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Le Jardin d’hiver

scénario : Renaud Dillies dessins : Grazia La Padula Editions : Paquet (Blandice)

Entorse au réglement

Avant propos de chronique : récemment, j’ai eu une (plusieurs en fait) discussions avec ma copine Mo’ la fée sur le pourquoi du comment chroniquer ou non des albums que je n’avais pas aimé. Si nos arguments se valent (si, si Mo’ j’ai aussi raison !) je dois avouer qu’un des siens est incontournable : la critique peut être tout à fait constructive si elle est faite honnêtement. Alors voilà, exceptionnellement, je vais aller un peu à l’encontre de l’esprit d’IDDBD et un peu étalé mon demi-scepticisme sur un album. Je m’en excuse d’avance mais là, j’en avais besoin. N’hésitez pas à râler si vous n’êtes pas d’accord, de toutes façons je ne répondrais pas aux mails d’insultes. 🙂
Donc oui, sceptique, je le suis (oui quand je critique je parle comme Maître Yoda) car quand j’ai refermé Le Jardin d’hiver j’ai regardé la couverture en me demandant si j’avais un chef d’œuvre entre les mains ou un ramassis de clichés… Renaud Dillies au scénario et Grazia La Padula au dessin racontent l’histoire de Sam, garçon de café dans un bar de jazz, solitaire paumé dans une grande ville où les regards soupçonneux sont les seuls véritables relations entre les êtres. Bien sûr, Sam a Lili, une jolie danseuse. Il pense qu’il l’aime. Enfin… il ne sait pas vraiment. Bref, Sam se traîne dans sa petite vie morne jusqu’au jour où une goutte tombe du plafond directement dans sa tasse de café. Bizarre !
Mettons nous d’accord immédiatement, le dessin et la couleur de Grazia La Padula sont absolument superbes. Surprenant, caricaturaux et absolument magnifiques ! Elle a su donner à cette ville une atmosphère pluvieuse et glauque qui m’a rappelé un peu les univers créés par Nicolas de Crécy. Quant au scénario... Je vais essayer d’exprimer mon sentiment sans dévoiler toute l’histoire, ce qui n’est pas simple vu l’épaisseur de l’intrigue. Le héros paumé coupé de sa famille, la fille belle et gentille, le petit vieux qui perd la boule, la ville violente et inhumaine… et une symbolique un peu (très) lourde quand l’horizon nuageux de la ville et du héros se dégage, la pluie laissant la place au beau temps après un rebondissement qui permet à Sam d’ouvrir enfin les yeux sur l’importance des « vraies choses »… Mouais, mouais, mouais. J’ai vraiment l’impression d’avoir vu ce schéma narratif des milliers de fois, au moins autant que la moitié des figures, principales ou secondaires, symboliques ou pas, qui hantent l’album.
Un peu partout sur le net, les gens évoquent une poésie sublime mais un dessin particulièrement difficile. Il ne correspond effectivement pas aux canons habituels du dessin à l’européenne, mais pour moi, loin d’être inaccessible, il est la grande force de cet album. En revanche, ce scénario ultra-lisible, où les surprises sont relativement rares, est beaucoup trop convenu. Pourtant, Mélodie au Crépuscule et Betty Blues, deux des albums de Renaud Dillies, sont des hommages magnifiques à la musique et aux rêves. Ils sont surtout d’une incroyable originalité !
Tout de même, quand j’ai refermé ce livre, je me suis demandé si je n’étais pas passé à côté de quelque chose. Après tout, c’est une question de sensibilité parfois ou d’état d’esprit au moment de la lecture. N’avais-je pas compris le message ? Alors je l’ai relu... encore une fois. Comme une évidence, mes impressions rebondissaient invariablement sur ce décalage malheureusement évident entre graphisme et écriture, gage d’une œuvre pas complètement aboutie à mon sens. Tout simplement dommage. Si vous avez lu et aimé (ou pas) cet album, n'hésitez pas à glisser un petit commentaire, histoire de voir... A lire : un avis totalement opposé au mien sur le blog de Choco Info K.BD Retrouvez la synthèse de Silence, le cultissime album de Didier Comès sur le blog du collectif de blogueur k.bd qu'IDDBD a rejoint récemment ! Pour replonger dans l'univers sombre des Ardennes belges et du sublime idiot, suivez le guide !!!

Peace and love

La Guerre du Professeur Bertenev (scénario et dessins d’Alfonso Zapico, collection Blandice, éditions Paquet)
1855, guerre de Crimée. Léon Bertenev est un simple artilleur russe. Prit entre le feu anglais et la folie de son capitaine, il voit ses compagnons mourir un à un. Fuyant la bataille, il est arrêté par un cavalier anglais, le capitaine Townsend, fine fleur des armées de sa majesté la reine Victoria. Prisonnier de guerre, Bertenev est condamné à une mort certaine car ses compatriotes ne vont pas tarder à lui faire payer sa désertion. Léon est toutefois bien plus qu’un simple soldat et grâce à la mansuétude du capitaine Townsend, il devient interprète auprès de ses ennemis et confident de son sauveur. Devenu traitre à sa patrie mais resté un ennemi pour les anglais, le professeur Bertenev est un apatride jetant un regard douloureux mais sans haine sur un monde violent qui ne l’a pourtant pas épargné. La grande sensibilité et l’intelligence de ce personnage égaré au milieu de la guerre irradient l’ensemble de cet album. Ce n’est pas une BD historique sur une guerre mais plutôt le récit de relations entre des êtres que le hasard a obligé à entrer en contact. Si tout les opposent (langues, principes, visions du monde) ce sont par de
savoureux dialogues et/ou des situations extrêmes qu’ils vont peu à peu se découvrir.
Le jeune auteur espagnol Alfonso Zapico, 25 ans seulement, fait ici preuve d’une remarquable maitrise de son histoire. A l’image de son héros, il ne donne pas de leçon de vie et cherche toujours à montrer les différents points de vue d’une même situation. Au bout du compte vous voilà portés par un récit qui se déroule comme du papier à musique. Vous vous inquièterez pour ses héros et au bout du compte, vous vous attacherez. Encore une fois, la collection Blandice des éditions Paquet offre un petit bijou. Après les albums de Renaud Dillies (Mélodie au crépuscule, Betty Blues) ou le très excellent Big Bill est mort (par Antunes et Taborda) voici une petite merveille sans prétention, intelligente, fine, et ne tombant pas dans un manichéisme facile. C'est excellent de bout en bout. Tout ça méritait bien un petit label Recommandé. A lire : linterview d’Alfonso Zapico sur le blog Bulle d’Encre. La transition avec l'info du jour est toute trouvée !

Mélodie au crépuscule

(scénario et dessin de Renaud Dillies, couleurs de Christophe Bouchard, collection Blandice, éditions Paquet) Il y a longtemps qu'une BD ne m'avait autant ému : Mélodie au crépuscule est un petit bijou d'émotion. Je sais, les mauvaises langues diront qu'IDDBD aime bien les "petits bijoux" (c'est un tic de rédaction qui revient régulièrement dans les chroniques) mais je vous assure qu'au cas particulier, l'expression n'est pas galvaudée... Qu'il s'agisse de l'histoire ou du dessin, cet album est tout simplement magnifique. Et si Renaud Dillies utilise toujours sa présentation "en gauffre" (deux cases horizontales et trois verticales), qu'elle inventivité dans les dessins (dont certains en pleine page ) ! Le trait est encore plus libre et plus lisible que dans Betty Blues et (peut-être) visuellement plus rythmé (il y a plus de mouvements de caméras, plus d'effets...). Bref, graphiquement, Mélodie au crépuscule devrait vous ravir. Quant au scénario, il est d'une poésie et d'une sensibilité comme peu d'auteurs en BD savent les retranscrire (ahhh, non mais ! quand on aime à IDDBD, on aime !). Bien sûr, comme dans Betty Blues, il y a encore un volatile qui se fait larguer par sa fiancée (qui choisit cette fois-ci un taureau et non pas un gros chat...), il y a encore de la musique, des cigarettes (juste pour les effets de fumée...) et la magie de l'univers de Renaud Dillies qui réussit le tour de force de nous immerger totalement dans son dessin et sa musique (je vous assure que l'on finit par l'entendre sa musique...). Il y a du Tim Burton et du Chagall chez cet artiste... Et puis, il y a cette extraordinaire amitié (le coeur de l'album) entre Scipion Nisimov (le volatile) et Tchavolo Naguine, un matou gitan. Une amitié comme on rêve tous d'en rencontrer dans sa vie. De celles qui parfois en changent le cours... Merci Renaud. A lire : la fiche de l'album, rédigée par Renaud Dillies sur le site des éditions Paquet, ainsi qu'un extrait L'info du jour Si je vous demande le rapport entre Mélodie au crépuscule et Betty Blues, vous me répondrez immédiatement qu'il s'agit de deux (superbes) albums de Renaud Dillies et vous aurez raison... Si je vous demande maintenant le lien entre ces deux (superbes) albums et Big Bill est mort d'Antunes et Taborda, vous me répondrez (peut-être...) que ces petits bijoux de la BD sont publiés chez Paquet. Là aussi vous aurez raison mais votre réponse serait incomplète. Le lien entre ces albums, c'est la (superbe) collection Blandice des éditions Paquet. Pourquoi vous en parler ? Juste pour le coup de pub ? Ca va pas non ! C'est juste parce qu'IDDBD y trouve régulièrement son bonheur (et aussi, c'est vrai, parce que l'on aime bien les éditions Paquet et leur philosophie de publication...). Dans la collection Blandice, tout a commencé par Betty Blues (que j'ai connu parce que la coloriste de cet album est Anne-Claire Jouvray, l'épouse de Jérôme Jouvray le dessinateur de Lincoln...), puis il y a eu Big Bill est mort et Paradis distant d'Antunes et Taborda, suivi de Sémaphore (un super scénario, d'ailleurs récompensé à Moulins en 2006...). Et il reste encore à découvrir La guerre du Professeur Bertenev d'Alfonso Zapico, Matilda Clark d'Artur Laperla (ainsi que son Voleurs de chien), Merci Patron de Rui Lacas, La perspective Nevski de Tommy Redolfi, Souvenirs de Guillem March et Sumato de Renaud Dillies... En plus, depuis hier, pour l'achat d'un album de la collection Blandice, vous recevrez un très bel album dans lequel les auteurs de la collection se rendent mutuellement hommage... Ca dure jusqu'en octobre... Et là encore, ce n'est pas de la pub ! C'est pour vous qu'on le dit !

Betty Blues

(scénario et dessin de Renaud Dillies, couleurs d'Anne-Claire Jouvray, aux éditions Paquet) Aujourd'hui, IDDBD vous entraîne trainer vos guêtres du côté des clubs de jazz enfumés à la rencontre de Littre Rice Duck, un canard trompettiste "new orleans", et de sa belle Betty, qui l'attend au bar, alanguie et passablement imbibée. Lui ne vit qu'au travers de sa musique, sans se rendre compte de l'importance de sa Betty. Elle ne rêve que de champagne et de vie facile, sans imaginer ce que serait réellement sa vie sans son Little Rice. Aussi, lorsque James Patton, un matou plein aux as, passe, c'est sans trop de difficulté qu'il emmène la dame. Abandonné, Rice reste sonné sur le carreau et envoie tout ballader : copains, concerts et même sa trompette... De son côté, Betty va connaître l'envers du décor... Se retrouveront-ils ? Betty Blues est un superbe album (prix du premier album au festival d'Angoulême 2004 s'il vous plaît !) qui mérite que vous vous laissiez embarquer par son trait enlevé, sa mise en case "gauffre" limite psycho-rigide (3 rangées de 2 cases) et ses couleurs somptueuses (merci Anne-Claire). Et puis il y a l'histoire concoctée par Renaud Dillies bien sûr. Une histoire de femme, de musique et d'alcool. Une histoire triste et vraie. Une histoire de blues quoi... A voir et à mater : les deux premiers chapitres de Betty Blues sur BD Paradisio A lire : l'interview de Renaud Dillies sur BD Paradisio A relire : l'interview de la Jouvray Family sur IDDBD (les 20 et 21 février 2006)