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Africa Queen

Aya de Yopougon (scénario de Marguerite Abouet, dessin de Clément Oubrerie, collection Bayou, éditions Gallimard) IDDBD vous avait entraîné en Afrique en suivant la trace du talentueux Pahé, ce jeune gabonnais qui nous racontait sa jeunesse africaine et française sur un ton plutôt détonnant ! Et bien c'est reparti ! Non pas avec Pahé mais avec Marguerite Abouet, dont la verve est ici illustrée par un Clément Oubrerie particulièrement inspiré côté dessin. Nous rejoignons Aya, jeune fille de 19 ans, habitante de Yopougon, l'un des quartiers les plus chaud d'Abidjan, en Côte d'Ivoire. Vous ferez également connaissance avec sa bande de copines (Bintou et Adjoua, Féli et les autres...) et toute la cohorte des personnages hauts en couleur qui peuplent se coin d'Afrique plein de soleil, de "palabres", de joie de vivre, de fête, de musique... Comme avec notre ami Pahé, vous oublierez tous les clichés d'occidentaux bon tein qui nous encombrent la tête. Et croyez-moi, ce n'est qu'à regret que vous refermerez le troisième tome de cette série magnifique ! Marguerite Abouet a un talent rare pour nous dépeindre et nous faire aimer cette Afrique des années 70/80 où l'insouciance des jeunes de Yopougon répond avec insolence à celle, parfois plus complexe, des "vieux". Tout ce petit monde se croise, se cotoie, s'entrechoque dans une ambiance que Clément Oubrerie nous dépeint d'un trait instinctif et vivant. On y est ! On s'installe à Yopougon ! Aya et les autres nous deviennent peu à peu familiers et tellement attachants. On partage alors, comme des invités privilégiés, leurs moments de fête, leurs angoisses (jamais désespérées comme ici), leurs colères, leurs rires... Aya de Yopougon, c'est juste un morceau de vie qui nous est offert en trois tomes dans lesquels on plonge corps et âme. Et lorsque vous entendrez parler de l'esprit de Noël, cette période bénie de fraternité, d'amitié et de chaleur humaine que nous vendent à grand renfort de pathos nos médias occidentaux et notre société consumériste, vous ne pourrez vous empêcher de comparer avec la spontanéité simple des sentiments de vos amis de Yop City... Mon Dieu ! Combien il nous reste encore à apprendre de cette Afrique méprisée, berceau de l'humanité... dans tous les sens du terme... A visiter : le site de la collection Bayou des éditions Gallimard A lire : les chroniques des excellents sites Krinein et du9.org et celle, indispensable, du site afrik.com

Quatre garçons dans le vent…

Le Local (scénario et dessin de Gipi, collection Bayou, éditions Gallimard, 2005) En janvier 2005, un jeune auteur italien presque inconnu en France obtient le prix du meilleur album pour Notes pour une histoire de guerre. Dans un album aux allures de documentaires, il dressait le portrait de trois jeunes pris dans la tourmente inhérente au climat de guerre. Fort, magnifiquement dessiné et scénarisé, cet album a reçu une récompense exceptionnelle. Pourtant, l’autre album de Gipi sorti à peu près à la même époque m’a plus marqué (ce qui n’enlève rien à la qualité du premier). Le Local raconte l’histoire des quatre jeunes rockeurs italiens, de leurs vies, de leurs espoirs et surtout de leur amitié. C’est dans un vieil entrepôt prêté par le père de l’un d’eux qu’ils se réunissent pour faire parler la puissance de leur musique. Echappatoire à une vie terne, une détresse ou un carcan familial trop étroit, cette musique est leur moyen pour affirmer leur personnalité ou leur folie (l’un d’eux collectionne les objets nazis), le rock prend toute sa force et sa signification dans un récit divisé en cinq chapitres équivalents à cinq chansons. Aidés par un dessin capable de passer d’un trait énergique lors des incomparables passages musicaux, aux tons les plus doux, voire même à de grandes cases pleines pages d’un paysage au ciel envoûtant (les ciels de Gipi sont simplement ce que j’ai vu de mieux en BD), ce récit dresse finement le portrait de quatre ados et par ce prisme, d'une génération. Quatre ados et un grand rêve. Si ces quatre personnages sont tous réellement différent, leur musique leur donne cette unité. Et à l’heure de tous les espoirs, ou de toutes les détresses, c’est encore le rock qui viendra les unir ou les diviser. Une belle histoire d’amitié, une belle chronique de la jeunesse, un bel hommage à la racine même du rock, bref un album pour découvrir l’un des futurs très grands de la BD européenne. A découvrir : le blog consacré à Gipi en France. Vous pourrez y découvrir des planches de tous ces albums.

Chronique de vacances # 25 | Klezmer

(scénario et dessin de Joann Sfar, collection Bayou, éditions Gallimard)

Bande de veinards, IDDBD vous propose aujourd'hui une chronique spéciale, la chronique du Bib' de Poissy (pour ceux qui ne le connaissent pas encore, fouillez un peu les commentaires disséminés sur IDDBD et vous verrez leur qualité...). C'est une sorte de pré-rentrée avant la rentrée officielle d'IDDBD (le 4 septembre...). En attendant, merci David !

"Il y a quelques mois, IDDBD m’a proposé d’écrire une chronique sur Klezmer de Joann Sfar. Comme certaines choses ne se refusent pas et que c’est quand même mon travail de conseiller des lectures, je ne pouvais quand même pas me soustraire à cette proposition.

Alors voilà, Klezmer, c’est simple c’est l’histoire d’une rencontre entre Noé Davidovitch, un vieux musicien, Hava, une jeune femme fuyant un mariage forcée, Yaacov, un juif ayant perdu la foi et Vincenzo, un violoniste émérite, au plus profond dans la campagne Ukrainienne.

Oui et après ?

Ouvrez le livre et écoutez. Sfar a écrit dans la postface du premier tome : L’idée de faire une bande dessinée musicale m’intéresse énormément parce que la bande dessinée, c’est le monde du silence.

C’est fini, le silence a disparu car Sfar fait (encore et toujours) preuve d’un talent remarquable pour exprimer toute l’atmosphère de la musique traditionnelle des juifs Askénazes (Europe Centrale et de l’Est). Est-ce lié à son coup de crayon énergique, extravagant et surtout totalement imprévisible ? Est-ce lié à l’utilisation de l’aquarelle pour la mise en couleur, technique qui donne à cette histoire une ambiance toute particulière ? Est-ce lié à ses personnages à la fois caricaturaux, terriblement instables mais tellement attachant ? Est-ce lié à ses digressions fantastiques qu’il insère dans son récit ? En fait, c’est un peu de tout ça, une alchimie assez impénétrable pour les pauvres (mais chanceux) lecteurs que nous sommes. Mais entre nous, je crois que ce petit quelque chose fait la différence entre une bonne et une magnifique BD.

Si le premier tome de la série La conquête de l’Est pose les bases de l’histoire et se déroule comme une bonne lecture, le second, Bon anniversaire Scylla, est beaucoup plus intimiste. Il se vit comme une fête où tous vos amis seraient invités, un fil conducteur puis des intermèdes, des regards, des discussions intimes, des rencontres, parfois des prises de bec, des beuveries et surtout, surtout une conclusion magnifique et terriblement poétique qui rend la musique et les femmes encore plus belles.

Voilà, si je me suis enflammé je m’en excuse mais c’est l’esprit du Klezmer qui veut ça !

Pour finir, je soulignerai le magnifique travail d’édition fait par Gallimard. Le contenant est aussi beau que le contenu ce qui n’est pas toujours le cas. De plus retrouver une quinzaine de pages de notes et de croquis dignes d’intérêts à la fin d’un album est assez rare pour être souligné.

Conclusion : Pour moi, l’une des toutes meilleures BD de Sfar, c’est dire ! Bonne écoute !"