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Interview | Bartolomé Segui ? C’est lui… (deuxième partie)

La suite de l'interview (entamée hier) du dessinateur espagnol de l'album Le rêve mexicain... Xastrino  : Quel est ton auteur de BD préféré et pourquoi ? Bartolomé Segui : A part Baru, le toujours renversant Moebius/Giraud (que je confesse ne pas trop suivre pour ne pas me décourager). Je reconnais que j'ai des goûts et des influences très variées. Peut-être par rapport à ce que je disais à propos du style... Il y a des fois où la précision du dessin paraît primer et donc tu te rapproches d'auteurs comme Boucq, Giraud, Torres, Prado... et d'autres fois, c'est la simplicité graphique qui prime absolument pour se soumettre totalement à la narration et alors mes yeux s'attachent à Igort, Duran... Xastrino  : Quelle opinion as-tu du panorama de la BD actuelle en Espagne ? Que crois-tu qu'il nous manque pour nous soyons à la hauteur de la France ou des USA ? Bartolomé Segui : Je t'ai répondu un peu à ce sujet. Par exemple... aujourd'hui même, en voyant la sélection des oeuvres choisies par les deux principaux quotidiens espagnols pour les ventes de BD... il y a de quoi pleurer... Il faut comprendre que pour la majorité des gens, la BD c'est toujours Mortadelo y Filemon, Tintin et Astérix. A partir de là, c'est l'ignorance et par conséquent le désintérêt le plus absolu. Nous n'existons pas. Je crois que nous sommes un collectif qui se nourrit soi-même. Un ghetto. En France, il y a un public de lecteurs qui lisent de la BD tout à fait normalement. Xastrino  : Ce qui est certain, c'est que le panorama de la BD mallorquine est assez mal connu du grand public. Que peux-tu nous dire à propos de la BD qui se fait là-bas ? Bartolomé Segui : Je ne crois pas que l'on puisse à proprement parler d'une école "baléare". Ceux d'entre nous qui sont là ont des styles très différents, c'est simplement une coincidence géographique, très stimulante, d'auteurs et de trois éditeurs : Inreves, Dolmen et Edita. Nous sommes nombreux et bien ensembles. Xastrino  : Peux-tu nous parler un peu de ton passage au sein de la défunte revue El Vibora avec ta série Lola et Ernesto ? Verrons-nous un jour ou l'autre une compilation de tes travaux publiés dans cette revue ? Bartolomé Segui : Je me rappelle avec beaucoup de tendresse de cette époque. Je ressentais une fascination toute particulière pour la ville et bien sûr, cela se reflétait dasn mes scénarios et dans les dessins qui cherchaient à retranscrire ces rues que je découvrais. Ce fut une chance que El Vibora se trouve là et que Berenguer aime mon travail. La première série de Lola et Ernesto fut publiée par La Cupula. Le deuxième partie, enfin en couleur, est arrivée trop tard. La crise des ventes réduisit la publication de livres en couleur et Hector et Rita sont restés dehors. Je tiens l'album prêt en attendant de rencontrer un éditeur qui veuille le publier. Xastrino  : Le rêve mexicain est considéré à ce jour comme l'un de tes meilleurs travaux. Parles nous un peu de ton travail avec Ramon de Espana. Bartolomé Segui : C'est arrivé juste avant que je reparte à Mallorque. J'étais dans le bureau de Joan Navarro. Ramon de Espana avait ce scénario achevé et ils m'ont proposé de le dessiner. Je suis un dessinateur relativement rapide... et je leur est dit que je pouvais faire une page par jour. Nous avons convenu de nous revoir au prochain salon. C'était il y a 7 ans ! Comme je l'ai dit, pendant ce temps, je me suis lancé dans l'édition  de deux revues et l'illustration de livres pour enfants, travailler dans la pub, tenter de mener à bien trois projets avec Zentner pour accéder au marché français. Trois projets qui n'ont pas vu le jour pour la même raison que les pages du Rêve mexicain n'avançaient pas. C'est que dessiner cette BD est devenu une chose très personnelle. Et l'histoire de Ramon a cessé de lui appartenir en propre pour devenir mienne. Ainsi, les 45 pages initiales ont enflé jusqu'à 104 et ont achevé la patience de mon scénariste.  Pour ce qui est des scènes, j'ai réduit le nombre de vignettes par page et profiter pour dessiner. Je crois que cela se voit dans le résultat final. Xastrino  : Dans tes illustrations, on observe le passage de la mise en couleur traditionnelle à celle informatique. En définitive, qu'utilises-tu ? Bartolomé Segui : Si l'on surmonte l'appréhension que cause chaque changement d'habitude de travail, l'ordinateur est un outil comme les autres. J'essaie de faire en sorte que l'automatisation du trait se remarque le moins possible, comme je le ferais avec un pinceau. Avoir la possibilité de faire un control+Z pour rectifier proprement, ça n'a pas de prix... en revanche, je n'ai plus d'originaux ! Merci à Xastrino de nous avoir autorisé à traduire et publier sur IDDBD l'interview de Bartolomé Segui ! A lire : pour les hispanophones, l'interview originale sur xastrino.blogspot.com A visiter : le site de Bartolomé Segui

Interview | Bartolomé Segui ? C’est lui… (première partie)

Aujourd'hui et demain, IDDBD vous propose la traduction d'une interview passionnante de Bartolomé Segui que vous pouvez lire dans sa version originale, en espagnol, sur le blog d'Xastrino (que je remercie très sincèrement). Vous avez oublié Bartolomé Segui ? Mais si, rappelez-vous Le rêve mexicain qu'IDDBD vous a présenté le 6 avril dernier ! Ingrats va ! Xastrino  : Bon, Bartolomé, la question avec laquelle je commence toutes mes interviews : te rappelles-tu quand et comment tu es devenu accro aux bandes dessinées ? Bartolomé Segui : D'aussi loin que je me souvienne, je passais mon temps dans ma chambre à dessiner et lire des BD. Je copiais tout, Lucky Luke, Astérix, Anacleto... Ma première bande dessinée, quelques pages de cahier agraffées avec une couverture et une quatrième de couv' annonçant le numéro suivant, était une satire de Spiderman que j'ai faite, je crois, à l'âge de 10 ans. A partir de là, j'ai continué les lectures et mes dessins... qui se sont seulement adaptés aux auteurs que j'ai découverts tout au long des années 80. Vous savez... Moebius, Breccia, Hugo Pratt... Xastrino  : Quand et comment as-tu commencé à travailler dans la BD ? Bartolomé Segui : A 20 ans, je suis parti à Barcelone sous prétexte d'apprendre la peinture, mais ma véritable intention était de présenter mes dessins aux éditeurs de BD. Par hasard, je suis entré en contact avec Leo Sanchez et je lui ai montré quelques planches. Un nouveau magazine, Metropol, venait de sortir et j'imagine qu'il leur manquait de la matière. Aussi m'ont-ils passer un scénario de Mariano Hispano. Le mois suivant, j'ai continué avec une histoire de 4 pages et le mois suivant avec une autre de 6 pages. Malheureusement, le magazine a cessé de paraître avant que je puisse leur présenter une histoire de 32 pages ! Malgré tout, et pendant que je faisais un type de BD "en costumes", les études de peinture m'ont permis de découvrir la liberté des avant-gardistes des années 80, et la "movida" qui nous venait de Madrid au travers de la revue Madriz ma permis de développer une facette plus picturale à la manière des grands Javier de Juan, Ana Juan, Keko... Et ainsi, je me suis vu dédoubler mon travail : vers Madrid, les pirouettes et les découvertes formelles, et dans les pages d'El Vibora y Cairo les BD quotidiennes sur ma vie dans la grande cité. Xastrino  : Tu as une autre personnalité cachée à part celle d'auteur de BD ? Bartolomé Segui : Ces dernières années à Barcelone, je me suis surtout consacré à l'illustration. J'ai illustré divers contes pour enfants et couvertures pour El Pequeno Pais (Le petit pays). Une fois à Mallorque, j'ai commencé à travailler dans une agence de pub où j'ai découvert les ordinateurs et le graphisme. Tout ceci, en plus de la "colonie" de dessinateurs qu'il y a à Mallorque, m'a pousser - avec Sonia Delgado - à proposer  un supplément jeunesse au quotidien Ultima hora (dernière heure), puis à éditer ensemble (avec Sonia Delgado) notre propre revue Esquitx. C'est une revue trimestrielle en catalan - nous arrivons déjà au numéro 20 (en septembre 2005, ndt) - dans laquelle nous avons publié des pages de Max, Pere Joan, Alex Fito, Sonia Pulido, Vaquer, Linhart, Gabi Beltran... y le Titeuf de Zep ! Parallèlement à tout cela, et malgré le fait que je vive dans un petit village à l'écart (miracle de la toile globale !), les propositions pour illustrer les livres n'ont pas cessé d'affluer, de sorte qu'actuellement, je réparti mon temps entre l'illustration, quelques travaux plus concrets de graphisme et, parce que notre amour est un amour fou (en français dans le texte), ma chérie m'a demandé d'e dessiner quelques vignettes pour quelques causes perdues. Xastrino  : Avec quelle bande dessinée as-tu débuté ? Bartolomé Segui : Si tu te réfères à la BD, la première a été cette BD de deux pages pour le magazine Metropol. S'il s'agit d'album, le premier a été A salto de mata (Le saut de la mort), une compilation d'jistoires inédites du détective Simon Feijoo qu'a publiée la défunte maison d'édition Complot. Xastrino  : De toutes tes oeuvres, desquelles es-tu le plus fier et pourquoi ? Bartolomé Segui : C'est toujours une question à laquelle il est difficile de répondre. Je suis très critique sur mon travail. Je voudrais dire qu'habituellement, il ne me plaît pas plus une fois que je le vois imprimé. J'ai beaucoup de tendresse pour les séries que j'ai faites pour El Vibora et pour Simon Feijoo, récemment compilées par les Editions du Ponent, mais je crois que ce dernier travail, Le rêve mexicain, est le meilleur sur plusieurs points. Xastrino  : Quels projets as-tu maintenant ? Bartolomé Segui : Je ne veux pas être pessimiste, mais le monde de la BD espagnole est au niveau le plus bas. Oui, il y a beaucoup d'éditeurs "indépendants", beaucoup de revues et beaucoup d'auteurs qui ont un bel avenir devant eux, mais quel futur lorsque le prix payé par page représente la moitié de celui qui se payait dans les années 80 ? Ainsi, en Espagne, je crois que ceux qui dessinent des BD le font par plaisir, plus pour eux-mêmes que pour l'argent... ce que je veux dire c'est que je ne m'embarquerais que dans des projets qui m'apporteront aussi une satisfaction personnelle... ça oui... avec une vue sur le marché français, à des années lumières du nôtre. Xastrino  : S'il te plaît, conseille-nous une BD en nous expliquant ton choix. Bartolomé Segui : De mes récentes découvertes me reste Baru et son Autoroute du Soleil (El camino de América en espagnol, ndt). L'apparente facilité de son style et le rythme de ses histoires, très cinématographique, m'impressionnent. En peu de mots, son efficacité de narrateur. C'est qu'avec l'âge, je lis des choses qui me racontent des histoires. Demain, la suite...

Le rêve mexicain

(scénario de Ramon de Espana, dessin de Bartolomé Segui, aux éditions Paquet, collection Ink) Voilà un album à lire par un temps pluvieux, bien lové dans un canapé. Un peu comme lorsqu'on s'apprête à regarder un bon DVD à la télé. Car Le rêve mexicain ressemble furieusement à un road-movie à l'américaine, mais avec une petite spanish touch qui fait toute la différence (vous savez, ce politiquement incorrect que l'on retrouve dans les films de la movida). Remarquez, c'est plutôt normal pour un album scénarisé par un écrivain et cinéaste espagnol, Ramon de Espana (prononcez "espagna"), et dessiné par un artiste au trait nerveux et inspiré, Bartolomé Segui... Mais Le rêve mexicain n'est pas seulement un road-movie, c'est aussi une histoire de retour et de retrouvailles, puis de pertes, définitives pour certaines. Mais n'anticipons pas et commençons par le commencement... Oscar a disparu depuis huit ans. Nul ne sait où il est parti. Un beau jour, il débarque d'un bateau à Barcelone, pique une bagnole américaine (forcément !), retrouve son vieil ami Carlos, publicitaire à la dérive, et l'entraîne dans une ballade rocambolesque qui les conduira tous deux de leur ancienne école communale à l'île de Minorque, poursuivis par deux malfrats énervés. Arrivé à Minorque, Oscar retrouve sa femme et son fils... ainsi qu'une toile de grande valeur qu'il échange contre une mallette de plusieurs millions d'euros. Mallette de billets + malfrats énervés = gros pépins pour Oscar... sa femme, son fils et son ami Carlos. L'équation est imparable, tout comme le dénouement est implacable. Et Le rêve mexicain tourne rapidement au cauchemard espagnol... Le récit de Ramon de Espana est tendu comme une corde et le dénouement claque comme un fouet, de même que le très beau et très efficace dessin en noir et blanc de Bartolomé Segui. A lire : la fiche-album sur le site des éditions Paquet A lire : la bio express de Ramon de Espana et celle de Bartolomé Segui sur le site Claire de bulle. A visiter : le site de Bartolomé Segui, et plus particulièrement les fiches consacrées à l'album Le rêve mexicain (El sueno de Mexico, en espagnol) A lire (en espagnol) : l'interview de Bartolomé Segui par Extranino (bientôt traduite en français).