Archives du mot-clé blog

peeters-4

Blog | Une fois que ma décision est prise…

peeters-4…j’hésite longuement (Jules Renard)

Mais Dieu que se passe-t-il sur IDDBD depuis quelques semaines ? Pas l’ombre d’une petite chronique, pas la miette d’un dimanche KBD, pas le moindre mouvement hormis quelques facebookeries et autres tweetisteries. Quand on commence à faire un article pour se justifier d’une absence de chroniques, ce n’est pas vraiment bon signe. Pourtant, il faut bien respecter un peu ses lecteurs. Se justifier ne sert à rien, j’ai de bonnes excuses comme, par exemple, ma paresse légendaire mais à vrai dire vous vous en fichez un peu.

Non, le constat est tout autre. En presque 8 ans de blogging, on a des moments sans. Ça arrive, ça repart, ça revient. Pourtant parfois, il s’agit de se poser des questions sur l’intérêt de sa présence dans la blogosphère. Continuer ou non ? Sous quelle forme ? Dans quel but, quelle orientation ?

Les plus anciens d’entre vous le savent, IDDBD est pour moi un moyen de mettre par écrit le travail que j’effectue en tant que bibliothécaire. A la lointaine époque des débuts, j’ai rejoint IDDBD en tant que responsable BD adulte, puis mes tâches ont évolué.  Aujourd’hui la BD reste pour moi un loisir noyé sous des obligations professionnelles qui m’ont fait passer du dessin à l’image, du papier à l’écran de cinéma. Pas facile de rester à flot quand, de l’autre côté, on doit découvrir un nouvel univers, s’en imprégner afin d’y être performant, pas facile de garder cette qualité dans ce que j’appelle pompeusement « la ligne éditoriale » quand l’axe du blog, sa raison d’être, change. Contrairement aux premières années, je ne suis plus un professionnel du livre. L’exigence de notre métier, en tout cas la vision que j’en ai, est que si on veut obtenir la qualité nécessaire, il est nécessaire de faire un certain nombre de choix. Au vu des évolutions  récentes de la blogosphère, de la qualité et de la connaissance de mes amis blogueurs proches, de l’actualité éditoriale que je suis dorénavant d’un œil distrait, il faut bien le reconnaître : d’une relative expertise je suis passé à un niveau de lecteur éclairé (non pas illuminé n’exagérons pas) qui ne me satisfait pas vraiment.

Outre cette évolution personnelle, je porte un regard un peu désabusé sur l’année 2012. Si des grands noms comme Manu Larcenet ou Frederik Peeters m’ont époustouflé avec leurs suites (Blast T3 et Aâma T2), je suis resté un peu sur ma faim. Certes, l’année 2011 avait été exceptionnelle avec des albums fabuleux (dont le majestueux Portugal) mais… Si on ajoute le manga en perte de vitesse et l’arrivée prochaine et massive du comics mainstream. Bref, je me lasse de cet univers BD et ma curiosité s’étiole. Je sais, vous allez me dire que non, mais tu n’as pas lu ça, il faut que tu découvres ceci… Oui, il y a tant de bons livres. Mais combien d’exceptionnels ?

J’en étais donc à ce point précis en décembre : fatigue et désintérêt relatif pour le média. Pas de quoi animer un blog. Devant cela, il m’a paru nécessaire voire obligatoire de faire une vraie pause et de réfléchir à l’avenir. J’ai donc déposé un préavis de départ auprès de mes compères de KBD puis j’ai fermé les stores afin de réfléchir à l’idée que je me fais de ce blog.

La question étant : IDDBD était une manière de parler de mon job… OK. IDDBD était une manière de se faire plaisir en écrivant… OK. IDDBD était aussi une aventure humaine… OK. Avais-je envie de quitter le navire ? Pas vraiment mais il faut avoir des choses à dire… Parler du dernier Blast ou de De capes et de crocs 10, quel intérêt ?

Mon premier constat était une lapalissade comme on les aime : IDDBD parle de BD. Nous en parlons depuis longtemps et pas plus mal qu’un autre. D’accord. Mais qui nous empêche de faire évoluer le contenu, d’aborder des univers radicalement différents ? S’autoriser le droit de sortir de sa ligne, de revenir à l’époque expérimentale des débuts, s’autoriser le droit de regarder en arrière et d’avoir honte de ses premières chroniques ratés car imprécises. S’autoriser le droit simplement de gagner en liberté et surtout de retrouver le plaisir inhérent aux blogs : s’autoriser à l’ouvrir alors qu’on ne nous a rien demandé !

Le moment n’est pas encore venu, mais IDDBD, la nouvelle version, est en approche. Alors soyons désinvoltes, n’ayons l’air de rien comme disait une chanson un peu connue…

 

wallmanga_wallpapers_kran_0001

Blog | Faut pas pousser mémé dans les orties…

… surtout quand elle est en short : IDDBD, saison 7

Voilà, petit mot comme tous les ans au mois de septembre. IDDBD entame sa 7e saison. 7, c’est un chiffre magique. Mon ancien n° au rugby, les 7 samouraïs, les 7 nains, les 7 doigts de la main… Il paraît que c’est également un cycle dans un  couple. Doit-on alors se lancer dans une thérapie ?

Pas certain mais j’ai quand même quelques petits trucs à vous dire. Récemment, j’ai été particulièrement remué par les commentaires d’un certain Pffff (on remarquera l’anonyme courage de ce dernier) sur la chronique de Morphine. Je l’avoue, cette chronique n’est sans doute pas la meilleure que j’ai pu produire. Quand c’est un billet positif, ça va bien, mais c’était loin d’être le cas sur cet album. Je ne reviendrai pas dessus.  Cette attaque est la seconde que je reçois… Et c’est la dernière.

J’avais dans l’idée que la modération pouvait être éviter sur IDDBD. Visiblement, ce n’est pas possible. Alors que le site gagne un peu en visibilité (êtes-vous plus nombreux à me lire régulièrement je ne sais pas, mais il y a plus de passages) les trolls se font également plus nombreux. Dans le cas de Pfff, il ne s’agit pas d’un monstre nordique mais d’un proche de l’auteur. Bref, aujourd’hui, j’ai donc décidé d’appliquer une politique de modération  a posteriori sur les commentaires. Je ne saute pas de joie mais c’est ainsi.

Quand, comme moi et de nombreux autres blogueurs, on passe au moins un soir par semaine depuis plusieurs années à écrire en recherchant une certaine qualité de billets avec argumentations et points de vue personnels sur un album, on a tout simplement pas envie de se faire traiter de ***** par des ostrogoths balançant des insultes et aucun arguments. Bref, je suis prêt à entendre que vous n’êtes pas d’accord. En revanche, je refuse cette façon de procéder. Il s’agit du mauvais côté du fameux web 2.0. Je ne peux malheureusement rien y faire. Donc, les commentaires incriminés seront effacés, les protagonistes prévenus par MP et leur IP bannie. Je n’entrerai plus dans cette guéguerre stérile, ça m’épuise trop. Je préfère consacré mon énergie à écrire des chroniques.

Je garde en tête que tout ça doit rester un plaisir.

Bon passons à des choses plus intéressantes. Pour fêter la reprise, je vais faire un petit focus sur le travail de l’éditeur québécois La Pastèque. Au moins, deux nouveautés au programme des prochaines chroniques. Bref, on garde un arrière goût qui sent bon l’été au mois de septembre.

Sinon, pour cette année, je risque de faire de nouveaux petits essais de chroniques ou rubriques. Ne soyez donc pas trop surpris. Vous risquez également de voir pas mal de mangas passer dans les chroniques. En effet, je travaille actuellement sur  une formation d’initiation à la bande dessinée japonaise. Ça devrait se voir dans mes prochaines lectures !

En tout cas, je vous souhaite à tous une bonne saison !

 

festiblog-2011

Info du jour | Demain j’peux pas, j’ai Festiblog !

On commence à connaître le rendez-vous mais c’est toujours bien de le rappeler. A partir de demain et pour tout le week-end, la crème de la blogosphère BD se retrouve pour sa grand’messe annuelle. Le Festiblog 7e du nom est de retour sous le haut parrainage de Lucille Gomez et Guillame Long.

Plus les années passent et plus ce festival, situé devant la mairie du 3e arrondissement de Paris, attire du beau monde (et toujours dans une atmosphère sympa). Bref, cette année vous retrouverez encore les papes de la discipline (Boulet, Pénéloppe Bagieu, Martin Vidberg), des auteurs reconnus (Bastien Vivés, Nancy Pena) et une liste longue comme le bras de blogueurs qui valent la peine de faire tout le chemin des quatre coins de Paris et des six coins de France (ben oui, c’est un hexagone !).

Je ne vous mets pas la liste complète des participants, vous retrouverez toutes les informations importantes ici.

bleuestunecouleurchaude1

Biblio… | Des bulles sur le web en direct de la BPI

A défaut de chroniques – c’est pas ma faute, j’ai un peu la tête dans le théâtre cette semaine et pis, je manque d’inspiration pour une chronique digne de ce nom pour un diptyque énorme ! – je vous donne rendez-vous le 17 juin à 19h à la BPI du centre Pompidou (à Paris pour ceux qui ne voient pas) pour une rencontre avec trois damoiselles des blogs BD : l’incontournable Pénéloppe Bagieu, la marraine du prochain Festiblog Lucille Gomez et notre coup de cœur à nous, qu’on adore depuis qu’on a lu son merveilleux album, Julie Maroh herself ! Des univers assez différents pour nous parler du phénomène blogs BD.

La rencontre sera animée par Yannick Lejeune, le créateur du festiblog.

Pour en savoir plus, je vous invite à découvrir la page consacré à l’événement à la BPI.

Chroniques de vacances #14 : Neuf et demi, le blog de Thierry Groensteen

Sur IDDBD, on vous parle très souvent des auteurs. Bien entendu, sans les créateurs il n’y aurait rien à dire. Cependant, il ne faut pas oublier non plus le travail des éditeurs, des penseurs et historiens de la BD. Ceux qui écrivent, analysent, montrent aux instances scientifiques l’intérêt réel du média BD. Thierry Groensteen est de ceux-là. Celui qui pense connaître la BD parce qu’il a t lu 4 albums d’éditeurs indépendants devrait se pencher sur la somme astronomique d’analyses historiques, de réfléxions sur les évolutions contemporaines, de chroniques ou de thèses rédigées par ce personnage incontournable. De la revue Les Cahiers de la Bande dessinée, en passant par 9e art ou Les Editions de l’an 2 (rachetées plus tard par Actes Sud), Thierry Groensteen est un élément essentiel pour tout ceux qui veulent en savoir un peu plus.

En attendant la rentrée et de nouvelles chroniques sur IDDBD, je vous recommande son blog, Neuf et demi. Hébergé sur le site de la Cité Internationale de la Bande Dessinée (on ne vous dira pas où) ce blog est une somme de réflexion et d’analyse, des points de vue d’une richesse incroyable sur le passé, le présent et l’avenir de la BD. Incontournable !!!

>>>> C’est par ici les amis <<<<

Et vous pouvez également voir son site personnel !

Chroniques de vacances #8 : Le Blog de Martin Singer

Bigger Than Life - Martin Singer

Bigger Than Life

Dans le monde des blogs BD, il y a ceux qui racontent leurs achats de chaussures, la vie de leur chat, leur dernière soirée, ceux qui font dans du kawaï (rien à voir avec une célèbre marque de vêtements imperméables), des mangas-camemberts ou des dessins politiques. Il y a les grands noms qui s’amusent et les petits qui cherchent à se faire découvrir. Et puis, il y a les perles, les ovnis, des blogs qui sous des couverts de normalité cachent des petits bonheurs de vachardises, de bon mots, des dessins à la finesse rare (sous réserve d’être assez ouvert pour comprendre le 6 ou 7e degré). C’est dans cette catégorie que je classerai Bigger Than Life, le blog de Martin Singer.

bigger_than_life_Martin_Singer_2Il ne m’a fallu qu’une visite pour devenir vraiment fan de cet humour noir. J’ai même été parfois remué par les propos politiquement incorrects. Alcool, sexe, mysoginie,  Martin Singer rit de la vieilliesse et de la mort, fait tourner les féministes en bourrique, joue avec les valeurs morales et l’assume avec autodérision et détachement. Il est drôle, irrévérencieux comme les vrais humoristes savent l’être. Bien entendu les culs pincés auront vite fait de condamner l’espèce de folie douce émanant de ses dessins. Ils prouveront encore une fois que le regretté Pierre Desproges (le grand maître de l’humour irrévérencieux) avait raison (vous savez : « on peut rire de tout… »).

marguerite-martinsingerConvaincus ? Pas encore ? Alors, je vais laisser Martin Singer vous expliquer lui-même de quoi il en retourne. Ce dernier a bien voulu répondre à nos pseudo-questions pseudo-journalistiques. Et ça vaut bien toutes les chroniques écrites avec les pieds, non ?

IDDBD : Martin Singer bonjour, peux-tu te présenter ?
Martin Singer : Je suis prof dans une école d’art périscolaire de province et mon blog s’appelle Bigger than life en hommage à tous ceux qui ne rentrent pas dans les cases.

IDDBD : Alcool, sexe, déprime, misogynie, bref de belles valeurs totalement saines dans notre société où le retour à la bonne morale est au goût du jour. Peux-tu qualifier ton travail sur le blog de « mauvais goût » ?
MS : Pour faire un mot prétentieux, je dirais que je lui trouve du goût et un goût pas si mauvais que ça. Mais je m’inscris en faux: je suis pour le retour des bonnes vieilles valeurs morales ! Je milite pour des sentences qui fleurent bon la France d’antan: l’humiliation cul nu en place publique par exemple.

bigger_than_life_martin_singer3IDDBD : …dans la lignée des Fluide Glacial et autres Echos des Savanes ?
MS : J’aimais beaucoup Edika, son humour absurde et ses filles bien proportionnées…mais pourquoi limiter ses influences à la bd ? J’aime aussi Samuel Beckett et les Beatles.

IDDBD : Est-ce que choquer est un petit plaisir de fin gourmet ? 
MS : Je ne veux pas choquer dans les dessins que je fais mais dans les sous-entendus qu’ils recèlent. C’est un réel plaisir quand j’y arrive.

IDDBD : As-tu demandé ta carte au MLF ou vraiment c’est décidé elles ne peuvent plus te sentir ? Elles ne partagent peut-être pas ton humour ?
MS : J’ai eu des commentaires agressifs de la part de certaines filles mais sans plus. Ce n’est pas qu’elles ne partagent pas mon humour, c’est qu’elles en sont dépourvues.

IDDBD : Comment les femmes de ton entourage prennent-elles tes dessins ?concours_de_circonstances_couverture_martin_singer
MS : Je tiens à ma vie: il n’y a aucune fille dans mon entourage !

IDDBD : Déjà deux albums publiés (mais pas encore lu, désolé) et Fox, un album en publication sur le web. Dans ce dernier, tu empruntes le point de vue d’un SDF et y montre le nécessaire instinct de survie dans la rue : est-ce une BD militante ? Ou c’est simplement l’envie de montrer les choses sous un angle différent ?
MS : J’ai un copain directeur d’une structure qui aide les SDF à se loger. Quand je lui ai parlé du projet et fait lire quelques planches, il m’a encouragé à continuer car il trouvait que ça parlait des SDF d’une façon réaliste et sans fioriture, c’est tout.

Gondoleances_martin_singerIDDBD : Te considères-tu comme un auteur à la Boulet (avec un parti pris très artistique sur le blog), ou le blog c’est juste un exercice pratique d’auteur de BD ?
MS : Le blog me permet d’expérimenter au niveau graphique et il a pris de l’importance quand j’ai remarqué que de plus en plus de monde le suivait. Au départ, je l’ai fait uniquement pour promouvoir mes albums. Résultat: plein de monde suit le blog et personne n’achète mes bds.

IDDBD : Dernière petite question, traditionnelle sur IDDBD, as-tu des conseils de lectures à nous donner ?
MS : Concours de circonstances et Gondoléances de Martin Singer. (faut bien que je paye mes impôts !)

Merci beaucoup à Martin Singer pour ses réponses… et en un temps record ! Et n’oubliez pas ses bons conseils… que nous tâcherons de suivre ici.

A découvrir : Bigger Than Life, le blog de Martin Singer
A lire : Fox, LE webcomic de l’été
A découvrir : les albums de Martin Singer sur le site des éditions Warum (avec en prime une interview comme il faut)

Info du jour : blog

L’info du jour

Oyez la naissance d’un nouveau blog consacré au 9e art !  « Encore un ! » me direz-vous. Oui mais non, Une case en moins (c’est son nom) est doublement spécial. Tout d’abord, c’est celui d’Hector (Franck), l’un de mes confrères et ancien chroniqueur d’IDDBD (entre autres). Ensuite, sa démarche est assez originale mais là je le laisse vous la présenter lui-même :

 » Ce blog aura pour vocation, exclusivement à partir d’une case d’album de bande dessinée, quelle qu’elle soit, d’analyser, de polémiquer ou tout simplement de raconter une anecdote à son sujet.
C’est un souhait qui était en moi depuis déjà longtemps, et qui remonte à ma découverte des Cahiers de la Bande dessinée en 1988, avec leur fameuse rubrique « Case mémorable« . Cette idée a néanmoins été réveillée la semaine dernière, lors du colloque roannais « BD et solidarité », où j’ai eu l’occasion de discuter avec quelques autres amateurs, parmis lesquels Pascal Robert dont l’analyse « Palo Alto chez Asterix : l’enseignement de la théorie assisté par la BD
 » a fait mouche. »

Voilà, donc bon vent à Hector avec sa case en moins… (désolé, il fallait que je la fasse celle-ci). Et n’oubliez pas de visiter son autre blog lui aussi très intérressant.

Chronique de vacances : Julien Neel

Julien Neel version blog

Bonne nouvelle pour la blogosphère BD ! Julien Neel, le talentueux auteur de Lou ! et du remarquable Chaque chose (un de mes coups de coeur 2007) a ouvert son blog le jeudi 7 août ! Si vous ne connaissez pas le travail extraordinaire de cet auteur, tout en finesse, en humour et en douceur, ce sera pour vous une bonne occasion de le découvrir.
Dans ces premiers messages, Julien Neel explore avec angoisse les joies du trollisme, les petits bonheurs et dégouts de l’internaute moyen. Nous on aime et on est très heureux de pouvoir le lire régulièrement sur la toile !
Au passage, arrêtez-vous également sur le blog de Boulet. Pourquoi ? Juste parce qu’il a fait passer l’information sus-présentée et qu’il s’agit simplement d’un des meilleurs blogs BD en ce moment. Si, si !

Donc, si l’on a bien retenu les informations, je résume pour ceux qui dorment à l’ombre des cocotiers : Julien Neel c’est ici, Boulet c’est par là et la chronique de Chaque Chose c’est sur ce lien. Si c’est pas du travail mâché ça !

Talentueux oisif ! – Part 2

Sans emploi : Jibé, l’interview !

Hier, nous vous présentions Sans Emploi, le webcomic de Jibé et comme promis à la fin de la chronique, nous vous proposons aujourd’hui son interview ! Rien que ça et rien que pour nous. Merci encore à Jibé !

IDDBD : Bonjour Jibé, tu es l’auteur du blog Sans emploi que nous avons présenté hier. Peux-tu nous parler un peu de toi et de l’historique de ton blog ?

Jibé : Bonjour IDDBD ! Je vais essayer de me présenter au mieux, même si je ne trouve cet exercice très évident… je m’appelle donc pas vraiment Jibé mais presque, j’ai entre la vingtaine et la trentaine d’année et j’habite en France… Ma bédé Sans emploi a commencé en août 2005, et depuis je m’efforce de tenir mon blog bédé à jour.


IDDBD : Je cite la phrase de présentation du blog : «Quand on a pas de boulot, pas la motivation, que tout

parait inerte autour de soi, mais qu’on garde le sens de l’humour, il reste la bédé.» Avoue que c’est assez terrible comme constat ! En même temps c’est très représentatif de l’esprit de Sans emploi. Alors, dis-nous tout : Sans emploi c’est autobiographique, c’est une thérapie moins chère que 20 ans de séances chez le psy ou simplement une façon déguisée de se moquer de cette belle société qui est la nôtre ?

Jibé : Le constat est terrible, certes, mais il colle assez bien à l’état d’esprit dans lequel j’ai commencé cette histoire. Comme vous vous en doutez, Sans emploi part d’une expérience personnelle : une assez grande période de chômage a eu raison de mes illusions d’étudiant devenu jeune chercheur d’emploi. Comme pour exorciser cela, j’ai redigéré tout ça sur papier, sous la forme d’un personnage encore plus minable, faible et lâche que moi à l’époque (fallait le faire). J’avais besoin de cet alter-égo qui réussissait encore moins bien que moi, afin que je ne me dévalorise pas trop. Mieux vaut en rire que de s’en foutre, comme le dit si bien le grand Didier Super.
Alors oui, au départ c’était une sorte de thérapie, puis ça a évolué vers une légère critique du monde et des gens en général. Mais je me garde bien de faire la morale à qui que ce soit. Pour en revenir à la petite phrase d’intro du blog, elle va bientôt être légèrement modifiée pour mieux coller au développement de la bédé…


IDDBD :
La question récurrente : Quels sont tes grands « maîtres » ?

Jibé : Plutôt que de faire une liste d’auteurs longue comme le bras, et qui n’aurait pas beaucoup de sens, je

vais me contenter de n’en citer que quelques uns. En ce qui concerne directement Sans emploi, il y a deux influences majeures : Franquin et Matt Groening. Le premier pour l’illustre et inégalable Gaston, le premier vrai anti-héros, le grand frère rêvé de Constantin en quelque sorte (enfin, j’aimerais bien…), et le second pour les non-moins célèbres Simpson et Futurama, où j’aime l’humour souvent absurde et le rythme général de l’histoire. Ces influences revêtent moins une influence graphique pure qu’une façon d’écrire une histoire, de mettre en place un univers et des personnages bien campés. J’aimerais avoir ne serait-ce que le centième de leur talent. Je les respecte énormément.
Pour les influences plus graphiques, je citerai Trantkat, alias Kévin Hérault, le dessinateur de la série HK, et Yukito Kishiro, mangaka de Gunnm. Ça n’a certes pas grand chose à voir avec Sans emploi, et leur influence ne s’y retrouve presque pas, mais j’aime leur façon de concevoir leur dessin. Je rêve de dessiner un jour un récit à la hauteur de ces deux auteurs.
De façon plus diffuse, j’aime bien d’autres auteurs, comme le tandem Larcenet/Ferri (même prit séparément), Naoki Urasawa et son génial 20th Century Boys, Edika pour l’absurde (et toute la bande à Fluide Glacial des années 90), ou encore Masamune Shirow.

IDDBD : Sur IDDBD, on essaye de tenir le rythme d’une chronique par jour et ce n’est pas toujours simple. Tu en es à ta 4e saison de « Sans emploi ». Peux tu nous expliquer quelle est ta recette ?

Jibé :

L’alcool et le crack. Mais surtout les pauses ménagées entre les saisons, qui peuvent s’étendre jusqu’à 6 mois. Au début, j’ai écrit au jour le jour, jusqu’à ce que je me rende compte que ce n’était pas viable à long terme d’écrire une bédé comme cela.
Sans emploi n’est pas à proprement parler un blog bédé, mais plutôt un webcomic… même si dans mon cas, la frontière est floue, surtout dans les débuts. Quoi qu’il en soit, Sans emploi me demandait tout de même un effort d’imagination et de scénarisation sur le moyen terme, chose que je n’aurais probablement pas eu à faire si je m’étais contenté de raconter que j’avais mangé une pomme (75% des blogs bédé).
Du coup, pour les saisons suivantes, j’ai pris une grande feuille et écrit les grandes étapes de la saison à venir. Et plus ça va, plus j’écris à l’avance. Au début de la saison 4, j’avais jusqu’à deux semaines d’avance sur la parution… avance qui a fondu comme neige au soleil, mais j’essaie de garder le rythme, ce qui n’est pas évident. Cela se voit quand j’ai moins d’inspiration, mais c’est la règle du jeu.

IDDBD :

Toi qui viens de la « blogosphère », penses-tu que pour les jeunes auteurs les blogs BD soient une (voire l’unique) solution pour sortir du flot ?

Jibé : Avant même la blogosphère, je viens du fanzinat. J’ai participé à tout un tas de publications, il y a quelques années de ça, lorsque j’étais encore jeune et chevelu. Le système fanzinat a, sinon vécu, au moins prit un sérieux coup dans l’aile, avec l’apparition des blogs bédé. C’était encore un système plus ou moins efficace pour se faire un nom dans le cercle fermé des initiés, et peut-être prétendre à une place d’auteur chez un éditeur. Le blog bédé a un peu remplacé ce système, en facilitant la parution de jeunes auteurs. Finis les coûts de production, plus de factures de reprographe hallucinantes, plus de distribution confidentielle par correspondance ou en convention : le web a libéré le fanzinat de ses plus lourds travers. Le blog bédé est une vitrine parfaite, et en ce sens, ça peut permettre à certains de sortir du lot. D’ailleurs, à lire certains sites, c’est même le but premier.

D’une manière générale, ce que je trouve génial, c’est que le gus de 16 ans qui pond des mangasses sera logé à la même enseigne que Maester, par exemple. La république des blogs à cela de formidable qu’elle met tous les auteurs sur un pied d’égalité, qui plus est directement en face de leur public. Pas de tête de gondole, pas de tirage collector, pas de réseau de distribution inégaux, juste une URL. Au final, les plus populaires sont presque ceux qui le méritent le plus, parce qu’ils combinent tout un tas de paramètres comme un graphisme

alléchant, une bonne cadence de parution, une constance dans la qualité de la production et un minimum de contact avec son public. C’est vraiment pas évident de mener tout cela de front, l’exercice est probablement plus difficile de faire un excellent blog bédé qu’une bédé tout court.

IDDBD :

Quelle est l’actualité et le futur de Sans Emploi ?

Jibé :

L’actualité de Sans emploi, c’est la saison 4 encore en cours. Ça représente pas mal de boulot, mine de rien, parce que j’ai décidé de ne plus trop dessiner Sans emploi à l’arrache. Suffit de comparer les premières saisons à l’actuelle. Je prends plus de temps pour soigner l’aspect graphique de la chose, j’espère ne pas trop dénaturer ni renier l’esprit des débuts.
Pour le futur, la saison 5 est déjà écrite. Elle reprendra la même forme que la saison 3, à savoir un récit complet, plus conventionnel qu’une série de strip. Elle est censé boucler un cycle. Et encore plus loin, il y aurait une éventuelle saison 6 à laquelle j’ai commencé à réfléchir sérieusement. Il y aura probablement pas mal de changements à cette occasion, sur le fond et dans la forme.
Je viens de me rendre compte que ça fait très sérieux et planifié tout ça. Le plus dur est de garder l’aspect spontané, je suppose…

IDDBD :

Et pour toi ? Du boulot ? (bon je sais elle est facile). Bref, des souhaits ou des projets secrets à dévoiler ?

Jibé : Du boulot oui, j’en ai. D’ailleurs, ça n’arrête pas d’étonner les gens qui me posent la question. Certains n’ont pas fait le distingo entre l’auteur et la bédé, mais c’est le lot des blogs bédé, j’imagine. Comme je l’ai dit plus haut, Sans emploi est plus un webcomic, et même si certaines situations ou personnages sont véridiques, cela reste romancé et scénarisé…
Des souhaits et des projets, j’en ai plein, mais j’ai l’impression qu’à force d’en parler, rien ne se passe. Motus, donc. Et je ne suis pas superstitieux. Ca porte malheur.

IDDBD : Pour finir, et comme on aime bien donner notre avis, quel(s) album(s) nous conseilles-tu en ce

moment ?

Jibé :

Le masque tombe : je ne lis pas beaucoup de bédé. On pourra reprendre les séries des auteurs que j’ai cité, dont leurs nouveautés, mais je n’ai pas de vision sur l’actualité… reste que je lis un bon paquet de blog bédé, par le truchement de blogsbd.fr, que ces derniers mois j’ai bien aimé Catsby, le dernier Combat Ordinaire de Larcenet, les vieux Sattouf dont le Retour au Collège, les rééditions de HK (même si le dernier date un peu… tu fous quoi Trantkat ?), les premiers Monsieur Jean et De Gaulle à la plage de Ferri (un des rares génie du strip français).

IDDBD :

Merci  pour tes réponses

Jibé :

Merci pour tes questions !

Bon, un gars qui prend comme références Matt Groening, Franquin et qui considère Jean-Yves Ferri comme un génie (on est bien d’accord) ne peut pas être foncièrement mauvais, non ? En tout cas, merci encore pour cette interview et bon courage pour les saisons 5, 6 etc…

Bonus musical : un petit Didier Super ?