Archives par mot-clé : challenge BD

Chronique | Pluto

Pluto tome 1scénario et dessins de Naoki Urasawa d'après Astro Boy : Le robot le plus fort du monde d'Osamu Tezuka Editions Kana (2010) Série en cours (5/8 prévus) Public : A partir de 14 ans Pour les bibliothécaires : Si vous hésitez à acheter Monster ou 20th Century Boys (parce que longues séries), Pluto peut être une bonne alternative pour tester votre public par rapport à l'oeuvre d'Urasawa. Série courte.

Robothriller

Dans un futur proche, les humains et les robots vivent en totale harmonie. Des lois ont été promulguées pour assurer une reconnaissance aux machines et aujourd’hui, ces dernières participent à la vie sociale au même titre que leurs créateurs. Les robots sont des sportifs, des femmes de ménage, des employés de bureau, des policiers ou des soldats… Mais un jour, le puissant Mont-Blanc est anéanti mystérieusement. Au même moment, un membre du groupe de défense des lois sur les robots est assassiné. Y’aurait-il un lien entre les deux affaires ? Doute levé lorsqu’on on retrouve le même ornement en forme de cornes sur les lieux des crimes. L'enquête est alors confiée à l’inspecteur Gesicht, l’un des 7 robots les plus perfectionnés du monde… comme l’était Mont-Blanc. Naoki Urasawa revient et c’est une bonne nouvelle ! Dans le monde du thriller, il a signé sans aucun doute les toutes meilleures séries du manga. Les noms de 20th Century Boys ou Monster ne vous sont certainement pas inconnu. Mais cette fois-ci, Urasawa s’attaque à Osamu Tezuka en adaptant une histoire d’Astro Boy : "Le robot le plus fort du monde". Honnêtement, je regrette de ne pas avoir lu le récit original de Tezuka avant de lire Pluto. Je regrette également de ne pas connaître assez bien l’œuvre du Dieu des Mangas pour pouvoir attraper au vol toutes les références que l’on devine au fur et à mesure de la lecture. Je regrette enfin de n’avoir dans la tête qu’une série d’animation (réussi ?) lorsqu’on évoque Astro Boy. Mais, est-ce que cela empêche d’apprécier la qualité de l’adaptation ? Non, car on retrouve encore une fois la patte magistrale d’Urasawa.pluto-urasawa-tezuka Encore une fois, en avançant dans son intrigue l’auteur de Monster sème le trouble dans l’esprit de ses personnages et de ses lecteurs. Il nous lance sur différentes pistes, des pistes qui s’arrêtent en cours ou bizarrement se rejoignent pour en former une nouvelle. Ce labyrinthe va assurément vous perdre mais attention, chaque détail aura peut-être son importance ! Ces chemins sont également des prétextes pour découvrir la société futuriste telle qu’imaginée par les deux créateurs. Mais Urasawa intègre dans son intrigue des éléments contemporains tels que la guerre en Irak (et ses robots de destruction massif) ou encore l'intolérance anti-robot. Autre aspect de l’œuvre, c’est la notion d’humanité. Ce thème récurrent dans les bons romans de SF est un des moteurs principaux de l’œuvre et peut-être même de l’intrigue. Les robots peuvent-ils ressentir les sentiments humains comme l’amour, la pitié, la peur… voire la haine ? C’est peut-être là la vraie quête de ce thriller. Le coupable est-il cette étincelle d’humanité chez ces robots ultra-perfectionnés ? Comme à son habitude, il nous donnera peut-être une partie de la réponse à la fin de son histoire… peut-être. Naoki Urasawa frappe encore très fort avec ce thriller complexe par l’intrigue et riche par les thèmes abordés. N’ayant pas lu l’œuvre originale d’Osamu Tezuka, je ne peux pas juger de la pertinence de l’adaptation. Cependant, le récit en lui-même est (encore) d’une grande qualité et vous serez rapidement emporté dans les dédales de la pensée robotique. Un déjà classique ! J’ai découvert cette série par l’intermédiaire de Ginie de Bulles & Onomatopées (merci^^). Cette chronique entre donc dans le cadre du challenge Pal Sèches de Mo.palseches A lire : la toujours bonne chronique de Du9.org (je vous conseille de regarder les montages avec les personnages avant et après l'adaptation)

Chronique | Doubt

scénario et dessins de Yoshiki Tonogaï éditions Ki-oon (2008) éditions originale Square-Enix (2008) Public : 15-25 ans surtout, les adultes amateurs du genre. Pour les bibliothécaires : A conseiller au public adolescent découvrant les joies des sections BD adultes. Série courte ce qui est un avantage.
"Rabbit Doubt fait fureur au Japon. Dans ce jeu sur téléphone portable, des lapins doivent débusquer le loup qui se cache parmi eux. Quant au loup, il doit utiliser tous les subterfuges possibles pour semer la confusion dans le groupe et éliminer un par une tous ses adversaires. Mais pour ces cinq fans, Rabbit Doubt ne tarde pas à virer au cauchemar. Ils se réveillent dans un bâtiment désaffecté. Tatoué sur la peau des adolescents, un mystérieux code-barres qui leur permet à chacun d’ouvrir une porte différente semble être leur seul espoir de salut. Pas de doute : un loup se cache bien parmi eux et il faudra le démasquer… avant d’être dévorer". (synospis de l’éditeur) C’est dans un salon du livre, très intrigué par la couverture du premier volume (retournez votre écran pour mieux voir) que j’ai commencé à feuilleter cette série. Dès les premières pages le dessin très classique  propre, plutôt aéré, agréable à première vue ne trompe personne, on sent l’espèce d’atmosphère étrange entre ces 6 inconnus liés uniquement par un jeu de dupe. Et très vite, tout bascule, pour eux comme pour nous. Le récit prend enfin sa forme véritable : bienvenus dans un huis-clos angoissant où chaque personnage est un tueur potentiel, bienvenus dans un petit monde où l’innocence a disparu, bienvenu dans Doubt ! Appréciant plutôt ce genre de manga, il m’était difficile alors de lâcher l’affaire et j’ai donc acheter (sans trop me ruiner, merci pour moi) les 4 volumes de la série… La population visée par cette série est clairement un public de d’jeuns, les 15-25 ans se retrouveront dans les codes sociaux des personnages et la narration va dans ce sens (réaction des personnages, côté malsain pas toujours poussé à fond). Avec un peu d’habitude, de perspicacités,  de lectures des grands maîtres du thriller - on pense immédiatement à Agatha Christie et à ses « Dix petits nègres - il n’est pas très difficile de deviner qui est le coupable. Cependant, l’auteur sait jouer avec vos nerfs et poser la petite griffe du doute dans votre esprit…  et je ne vous parle même pas des personnages ! Et même quand les certitudes sont enfin établies, les surprises sont encore de taille… jusqu’à l’ultime page de l’ultime volume. L’histoire est bien bâtie et ne laisse pas de place aux approximations, vous aurez même le droit à un plan détaillé de l’entrepôt. Ici, le jeu  du chat et de la souris atteint son paroxysme. Graphiquement, le dessin est très plaisant et dynamique. Seul reproche, la luminosité surprenante pour une série de ce genre. Heureusement,  les effets de manche sont limités au nécessaire et la constante apparition de ces masques de lapin rapiécés suffit bien souvent à poser une pression sur les épaules de chacun. Ici pas (trop) d’abus mais de vrais scènes macabres qui vous feront avaler votre salive de travers. Si évidemment, Doubt n’atteint pas la qualité d’œuvre proche comme Dragon Head ou Monster, il reste une lecture de très bonne qualité à placer au même niveau que les mangas de Tetsuya Tsuitsui. Un  manga entre le shonen et le seinen à conseiller aux amateurs du genre. Mais attention, âmes sensibles s’abstenir ! A lire : la critique de manga-news A découvrir : les premières pages de la série sur le site des éditions Ki-oon (cliquez sur l'album Doubt)

Chronique | Blacksad – Tome 4 : L’Enfer, le Silence

Scénario de Juan Diaz Canales Dessins de Juanjo Guarnido Editions Dargaud, 2010 Public : Adulte-Ado, amateur de polars classiques Pour les bibliothécaires : une série culte, indispensable à toute bédéthèque digne de ce nom...

Jazz mais noir...

Eblouissant ! Si je devais résumer en un mot ce quatrième tome de Blacksad, c'est à coup sûr celui qui me viendrait immédiatement à l'esprit. Tant pour le dessin que pour le scénario. Certes, Guarnido et Diaz Canales nous ont habitué à un travail de très haute qualité où leurs talents respectifs se complimentent en permanence, où chaque case est traité comme un plan de cinéma, où chaque dialogue paraît avoir été prononcé par Humphrey Bogart ou Ingrid Bergman. Mais c'est précisément pour cette raison, pour le niveau de qualité atteint par cette série, que chaque tome est attendu avec beaucoup d'impatience et un peu d'angoisse (la peur d'être déçu...). Encore une fois, nos deux artistes éteignent l'une et l'autre en nous procurant un immense bonheur de lecture, visuel et scénaristique. Ce quatrième opus des aventures de John Blacksad, détective privé félin, nous entraîne à la Nouvelle-Orléans, à l'âge d'or du jazz, dans les années 50, dans un tourbillon d'action et de sentiments comme savent les distiller Guarnido et Diaz Canales. Bien entendu, le scénario est classique, ce qui n'est pas un reproche mais un compliment tant il paraît difficile aujourd'hui  à certains auteurs de concocter de bonnes histoires, ponctuées de rebondissements tout en restant crédibles et respectueuses de leurs personnages, mêlant intelligence et profondeur sans jamais ennuyer le lecteur. Avec un académisme et un formalisme apparents (et assumés), Diaz Canales arrive une fois encore à nous proposer ce cocktail subtil composé, certes des ingrédients de base de tout polar classique (à commencer par le privé solitaire), mais en y ajoutant ses nuances personnelles (un zest de mélancolie, une grosse pincée de psychologie, une grande rasade d'humanisme et quelques autres arômes que je vous laisse découvrir...). Le résultat est simplement délectable et vous régalera à coup sûr... pour peu que vous preniez le temps de le déguster. Car lire un tome de Blacksad, ce n'est pas boire un coca en canette, vite fait, juste pour se désaltérer. Il vous faudra trouver un endroit confortable et accueillant (le vieux canapé club fera très bien l'affaire...), un bon éclairage (dirigé vers les planches, vous laissant, vous, dans une douce pénombre...), une bonne musique (si possible du bon vieux jazz... mais nous ne sommes pas intransigeants) et un peu de temps (pas de précipitation !) pour siroter l'histoire. D'autant que vous prendrez autant de plaisir à lire qu'à admirer le sublime dessin de Guarnido ! Il me semble, avec le recul, que peu de dessinateurs peuvent prétendre l'égaler tant son trait et ses couleurs atteignent un niveau de qualité, de sensibilité et de talent qui - personnellement - me laissent béat d'admiration. Et ce n'est pas ce quatrième opus qui me contredira ! La maître a pris son temps (4 ans tout de même) mais cela valait le coup d'attendre ! Merci, merci et encore merci pour ce moment passé dans vos cases Monsieur Guarnido ! C'est un régal pour l'oeil, l'esprit et l'âme... A tous points de vue, Blacksad mérite de figurer au panthéon de votre bédéthèque : ne passez pas à côté de ce monument du 9ème art qui participe de ses lettres de noblesses. A lire : le pitch et les six premières pages sur le site de Dargaud A lire : la chronique de Bulles et Onomatopées A noter : cette chronique s’inscrit dans le challenge BD de Mr Zombi auquel IDDBD participe !

Chronique | Peter et Miriam, première partie

peter_et_miriamscénario et dessins de Rich Tommaso (Etats-Unis) éditions çà et là (2010, 2007 aux USA) Public : Adulte et nostalgique dans années 80 Pour les bibliothécaires : Pas indispensable dans un premier temps, mais intéressant dans un fonds BD américaine à développer.

C’est un roman d’amitié…

Le 26 juillet 1977, Mme Martinelli rend service à Mme Capaldi en acceptant de garder sa fille Miriam pour quelques heures. Un peu timide, cette dernière s’installe dans un coin du salon familial où la télévision est en marche. Très vite, le jeune Peter Capaldi vient la voir et, très vite, l’insupportable casse-pieds qu’il est ne tarde pas à faire sourire Miriam… Petit récit d’une rencontre et début d’un grande amitié ponctuée de sentiments inavoués, de bêtises assouvies, de sérieux et d’exaltations cinématographiques. Cette amitié est le miroir de deux vies, deux vies d’enfants-ado dans l'amérique des années 80. Dans un superbe écrin réalisé par les éditions çà et là – on ne soulignera jamais assez la qualité de cet éditeur – on trouve un recueil de mini-histoires (rarement plus de 4/5 planches) qui sont une multiplication de focus sur des événements de la vie des deux protagonistes principaux. Ne respectant à aucun moment un ordre chronologique établi, Rich Tommaso fait une description par touches précises et successives. Adolescents, enfants, jeunes adultes, il dresse le portrait de leurs intériorités, de leurs errances, de leurs insatisfactions mais aussi de leurs bonheurs. L'un et l'autre se soutiennent, l'un et l'autre se poussent.peter_et_miriam_planche Marqué par l’école américaine du strip sans en être prisonnier, avec un trait qui rappelle par instant Charles M. Schultz, Rich Tommaso multiplie les histoires à un  rythme effréné. Les 104 planches se lisent assez rapidement et  peut-être même un peu trop. En effet, on a parfois l’impression de passer un peu vite sur des situations qui auraient mérité plus d’approfondissement. Cependant, la richesse du livre repose sur une approche très sensible des personnages d’où, à mon avis, le besoin d’une double lecture. Si la première permet de découvrir Peter et Miriam, la seconde offre la possibilité d’apprécier pleinement la partie immergée de l’œuvre et de profiter finalement d'une description très fine et qui se révèle finalement plus posé, entière et passionnante. Cette première partie est donc un très joli livre sur l’amitié et, même si elle s'avère assez peu sûr de soi, une vision positive de la jeunesse américaine des années 80. Sur IDDBD, on attend déjà la suite avec impatience car la trop courte lecture nous laisse un peu sur notre faim ! Finalement, on s'attache au personnage car chacun rêverait d'une amitié aussi sincère. Une belle leçon d'humanité. A lire : un extrait sur le site des éditions çà et là (pdf) et la fiche album A voir : la critique de Krinein A voir : le site de Rich Tommaso (en anglais, sorry) A noter : cette chronique s'inscrit dans le challenge BD de Mr Zombi auquel IDDBD participe ! A noter : cette chronique clôt le mois spécial BD américaine sur IDDBD.

Chronique | M

m-le-maudit-Muthd'après le film M le maudit de Fritz Lang adaptation et dessins de Jon J. Muth scénario de Thea Von Harbou et Fritz Lang Editions Emmanuel Proust (collection Atmosphères) Public : adulte et cinéphile accompli ou en devenir Pour les bibliothécaires : une expérience graphique impressionnante, pour un public averti

Bulle cinématographique

muth-m-aveugle

Berlin, années 30. Impuissant face à un tueur en série, la police harcèle la pègre. Les chefs du milieu décident alors de se faire justice eux-mêmes. Commence alors une impitoyable chasse à l’homme. Reprendre en BD l’une des œuvres majeures de l’un des plus grands réalisateurs du 7e art, voici une entreprise à la fois passionnante et risquée. Mais après tout pourquoi pas ? Le film de Fritz Lang, tourné au début des années 30, reste d’une modernité exceptionnelle et ses thèmes résonnent encore dans le paysage politique et social d’aujourd’hui. D’ailleurs, Jon J. Muth, lui-même grand artisan de l’essor du roman graphique américain dans les années 80, n’a pas pris de risques avec le scénario original. Il y ajoute seulement quelques passages. On ne pourra pas le lui reprocher tant l’écriture de Théa Von Harbou et de Fritz Lang explore finement les côtés obscures de l’âme humaine, pose des questionnements autour de la justice et de la morale tout en interpellant le spectateur/lecteur au plus profond de lui-même. C’est vrai, pour l’ensemble, Jon J. Muth met en image sa propre vision de l’œuvre… Oui, mais quelle vision ! Car il ne se contente pas seulement d’illustrer. Il met lui-même en scène un "roman-photo", positionnant des acteurs dans des décors réels avant  de les photographier. Ces photos sont ensuite reproduites en tableau. Cette technique « photo-réaliste » donne véritablement un ton particulier à l’ensemble. Jon J. Muth s’attache à créer des atmosphères proches de l’univers original tout en ajoutant une touche bien à lui, plus moderne et surtout plus proche du média BD. Car, même si cette technique est souvent critiquée, on lui reproche notamment de cacher le manque  de qualité de certains dessinateurs, elle permet de créer une passerelle véritable entre le 7e et le 9e art tout en conservant à chacun sa spécificité. Et puis, entre nous, l’auteur n’a plus besoin de prouver quoi que se soit depuis bien longtemps. Au bout du compte, cette histoire monumentale est magnifiquement bien servie par cette adaptation respectueuse, splendide sur le plan de la construction et du graphisme. Un livre qui vous donnera forcément envie de découvrir ou redécouvrir une des plus belles pages de l’histoire du cinéma. A lire : le très bon article sur ActuaBD A découvrir : le point de vue de collègues bibliothécaires dans l'Essonne A lire (encore) : la critique sur sceneario.com A noter : cette chronique s'inscrit dans le challenge BD de Mr Zombi auquel IDDBD participe !

Chronique : Swallow me whole

Couv_swallow_me_whole_Nate_Powell
scénario et dessins de Nate Powell Editions Casterman, collection Ecritures (2009) Public : Adulte, amateur de roman graphique américain Pour les bibliothécaires : Incontournable ! Eisner Award du Meilleur Roman Graphique 2009

Le magicien et le crapaud

Dans une ville moyenne des Etats-Unis, Ruth et Perry sont deux faux-jumeaux pré-ados en apparence bien ordinaire. Ils se rendent chaque jour dans un collège très marqué par une religion radicale, ont leurs relations et leurs habitudes. Cependant, chacun cultive un jardin secret un peu particulier : Perry voit et entend un petit sorcier qui lui demande de dessiner ses prophéties, Ruth entrepose des bocaux remplis d’insectes morts avec lesquels elle communique. Touts les deux veillent sur le secret de l’autre. Mais le temps passant ce qui apparaît comme une lubie d’enfants pourrait bien avoir des répercussions inquiétantes…swallow_me_whole_Nate_Powell_1 Dense et riche dans son propos, à la fois réaliste et onirique dans son graphisme, Swallow me whole fait partie de ses albums dont il est nécessaire de digérer le contenu après l’avoir lu afin de se poser les bonnes questions. Dans un premier temps, on serait facilement tenté de le comparer au très réussi Blankets de Craig Thompson : même période de la vie, même situation sociale et culturelle de l’environnement, même attrait pour un graphisme proche de l’école européenne. Cependant, il convient de s’arrêter là car Nate Powell aborde l’adolescence dans sa partie la plus obscure là ou Craig Thompson y voyait de la lumière. swallow_me_whole_Nate_Powell_2Cette histoire est composée de petites touches du quotidien s’enchaînant à une vitesse vertigineuse. Autour des deux protagonistes principaux, que nous suivrons de 12 à 16/17 ans environ, gravitent toute la population habituelle : des parents aux réactions tardives, une grand-mère qui perd la tête, des professeurs à la merci des croyances locales (en particulier la prof de biologie qui se doit d’éviter les théories évolutionnistes), des amis exclus de la bulle du frère et de la sœur, des médecins… Chacun apporte sa pierre à l’édifice du récit, sa part de vérité dans le développement des deux personnages et de responsabilité dans les événements qui suivront. Malgré tout cet entourage, c’est l’absence d’écoute qui prévaut. La mère de Ruth et Perry devenant sourde au fur et à mesure de l’histoire en est une métaphore particulièrement bien réussie. Graphiquement, c’est une réussite véritablement exceptionnelle ! Nate Powell alterne entre un dessin au trait simple et des moments de pures folies en adéquation avec son récit. Le mal-être transparaît dans des traits parfois durs et rares sont les moments d’apaisements. Seuls les délires des personnages peuvent amener à une (relative) sérénité. Cette violence sous-jacente est absolument bouleversante et entraîne le lecteur au fond des choses…swallow_me_whole_Nate_Powell_3 Dans cette vision radicale de l’adolescence, et au travers elle d’une certaine Amérique, Nate Powell dresse un portrait de la folie. Pour tenter de répondre à l’énigme Ruth et Perry, il explore de multiples voies, sans qu’aucunes ne soient véritablement une réponse, sans qu’aucunes ne soient totalement absurdes. Complexe et d’une incroyable richesse, Swallow me whole,  peut sans doute être considéré comme une œuvre incontournable du roman graphique américain... à condition d'y pénétrer et de résister à sa charge émotionnelle. A lire : la critique positive de Melville sur sceneario.com A lire : la critique négative de David Taugis sur ActuaBD A découvrir (pour mettre tout le monde d'accord) : les premières pages sur BDGest' A noter : cette chronique s'inscrit dans le challenge BD de Mr Zombi auquel IDDBD participe !

Chronique : Fell T1 Snowtown

fell_1_snowtownScénario de Warren Ellis Dessins de Ben Templesmith Editions Delcourt, 2007. (Contrebande) Public : Adulte, amateur de roman (très) noir et de glauque puissance 10000 Pour les bibliothécaires : Un très bon début de série. Même si c’est un tome 1, il peut se lire seul.

Justicier perdu

De l’autre côté du pont, Snowtown est un quartier-ville où la violence, la pauvreté et la folie sont vécus au quotidien. C’est ici que débarque Richard Fell, lieutenant de police. Dès son emménagement, il découvre la réalité de cette ville et se plonge lui ainsi que son lourd secret dans la partie de la plus obscure de cette zone de non-droit. Après Transmetropolitan, nous nous plongeons encore dans l’œuvre dérangeante de Warren Ellis. Si avec Spider Jerusalem il dressait le portrait d’un journaliste déjanté et exubérant dans une ville futuriste, avec Richard Fell en revanche, nous sommes dans le portrait plus classique du flic introverti. Même si le propos est sans doute moins ambitieux, disons plus classique surtout, on retrouve la même qualité d’écriture. Les intrigues des huit histoires de ce premier volume (seul paru à ce jour en France) n’ont rien d’anecdotiques et tiennent autant aux personnages principaux qu’aux seconds rôles. Les habitants de Snowtown portent tous en eux, sur leurs visages ou leurs attitudes, une espèce de malédiction répandue dans les rues de la ville. fell_1_snowtown-plL’univers dans lequel le lieutenant Fell évolue se situe à la frontière entre réalité et cauchemar, une ville hors du temps et de l’espace. Il y règne constamment une atmosphère oppressante grâce (ou à cause) du dessin incomparable de Ben Templesmith. Et ce choix de dessinateur est totalement judicieux, il suffit de voir son travail sur 30 jours de nuit, pour vraiment comprendre que Warren Ellis ne pouvait pas trouver mieux. Avec son dessin haché, torturé et ses choix de couleurs absorbant totalement la lumière le plongeon est immédiat. Là encore, Warren Ellis ne ménage pas son lecteur et l’entraîne véritablement dans des histoires plus dures les unes que les autres. Je me garderais bien d’y chercher quelques explications. Cependant, chez lui il n’y a jamais d’écriture gratuite et de là à voir dans sa ville perdue une image des ghettos… je vous laisse vous faire un avis sur la question. Fell est donc à conseiller à des âmes non-sensibles, prêtes à se plonger dans un univers riche et dérangeant. Un monde hors du temps où personne n’aimerait ne serait-ce que passer. Pourtant, comme l’écrit Richard Fell dans son journal: "7h. C’est ici que je vis. ET vous n’êtes pas personne à mes yeux. Aucun de vous". Une définition du héros. A lire : l'excellente chronique de sceneario.com A noter : cette chronique s'inscrit dans le challenge BD de Mr Zombi auquel IDDBD participe !

Chronique : El Borbah

Couverture El Borbahscénario et dessins de Charles Burns éditions Cornélius, 2008 (première publication en 1981) Public : Adulte et amateur de comics alternatifs américains Pour les bibliothécaires : Indispensable pour les fonds importants, sinon préférez Blackhole

Freak story

Charles Burns a connu un succès mondial avec Black Hole, une métaphore carnassière de la jeunesse américaine. Mais plusieurs années auparavant, il avait créé un détective au look et à la gouaille bien particulière. Mais non, ce n’est pas Colombo ! El Borbah, le détective privée aux allures de catcheurs mexicains et aux réparties fleuries constitue l’une de ses premières créations. Comme expliqué dans le petit texte à la fin de ce recueil d’histoires, c’est en regardant par hasard un match de catch à la télévision que Charles Burns dessine les premiers croquis de son personnage. Publié initialement dans le magazine Heavy Metal, El Borbah rencontre un succès rapide et trouve sa place dans la mythique revue d’avant-garde Raw dirigée par Art Spiegelman. A mi-chemin entre Sébastien Chabal (pour le physique) et Les Tontons flingueurs (pour les dialogues). Toujours prêt à tout pour se faire un maximum d’argent frais (ou pas, mais il n’en a rien à faire tant que c’est de l’argent), El Borbah se retrouve régulièrement dans des postures complexes face à des personnages farfelues et/ou monstrueux. Bien avant Black Hole (1994), Charles Burns aimaient déjà jouer avec le glauque et la difformité. Ici, il les prend comme des métaphores de l’esprit humain, le corps devenant une représentation véritable de l’esprit. Dans El Borbah, les méchants ont l’air méchants et les imbéciles aussi ! Impression renforcée par cette déjà grande maîtrise du dessin et ces atmosphères noires et blanches reconnaissables entre 1000. Mais tout ceci n’est qu’un prétexte, car tout comme au catch, le lecteur se retrouve au milieu d'un jeu. L’intrigue en elle-même est moins importante que les personnages ou l’univers. Charles Burns ne cherchent pas à faire briller ses talents d'auteur de polar. Il s’amuse, joue et détourne les règles. Pourquoi ? Pour le plaisir de pointer du doigt les vices de la bonne société et des bonnes mœurs avec un joli brin de cynisme, pour rire de la bêtise humaine tout simplement. Incontestablement, on retrouve déjà les prémisses de Black Hole dans cette première œuvre majeure. Une œuvre tout à fait sympathique et haute en couleur. Originale ! Saluons encore l'extraordinaire travail des éditions Cornélius. Encore du bel ouvrage ! A lire : l'entretien de du9 avec Charles Burns A découvrir : le blog des éditions Cornelius A noter : cette chronique s'inscrit dans le challenge BD de Mr Zombi auquel IDDBD participe !

Chronique : Transmetropolitan T1 Le Come-back du siècle

Transmetropolitan T1Scénario de Warren Ellis Dessins de Darick Robertson Editions Panini Public : 100% adulte et prêt à découvrir un univers pas comme les autres Pour les bibliothécaires : absolument incontournable si le budget peu suivre (car un peu cher 29€)

Finesse brute dans un monde de...

"En haut d’une putain de montagne : voilà que cet ignorant de baiseur de putes d’éditeur de mes deux m’appelle et me dit…"Transmetropolitan 1 Posons l’idée principale de cette chronique maintenant, sans attendre les présentations d’usage et les effets de style : Transmetropolitan est une bombe ! On divise souvent la BD américaine en deux courants : le mainstream autrement dit les super-héros avec les deux ogres DC Comics/Marvel et le graphic novel/underground avec des auteurs comme Crumb, Pekar, Eisner, une bande dessinée sans doute plus proche de la BD européenne. Pourtant depuis les années 70, au sein même du mainstream, a émergé tout un mouvement d’auteur prêt à vous sortir des œuvres de qualité se situant à la frontière du comics grand public et du mouvement underground. Alan Moore est sans aucun doute la figure la plus marquante de cette BD et ce n’est sans doute pas pour rien si le héros de Transmetropolitan, emprunte ses traits dans les premières pages (pour détail cf les images accompagnant cette chronique). alan mooreA l’image de l’œuvre (pharaonique) de l’hirsute anglais, Warren Ellis et Darick Roberston se sont eux aussi amusés à titiller les codes du comics tout en prenant un pied magistral avec leur espèce de journaliste évoluant dans cette mégalopole du futur gonflée au stéroïde. Spider Jerusalem, son nom et déjà tout un programme, pratique le  journalisme gonzo. C’est une méthode visant à s’immerger complètement dans son sujet en prônant l’ultra-subjectivité (vous pourrez lire l’explication sur wikipedia). De ce fait, chaque histoire est pour Spider Jerusalem et le lecteur, un moyen de se plonger à corps perdu au beau milieu de la société engendrée par nos descendants. Et croyez-moi ce n’est pas beaucoup plus fameux qu’aujourd’hui (je vous avais dit de ne pas laisser vos enfants regarder la Star Ac'...).  Pourquoi faire ? Mais pour simplement montrer la vérité. Finalement, tout irait pour le mieux si Spider Jerusalem n’était pas complètement allumé. Car le journalisme avec lui c’est coups de feu, insultes et folie douce. La quête de vérité chez ce personnage est destructrice aussi bien pour lui que pour les autres. Cependant, il n'est pas convenable de limiter Transmetropolitan à ce résumé. La série n’est pas une accumulation de baffes, gros mots et autres choses du même genre. Comme pour son "héros", il ne faut pas s'arrêter aux apparences. Les histoires sont aussi des prétextes pour porter un regard intelligent sur les travers actuels ou possibles (voire probables) de notre société. Si la plupart des aventures (12 en tout dans le premier volume, 6 volumes en tout) sont bruits et fureurs, d’autres témoignent en revanche d’une qualité d’analyse et d’écriture tout à fait certaine. Je pense en particulier au récit des Ressuscités abordant le thème de la mémoire et de l’histoire. On pourrait également évoquer l'hilarante analyse de la télévision ou encore l'immersion dans le salon des religions.  Toutes ces événements donneront lieu à des futurs articles et c'est à ce moment précis, quand Spider Jerusalem écrit qu'il est bien le plus dangereux... ou le plus authentique. Ensuite, c'est au lecteur d'interpréter. Par cet aspect, Transmetropolitan se démarque d’œuvre comparable comme Preacher ou Wanted, car son intérêt n’est pas seulement dans la caricature et la provocation mais bien dans les messages plus ou moins obscurs, plus ou moins moraux dont il est porteur. Bref, si vous en avez marre des types en collant, si Alan Moore vous fait rêver mais si Robert Crumb ce n’est pas encore pour vous, alors lisez Transmetropolitan ! Une œuvre à la fois jouissive par ses folies et intelligente par son écriture. A noter : cette chronique s'inscrit dans le challenge BD de Mr Zombi auquel IDDBD participe !

Garulfo

Garulfo-De Mares en châteauxscénario d'Alain Ayroles dessins de Bruno Maïorana Editions Delcourt (Terres de Légendes) 6 volumes

Cloaque Humanitaire

 Il était une fois l’histoire d’une grenouille prénommée Garulfo. Exaspérée par sa modeste et fragile condition d’amphibien, il décida – car Garulfo était un mâle, les grenouilles n’étant pas les femelles des crapauds – de devenir ce qui se faisait de mieux dans la condition terrestre : un homme ! Après une rencontre avec Madame la fée (qui est soit dit en passant est autant bonne fée que la non moins fameuse Radada), le voici plongé dans la dure réalité du monde féodal et sauvage de l’humanité. 
Garulfo
série en 6 volumes
Qu’est-ce qui est bon dans Garulfo ? Et bien tout, rien que ça ! L’univers d’abord. Il se nourrit des contes de l'enfance et des adaptations de ces derniers, allant y chercher images et personnages afin de remanier le tout dans de sempiternelles galipettes scénaristiques. Ainsi, le récit prend une profondeur surprenante pour ce genre de bd, la multiplication des personnages, des références, des petits détails prenant soudainement une importance inattendue ajoute à chaque fois un peu plus de piment à une histoire à priori simple.  L’écriture ensuite, celle d’Alain Ayroles (à ne pas confondre avec François, plutôt édité chez L’Association), le papa du nom moins mythique De Capes et de Crocs. Ici aussi, on retrouve ce même plaisir des (bons) mots, des dialogues ciselés et des surprises à chaque coin de case. La douce naïveté de son personnage principal, la cruauté et l’idiotie de la race humaine fournissent sans cesse des situations décalées et logiquement humoristiques. Alain Ayroles prend un malin plaisir à décortiquer les contes et à malmener ses figures emblématiques (du Garulfopourfendeur de dragon à la princesse bimbo). Mais l’idée principale, prendre une grenouille comme héros principal d’un roman d’apprentissage, un des thèmes favoris des conteurs/auteurs depuis la nuit des temps, est déjà en soi très iconoclaste.  Et enfin, le dessin celui de Bruno Maïorana, superbe dessinateur s’amusant autant à glisser des détails qu’à créer des décors somptueux et variés. Vous vous baladerez dans les bois, les châteaux, dans l’antre d’une sorcière, vous exploserez de rire en découvrant les attitudes des personnages et serez peut-être intimidé et curieux devant des scènes grandioses. Et tout cela dans un univers graphique très cohérent.  Garulfo est, dans le bon sens littéraire du terme, une vraie farce. Entre conte et pièce de théâtre où rebondissements et situations farfelues se mêlent aux petites attaques sur les travers de l'humanité. Mais Garulfo, c'est surtout deux auteurs qui ont pris une immense plaisir à façonner leur petite histoire de grenouille découvrant les joies de l’humanité. Évidemment, ce plaisir est communicatif et se transmet au travers de la lecture des deux "livres" constituant la série (tome 1 à 2, puis de 3 à 6). Sans aucun doute, Garulfo laissera forcement une marque différente dans votre esprit. Celle d'un petit sourire et d'une espèce de nostalgie inhérente à l'univers des contes.  A lire : l'interview d'Alain Ayroles dans BD sélection A lire : la chronique de Mo' la fée  Attention : cette chronique s'inscrit dans le Challenge BD lancé par Mr ZOMBI et auquel participe IDDBD