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Chronique | Do androids dream of electric sheep ?

d'après le roman de Philip K.Dick Adaptation : Tony Parker Editions : Emmanuel Proust (2011) Collection : Atmosphériques Edition originale : Boom ! (2010) Public : Amateur de science-fiction et des oeuvres de Philip K.Dick Pour les bibliothécaires : Une adaptation assez réussie (pour une fois), 3 volumes prévus donc série indispensable à mon avis. (17,90€)

"A l'origine, j'avais un véritable mouton."

Après le cataclysme nucléaire, seuls quelques hommes vivent encore sur Terre… comme Rick Deckard, de la brigade spéciale des chasseurs de primes. Rick, ce tueur qui poursuit un rêve : remplacer son mouton électrique par un animal vivant… Mais sa rencontre avec la belle Rachel, une androïde Nexus-6 à l’intelligence supérieure, bouscule ses convictions, et va le conduire à s’interroger sur la différence entre l’homme et la machine, la manipulation, et la réalité. Si ce pitch vous rappelle vaguement quelque chose, c’est normal. Do Androids dream of electric sheep ? est le roman qui fut adapté au cinéma par Ridley Scott en 1982 sous le titre Blade Runner (avec Harrison Ford). Malgré son succès mondial, les amateurs du roman de Philip K.Dick virent dans ce film une pâle copie de l’original. Comme souvent dans les adaptations, les choses avaient été simplifiées, les détails éliminés, les reliefs du scénario aplanis. Mais comment rendre l’ampleur de ce chef d’œuvre de la littérature ? Comment se mettre au niveau d’un des plus grands auteurs de la science-fiction, d’un des plus grands auteurs du 20e siècle ? Difficile.DADOES_02 Alors la BD peut-elle réussir là où le cinéma a relativement raté son coup ? Peut-être. On ne pouvait pas réécrire le texte sans en perdre sa qualité ? Alors Tony Parker ne se contentera "que" de l’illustrer. Oui, vous me comprenez bien, les textes lus dans cette BD, les dialogues, les cartouches sont TOUS de l’auteur original dans une traduction de 1996. Ça marche ? Oui. Le texte de Philip K.Dick trouve un nouvel écrin dans la bande dessinée et même si les premières pages sont surprenantes, on se retrouve vite à se délecter du style, à se faire transporter dans la vie crasse de Rick Deckard. La magie opère et les pages se tournent lentement, très lentement pour une bande dessinée. On se rend alors compte du génie visionnaire de l'auteur : la disparition des espèces animales, le danger nucléaire, la solitude, les rêves consuméristes, le rejet de la différence, l’abandon des faibles, la puissance des grands groupes industriels, l’humanité. Les thèmes d’un texte écrit en 1968 résonnent encore dans nos esprits d’hommes du 21e siècle. DADOES-plancheMalheureusement, le graphisme de Tony Parker – un trait mainstream très classique - n’atteint pas l’exceptionnelle qualité narrative de  Philip K.Dick. La BD étant un art de fusion entre l’écrit et le graphisme, ce bémol est important. Si les atmosphères sont plutôt bien rendues parfois on sent un vrai décalage entre les deux éléments. On se prend alors à rêver d’un illustrateur-créateur comme Ben Templesmith (30 jours de nuit, Fell)ou Dave McKean (Cages, les couvertures de Sandman) qui aurait apporté un élément supplémentaire. Mais peut-être auraient-ils gêné la mise en avant du texte ? Y’avait-il assez de place dans ce projet pour confronter des créatifs de cette trempe ? Peut-être pas. Autre bémol, le choix de reprendre au mot près le roman de K.Dick est un choix courageux mais peut-être pas forcément très adapté à la bande dessinée. Je m’explique. Quand vous voyez (dessiné) un personnage pointant son doigt avec un air menaçant en direction du héros, vous vous doutez bien qu’il le désigne et qu’il n’est pas très heureux. C’est alors que vous lisez, dans un cartouche au milieu de la planche : « Il désignait Rick, le regard dur »… Oui merci, on avait compris. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Je pense que dans les écoles de BD, ce genre de choses doit être appris dès la première année : on ne répète pas ce qui est déjà dessinée, on ne répète pas dans les dialogues ce qui est inscrit dans les cartouches (Le Soleil brillait …. « Tiens le soleil brille ! »). Je caricature à peine certains passages de dialogues. Ça hache considérablement la lecture et ne donne pas de possibilités à l’illustrateur. Malgré ses imperfections, cette adaptation apporte un regard neuf sur cette œuvre et on prend tout de même plaisir à (re)découvrir l’un des plus fameux romans de Philip K.Dick. On saluera également le travail d’édition avec des textes originaux de Warren Ellis, Ed Brubaker, Matt Fraction et des planches superbes en fin d’album. Prévue en 3 volumes (le dernier à paraître en Août 2011), cette série est à suivre pour tous les amoureux de la grande science-fiction ! A découvrir : la fiche album sur le site d'Emmanuel Proust A lire : la page consacré à Philip K.Dick sur Wikipedia