Archives par mot-clé : Auteur

Les aventures : planches à la première personne (Jimmy Beaulieu)

De 1998 à 2014, Jimmy Beaulieu, auteur important de la bande dessinée québécoise, a tenu des carnets. D’histoires au jour le jour, elles sont devenues peu à peu une véritable œuvre autobiographique témoignant de 20 ans de vie. Ou comment de Québec à Montréal en passant par Angoulême, le jeune Jimmy devint un  homme. Continuer la lecture de Les aventures : planches à la première personne (Jimmy Beaulieu)

Casedoc#4 | Edmond, un portrait de Baudoin (Laetitia Carton)

Durant plus d'un an, la réalisatrice a suivi Edmond Baudoin. A 70 ans, cet ancien chef-comptable devenu dessinateur par désir profond et par peur de l'ennui fait partie des grands auteurs de la bande dessinée contemporaine. Avec son dessin unique au pinceau, il est dès ses premières planches dans les années 80, un personnage tout à fait à part dans l'édition. 30 ans et une cinquantaine de livres plus tard, ce portrait filmé nous permet de le découvrir dans son intimité, entre son petit village de l'arrière-pays niçois, les grands festivals et surtout les discussions feutrées autour d'un dessin, moments privilégiés d'échanges sur l'art, la liberté, la vie. Continuer la lecture de Casedoc#4 | Edmond, un portrait de Baudoin (Laetitia Carton)

Casedoc#3 | Laurent Vicomte, Entretemps (Avril Tembouret)

Depuis 15 ans, les bédéphiles – pourtant d'un naturel patient – attendent avec fébrilité le deuxième volume de Sasmira de Laurent Vicomte. Que se passe-t-il ? Pourquoi ce temps infini entre les deux épisodes de cette série mythique ? En 2004 déjà, Avril Tembouret décidait de prendre sa caméra pour élucider ce mystère… et 8 ans plus tard… Portrait d'un perfectionniste hors du temps. Continuer la lecture de Casedoc#3 | Laurent Vicomte, Entretemps (Avril Tembouret)

CaseDoc | Matt Konture, l’éthique du souterrain (Francis Vadillo)

konture Lozere A travers des interviews de ses proches amis, de ses relations professionnelles, de spécialistes et bien sûr de Mattt Konture lui-même, Francis Dadillo tente de dresser le portrait d'un des artistes les plus singuliers de sa génération.

Avant propos : CaseDoc, c'est quoi ?

Comme vous l'avez remarqué depuis quelques mois, IDDBD ne parle plus uniquement de bande dessinée mais aussi de cinéma, de cinéma documentaire pour être précis (avec une parenthèse animation cet été). Or, je constate que de nombreux films ont été réalisé sur ou autour de la bande dessinée. Afin de lier l'utile à l'agréable, je vous propose donc CaseDoc, des séries de chroniques autour de ces documentaires consacrés au 9e art. J'ai le bonheur de vous proposer Mattt Konture pour ce premier billet. Tout simplement l'un des membres fondateurs de la mythique Association.

Mattt Konture : l'Artiste

Qui de tête pourrait me donner les 7 membres fondateurs de l'Association sans aller faire un tour sur Wikipedia ? Essayons ensemble : David B,  Jean-Christophe Menu, Lewis Trondheim... Euh... ça devient plus dur ensuite... Normal, ces trois là sont les plus médiatiques. Je suis persuadé que beaucoup d'entre nous pourraient ajouté Joann Sfar en se mettant profondément le doigt dans l’œil. Pourtant, ils étaient bien 7... et pas des moindre : Patrice Killofer, Stanislas, Mokeit et Mattt Konture. Mais pourquoi parler de ce dernier ? Après tout, n'est-il pas plus intéressant de faire une chronique de la vie du protestataire Jean-Christophe Menu, par exemple ? Pourquoi faire le portrait d'un auteur qui a passé la majorité de son temps à parler de lui-même dans ses œuvres ? N'est-ce pas suffisant pour le comprendre ? Quel est l'intérêt de ce film en fait ? Konture_art Les premières minutes sont révélatrice et résume assez bien l'esprit général du propos développé par le réalisateur. L'artiste est seul au milieu de la Lozère de son enfance. Il est là avec son crayon, retranscrivant graphiquement ces quelques instants, se dessinant gentiment au milieu de ce grand espace. Son dessin est reconnaissable, joyeusement sombre. Il parle avec sérennité. On sent un peu de timidité et pourtant, il se livre avec une véritable volonté de partage. A cet instant, et ce sera le cas tout le long du film, ni la plume ni la voix de Mattt Konture ne mentent. Rare sont les artistes qui font corps avec leur art. Mattt Konture est de ceux-là. Dans son petit appart', dans sa manière d'être, dans sa manière de se vêtir, de parler, il  ne se différencie pas de son œuvre. Il est ce qu'il fait... jusqu'au bout de ses incroyables cheveux (seul partie du corps où l'on peut se permettre d'être créatif dixit l’intéressé). Il suffit de voir cette scène incroyable où il peint avec ses propres cheveux dans un petit festival de musique alternative en pleine campagne pour être convaincu du propos. Moment de folie ou d'extase artistique ?

Portrait d'un auteur libre

A travers le témoignage de ses amis et surtout de cette très belle scène - sorte de fil rouge du film - où Patrice Killofer tente (et réussi) de dessiner son camarade, on perçoit véritablement toute l'importance de ce personnage dans le monde de la bande dessinée contemporaine. Certes, comme je le disais plus haut Mattt Konture n'est pas le plus médiatique, certes il ne vend pas 100 000 albums, certes il n'a pas l'honneur des sunlights. Mais il est le créateur d'une œuvre toute particulière qui l'a conduit très tôt à se mettre lui-même en scène et par le fil du destin à évoquer sa maladie, la sclérose en plaque. D'une manière frontale, il l'évoque sans mensonge ni pathos avec toujours ce lien fort unissant travail et être profond. Par ce mouvement autobiographique, il a marqué directement ou indirectement le monde de la bande dessinée et particulièrement des auteurs de l'Association. Si l'on peut discuter de la naissance de l'autobiographie BD en France, une chose est certaine : elle doit beaucoup à Mattt Konture. konture-sclerose Mais, tout cela semble le dépasser un peu ou du moins n'en fait-il pas une montagne. On le voit, 20 ans après la création de l'Association alors que de nombreux petits camarades sont allées vers les cieux plus chauds de la BD mainstream, continuer de travailler dans le milieu underground. Fils spirituel et indirect d'un Robert Crumb, il fait ses fanzines, de la musique, se déplace dans les petits festivals, travaille avec des jeunes et les aide à porter leurs projets. On pense par exemple au collectif En Traits Libre dont Kristophe Bauer, dessinateur de Sentinelles de l'Imaginaire fait partie. Sous les yeux du spectateur, Mattt Konture apparaît comme un géant. Mais l'important n'est pas là. L'important est de continuer... toujours...

Comme une absence

Au-delà de l'artiste en lui-même, le film de Francis Vadillo montre en filigrane cette rupture qui s'est créée depuis quelques années dans le milieu de la BD. Alors qu'on s'évertue souvent à parler de la bande dessinée comme d'un média unitaire, on comprend rapidement toutes les dissensions au sein des différents mouvements qui l'animent. Après tout, la BD est maintenant considéré comme un art à part entière - enfin la plupart des gens le reconnaisse aujourd'hui - pourquoi serait-il différent des autres ? Qu'est-ce qu'il le rendrait différent ? konture-musique Ce qui frappe dans ce film c'est justement l'absence des grandes figures historiques et ancien partenaires de l'auteur Mattt Konture. Vous ne verrez jamais Trondheim ou David B., ni même des auteurs apparentés comme Sfar qui a pourtant connu des moments de gloire avec ses fameux carnets (tiens de l'autobiographie justement). En revanche, on verra Jean-Christophe Menu et sa parole toujours très marquée. Le film se déroule au moment des 20 ans de l'Association et justement ces absences font un peu mal et témoignent très indirectement des évolutions de la BD depuis 20 ans. Quelques mois plus tard, c'est la crise chez l'éditeur historique de la BD alternative... Finalement, Mattt Konture semble être un catalyseur d'une forme qui reste et restera très expérimentale et rejette toute facilité, une sorte de bohème du 9e art. Sur IDDBD, on a une tendresse particulière pour les Artistes. A travers son parcours, on ressent les évolutions de la bande dessinée underground (bien plus qu'alternative) depuis les années 80. Bref, ce film propose un point de vue intéressant pour les amateurs de 9e art. Les profanes seront peut-être un peu perdus dans les méandres de ce portrait singulier. Je regrette juste une forme cinématographique parfois un peu sage, j'aurais aimé quelques surprises à la hauteur du personnage principal. Mais après tout, c'est un format télévision. Faudrait pas trop faire peur au spectateur non plus ! Malgré cela, j'insiste sur la qualité du documentaire et sur le beau regard posé par Francis Vadillo sur cet artiste attachant. Petit post-scriptum à ma chronique : comme je vous l'expliquais, Kristophe Bauer travaille avec Mattt Konture dans En Traits Libres. Juste pour vous signaler la sortie d'un nouveau numéro Des Sentinelles de l'Imaginaire (nos premières chroniques ici). Je m'excuse car j'ai reçu le n°4 il y a déjà quelques mois et je n'ai pas pris le temps de faire un billet. En revanche je l'ai lu et ça s'améliore encore ! Bravo à eux et bonne continuation ! A voir : l'allèchant coffret Film + Comixture sur le site de l'Association Les premières minutes du film Mattt Konture - L'éthique du souterrain from Pages et Images on Vimeo.
konture-couvMattt Konture : l'éthique du souterrain un film de Francis Vadillo Production : Pages & Images / France Telévision 64mn, 2010
 

Info du jour | Mort de Fred

fred-bandeauIl y a presque un mois, j'écrivais ma tristesse au sujet de la mort de Didier Comès. Aujourd'hui, l'ami Fred nous quitte à son tour. Le voilà parti dans son pays de conteur éclectique pour reprendre le titre d'une monographie qui lui a été consacré il y a un ou deux ans. Voilà, Fred est mort.

histoire conteur eclectiqueC'est difficile à croire. Mais c'est comme ça. Ça arrive même aux meilleurs d'entre nous. Il est parti comme d'autres de cette génération d'auteurs qui ont changé le visage de la bande dessinée. Il entre dans l'histoire avec les Moebius, Comès et tous les autres que je n'ai pas le cœur à citer. Cette génération disparaît, à nous de ne pas oublier la qualité de leur travail. Laissons un moment nos piles de nouveautés impossibles à faire disparaître pour se pencher le temps d'une parenthèse dans ces univers qui, je l'espère, traverserons les âges. Lisons-les, achetons-les dans nos bibliothèques, proposons-les et écrivons de chouettes chroniques qui donneront envie à d'autres de les lire, de les acheter, de faire de beaux billets... Sans Fred, le monde sera un peu moins joli, moins joyeux et moins enclin à se laisser porter par l'esprit libre des rêveurs. Fred était de cette engeance, il était même un spécimen rare, de ceux qui savent partager leurs folies douces. Je ne reviendrais pas sur son parcours, il est si grand, même si beaucoup l'avait un peu oublié. Allez, je vous invite à lire L'histoire du Corbac aux Baskets... rien que pour le plaisir ! Salut Fred !  

Ya bon le wallon !

Chroniques wallonnes (scénario et dessin de Fifi, éditions 6 pieds sous terre) IDDBD les avait repérées en juillet dernier sans pouvoir préciser la date de publication de ces Chroniques wallonnes. Heureusement que 6 pieds sous terre et Fifi passaient par là pour nous préciser qu'il s'agissait du 21 août... Bref, les Chroniques wallonnes de Fifi sont enfin arrivées (comme Zorro, sans se presser...) et leur lecture confirme bien ce que nous avions pressentis : ce one-shot, c'est du lourd ! Et pas seulement à cause de (ou grâce à) ses 416 pages ! En reprenant les planches publiées sur le site l'Employé du Moi, Fifi compile son quotidien autobiographique de dessinateur BD, entre les petits tracas de la vie, les grandes interrogations métaphysiques (heu... toutes proportions gardées tout de même... on parle d'un auteur de BD !) et la ville qu'il parcourt inlassablement sous la pluie grise. Au travers de son carnet, c'est donc une tranche de sa vie que Fifi nous sert comme ça, un peu abruptement, sans trop de fioriture. Heureusement, l'humour (quasi) omniprésent relève la saveur d'un plat qui aurait pû être indigeste sans cela. A consommer tout de même en plusieurs tranches pour éviter les ballonnements : les Chroniques wallonnes, ça se déguste un peu chaque jour, juste pour conserver intact le plaisir d'apprécier pleinement le ton humoristique de Fifi et son dessin très expressif (que l'on aime particulièrement par ici)... Vous l'aurez compris, les Chroniques wallonnes de Fifi ne sont ni un recueil de spiritualité liégeoise, ni un guide wallon de développement personnel ! Il s'agit de les prendre pour ce qu'elles sont : un simple témoignage auto-dérisoire et humoristique d'un artiste en recherche... Chez IDDBD, on en a fait bombance ! A lire : le pitch complet sur le blog de 6 pieds sous terre

Loisel, dans l’ombre de Peter Pan : entretiens

(Christelle Pissavy-Yvernault, Vents d’Ouest) Que ce livre est splendide ! Une fois n’est pas coutume, IDDBD vous présente non pas un album mais un documentaire sur la BD. Et pas n’importe lequel ! Un documentaire sur le créateur de La Quête de l’oiseau du temps. Avec la série Peter Pan, Loisel a signé l’une des plus belles adaptations littéraires en bande dessinée. Cet univers onirique, ces personnages haut en couleur, ce scénario imprévisible faisaient reprendre vie au monde de J.Barry. A travers l’entretien réalisé par Christelle Pissavy-Yvernault, on découvre l’envers du décor : analyse des albums, dessins inédits, points de vue de Loisel sur ses personnages, hommages d’autres dessinateurs et surtout, surtout des illustrations magnifiques tout au long de ce livre de qualité. Un très bon et beau livre pour prolonger la lecture des 6 tomes de Peter Pan. A lire : l’avis de Sceneario.com A lire : l’entretien de Loisel avec le magazine Lire pour la sortie du 6e et dernier album A découvrir : le site de Régis Loisel A découvrir : le mini-site consacré à Peter Pan Info du jour : oh la bonne nouvelle ! Nous vous avions parlé de Comme un lundi de James, un très bon album. Et bien voici que James remet ça ! Et cette fois avec la Tête X, son fidèle compagnon ! L’annonce a été faite sur son blog il y a seulement quelques jours. Pour une bonne nouvelle, c’est une bonne nouvelle ! Désolé, quelques problèmes techniques et des raisons professionnelles ne m'ont pas permis de faire des mises à jour cette semaine. J'ai quelques chroniques sous la main tout de même... Elles arrivent bientôt !

L’art selon Madame Goldgruber : insulte

(scénario et dessin de Nicolas Mahler, collection Eprouvette, éditions L’Association, 2005)

Quand Mahler, un des rares (voire unique) auteurs de BD indépendants autrichiens, va voir sa fonctionnaire du fisc attitré Mme Goldgruber pour lui prouver qu’il est bien artiste (et bénéficier ainsi d’un magnifique abattement de 10%) on sent que l’on va nager dans la poésie.

A l’origine, ce livre est le catalogue d’une exposition consacré aux travaux de Mahler, chose étrange car comme il l’explique lui-même « l’idée que l’on puisse éditer des essais théoriques sur mes travaux et non mes travaux eux-mêmes me sembla stupéfiante ». Bref, voici l’occasion pour l’auteur de réfléchir au concept d’art et de bande dessinée, et surtout de se lâcher un peu…

Et c’est grandiose ! Mahler manie l’ironie et le sarcasme comme d’autre la pelle ou le burin, avec la grâce du déménageur. Bref, le sous-titre « insulte » n’est pas volé mais c’est tellement drôle et rempli de moment de grâce que l’on ne peut que rire. On pourrait citer le dialogue irréel entre Mahler et Mme Goldgruber (certifiés véritables) mais aussi l’expérience de l’auteur comme dans un magasin de location de vidéo, ou encore… Non je vous laisse découvrir vous-même la suite.

Le dessin ? Anecdotique, très, très, très dépouillé, bref, si vous aimez le beau dessin, bien réaliste on en est loin ! Mais ça suffit pour faire passer le message et passer un bon moment.

Au bout du compte, une vision assez pitoyable de la place de l’auteur de BD dans le monde de l’art mais des instants inoubliables !

A lire : les deux très bon commentaires sur bulledair.com et la passionnante chronique de du9.org David Donnat