou Beck), de la comédie sentimentale classique et de la chronique de société (façon Everyday de Kiriko Nananan) sans jamais de véritable maîtrise. Résultat : on touche ces bords avec un tel fracas qu’il est impossible au bout d’un moment de ne pas voir les ficelles. Simplement puéril.

Vous l’aurez compris, Solanin n’est pas une œuvre qui se retrouvera dans mon panier de père Noël. Une œuvre aux beaux atours mais qui supportent assez mal la comparaison avec les références dont elle semble s’inspirer. Beaucoup trop de clichés pour se sentir concerner par l’histoire de ce jeune couple. En tout cas, je ne perdrais pas mon temps à lire le tome 2… ou alors vous serez convaincant dans les commentaires !

2 volumes (séries terminées)
scénario et dessins : Inio Asano
Editions : Kana (Dargaud), 2006
Collection : Made In
Edition originale : Shogakukan, 2006

Public : ados à partir de 14 ans
Pour les bibliothécaires : franchement inutile

Chronique | Sarah Cole, une histoire d’amour d’un certain type

sarah_cole_mardonscénario et dessins de Grégory Mardon
d’après la nouvelle de Russell Banks
éditions Futuropolis (2010)
Public : adulte
Pour les bibliothécaires : Grégory Mardon, auteur peu reconnu mais toujours très bon. Une valeur sûre !

Le Prince et la grenouille

Il est beau, musclé, calme, intelligent, riche et célibataire depuis peu. Le soir, il traine souvent dans ces bars huppés où se rencontre avocats et courtiers en bourse. Elle, la quarantaine, pas vraiment une gagnante de concours de beauté, divorcé, 3 enfants, une attitude qui cache difficilement son milieu social, populaire évidemment. Pour oublier la solitude et son boulot de mise en carton dans une imprimerie, elle sort avec ses copines. D’habitude, elle évite ce genre de bar huppé où se mêlent avocats et courtiers en bourse…

Grégory Mardon fait partie de ces auteurs peu connus des médias mais impeccablement régulier dans la qualité de leur travail. Je l’avais découvert avec Vagues à l’âme en 2000, récit biographique et imaginaire de son grand-père marin, un récit assez proche de Big Fish de Tim Burton. Depuis, c’est toujours avec plaisir que je découvre ses œuvres (Corps à Corps, Leçon de choses, Incognito…). Ici, Grégory Mardon s’attaque à l’adaptation d’une nouvelle très connue de Russel Banks, grand auteur américain dont l’un des thèmes de prédilection est la description du monde du petit peuple. Bref, c’est dire si le travail n’était pas aisé.

Dans ces cas-là, le plus difficile est de ne pas se laisser manger par l’œuvre originale. Or, Grégory Mardon évite cet écueil en très bon scénariste qu’il est. Comment ? Tout simplement en  en faisant le moins possible. Ici, les silences sont de rigueur et le trait, doublé d’un sens de la mise en scène et du découpage très précis, fait le reste. Les regards en biais, les sourires en coin, l’isolement de l’un et la vulgarité de l’autre, la lâcheté aussi… Tout cela est mis en exergue par une succession de cases, bien pensées, bien posées, silencieuses. Et c’est ainsi que les mots prononcés prennent sens dans la bouche des deux protagonistes jusqu’au moment où le monde des apparences et les fossés sociaux sont les plus forts. Les contes de fées sont pour les autres, ici, dans le monde de Russell Banks, et par appropriation dans celui de Grégory Mardon, les princes n’embrassent pas les grenouilles ou alors, c’est juste sous le coup d’une inspiration malsaine ou par pitié… jusqu’au moment où il se reveille de sa gueule de bois.

Encore une fois, Grégory Mardon est juste sur toute la ligne. Une très belle adaptation littéraire dans la lignée d’album comme Shutter Island ou Pauvres z’héros. Sans trop en faire, il restitue parfaitement l’atmosphère de cette étonnante et poignante nouvelle de Russell Banks.

A découvrir : la fiche album sur le blog Futuropolis
A lire : pour preuve qu’on ne dit pas toujours que des imbécilités sur IDDBD, voici la chronique du blog du journal Le Monde


A noter (encore une fois) :
Sarah Cole
fera l’objet d’une présentation (par votre humble serviteur) lors de la soirée Rentrée Littéraire du 5 novembre 2010 à la librairie La Compagnie des Livres à Vernon (27). N’hésitez pas si vous passez dans le coin (20h30 !). J’y présenterai également Château de Sable et Fais péter les basses, Bruno !

Juste à côté… mais tellement proche

Inès (scénario de Loïc Dauvillier, dessins de Jérôme d’Aviau, Drugstore)

En 2007, je découvrais Les Enfants Rouges, une maison d’édition parisienne de qualité, en même temps que deux jeunes auteurs talentueux, Jérôme d’Aviau et Loïc Dauvillier,  grâce à l’album Ce qu’il en reste. Quelques mois plus tard, Mike chroniquait Nous n’irons plus ensemble au canal St-Martin, un collectif (toujours chez Les Enfants Rouges)  d’une grande qualité.

En 2009, c’est avec un grand plaisir que je le retrouve, chez un autre éditeur certes (Drugstore, un label de Glénat), mais avec toujours cette finesse qui m’avait bien plu lors de ma première lecture. Pourtant avec Inès, Jérôme d’Aviau et Loïc Dauvillier aborde le thème difficile et passez-moi l’expression casse-gueule de la violence conjugale. On est loin des problèmes des amours désenchantés de leurs précédents albums.

Ils ont fait le choix d’aborder ce thème de front, en montrant les souffrances morales d’une femme maltraitée, dont on ne connaîtra jamais le nom, en mettant en exergue ses pensées à contrecourant de ses actes et de ses « discussions » avec son mari. Mari en tout point impeccable à l’extérieur, en tout point monstrueux à l’intérieur.

Ils montrent également le silence des autres, les voisins qui entendent, frappent à la porte mais n’irons pas plus loin. L’ami du mari qui voit les traces mais ne fera rien. Il y a la lâcheté… et surtout la peur.
Celle étrange mais humaine de fuir même pour sauver une petite fille, unique réconfort de cette femme si anonyme qu’elle en devient universelle. Pourquoi rester alors qu’elle a l’occasion de fuir loin ? Nous n’en saurons pas plus. Cercle infernal forcément dramatique.

Inès fait partie de ces albums dont le but est  de dévoiler les mécanismes d’une réalité avec toute la puissance d’une fiction. Ici, le message est simple, le dessin l’est également, mais il faut beaucoup de maîtrise pour réussir ce genre de projet. Au bout de la lecture, c’est un choc tant cette simplicité montre l’horreur de la  situation, tant chaque page tournée est une claque, tant on se dit « et si moi j’étais à la place de l’un d’eux, voisin, mari ou femme, enfant, ami ??? » Et c’est peut-être la réponse qui est la plus gênante.

Inès est un album réussi et j’irai même jusqu’à dire nécessaire.

A lire : la chronique de Krinein
A lire (aussi) : la (toujours) très bonne interview de Loïc Dauvillier sur sceneario.com


Velours amer

Apocalypstick (scénario d’Antoine Ozanam, dessin de Sergio Melia, collection Caravelle Urbaine, éditions Glénat, 2008)

Bien sûr, on aime la BD d’aventures, de thrillers, de polars… mais on aime aussi la BD intimiste, qui nous raconte des histoires d’hommes et de femmes vivants, qui s’aiment, se déchirent, se séparent et parfois se retrouvent. Apocalypstick appartient à cette deuxième catégorie de BD dans laquelle on retrouve les oeuvres de Seth, de Craig Thompson ou d’Andi Watson (rien que ça !).

Antoine Ozanam réussit à nous faire partager – en l’espace de quelques cases – la vie de ses personnages que l’on a l’impression de connaître comme des amis. Il réussit aussi, et c’est encore plus fort, à nous faire ressentir leurs états d’âmes, leurs sentiments profonds. Et c’est là la marque des bons scénaristes du genre. Bien entendu, d’aucun pourront trouver un peu simple et superficielle l’histoire de se couple déchiré puis, grâce à un habile subterfuge, reconstitué. Ce serait méconnaître les lois du genre (autrement dit, que ceux qui n’aiment pas les comédies sentimentales passent leur chemin…) et l’originalité du point de vue d’Antoine Ozanam, qui – bien que lillois – est habité par ce « je ne sais quoi » de la movida espagnole

A moins que ce ne soit la ville de Barcelone, qui sert de décor aux relations d’Alicia et Robin, qui me donne cette impression. Il faut dire que la ville est remarquablement rendu par Sergio Melia, dessinateur dont le talent est au moins égal à la subtilité des ambiances qu’il crée (découvrez vite l’album Une mansarde à Paris, même collection, même éditeur, publié en 2005). Le tout au moyen d’une très belle et très pure ligne claire…

En définitive, Apocalypstick est une belle histoire d’amour, incroyable, romanesque et pourtant toujours crédible grâce au trait de son dessinateur et à l’humanisme de son scénariste…

A lire : le pitch des éditions Glénat

« Barcelone, un couple à la dérive… Qui n’a jamais rêvé de pouvoir tout recommencer ?
Robin se remet mal de la rupture de son couple. Il est un romancier à succès, et c’est sans doute grâce à son don d’écrivain que va germer l’idée qui lui permettra de reconquérir le coeur d’Alicia. Du jour au lendemain, il vend tous ses biens et raconte à qui veut l’entendre qu’il part pour un grand tour du monde, sans retour. Finalement, cela n’étonne personne : il a toujours dit qu’il détestait la ville. Surtout cette ville, Barcelone. Trop belle pour ne pas être mangé par elle. Donc il part. Enfin, il fait croire qu’il part. Car en vérité il ne fait que déménager sous une autre i dentité. Et s’il s’absente vraiment de Barcelone, c’est pour rentrer dans une petite clinique suisse où il fait modifier son apparence physique. Son visage change, bien sûr. Mais son corps aussi (quelques kilos en moins, ainsi que des grains de beauté). Exit donc Robin, place maintenant à Malo. Celui-ci va à la rencontre d’Alicia. Mais une seconde chance existe-t-elle réellement
… »

A visiter : les sites d’Antoine Ozanam et de Sergio Melia (où l’on notera qu’Apocalypstick devait initialement s’intituler Velours amer, et Alicia se prénommer Olivia… et où l’on comprend pourquoi le livre que présente Malo à Alicia est L’invention de Morel d’Adalofo Bioy Casares…)

 

Celle de ma vie, celle de mes rêves

Celle de ma vie, celle de mes rêves (scénario de Pedro Brito, dessin de Joao Fazenda, collection Plantigrade, éditions 6 pieds sous terre, 2008 en France, 2000 au Portugal)

« C’est l’histoire d’un jeune couple… en crise.
Tomas est un écrivain qui attend désespérément la sortie de son premier bouquin. Pour l’heure, il transpire sur le scénario d’une bande dessinée pour un ami.
Elsa, sa femme, est peintre et pour “réussir” elle estime devoir fréquenter la faune artistique locale et son lots de critiques, galeristes, faiseurs et petits marquis de cocktails d’expos. Un milieu qu’excècre Tomas, qui trouve refuge dans son fantasme d’une femme idéale et inspiratrice, forcément splendide…
Elle lui apparaît en rêves depuis l’achat d’une plante verte rabougrie à une vendeuse de rue.
Pendant ce temps, Elsa se tape Marta, une copine qui lui a trouvé un plan expo…
Entre déchirements quotidiens, reproches mutuels et sexe faussement réparateur, Celle de ma vie, celle de mes rêves est une plongée crue et directe dans la vie d’un couple et une réflexion tendue sur l’art et la création par deux jeunes auteurs portugais
. »

Alors ? Qu’en pensez-vous ? Nous, que du bien ! Et ce n’est pas par fainéantise que je vous propose le pitch des éditions 6 pieds sous terre ! Non ! C’est que – comme aux Chiffres et aux Lettres – je n’avais « Pas mieux ! » en stock pour vous donner envie de lire cette superbe BD qui nous vient tout droit du Portugal, portée par deux vrais artistes, Joao Fazenda et Pedro Brito. Leurs noms ne vous diront peut-être rien (je dois reconnaître qu’avant de découvrir Celle de ma vie, celle de mes rêves, je ne les connaissais pas non plus...) mais vous n’êtes pas prêts d’oublier l’audace de leur style narratif et graphique !

Car ils sont gonflés les bougres ! Je vous préviens : les amoureux fanatiques et obnubilés de la ligne claire à la Tintin en seront pour leurs frais ! Les autres, ceux que ne rebutent pas les nouvelles expériences artistiques, seront peut-être décontenancés par le dessin particulièrement expressionniste et surtout la bichromie noire et orange de l’album. Mais une fois l’oeil apprivoisé (en réalité au bout de deux ou trois cases…), Celle de ma vie, celle de mes rêves se révèle d’une beauté, d’une inventivité et d’une intelligence qui finissent de nous convaincre (bien que l’on n’en doute pas un seul instant sur IDDBD) que la BD peut aussi être un art majeur… Celle de ma vie, celle de mes rêves a été primée « meilleure BD » dès 2001 au Portugal…

A lire : sept planches sur le site des éditions 6 pieds sous terre (on ne les a pas publié sur IDDBD pour vous laisser la surprise)

A visiter : le blog de Pedro Brito

La vie et rien d’autre

Ethel et Ernest (scénario et dessins de Raymond Briggs, éditions Grasset)

La micro-histoire consiste à étudier un fait historique par le prisme du détail. C’est exactement le parti pris de cet album magnifique.

La vie de ce petit couple d’anglais, lui, livreur de lait et travailliste, elle, femme de ménage et conservatrice, est d’abord une histoire d’amour. Ensemble, ils traversent la vie et font face aux peines et aux joies des gens simples. De leur rencontre à leur mariage, des rêves naissant avec l’achat d’une maison aux peurs engendrées par les bombardements allemands, de leurs disputes à la naissance de leurs fils, un fils artiste qui leur posera bien des soucis et qui racontera plus tard l’histoire de leur vie, Ethel et Ernest sont les témoins (plus que les acteurs) des grandes dates et faits de l’histoire du XXe siècle.

Remarquablement bien construit, cet album couvre 57 années, de 1928 à 1971. Evitant l’écueil de la linéarité, Raymond Briggs donne sans le vouloir un véritable cours de micro-histoire. Ethel et Ernest, personnages aux valeurs morales de leur époque, portent un regard sur le monde teinté d’inquiétude, d’intérêt, de révoltes ou de résignations. Chargée parfois d’intolérance ou d’incompréhension, leurs visions sont souvent drôles et ironiques. Ils sont touchant parce qu’imparfait, bref humain.
Tout simplement humain.

A découvrir : un fansite anglais sur Raymond Briggs

Canal émotion…

Nous n’irons plus ensemble au canal Saint-Martin (scénario de Sibylline et Loïc Dauvillier, dessins de Capucine, François Ravard et Jérôme d’Aviau, éditions Les Enfants Rouges)

Aujourd’hui, sort un album qui fait honneur à ce que la BD a de plus noble, cette capacité d’être tout à la fois un récit romanesque et une oeuvre visuelle, bref une oeuvre d’art à part entière. Avec Nous n’irons plus ensemble au canal Saint-Martin , Loïc Dauvillier et Sibylline ont concocté trois histoires dont le point commun est de toutes se dérouler en une nuit au bord du canal, autour d’un banc et d’un bar… et de parler de la solitude, choisie, subie, violente.

Ces trois histoires, qui parfois se téléscopent, sont mises en image par trois superbes dessinateurs. Le résultat de ses confrontations « scénaristes/dessinateurs » et « dessinateurs/dessinateurs« , c’est un magnifique album, très émouvant, indispensable.

Et pour ceux qui, comme IDDBD, l’auront aimé, l’aventure continue au-delà de l’ouvrage puisque Capucine, François Ravard et Jérôme d’Aviau, le trio de dessinateurs impliqués dans ces histoires, exposeront leurs planches originales au café Valmy à partir de 2 Octobre et jusqu’au 31 novembre. A cette occasion un vernissage est prévu le 2 octobre à partir de 18h en présence de tous les auteurs. Avis aux amateurs d’art !

A lire : une interview de Nathalie Meulemans sur le site bdtheque.com. Pour avoir été en contact avec elle par courriel, IDDBD peut témoigner que Nathalie Meulemans est une grande dame de l’édition et du 9ème art…

A lire : une interview passionnante pour un auteur passionnant, Loïc Dauvillier. Et c’est sur l’excellent site sceneario.com, comme souvent ! Et puis, vous visiterez aussi le blog de Loïc Dauvillier, ainsi que son site officiel !