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Une histoire d’histoireS

Une araignée, des tagliatelles et au lit, tu parles d’une vie ! (scénario et dessins de Camille Jourdy, Ed. Drozophile, 2004)

C’est l’histoire d’une petite fille prénommée Anna découvrant la mort, Dieu, la
vérité et le point d’interrogation ; d’un écrivain ruminant le destin d’Adèle, petite bibliothécaire à la vie bien tranquille ; d’Adèle justement, bibliothécaire qui préfère imaginer la vie qu’elle pourrait vivre ; d’Ivan Bertin, pirate mélomane décédé, devenu fantôme et portrait encadré dans le salon de ses descendants ; de Lili, cousine péruvienne rose d’un célèbre monstre de lac écossais. C’est également l’histoire d’Anna supportant son mari écrivain en panne d’inspiration et qui en a soupé d’Adèle !

C’est un peu sous le coup de l’émotion que j’écris cette chronique. Ça n’arrive pas souvent car en général je digère plusieurs jours avant de rédiger mais là je n’ai pas pu. Tout d’abord, Une araignée, des tagliatelles et au lit, tu parles d’une vie ! est ma première rencontre avec Camille Jourdy. Avant Angoulême 2010, elle était totalement inconnue pour votre humble serviteur… Oui bon ça va, j’ai honte ! Et vous avez le droit de me chambrer dans les commentaires. Mais contrairement à vous, il me reste tout le reste à découvrir (gnagnagna !!) En plus, j’ai eu la chance de commencer par le début car cet album est sa toute première BD parue en 2004. Ensuite, l’album en lui-même. Et là, un seul mot pour qualifier ce premier coup d’essai : brillant !

Brillant car d’une incroyable fraîcheur. Oui je sais, le terme de fraîcheur abusivement usité dans les critiques cache souvent le côté pas complètement accompli d’une œuvre. « Ah bah oui c’est bien, c’est frais, pas totalement ça mais bien quand même ! C’est agréable à lire quoi ! ». Ce n’est pas du tout mon propos. Au contraire.

Cet album respire le talent. Graphiquement, chaque planche est une surprise en soi, alternant simplicité et grande maîtrise, caricature et choix de cadrages audacieux, capable de passer de la stricte réalité à la poésie la plus onirique voire à une relative osbscurité. Le dessin de Camille Jourdy n'est pas beau au sens classique du terme mais il est d’une rare sensibilité. Ensuite, l’histoire ou plutôt les histoires. Différentes au début et s’enchevêtrant naturellement grâce à une inventivité remarquable, une grande maîtrise des multiples narrations. Tout est lié, tout est pensé simplement pour amener vers des thèmes audacieux et pourtant maintes fois revues (le sens d’une vie, la créativité, la réalité/fiction etc…). Et puis, lorsqu’on se targue de vouloir faire parler des écrivains dans ses livres, il faut une plume pour le faire. Et de ce côté-là, Camille Jourdy rejoint des gens comme Frederik Peeters. Son écriture est superbe : souple, sonnante, simple et maîtrisée. Un peu comme son dessin qui se permet de changer en fonction des besoins. Non vraiment, Une araignée, des tagliatelles et au lit, tu parles d’une vie ! est une bouffée d’air pur, un petit bijou caché au fond d’une malle (ou dans le ventre d’un poisson géant rose se prénommant Lili), un vrai grand beau album, un incontournable ! Un livre à faire connaître à tous ceux qui aiment les livres à part tant originalité rime avec talent ! Comment ça je m'enflamme ????!!!!

Qu'ajouter ? Ah oui !
« Dès lors, Anna tomba amoureuse du point d’interrogation. »
J’adore cette phrase mais je ne voyais pas comment la mettre dans la chronique. C’est fait ! 🙂

A lire absolument : la superbe chronique de du9.org, Je suis jaloux. J'ai failli la recopier texto après avoir relu la mienne mais bon...

Attention : cette chronique s'inscrit dans le Challenge BD lancé par Mr ZOMBI et auquel participe IDDBD !