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Chroniques Masse Critique | Macanudo & Mulatier

Aujourd'hui chronique un peu spéciale. Lors du dernier Masse Critique de Babelio, j'ai eu le privilège (encore une fois) de recevoir deux titres. Pour ceux qui ne connaissent pas le fonctionnement des Masses Critiques, je vous invite à vous renseigner ici. Malheureusement, ces deux titres ne m'ont pas beaucoup inspiré et j'ai préféré faire une grosse chronique "combo" avec deux petites à l'intérieur plutôt que deux de trois lignes. Alors commençons par le meilleur : c'est avec un certain délice que j'ai retrouvé sur ma route Liniers et son Macanudo (volume 3) publié chez La Pastèque. Pour information, pour ceux qui n'aurait pas lu mon avis sur le tome 2 (ici), Liniers est un auteur de strips argentin digne héritier du maître Quino. La lecture du tome précédent fut un véritable coup de coeur, une découverte extraordinaire. Le tome 3 est du même acabit même si la disparition de la surprise rend le plaisir moins fort. Cependant gros bémol, je l'ai lu en numérique, et pour le coup, je constate que Macanudo est une oeuvre faite pour le papier qui se déguste en tournant les pages. Je l'ai déjà dit, je ne suis pas un anti-numérique. Mais je pense que certaines oeuvres s'y prêtent mieux. Et là, avouons-le, les multiples effets que Liniers développe dans son oeuvre tombe un peu à plat sur un écran. Je sais c'est subjectif mais je trouve qu'on y perd. Bon le débat reste ouvert ! Ensuite, un album... enfin plutôt un recueil, un sketchbook même, puisque c'est le nom de cette collection petit format édité chez Comix Buro. Un recueil de caricature signé Mulatier, grand nom de la caricature des années 70/80. Bon, ce n'est pas mon genre du tout. Un technicien du dessin appréciera. Pour ma part, j'ai besoin qu'on me raconte une histoire, que le dessin ne soit pas qu'un portrait. En bref, j'aime la BD, j'entrevois la caricature. Oui c'est beau, c'est impressionnant même ! Mais bon, passer le moment où j'ai compris qui je voyais, je me lasse... Je ne suis pas assez esthète pour apprécier ce travail d'illustration à sa juste valeur. C'est un peu comme les auteurs réalistes en BD, beau travail mais après, est-ce que ça apporte plus ou moins de force au récit ? Concernant la collection Sketchbook en elle-même, je suis plutôt dubitatif car je ne trouve pas beaucoup d'intérêt à feuilleter ce genre de recueils/catalogues de dessins avec très peu d'explications et de commentaires... J'aurais aimé en savoir un peu plus (sur les personnes caricaturés par exemple). Bref, sur ce coup-là, je passe plutôt mon chemin. Donc, je suis un peu déçu (cette fois-ci) par la masse critique. Pas de chance, mais c'est le jeu !

Et on dirait que…

Shooting war (scénario d'Anthony Lappé, dessins de Dan Goldman, éditions Les Arènes)

2011, John McCain a été élu président des États-Unis quelques années plus tôt. Tout le monde a oublié le nom du candidat adverse. Le bon vieux conservateur, héros de la guerre du Vietnâm, a fait ce qu'il avait promis : rétablir la paix au Proche-Orient. L'Iran bombardé, la situation devient apocalyptique.

C'est dans ce contexte, que Jimmy Burns, journaliste amateur blogueur, profitant d'un incroyable concours de circonstance, est envoyé en Irak par une chaîne d'info en continue afin de couvrir les évènements. Burns est loin d'imaginer la réalité du terrain !

Quand j'étais petit, j'aimais bien jouer au "Et on dirait que..." (vous aussi j'en suis certain). Imaginant des situations impropables ou la fiction dépassait de loin la réalité. Ici, Dan Goldman et Anthony Lappé ont fait la même chose : "Et si Barack Obama..." Nous voici donc dans un univers à la limite de la déraison.

A l'origine, Shooting War est un webcomic, une bd publiée sur le net. D'où un graphisme très "numérique" (couleurs & dessins) profitant des possibilités qu'offrent l'informatique (intégration de photos, retouches...). Chaque case est une oeuvre à part même si toutes ne sont vraiment pas de la même qualité. Graphquement, Dan Goldman a tenté d'imaginer une atmosphère proche-orientale en 2011.

Edité juste avant l'élection américaine ce livre est une caricature de la politique et des médias américains. Comme toute caricature, la ficelle (certains personnages) est parfois un peu grosse. Mais n'est-ce pas l'idée même de caricature ? Dans l'ensemble, l'univers imaginé est vraiment crédible. Pour preuve, quelques jours après avoir lu Shooting War, je voyais un reportage sur les robots de combats et leurs futurs évolutions... très proches des pages du webcomic et terrifiant.

Si, à mon goût, Shooting War n'est pas un incontournable, il réussit quand même à toucher au but : choquer ! Une oeuvre qui laisse également entrevoir toutes les possibilités offertes par Internet dans le développement de la BD.

A lire : le site officiel Shooting War

La légende de Robin des Bois

(scénario et dessin de Manu Larcenet, collection Poisson Pilote des éditions Dargaud) L'hiver vous semble long ? Le moral est aussi bas et glacé que le ciel ? Oulala ! Il faut vite réagir, et vite ! Heureusement, le bon docteur IDDBD a le remède qu'il vous faut : La légende de Robin des Bois de Manu Larcenet ! Quoi ? Encore des histoires de petits moustachus au bouc taillé en pointe, moulés dans des justaucorps en acrylique vert, virevoltants de lustre en lustre dans la salle de banquet d'un chateau médiéval ou de branche en branche dans une sombre forêt saxonne ? Alors là, je crois que vous faites fausse route ! Le Robin des Bois de Manu Larcenet n'a rien à voir avec Errol Flynn... Mais alors là, rien du tout ! D'abord l'action se déroule dans la forêt magique de... Rambouillet (France, région parisienne, et non England, région of London...). Ensuite le héros, messire Robin, est atteint de "l'affection du sieur Alzheimer" ce qui donne lieu à de surprenantes aventures et à des interprétations tout aussi surprenantes des tubes de notre enfance ("Tata yoyo" d'Annie Cordy, "Tireli pinpon sur le chihuaha" et "Big bisou" de Carlos ou encore "Vanina" de Dave...). S'il vole toujours les riches pour donner aux pauvres, avec son compagnon Petit-Jean, les rencontres qu'il va faire dans la forêt magique sont toutes plus délirantes les unes que les autres (il y a même Tarzan et un lointain cousin de Nic Oumouk, que nous chroniquerons bientôt...). Et puis l'histoire ne ne serait pas complète sans Marianne (chanteuse pour rats) et le shériff de Nottingham, qui a ici de vieux airs de John Wayne  ! Cet album de Manu Larcenet est un véritable antitode à la morosité et au coup de déprime hivernal ! On y retrouve tout le délire que l'on aime chez Manu Larcenet. Et là, il donne le meilleur ! Mais toujours avec intelligence et sensibilité comme en témoigne l'épilogue de l'album... A lire et à voir : les six premières planches et une superbe galerie à visiter sur le site de Poisson Pilote A lire : les excellents avis sur Bulle d'Air, et le dossier sur Art9.com