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Chronique | 3 secondes (Mathieu)

Cet ouvrage propose de relater la trajectoire de la lumière dans une petite portion d’espace-temps. Les 3 secondes qui la constituent forment un récit très court mais aussi très dense, aux allures d’intrigue policière… (extrait de l’avant propos)

Parcourir la lumière...

Œuvre étrange et Marc-Antoine Matthieu est un pur exemple de pléonasme. En effet, cet auteur nous a bien souvent habitué à jouer sur les codes de la bande dessinée. Julius Corentin Acquefaques est, non seulement l’histoire farfelue d’un personnage évoluant dans un monde étrange, mais aussi une suite de réflexion autour des éléments de la bande dessinée. Cette fois-ci, MMA cherche à entrainer son lecteur dans un zoom vertigineux à la vitesse de la lumière. Tout au long de ces 72 planches divisées en gaufrier de 3 cases sur 3 (non, pas du tout, c’est un hasard) c’est une tentative de plongeon dans une image. Ainsi, on pénètre dans un regard qui reflète lui-même une image contenant elle-même un aperçu de scène. Il s’agit pour le lecteur de reconstituer le puzzle afin de comprendre l’intrigue dissimulée dans ce court moment. Oui. Très bien… Je vais être direct, on pourra gloser des heures sur la réussite ou non de cette entreprise. Les techniciens de la BD s’en donne d’ailleurs à cœur joie sur les forums et les sites spécialisés. Mais la question qui me taraude depuis que j’ai refermé le livre c’est : est-ce que ça m’a intéressé ? Honnêtement non.

...pour prendre le mur de l'art séquentiel.

Bon, comme me disait un ex-collègue, il ne faut pas s’arrêter à l’histoire quand il y a une recherche esthétique ou de forme. D’accord, mais quand c’est la forme qui pèche, que fait-on ? Pour moi, il y a deux points de vue formels discutables. Le premier est la latéralité de l’ensemble. J’avoue n’avoir véritablement ressenti l’effet « zoom » qu’en découvrant l’œuvre numérique. Car 3 secondes a une double version, l’une numérique sur le site de Delcourt (accessible par un mot de passe disponible dans le livre) et l’autre papier. Bref, l’effet zoom n’a, pour moi aucun intérêt dans cette succession latérale classique de cases. Et c’est bien normal après tout, la BD est l’art de la séquence (comme l’expliquait Eisner). J'aurais aimé que Marc-Antoine Mathieu trouve un subterfuge dont il a le secret afin de donner de la profondeur physique à son idée. C'est justement mon second point (quelle transition !). Là, je rejoins en partie l’avis de Jeanine Floreani du site du9, sur les 9 cases des planches proposées seules 2 ou 3 ont réellement un intérêt. Les autres n’étant, et j’utilise volontairement un terme de dessins animés, des intervalles. Ces derniers ne font pas partie de l’essence même de la BD. En effet, les auteurs de bandes dessinées cherchent souvent à optimiser l’espace et ne dessinent gratuitement que très rarement. Hugo Pratt ou Hergé n’ont jamais dessiné une case juste pour la dessiner mais bien pour enrichir la précédente, pour améliorer la lecture, pour faire avancer l’histoire. Ce n’est pas l’impression que l’on a ici. Au contraire. C’est une succession de mêmes cases à l’infini avec un effet de gros plan et un ajout de détail. Divisé le nombre de cases par trois et vous aurez le même résultat. Pas de quoi crier au génie. Du coup, si la lecture des premières pages se fait avec concentration, on cherche vite à découvrir les cases présentant l’indice en sautant les cases "inutiles". A votre avis, pourquoi les studios de film d'animation font dessiner leurs intervalles par d'autres (cf PyongYang de Guy Delisle) ? Finalement, on finit par survoler les éléments non pas à la vitesse d’un photon mais pas loin. Pour moi, l’ennui était au bout. Autre point (oui j’avais dit deux mais là j'arrête avec la forme) : quel intérêt ? Quelle histoire ? Rien ou pas grand-chose hormis des mini-intrigues qui s’oublient aussi vite qu’elles se découvrent. J’aime Marc-Antoine Mathieu quand ce dernier met ses recherches au service de ses idées créatrices. Ici, j’ai l’impression d’un concept album sans rien d’autre autour qu’une idée. Une belle idée certes mais dont l’exploitation n’est pas à la hauteur de la révolution tant vantée. Un concept certes mais qui n’apporte rien d’autre qu’un joli site et qu’une pierre supplémentaire sur la route pavé de bonnes intentions de la « lecture numérique » de la bande dessinée. Conclure ? Oui. Si certains se gaussent devant cet album, plus un concept cherchant à lier films d'animation à bande dessinée, personnellement je suis loin de m'enthousiasmer. Une réalisation qui ne réussie pas à répondre à sa brillante idée de départ. Encore une fois, Marc-Antoine Matthieu a pris un risque. On ne peut que lui rendre hommage pour cela. Mais globalement, je ne retiendrais pas cet album comme autre chose qu'une anecdote. Je vous invite à découvrir le site de Delcourt cependant, vous gagnerez sans aucun doute du temps (et de l'argent). L’œuvre numérique qui révolutionnera la bande dessinée n’est pas encore écrite.
scénario et dessins : Marc-Antoine Matthieu éditions : Delcourt (2011) 14,95€ Public : Adulte - Bédéphiles Pour les bibliothécaires : Un album concept. Intérêt limité mais si vous avez un budget pourquoi pas ? Privilégiez plutôt les autres œuvres de cet auteur
A découvrir : la vidéo de présentation sur le site officiel A lire : la chronique de Mo' A noter : Je remercie Babelio et les éditions Delcourt pour cet album. Vous pouvez d'ailleurs retrouver cette chronique sur le site de Babelio.

Chronique | Les autres gens

Tout commence dans un café, Mathilde achète des cigarettes quant un inconnu lui demande 3 numéros pour jouer au loto. Le 1, le 2, le 3 et une promesse un peu folle… C’est un début, l’histoire d’une jeune étudiante parisienne, de ses amis, de sa famille, de ses préoccupations et de tout un tas de chose qui n’arrive pas qu’aux autres…

L’aventure d’une génération

Avant d'être un livre, Les Autres Gens est une aventure artistique commencée en mars 2010 sur Internet. Idée un peu farfelue de créer une télénovelas version bande dessinée directement sur le web. Thomas Cadène, instigateur et scénariste de cette aventure, propose ainsi le récit de la petite vie de parisiens chaque jour sur le site Les Autres gens.  Et chaque jour, un nouveau dessinateur prend le relais. Du coup, cette aventure éditoriale est devenue un peu le fer de lance d'une génération d'auteurs. Ici, pas de grand manitou de la BD, pas d'auteurs historiques de l'Association, ni de la Nouvelle BD. Ici, on retrouve les auteurs nés dans la bulle Internet, ceux que l’on retrouve régulièrement au festiblog de septembre. Comme un symbole, c’est Boulet qui ouvre le bal du premier volume avec un magnifique prologue tandis que Bastien Vivès signe la couverture et les premières illustrations. Mais il ne faudrait pas limiter Les Autres Gens aux simples noms de Cadène, Boulet ou Vivès. En effet, chacun apporte sa pierre à l'édifice, donnant un élan supplémentaire à l'ensemble. Il est même étonnant de voir la grande continuité générale malgré la multiplication des graphismes. De Tanxxx avec son style « rock » noir et blanc à Vincent Sorel au trait naïf et coloré, on découvre une large palette picturale. Vraiment très amusant et surtout très surprenant !

L’art de la saga

Il faut le reconnaître, cette cohérence est avant tout liée au grand talent de scénariste de Thomas Cadène. Ce dernier maîtrise l'art du Cliffhanger en laissant des situations en suspend sans pour autant frustrer le lecteur. Tout commence simplement pour peu à peu s’étoffer avec l’entrée en jeu de nouveaux personnages. Tout comme la multiplication des graphismes, les protagonistes ne sont pas là pour compliquer le récit mais bien pour l'enrichir. Si l'histoire et les héros tournent principalement autour de Mathilde, le personnage principal, ils auront tous à un moment donné une petite part de lumière... Andy Warhol appliqué à la BD ! Là encore, c’est une caractéristique du format saga. Il est en effet relativement simple de pénétrer dans l’histoire et ce, à n’importe quel moment. A la base, c’est une publication destinée au web et, contrairement aux obligations du format album, Thomas Cadène n’a pas de contrainte physique, il bénéficie d’un temps illimité pour développer son récit et il sait l’utiliser. Du coup, le rythme est posé et les intrigues se déroulent petit à petit mais en évitant l'ennui. Les choses simples (et parfois difficile) de la vie qui ne pourraient par forcement apparaître dans un récit classique ont ici le temps de prendre tout leur sens et donnent une profondeur réaliste à l'écriture.

Une œuvre majeure ?

Cependant, si Les Autres Gens est une œuvre collective d’une nouvelle génération d’auteur, si elle se veut réaliste, elle n’en reste pas moins une œuvre « légère ». Alors oui, c'est le format, il est rare de voir du "lourd" dans une télénovelas. Mais, avouons-le, le tout semble très "parisien", le milieu décrit est surtout celui d’un petit cercle de privilégiés, pas vraiment proches des préoccupations véritables. C’est un univers peuplé d’étudiants, d’intellectuels, de cadres sup’, d’élites aux problèmes existentiels certains… Certes, chacun en prendra pour son grade mais finalement quoi de neuf sous le soleil ? Nous ne sommes clairement pas dans l'univers prolo-engagé d'un Rabaté, Baru ou Davodeau par exemple. Ce qui est presque dommage tant on se dit que cette aventure pourrait forger l’œuvre collective majeure d’une génération. Vous savez ces œuvres intemporelles auxquelles les lecteurs s’identifient comme l’on pu l’être les grands magazines de publication des années 80 (Metal Hurlant, Fluide Glacial…) ou l’aventure de L’Association au début des années 90, des oeuvres qui donneraient presque leurs noms à des périodes. Mais on semble un peu loin de ces préoccupations. Qui sait ? C’est peut-être cette attitude qui marquera cette époque finalement ! Malgré tout, si on passe peut-être à côté d'une œuvre majeure, on en ressort pas moins avec un grand plaisir de lecture. Une série originale et fraîche qui apporte un peu d'originalité dans une édition classique ronronnante. Une jolie surprise et une aventure que je vous invite à découvrir en papier ou sur le web !
Scénario : Thomas Cadène Dessins : Collectif Edtions : Dupuis Public : Ado-adultes Pour les bibliothècaires : Un collecitf intéressant, indispensable
A découvrir : le site Les Autres Gens A lire : la critique sur Sceneario.com A lire : la chronique du tome 2 d'Yvan sur son blog

Bibliothèques | La bande dessinée numérique en perspective

ToundraPetite info pour les collègues bibliothécaires qui ont un peu de temps le jeudi après-midi et qui ne sont pas trop loin de Lyon. Une table ronde autour de la bande dessinée numérique est organisée par les élèves conservateurs de l'ENSSIB (et un élève conservateur de l'ENSSIB qui organise un truc, ben ce n'est pas rien). Rendez-vous le jeudi 12 mai de 14h à 17h avec Arnaud Bauer du site communautaire Manolosanctis (devenu éditeur depuis l'été dernier), Julien Falgas de webcomics.fr et Catherine Ferreyrolles de la bibliothèque de la cité de la BD d'Angoulême. Oui, que des personnes qui ne connaissent rien à la BD numérique. Une après-midi qui s'annonce passionnante pour les bédéthécaires. J'attends vos synthèses >>>Pour en savoir plus sur le contenu, c'est par ici<<<