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Birmanie la peur est une habitude (Collectif, Carabas, 2008)

Birmanie, la peur est une habitude (couverture originale de José Muñoz, bande-dessinées de José Muñoz et Frédéric Debomy, Sylvain Victor, Sera, Markus Huber et Frédéric Debomy, Olivier Marboeuf, Olivier Bramanti, témoignages de Bo Kyi, Irma, Jamila, Ka Hsaw Wa, Maung Hla, Zaw Myint, éditions Carabas, 2008)

Actualité oblige (mais pas seulement…), IDDBD se devait de parler de cet album atypique (par la forme) et d’une importance essentielle (sur le fond). Parce qu’on ne peut plus dire, à l’heure de l’information omniprésente, « je ne savais pas« . Mais parce qu’il faut aussi dépasser le temps de l’actualité et prendre le temps de la réflexion et de « l’émotion raisonnée« , vous aurez à coeur de découvrir le magnifique et émouvant ouvrage de Markus Huber et Frédéric Debomy. Essentiel.

A lire : la présentation par les éditions Carabas

« Comment être solidaire du peuple birman, baillonné, bafoué, torturé par la junte militaire qui s’est accaparé le pouvoir depuis 1988 ? Depuis sa résidence surveillée à Rangoun, la chef de file de l’opposition Aung San Suu Kyi n’a cessé de lancer un appel pour mobiliser la communauté internationale : « Usez de vos libertés pour promouvoir les nôtres ».
Birmanie, la peur est une habitude, démontre un étonnant paradoxe : tandis que des bobos en chemises hawaïennes se repaissent du calme de ce pays, la femme de chambre de leur hôtel se fait piétiner par les soldats, sitôt son travail terminé…

D’une grande rigueur journalistique doublée d’une qualité artistique exceptionnelle, ce livre alterne témoignages intenses (d’humanitaires, de soldats, de travailleurs forcés) et croquis glaçants sur l’un des pays les plus liberticides de la planète. Avec un but noble, engagé, parfaitement atteint : « Ne pas représenter la douleur de l’Autre (tâche risquée), mais représenter ce que nous comprenons de cette douleur ».

Le projet Birmanie, la peur est une habitude s’articule autour de trois axes en interaction constante :
– Porter à la connaissance d’un public élargi les différents aspects de la situation politique de la Birmanie contemporaine.
– Ouvrir et faire partager une réflexion sur ceux-ci.
– Participer à l’évolution vers la démocratie de ce pays.

Ce projet prétent relayer et appuyer la voix de ceux qui se battent pour qu’advienne une Birmanie démocratique. Loin de se substituer aux organisations de terrain, il s’appuie sur une mise en réseau des compétences et expérences de ces dernières. »

A découvrir : un extrait de Birmanie, la peur est une habitude

Factory T2

Factory - Tome 2 (scénario et dessin de Yacine Elghorri, collection Epic, éditions Carabas)

Pour vous mettre dans le bain de cette chronique et, surtout, de l’oeuvre de Yacine Elghorri, je vous conseille vivement de (re)lire la chronique qu’IDDBD a consacré au premier opus de Factory en octobre 2007… Ca y est ? Bon on peut donc y aller sur le tome 2 qui confirme tout à fait l’impression déjà extrêmement positive que nous avions sur le premier.

Après avoir posé les fondamentaux de son monde SF très personnel et très original, Yacine Elghorri nous propose un tome de transition qui apporte quelques réponses (vraiment peu nombreuses) et pose d’autres questions (dont on ne peut qu’imaginer les réponses pour l’instant)…

Pour notre plus grande curiosité (et notre bonheur de lecteur…), la saga Factory continue donc à nous faire découvrir cette planète dont on n’ose pas imaginer qu’elle puisse être la Terre. A moins qu’Hubert-Felix Thieffaine en ait pris le contrôle…

Bonus supplémentaire de ce 2ème tome : une interview exclusive de Yacine Elghorri dans laquelle on découvre cet auteur atypique parti à Los Angeles il y a quatre ans en tant qu’animateur et story-boarder et qui nous revient avec Factory, une oeuvre de SF dont la « patte » est unique dans le paysage assez stéréotypé du genre… Une oeuvre qu’apprécieront les fans de SF très exigeants, même les plus blasés !

A lire : la fiche album sur le site des éditions Carabas où vous pourrez découvrir 5 planches !

Changing in the rain…

Il fera beau demain (scénario et dessin de François Duprat, éditions Carabas, 2008)

Il y quelques jours, IDDBD vous présentait l’intégrale N & B de L’année du dragon, une histoire douce-amère scénarisée par François Duprat et dessinée par Vanyda. François Duprat revient sur vos écrans et dans vos bacs avec Il fera beau demain, un superbe one-shot qu’il a écrit et dessiné pour notre plus grand bonheur…

Il fera beau demain est un conte moderne, une parabole contemporaine sur la difficulté de gérer les sentiments douloureux que l’on essaie, vaille que vaille, de laisser en-deçà de notre niveau de conscience quotidien. Le ton aurait pu être désespéré. François Duprat utilise d’autres artifices, tant scénaristiques que graphiques pour nous transmettre son message personnel.

Imaginez que vous héritiez d’un don plutôt surprenant : celui de ne jamais être mouillé par un quelconque liquide lancé sur vous (pluie, verres d’eau ou tasses de café par exemple…). Comment le vivriez-vous et surtout, que feriez-vous d’un tel « pouvoir » ? Ce sont ces questions que se pose le jeune héros (sans nom…) imaginé par François Duprat. Surtout après avoir essayé de devenir un vrai super-héros (avec combinaison moulante et masque !) pour venir en aide, grâce à son don « anti-pluie« , à une vieille dame de son quartier et à un jeune loup des affaires rencontré dans un bar… Sauf qu’à la terrasse de ce même bar, il croise la belle Leïla qui – elle – adore se balader pieds nus sous la pluie en compagnie d’une grenouille prénommée Froggy. Comment faire pour l’approcher ? Comment faire pour partager avec une jeune fille aussi différente de lui ? Son don sera-t-il un obstacle définitif entre lui et elle ? Pour notre héros, les interrogations s’accumulent de jour en jour, surtout lorsque le petit monde qu’il s’est créé autour de lui s’effondre peu à peu. Que restera-t-il au final ? Ca, je vous laisse le découvrir… car pour le comprendre, il faut cheminer aux côtés de notre héros, sur la route des sentiments délicatement dessinée par François Duprat

Justement le dessin ! Moderne mais pas pédant (pas du style « regarde Maman comme je sais super bien dessiner ! »), plutôt classique (par opposition simpliste avec le dessin « expressionniste » en vogue chez les auteurs de la « nouvelle BD française« ) mais jamais ennuyeux, aux belles couleurs qui donnent une ambiance un peu onirique au Paris constamment pluvieux qui sert de décor à Il fera beau demain… Bref, François Duprat n’est pas seulement un bon scénariste, il sait aussi tenir les crayons et les pinceaux !

Et vous ressortirez de ce conte comme d’un rêve, avec le souvenir doux-amer d’avoir partagé une expérience humaine non seulement avec un héros de papier mais aussi avec son auteur… Décidément, Il fera beau demain est un bien bel album…

A visiter : le site (superbe) de François Duprat et, tant qu’on y est, celui de Vanyda

De l’art et du cochon…

UpSkirt (scénario et dessin de Totoz et Nunusse, collection Révolution, éditions Carabas, 2007)

Prenez deux loosers bien grattinés : un peintre qui refuse, par principe, de vendre son âme aux marchands du temple de l’art contemporain, et un petit teigneux dont le seul talent est de vouloir à tout prix coacher son compère pour se faire un max de blé. Le premier, c’est Totoz, le catogan au vent, mal rasé et vivant dans un appartement qui relève plus du squatt que du petit home cosy. Le deuxième, c’est Nunusse, lunettes noires constamment vissées sur le nez, mal rasé et vivant dans le squatt de son pote Totoz qui ressemble de moins en moins à un appartement.

Ajoutez à ce duo de « poissards » quelques personnages pas piqués des hannetons. Tenez, voilà le « gros », obsédé par les photos qu’il prend de nanas rencontrées via Internet, prêtes à tout pour se voir décerner le titre de modèle du siècle (version cordelettes et bottes de cuir…). Et puis, il y a aussi Tchoupi, un artiste peintre au coeur pur, parcourant le monde en creusant son sillon, jusqu’au jour où il bute sur une caillasse de taille : une directrice artistique aux dents aussi longues que son hypocrite amour de l’art…

Secouez tout ça entre les soirées branchées organisées par des galeristes vulgaires (« Plus de chatte ! Plus de chatte ! ») et les sauteries du milieu parisien (« Je vois le vent comme une dynamique aléatoire qui s’inscrit dans une perspective fragmentaire… ») et vous obtiendrez UpSkirt, une chronique acide (et lucide) du petit monde de l’art contemporain.

Décapantes, drôlissimes, jubilatoires : telles sont les aventures de Totoz et Nunusse, servies par un dessin nerveux et une mise en scène efficace en diable ! Ah ! J’allais oublier le détail qui tue, la cerise sur le gâteau : les extraits hallucinants de Zantar, le fils de la jungle, qui ponctuent l’album… UpSkirt, c’est jouissif vous dis-je !

Bon réveillon à tous les lecteurs d’IDDBD !

« La vengeance est plus douce que le miel » (Homère)

La douce (scénario de Loïc Dauvillier d’après une nouvelle de Dostoïevski, dessin de Mickaël Allouche, éditions Carabas, 2007)

IDDBD vous avait présenté, le 24 octobre dernier, une adaptation en BD de la nouvelle de Nicolas Gogol : Le Portrait. Les éditions Carabas remettent (brillamment) ça avec La douce, une adaptation d’une nouvelle d’un autre auteur russe : Dostoïevski. Si vous êtes un peu attentif, voire intuitif, vous aurez déjà repéré au moins un point commun entre ces deux productions : il s’agit d’adaptations tirées de la littérature russe.

Mais la parenté ne s’arrête pas là. Dans les deux cas, ce sont les éditions Carabas qui s’engagent dans ce périlleux exercice de style. Comme je vous le disais déjà pour Le Portrait, il n’est jamais simple de se lancer dans le condensé, en 48 ou 96 pages, d’oeuvres telles que celles-ci. Dans les deux cas, Carabas a brillamment relevé le challenge. Leur secret ?

Certainement de faire appel, à chaque fois, à des artistes confirmés. Au cas particulier, Loïc Dauvillier se retrouve au coeur des deux aventures : une fois au dessin (pour Le Portrait), une fois au scénario (pour La douce). Et le résultat est véritablement à la hauteur de ce que peuvent attendre les amoureux des belles lettres et du dessin.

L’adaptation de La douce n’y échappe pas : le texte bref, incisif de Loïc Dauvillier (déjà repéré à ce titre pour les superbes albums Nous n’irons plus au Canal Saint-Martin et Ce qu’il en reste, aux Enfants Rouges, ou Comme je me suis fait suicider aux éditions 6 pieds sous terre) restitue non seulement le sens mais également le style de l’oeuvre de Dostoïevski. Quant au dessin de Mickaël Allouche, il est tout simplement sublime d’expressionnisme (comme on dit ici). Et je ne parle même pas des couleurs…

En définitive, La douce est un album comme on les aime pariculièrement chez IDDBD : intelligent et beau. Tout simplement…

A lire : la fiche album de La douce sur le site des éditions Carabas où vous pourrez découvrir le pitch

A lire (aussi) : la très belle critique de Sbuoro sur sceneario.com