Archives par mot-clé : Cinéma d’Animation

Chronique | Jasmine (Alain Ughetto)

En 1978, Alain fait du cinéma d'animation en pâte à modeler et Jasmine étudie le théâtre de l'absurde. Ils tombent amoureux. En France, tout est simple mais à la fin de ses études, elle doit repartir en Iran au moment où une Révolution se met en marche. Quelques mois plus tard, il la rejoint à Téhéran. Tous les deux vivent une histoire d'amour singulière dans les heurts du changement. Mais il y a 30 ans, Alain laisse Jasmine et oublie la pâte à modeler. Continuer la lecture de Chronique | Jasmine (Alain Ughetto)

Mini-Chroniques | Bon vieux temps, dernière oeuvre, mangakas et bonhomme michelin…

bakuman Bonjour iddbdiens, iddbdéiennes. En ce moment, j'avoue être complètement à la ramasse sur l'écriture hebdomadaire de chroniques. J'ai des excuses faut dire… dont un projet professionnel dont je vous reparlerais dans quelques temps et qui impliquera sans doute le blog lui-même. Mais pour tout vous avouer, dans l'état actuel de mon cerveau, j'ai la pertinence de Suzy, 12 ans, dans l'approche critique de mes lectures et le niveau de Harold, 8 ans, dans ma rédaction de chronique. J'évite donc de me lancer dans de grande approche métaphysique et vous propose donc un billet de mini-chroniques, que dis-je, de micro-chroniques mêmes avec une approche simple mais efficace : Une partie = une chronique. Attention ça déchire... ou pas.

PetiteHistoireDesColoniesFrancaises1_02082006

Petite histoire des colonies françaises (Otto T. & Grégory Jarry)

Faisant incontestablement partie des auteurs récurrents des chroniques d'IDDBD, nous sommes toujours heureux de vous présenter des œuvres d'Otto T. et Grégory Jarry (et non Alfred bougre de clavier qui tape sans réfléchir…). Le premier volume de cette série en 5 tomes date de 2006 et a fait découvrir ces deux auteurs au grand public, surtout lors d'une exposition qui lui fut consacré à Angoulême en 2012 et qui tourne toujours en France dans les médiathèques et autres centres culturels de bon goût. Plutôt habitués aux one-shot ou série très courte, voilà nos deux trublions de FLBLB qui se lance dans l'histoire ô combien révélatrice de l'Empire. Mais pas n'importe lequel. Celui de la France, le fameux pays des droits de l'homme et tout et tout... Comme à leur habitude (cf les détails dans nos différentes chroniques de Petite histoire du grand Texas, La conquête de Mars ou Village Toxique), ils jouent constamment sur le décalage entre le dessin très stylisé d'Otto T. et le récit au ton d'universitaire en pleine gloire intellectuelle de Grégory Jarry. Résultat, il découpe avec gentillesse mais acidité les petites réalités de l'histoire de notre beau pays et de nous rappeler avec une certaine énergie les vertus positives de la colonisation (comme disait l'autre). Si on peut reprocher un manque de renouvellement de la formule, on doit admettre qu'elle reste encore d'une grande efficacité. C'est drôle, décalé en plus d'être instructif car très bien documenté. A n'en pas douter, les cours d'histoire seraient moins rébarbatifs en compagnie de ces deux auteurs. Une série qui fera bientôt l'objet d'une synthèse sur KBD.

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Le vent se lève (Hayao Miyazaki)

J'avais prévu de faire une grande chronique pour évoquer l'ultime film du maître de l'animation japonaise. Une forme d'hommage. Mais le résultat elle était aussi pénible à écrire qu'à lire, trop de superlatifs. Alors bon, à défaut de faire une vraie critique, je la fais courte. Ce que je pense de ce film ? Oui, assurément, Hayao Miyazaki est le plus grand. Et les plus grands savent se renouveler tout en maintenant leur propre univers. Ici, il signe un film d'un réalisme troublant, complètement ancrée dans l'histoire de son pays. Surprenant pour un homme qui a érigé son œuvre sur le fantastique. Mais le rêve n'est jamais très éloigné. Ce rêve, son héros va le poursuivre, malgré tout, au dépens des autres. Pour sa dernière œuvre, le créateur des studios Ghibli ouvre et ferme en même temps une parenthèse artistique riche et profonde. Sorte de testament artistique non avoué, Le Vent se lève n'a rien à envier dans sa mise en scène, dans ses dialogues, dans ses cadrages ou dans la profondeur de ses personnages au plus grandes œuvres des plus grands réalisateurs du 7e art… Qu'ajouter ? Encore des superlatifs... et juste un merci.

Bakuman-17-shueishaBakuman T16 et T17 (Obha & Obata)

Sans transition, souvenez-vous de notre chronique des premiers volumes de Bakuman. Le temps passe et je dois avouer que je suis toujours assez fan de ce shonen sur les coulisses de la création de manga. Après avoir dépassé la surprise et la découverte, la série a trouvé son rythme, ses personnages et gags récurrents. Un peu trop bavarde sur ces derniers volumes, on sent qu'il est maintenant le temps de conclure avec un ultime défi. La série, comme souvent avec ce genre de manga, commence lentement à s'essouffler. Heureusement, la série est terminée au Japon en 20 volumes. Suffisant pour terminer l'histoire en beauté. Mais la question ultime reste en suspens, nos deux jeunes héros vont-ils réussir à atteindre leur rêve ? Devenir les n°1 et voir leur manga être adapté en série TV ? Nous avons bien une idée de la réponse mais… Bref, on attend avec impatience la fin.

Le Bibendum céleste (Nicolas de Crécy)

Option patrimoniale pour cette dernière micro-chronique d'une série phare de la Nouvelle BD. The chef d'œuvre de Nicolas de Crécy m'est retombé dans les mains il y a peu. Je ne me souvenais plus de cette ambiance si particulière et ce fut de nouveau un choc pour ce retour à New-York-sur-Loire. Le Bibendum céleste nous plonge dans la folie pure des aventures d'un jeune phoque devenant la coqueluche innocente des hautes autorités pédagogico-culturelles de la ville. Un grand n'importe quoi où un mini-diable en salopette cherche à mener la danse sans pour autant être sûr qu'il tient la corde. Une histoire de fou pour les fous par un auteur au talent énorme qui a bien plus qu'inspiré Sylvain Chomet pour Les Triplettes de Belleville. Je ne vous cacherais pas qu'il faut mieux être reposé pour apprécier à sa pleine mesure cette orgie graphique et narrative. Mais comme je l'écrivais à l'époque pour Journal d'un fantôme, Nicolas de Crécy est un auteur exigeant avec ses lecteurs. Bref, un livre monstrueux où l'absurde et la poésie est une norme artistique. 20 ans et pas une ride... à redécouvrir avec un plaisir de fin gourmet.BibendumCelesteIntegraleExtrait2_big

Chronique d’été #7 | Porco Rosso (Hayao Miyazaki)

porco-rosso2 Dans l'Italie des années 30, les pilotes d'hydravion sont les maîtres de la Mer Adriatique. Parmi eux, le nom de Porco Rosso plane au-dessus de tous les autres. Chasseur de prime impitoyable refusant de tuer, ancien militaire devenu pacifiste, il habite seul sur son île et n'a qu'un seul plaisir : entendre chanter sa belle amie Gina dans son hôtel-restaurant au milieu des flots. Mais à force de narguer les pirates de l’air, ces derniers trouvent une solution pour se venger. Je ne pouvais terminer cet été spécial animation sans parler du film d’Hayao Miyazaki. J'avais l'embarras du choix. De Nausicaa de la vallée du vent à Le Vent se lève sortie en 2013 (mais pas encore chez nous), le cofondateur des studios Ghibli a marqué profondément l’histoire de l’animation. Cependant, parmi ses multiples œuvres, j'attache une tendresse plus particulière à Porco, peut-être l'un de ses films les moins reconnus. A tort. Car il représente un moment charnière de la carrière d’Hayao Miyazaki. A sa sortie en 1992, Porco Rosso succède à 3 films destinés à un jeune public : Le château dans le ciel, Mon voisin Totoro & Kiki la Petite sorcière. Ce nouveau long métrage se place immédiatement en rupture. Outre le fait qu’il soit marqué dans le temps et l’espace (ce qui n’est pas le cas des précédents… et des suivants), il bénéficie d’un scénario et d’un personnage beaucoup plus sombres. D’ailleurs, avec Princesse Mononoke, Chihiro ou Le Château Ambulant, Miyazaki a continué de creuser le sillon d’une approche beaucoup plus adulte. Il faut attendre Ponyo pour retrouver l’âme d’enfant de Kiki ou Totoro. porco-rosso3 Attention, je n’ai pas écrit que l’innocence et la joie enfantine qui inondent l’œuvre de Miyazaki n’étaient pas présentes. On sourit beaucoup dans Porco Rosso. Entre les pirates et les fabuleux personnages féminins qui ponctuent le récit, on ne s’ennuie pas. Mais il faut reconnaitre que Marco, alias Porco Rosso, est nostalgique, taciturne, solitaire et plutôt renfermé. Il a de quoi. Transformé en cochon par un phénomène inexpliqué, il traine son spleen, ses espoirs et ses souvenirs aux quatre coins du ciel. Car, même laid et difforme, Marco reste l’artiste des pilotes d’hydravions. Ni avions, ni bateaux, juste entre les deux mondes… comme ce héros très complexe à la part d’ombre marquée. Sans aucun doute le premier de ce genre chez Miyazaki. Évidemment, le film se veut être comme souvent, une fable humaniste, qui va, on le devine sans peine, faire sortir le cochon de sa grotte (pas sûr que les cochons vivent dans des grottes mais peu importe, vous avez compris la métaphore). Comment ? Et puis quoi encore ?! porco_rosso4 Alors ensuite évidemment, on retrouve la patte des amateurs du réalisateur : cette façon merveilleuse et tendre de présenter ces grands machines volantes (son papa était le directeur d’une société d’aviation…), ces paysages et ces plans magnifiques qui ponctuent les passages aériens et toujours cette propension à combattre toutes formes de manichéisme. Les gentils sont gentils mais profitent au besoin, les méchants sont méchants mais bon, pas trop quand même car finalement… Au bout du compte, la vie n’est pas si noir, le ciel est bleu et la mer est belle… Au moins autant que les femmes. Voilà, je termine l’été d’IDDBD sur cette phrase qui ne conclue pas trop mal notre série consacrée au film d’animation. Je me suis bien amusé, j’espère que vous aussi. Allez, la rentrée approche, je m’en vais préparer ma nouvelle chronique BD… Mais, mais, mais… les images ne bougent pas !!!! A l’aaaaiiiiidddddeeee ! A lire : la chronique de Bidib sur le blog Ma Petite Médiathèque (très bon pour les amateurs de culture japonaise) Et évidemment la bande annonce  
porco rosso_DVDPorco Rosso un film de Hayao Miyazaki (Japon, 1992) Public : Tout public

Chronique d’été #6 | L’illusionniste (Sylvain Chomet)

chomet_illusioniste5A la fin des années 50, un vieil illusionniste tente de continuer son métier malgré les débuts tonitruants du rock’n’roll. Peu à peu, il se fait une raison, le music-hall disparaît. Alors, de Paris à Londres, il se retrouve bientôt au fin fond de l’Écosse. Dans un pub, il rencontre Alice, une jeune femme innocente en quête de liberté. Le début d’une nouvelle vie. Pour son deuxième long métrage d’animation, Sylvain Chomet, ancien scénariste de Nicolas de Crécy notamment sur Léon la Came, adapte un scénario inédit de Jacques Tati. Scénario hautement polémique qui serait un exutoire à un épisode familial assez sombre de la vie du grand cinéaste. Je laisserai le débat aux spécialistes du réalisateur. chomet_illusionistePour ma part, il ne m’a fallu que quelques instants pour être pris dans cette histoire. Un grand bonhomme - Jacques Tati lui-même - nostalgique d’un paradis perdu, seul, quasi-mutique. On pourrait parler de misère et pourtant, l’atmosphère n’apparaît jamais pesante. Les décors sont beaux, changeant, tout comme la lumière qui varie tout au long du film. Ce film bénéficie effectivement d’une lumière très réussie. Entre celles du music-hall et de l’environnement écossais, il y a de la place pour un panel très large qui modifie complètement les sensations et les émotions exprimées. Ce film est d’une rare tranquillité comparé aux grosses productions actuelles. Tout est calme pour le spectateur et pour le personnage-titre jusqu’au moment où cette jeune fille que personne ne comprend pas arrive dans la vie du vieux bonhomme. Elle est jeune et insouciante, un peu jolie. Un contact tout à fait particulier se créé entre ces deux personnages solitaires. Amour ou relation paternelle ? C’est là que la vie rejoint la fiction et que la polémique prend son envol. Je ne m’y attarderais pas plus. Côté film, je dirais que tout ceci est une affaire de destin. On aime à croire à cette histoire. Le réveil d’un vieil homme, l’épanouissement d’une jeune femme. Il y a beaucoup d’humanité et de tendresse, on reconnaît ici la marque de Jacques Tati. chomet_illusioniste4 Côté dessin, le studio de Sylvain Chomet s’affranchit un peu plus de l’influence de son ancien compère Nicolas de Crécy qui avait fortement marqué ses productions précédentes (Les Triplettes de Belleville mais aussi le court métrage La Vielle dame et les pigeons) en proposant une 2D très sobre. Entre nous, on fait pire que Nicolas de Crécy comme influence. Bref, j’ai apprécié ce côté un peu désuet et la grande qualité de la colorisation. Si pour les Triplettes, le graphisme foisonnant collait parfaitement à l’univers déjanté et baroque du récit, cette forme aurait dénaturé profondément le charme réaliste de ce scénario. chomet_illusioniste3 Pour conclure, L’Illusioniste porte le sceau du grand Jacques Tati dans ses parties les plus claires comme les plus sombres. Je n’ai pas lu le texte original, il me semble donc compliqué de juger l’adaptation. En revanche, le film d’animation en lui-même est d'une rare qualité qui saura vous emporter dans un tourbillon tranquille d’émotions et de sensations. Une fable, un épisode de vie, un passage de témoin. C’est quand même beau le cinéma. La bande-annonce
illusionniste-chomet-tatiL'Illusioniste un film de Sylvain Chomet (France-Ecosse, 2010, 1h20)

Chronique d’été #5 | Goshu le violoncelliste (Takahata)

goshu1 Goshu est un jeune violoncelliste inexpérimenté. Très timide, il est particulièrement maladroit et met à mal l’exécution de la 6e symphonie de Beethoven par son orchestre. Piquant une colère noire, le chef lui reproche son manque de concentration. Il doit faire des progrès rapidement. Goshu se retire alors dans sa petite maison au milieu de la campagne pour s’exercer. Tour à tour, les animaux viennent le visiter pour lui faire découvrir les aspects cachés de son travail et de sa propre personnalité. Nous continuons nos chroniques d’été (rassurez-vous plus que trois), avec un petit film destiné au jeune public réalisé par Isao Takahata en 1981. Adapté d’une nouvelle du romancier Kenji Miyazawa, Goshu le violoncelliste est une fable champêtre à première vue plutôt anodine. Les enfants y verront une succession de situation plutôt drôle où des animaux apparaissent les uns après les autres (un chat, un coucou, un Tanuki, une souris) pour embêter ce pauvre Goshu dans ses répétitions. Mais le co-fondateur des studios Ghibli, réalisateur de Pompoko, de Mes Voisins les Yamada et surtout du fabuleux (et lacrymal) Tombeau des lucioles (1988), est un réalisateur qui aime, sous le couvert de l’humour, évoquer les choses importantes de la vie. Et ce film d’à peine 1 heure aborde des notions bien plus importantes qu’une simple farandole d’animaux. Même si l’animation a pris quelques années (j’avais 1 an à la sortie du film), la réalisation est particulièrement fluide et soignée. Elle devait même être novatrice pour l’époque. Je n’ai pas vraiment de souvenir de cette qualité pour des films de cette période… enfin, je ne suis pas vraiment une référence. Pour les décors, l’équipe d’Isao Takahata a produit au lavis et à l’aquarelle un lieu particulièrement enchanteur, voire magique. goshu3 Goshu est un personnage particulièrement intéressant. Timide, renfermé, solitaire, il est frappé de mutisme au contact des autres. Bref, il représente parfaitement l’adolescent avec ses terreurs, ses colères et surtout, ses blocages. Pour se retrouver, il n’a que cette cabane sobre au milieu d’une charmante campagne japonaise. Et pourtant, même les animaux, seuls véritables habitants de ces lieux (nous ne croiserons jamais d’humains), semblent encore le déranger. C’est donc, en forçant un peu les choses que chacun va lui apporter son aide : expression de sentiments aussi puissants que la colère ou la compassion, prise de conscience du rythme, du travail, de l’effort… Par des chemins détournés, ils rendent ce personnage meilleur, plus ouvert. Meilleur humain… et aussi meilleur musicien. goshu2 Avec ce film, Takahata répond à sa manière à une question importante de la vie d’un artiste : comment transcender la technique pour donner de l’âme à sa création ? Le réalisateur trouve une réponse à travers ce personnage adolescent à fleur de peau : ouverture aux autres, capacité à outrepasser ses propres barrières, ne pas avoir honte d’exprimer ses sentiments, se nourrir des sentiments des autres, être plus humain… La science du « lâcher-prise » et du don de soi. Une belle recette pour une belle morale. Ceux qui ont touché à l’artistique auront sans doute leur avis sur la question. Pour terminer, je n’ai malheureusement pas eu la chance de voir ce film en version originale. Il semble qu’il n’existe pas de version française sous-titrée en DVD, ce qui est bien dommage. Sans être l’œuvre majeure du maître (voir Le Tombeau des Lucioles) et même si elle est destinée aux plus jeunes, il serait tout de même intéressant de découvrir cette œuvre dans sa version d’origine. Ô toi, éditeur de DVD, pense aussi au grand gamin qui a bien ri en voyant la petite bataille entre Goshu et le chat ! Merci. La bande annonce (en VO)
goshu_afficheGoshu le violoncelliste un film d'Isao Takahata (Japon, 1981) d'après la nouvelle de Kenji Miyazawa Durée : 1h03mn

Chronique d’été #4 | Tatsumi (Eric Khoo)

tatsumi_bandeau  En 1947, Yoshihiro Tatsumi a 12 ans. Originaire d’Osaka, il commence à dessiner des mangas et comprend rapidement que cela pourra l’aider à faire vivre sa famille. C’est le début d’une carrière pour celui qui va devenir l’une des figures majeures de la bande dessinée d’auteur japonaise.

L'autre voie

Pour le grand public, Osamu Tezuka est et restera la figure emblématique voire tutélaire du manga. Pourtant, si l’influence du « dieu du manga » est indéniable dans la construction de la bande dessinée japonaise contemporaine, Yoshihiro Tatsumi n’en demeure pas moins un précurseur de la vague indépendante. Petite leçon d'histoire du manga pour mieux comprendre. En 1957, Yoshihiro Tatsumi utilise pour la première fois le terme de Gekiga (images dramatiques) pour qualifier son travail. Ils sont plusieurs à ne pas se reconnaitre dans la production éditoriale de ces années-là. Plus réaliste, beaucoup plus sombre, mettant le doigt sur les travers de la société japonaise, ces auteurs travaillant pour les librairies de prêt sont beaucoup moins favorisés que leurs homologues des grands magazines de publications tokyoïtes. En 1959, il créé le Gekiga Kobo (Atelier du Gekiga) en compagnie de Shōichi Sakurai, Fumiyasu Ishikawa, Masahiko Matsumoto, Kei Motomitsu, Susumu Yamamori, Masaaki Satō et Takao Saito (créateur de Golgo 13).
LA rencontre entre deux géants. Reconnaissez-vous celui de droite ?
LA rencontre entre deux géants. Reconnaissez-vous celui de droite ?
Le gekiga connaît ses heures de gloire dans les années 1960-1970 et notamment à travers la mythique revue alternative Garo. De nombreux grands auteurs publiés en France trouvent leur inspiration ou s'inscrivent dans ce mouvement : Yoshiharu Tsuge (L'homme sans talent), Hiroshi Hirata (L'Âme du Kyudo, Satsuma), Kazuo Kamimura (Lorsque nous vivions ensemble), Kazuo Koike (Lone Wolf and Cub), Sanpei Shirato (Kamui den), Shigeru Mizuki (Kitaro le Repoussant). Aujourd'hui, si les auteurs se revendiquant du gekiga disparaissent peu à peu. L'influence du mouvement alternatifs dans le manga mainstream est indéniable. Osamu Tezuka lui-même, quoi que désapprouvant la démarche, avait lui aussi subi cette influence en réalisant des histoires plus sombres et réalistes très éloignée d'un Astroboy. Aujourd'hui, des auteurs comme Kiriko Nananan sont des héritiers directs de ce mouvement.

Une biographique fictionnelle

Il me semblait nécessaire de présenter le contexte et l'évolution historique du gekiga pour que vous puissiez comprendre l'intérêt de ce film réalisé par le Singapourien Eric Khoo. Car, si Tatsumi est un biopic d'animation, il dresse surtout le portrait d'une démarche artistique personnelle. Adaptation d'Une vie dans les marges, livre autobiographique recompensé à Angoulême, le réalisateur ne se contente pas de reprendre la trame et de partir sur une démarche linéaire.

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Dans l'enfer d'Hiroshima
Tout en respectant le dessin original, il a décidé de mettre en parallèle la vie du gekigaka et sa propre œuvre. Le film s'articule donc entre des passages couleurs racontés par l'auteur en voix off et des moments noir et blanc/sépia reprenant des histoires écrites par Tastumi. Si les passages couleurs sont plutôt contemplatifs voire didactiques parfois, les chapitres reprenant les nouvelles sont tous de vrais petits films d'animation qui pourraient aisément être sortis du film. Surprenante au départ - comme peut l'être la lecture d'un gekiga quand on est habitué au manga classique - cette démarche s'avère rapidement intéressante car Eric Khoo a su choisir les histoires de cette œuvre foisonnante et dramatique. En effet, chaque récit trouve un écho particulier aux passages biographiques. Le traumatisme d'Hiroshima, l'occupation américaine, le travail ouvrier, les perversions particulières et les malentendus dramatiques font de ce film un gekiga animé. Il dresse ainsi un portrait obscur du Japon d'après-guerre loin du romantisme habituel qui en fait un fascinant Eldorado pour les occidentaux. Finalement, même si le film peut apparaître au départ comme un puzzle, il finit par former un ensemble cohérent, progressant, se cassant parfois. Mais après tout, si la vie était une ligne droite inflexible... Tatsumi est donc un film à voir pour deux très bonnes raisons. Premièrement, il présente un auteur et un mouvement littéraire incontournable pour qui s'intéresse de prêt ou de loin au manga. Je le conseille donc à tous mes amis bibliothécaires responsables d'un fonds BD adulte. Deuxièmement, c'est un film qui sait parler de la démarche artistique, qui lie l'homme à l'artiste avec beaucoup de sensibilité. A voir rapidement. La bande annonce
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Tatsumi un film d'Eric Khoo (Singapour) Durée : 1h36mn Année : 2012

Chronique d’été #3 | Le Tableau (Laguionie)

le_tableau_bandeau Il était une fois un tableau représentant une forêt et un château. Ce tableau était peuplé d'êtres de peinture : les Toupins, entièrement peint, les Pafinis auxquels ils manquaient des couleurs et enfin les Reufs qui étaient encore des esquisses. Les Toupins se sentant supérieurs méprisaient et maltraitaient les autres. Mais dans l'ombre, un toupin et une pafini tombèrent amoureux. Par un heureux hasard, un petit groupe parti à la rechercher le peintre pour qu'il termine son tableau et gomme ainsi les différences. le-tableau-4 Après la grosse machine américaine et le savoir-faire japonais, nous continuons cet été consacré au cinéma d'animation avec une production signée Jean-François Laguionie. Dans le monde de l'animation, la production française est toujours un cas un peu à part. Produisant moins que les deux grands centres mondiaux que sont les Etats-Unis et le Japon, la France cultive une certaine exception dans la forme et le fond. Entre Michel Ocelot (Kirikou) ou Sylvain Chomet (Les Triplettes de Belleville) qui sont les portes drapeaux du genre, on saisit rapidement la différence d'approche. Jouant sur l'atmosphère, sur des techniques d'animation très différentes, voire désuètes parfois, sur des scénarios parfaitement écrits, l'animation française s'appuie également sur une grande tradition et sur une formation sûre. Reste des moyens beaucoup moins important d'où une production moins régulière. Du coup, dans les vagues américaines, le spectateur passe parfois à côté de très bons films. Et si Le Tableau a eu son petit succès d'estime, ce fut moins le cas côté spectateur. Heureusement, nous sommes là pour remettre un petit coup. 🙂 le-tableau-2 Car voir ce film, c'est se plonger dans un univers parallèle durant un petit plus d'1h. Comme toute bonne fable, nous échappons aux cadres strictes de la logique et de la science (des personnages de peintures qui traversent des tableaux) tout en restant ancré dans des thématiques de notre société humaine. En effet, nos héros font face à des réalités particulièrement parlantes et qui sont aussi les moteurs des grandes histoires : racisme, domination, révolte, guerres absurdes, amours contrariés, quête de soi, inspiration et bien sûr arts. Tout cela contenu dans un monde qui rappelle constamment les tableaux des grands peintres de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. On pense notamment à Modigliani dont le peintre héros de cette histoire s'inspire profondément. le-tableau-5 Techniquement, si le réalisateur a fait le choix du numérique, il s'applique à reproduire un décor en 2 dimensions. Il coupe les perspectives et appuie sur les traits comme il s'agissait d'un pinceau. Ainsi, contrairement à la plupart des films d'animations grands publics (on peut aussi parler de cette approche en BD), nous n'avons pas les couleurs et les textures parfaites. S'ajoute à cela quelques passages en prise de vue réelle dans l'atelier du peintre où les personnages évoluent. Là encore, le réalisateur créé un monde à part, différent du reste du film, un environnement mystérieux et surprenant alors qu'il s'agit d'une simple maisonnette. Comme je l'expliquais plus haut, il faut prendre cette histoire comme un conte avec ses défauts et ses qualités. Certains pourraient critiquer l'aspect parfois un peu naïf des personnages. Je ne suis pas d'accord. Chacun à sa propre personnalité et parlera aux grands comme aux petits. Chacun y trouvera un plaisir différent. L'un avec les dessins, l'autre avec l'histoire d'amour, le suivant pour cette quête du créateur et les multiples visages de la création. L'univers est riche, l'animation aussi et l'histoire vous emportera. Une très belle réussite du réalisateur de Gwen et le Livre de sable, Le Château des singes et L'Île de Black Mór. A découvrir : le site du film
le_tableau_couvLe Tableau Réalisateur : Jean-François Laguionie Scénario : Anik Le Ray France, 2011, 1h16mn

Chronique d’été #2 | Sword of the stranger (Ando)

Sword-of-the-Stranger_bandeau2 Dans le japon féodal de l’ère Sengoku, alors que les provinces du royaume se déchirent dans d’incessants conflits militaires, Kotaro, un jeune orphelin est poursuivi par une troupe d’étranges soldats. Accompagné de son chien Tobimaru, il s’enfuit du temple où il a été accueilli puis est sauvé par Nanashi, un ronin solitaire. Le jeune garçon l’engage alors pour le protéger. Le reste est une affaire de destin, de rédemption… et de sabre. Réalisé en 2007 par Masahiro Ando et produit par les studios Bones auquel nous devons entres autres la série Full Metal Alchemist ou le film Cowboy Bebop, Sword of the stranger s’inscrit dans la grande tradition du chanbara popularisé dans nos contrées par Akira Kurosawa. Le film de sabre est au cinéma asiatique ce que le western représente pour le cinéma américain et occidental, une sorte de mythologie moderne peuplée de héros fort, courageux et bien souvent solitaire. Sword_Of_The_Stranger_raru Sword of the stranger n’échappe pas à cette règle. Nanashi – ce qui signifie sans nom – est bien le ronin solitaire attendu cherchant à cacher son passé. Quant à Kotaro, il remplit son rôle d’orphelin recherché pour d’obscures raisons plus ou moins justifié par la suite. Les rôles sont distribués, méchant compris, et tout se déroule comme prévu. Tout cela est bien classique et ne tire que vers un seul but : un duel final en apothéose entre les deux guerriers. Voie du sabre et code d’honneur, tel est le credo du chanbara. Si Sword of the stranger est très classique dans sa construction, il nous propose cependant un scénario pour le moins original. Il sait inscrire son sujet dans la complexité politique du Japon de cette période. Dans les provinces, les Seigneurs locaux font la loi et négocient des alliances étranges, notamment avec des puissances étrangères comme la Chine, qui bouleversent l’équilibre et la paix du pays. Quand on connait les rapports géopolitiques entre les deux pays… Mais n’oublions pas non plus le personnage de Raru, super guerrier aux cheveux blonds et aux yeux bleu, chef de la milice, rival désigné de Nanashi, qui ajoute une pincée d’exotisme à cette histoire. Sword_Of_The_Stranger_kotaro_tobimaru Mais la force de scénario est d’avoir créé un véritable lien entre Nanashi et Kotaro sous le couvert de combats sanglants particulièrement réussis sur le plan de l’animation et de la mise en scène (du grand spectacle !). Parfois, les rapports entre le faible et le fort sont plutôt à sens unique, artificiels. Ici, ce n’est pas vraiment le cas car les deux personnages principaux se complètent et s’animent l’un et l’autre. Deux personnages en détresse qui se trouvent par hasard. D’ailleurs, quand j’expliquais plus haut que le but du film est le duel ultime entre Raru et Nanashi je me trompais. En y réfléchissant, la scène principale se situe quelques minutes avant, lorsque Nanashi se libère de ses fantômes. Une scène d’à peine quelques secondes qui justifie tout le reste du film. Un simple geste, un mouvement émouvant et fort, à la fois quintessence du film de sabre et geste d’amour, de mort, de rédemption. Un sacré vrai moment de cinéma. Je vais m'arrêter ici sous peine de trop en dire. Prenez juste le temps de voir ce film. Les amateurs du genre apprécieront, les autres pourraient bien être surpris. On en reparlera ensemble A écoutez : la bande originale La bande annonce évidemment Sword Of The Stranger : Bande-Annonce par LeBlogDuCinema
Sword-of-the-Stranger_afficheSword ot the Stranger Réalisateur : Masahiro Ando Scénario : Fumihiko Yakahama Production : Studio Bones, 2007 Japon, 1h42mn
 

Chronique d’été #1 | Monstres Academy

monstre_academy-sulli-bob_bandeau Toutes les histoires ont un début et une fin, parfois même, elles commencent bien avant cela. Dans le monde des monstres, les cris des enfants humains est l’énergie nécessaire au bon fonctionnement de la ville. Bob Razowsky, petit monstre vert, et Jack Sullivan, grand monstre poilu, rêvent d’intégrer la prestigieuse classe des « Terreurs » à l’Université des Monstres. Quelques années plus tard, dans Monstres & Cie, ils sont les meilleurs amis du monde. Mais entre les deux ? 12 ans après, les studios Pixar reviennent en arrière. Retour vers le futur. On commence fort ces chroniques d’été avec LA grosse sortie cinéma, LE blockbuster du cinéma d’animation. Vous n’êtes pas très habitué aux œuvres grands publics sur IDDBD. Je brûlerais en enfer pour cela. Cependant, j’assume car malgré toute la puissance commerciale et publicitaire de Disney, il faut le reconnaître, Pixar c’est la plupart du temps un sacré numéro. A l’image de la série des Toy Story (1995 pour le premier, 2010 pour le troisième), Pixar – contrairement à Dreamworks – n’a pas profité du succès de l’un de ses films pour produire en masse des suites qui perdent à chaque fois un peu plus en qualité. Je ne parle pas ici de technique mais bien d’écriture, des scénarios, de profondeur des personnages. Et sur ce point, Monstres Academy, préquelle à Monstres et Cie, n’est en rien un sous-produit. Nous retrouvons donc nos deux joyeux compères, Sulli le gros balèze bleu à pois rose et Bob le petit pois vert énervé. On redécouvre également l’univers foisonnant des monstres en tout genre du premier film. Tout est là, encore, avec la même énergie et la même volonté de nous faire partager ce monde parallèle. Le tout restant toujours cohérent. Bien entendu, le film fait clairement référence aux Teen Movies où une « bande de jeune » arrive tout frais à l’université. Les clins d’œil sont nombreux mais n’envahissent pas l’écran, tout comme les dialogues qui évitent le côté bavard des gros films d’animations à l’américaine. Il existe de la place pour les silences, pour la variation et les émotions. Le plus réussi restant la construction du scénario. Comme nous avons affaire à un préquelle, la fin ou du moins l’issu à long terme ne fait aucun doute. Les deux monstres seront amis. Mais la ligne n’est pas aussi droite que l’on veut bien l’entendre. Car s’il s’agit de la construction d’une amitié, sujet principal, le film aborde aussi les thèmes de la construction et de l’acceptation de soi, de la poursuite d’un idéal… Bref, je ne vais pas tout vous mâcher. Moraliste ? Un peu avouons-le. Mais le message est bien traité car étayé par un déroulement qui se veut beaucoup moins linéaire qu’on ne l’imagine. Oui on arrive à ce point final mais les deux personnages ne deviennent pas amis dans le style classique de l’histoire d’amitié virile made in USA. Ils ne passent pas de l’affrontement à l’amitié par un simple coup du sort. Cette amitié se construit, recule, reprend son envol pour enfin se consolider. Des épreuves, des humiliations, des déceptions, des victoires... et des rencontres aussi. Rien n’est simple, tout se construit. Certes, Monstres Academy est un film à gros budget. Il n’en demeure pas moins un film au scénario construit. Une demi-surprise cependant, Pixar nous ayant souvent produit des films de cette qualité. A voir évidemment.
 
monstres-academy-afficheMonstres Academy Réalisateur : Dan Scalon Scénaristes : Daniel Gerson, Robert L. Baird, Dan Scanlon Producteurs : Pixar Animation Studios (USA), 2013