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Chronique | Seuls

Scénario de Fabien Vehlmann Dessins de Bruno Gazzotti Editions Dupuis Public : tous publics Pour les bibliothécaires : une série intelligente, aussi bien pour le jeune public que pour les adultes qui n'ont pas oublié l'enfant qu'ils ont été

Plaisir solitaire

Je me suis régalé ! Non, sans blague, ça peut paraître puéril, simpliste, pas assez intello... mais le fait est que je me suis régalé ! Voilà une série qui ne se la joue pas "Oh mon Dieu, regarde comment je fais de l'art !" mais qui vous procurera un excellent moment de lecture, quel que soit votre âge... pour peu que vous n'ayez pas oublié l'enfant que vous avez été. A commencer par le dessin : classique, il vous rappellera les séries que vous lisiez il y a quelques années, dans la plus pure tradition franco-belge. Ne voyez dans cette remarque aucune ironie ! Gazzotti maîtrise son crayon : des personnages aux décors (j'aime ses vues de la ville...), il sait rendre vivant le récit de son scénariste, impulser du rythme lorsque l'action le nécessite, créer des ambiances toujours justes (ses cadrages sont impeccables...). Modeste en apparence, le dessin de Gazzotti est riche et généreux. Vous baladez dans ses cases est le premier plaisir que vous ressentirez en découvrant les cinq premiers tomes de Seuls. Mais bien entendu, le dessin ne suffit pas, à lui seul (!), à vous procurer cet excellent moment de lecture que vous attendez. Heureusement, Fabien Vehlmann vous a concocté une histoire qui vous forcera à enchaîner les tomes les uns après les autres. L'auteur du Marquis d'Anaon et des Cinq conteurs de Bagdad dévoile encore une fois son talent de story teller. Mais à la manière de ces  histoires que l'on se raconte (et que l'on vit) lorsque l'on est gosse, avec ses copains. On joue à se faire peur, à s'inventer des aventures invraisemblables mais tellement vraies ! Et si... et si un jour, n se réveillant, nos parents avaient disparu. Si on était subitement seuls au monde ? Avec notre bande de copains quand même (sinon, c'est pas du jeu). Keskisepasserait ? C'est précisément ce que découvrent, à leurs dépens, les cinq héros de Seuls, Dodji, Terry, Leila, Camille et Yvan. Un beau matin d'été, leur ville s'est vidée de tous ses habitants... Fini de se comporter comme des enfants : il faut survivre ! D'autant que les dangers, les ennemis ne manquent pas. Oups ! Je vous sens dubitatifs. Vous trouvez le propos puéril, simpliste, pas assez intello. Vous avez raison et tort à la fois. Certes, Fabien Vehlmann n'est pas William Golding (encore une fois, n'y voyez ni ironie, ni cynisme) et Seuls n'est pas Sa Majesté des Mouches. Mais Vehlmann sait conférer une vraie personnalité à ses personnages. Il ne façonne pas seulement des poupées que Gazzotti aurait animées. Les cinq héros sont crédibles, attachants car chacun peut y retrouver des traits de sa propre enfance. En outre, le scénario ne tombe jamais dans la facilité, la complaisance. Quel que soit leur âge, Vehlmann ne prend pas ses lecteurs pour des crétins à qui il suffirait de balancer quelques situations rocambolesques. L'histoire s'étoffe peu à peu, le propos est intelligent, subtil. Bref, même si les jeunes constituent le premier public visé, les adultes y trouveront également leur compte, pour peu - comme je vous l'indiquais plus haut - que vous n'ayez pas oublié que vous aussi, vous avez été, un jour, un Enfant Perdu au Pays Imaginaire... A savoir : l'intégrale des cinq tomes (qui constituent un premier cycle) sera disponible le 5 novembre prochain A visiter : le site officiel de Seuls A voir : les blogs de Vehlmann et Gazzotti