Archives par mot-clé : artiste

Tout va bien : 1er commandement du clown (Rosenblatt & Desjardins)

Durant deux ans, Pablo Rosenblatt et Emilie Desjardins ont suivi un petit groupe d'élèves de Bagnolet. Mais cette école est bien originale. En effet, on y apprend à faire le clown. Bienvenue à l'école du Samovar. Continuer la lecture de Tout va bien : 1er commandement du clown (Rosenblatt & Desjardins)

Chronique d’été #5 | Goshu le violoncelliste (Takahata)

goshu1 Goshu est un jeune violoncelliste inexpérimenté. Très timide, il est particulièrement maladroit et met à mal l’exécution de la 6e symphonie de Beethoven par son orchestre. Piquant une colère noire, le chef lui reproche son manque de concentration. Il doit faire des progrès rapidement. Goshu se retire alors dans sa petite maison au milieu de la campagne pour s’exercer. Tour à tour, les animaux viennent le visiter pour lui faire découvrir les aspects cachés de son travail et de sa propre personnalité. Nous continuons nos chroniques d’été (rassurez-vous plus que trois), avec un petit film destiné au jeune public réalisé par Isao Takahata en 1981. Adapté d’une nouvelle du romancier Kenji Miyazawa, Goshu le violoncelliste est une fable champêtre à première vue plutôt anodine. Les enfants y verront une succession de situation plutôt drôle où des animaux apparaissent les uns après les autres (un chat, un coucou, un Tanuki, une souris) pour embêter ce pauvre Goshu dans ses répétitions. Mais le co-fondateur des studios Ghibli, réalisateur de Pompoko, de Mes Voisins les Yamada et surtout du fabuleux (et lacrymal) Tombeau des lucioles (1988), est un réalisateur qui aime, sous le couvert de l’humour, évoquer les choses importantes de la vie. Et ce film d’à peine 1 heure aborde des notions bien plus importantes qu’une simple farandole d’animaux. Même si l’animation a pris quelques années (j’avais 1 an à la sortie du film), la réalisation est particulièrement fluide et soignée. Elle devait même être novatrice pour l’époque. Je n’ai pas vraiment de souvenir de cette qualité pour des films de cette période… enfin, je ne suis pas vraiment une référence. Pour les décors, l’équipe d’Isao Takahata a produit au lavis et à l’aquarelle un lieu particulièrement enchanteur, voire magique. goshu3 Goshu est un personnage particulièrement intéressant. Timide, renfermé, solitaire, il est frappé de mutisme au contact des autres. Bref, il représente parfaitement l’adolescent avec ses terreurs, ses colères et surtout, ses blocages. Pour se retrouver, il n’a que cette cabane sobre au milieu d’une charmante campagne japonaise. Et pourtant, même les animaux, seuls véritables habitants de ces lieux (nous ne croiserons jamais d’humains), semblent encore le déranger. C’est donc, en forçant un peu les choses que chacun va lui apporter son aide : expression de sentiments aussi puissants que la colère ou la compassion, prise de conscience du rythme, du travail, de l’effort… Par des chemins détournés, ils rendent ce personnage meilleur, plus ouvert. Meilleur humain… et aussi meilleur musicien. goshu2 Avec ce film, Takahata répond à sa manière à une question importante de la vie d’un artiste : comment transcender la technique pour donner de l’âme à sa création ? Le réalisateur trouve une réponse à travers ce personnage adolescent à fleur de peau : ouverture aux autres, capacité à outrepasser ses propres barrières, ne pas avoir honte d’exprimer ses sentiments, se nourrir des sentiments des autres, être plus humain… La science du « lâcher-prise » et du don de soi. Une belle recette pour une belle morale. Ceux qui ont touché à l’artistique auront sans doute leur avis sur la question. Pour terminer, je n’ai malheureusement pas eu la chance de voir ce film en version originale. Il semble qu’il n’existe pas de version française sous-titrée en DVD, ce qui est bien dommage. Sans être l’œuvre majeure du maître (voir Le Tombeau des Lucioles) et même si elle est destinée aux plus jeunes, il serait tout de même intéressant de découvrir cette œuvre dans sa version d’origine. Ô toi, éditeur de DVD, pense aussi au grand gamin qui a bien ri en voyant la petite bataille entre Goshu et le chat ! Merci. La bande annonce (en VO)
goshu_afficheGoshu le violoncelliste un film d'Isao Takahata (Japon, 1981) d'après la nouvelle de Kenji Miyazawa Durée : 1h03mn

Chronique | Temps mort (Gilles Rochier)

Le temps mort c'est maintenant. Le chômage se pointe comme pour tous les autres dans le quartier, copain rappeur usant ses semelles sur le bitume, joueurs de basket. Le temps mort c'est du temps, pour se reposer, pour réfléchir, pour déprimer aussi. Finalement, le temps mort c'est peut-être une occasion pour faire ce qui plaît vraiment... dessiner, faire de la BD. Pour de vrai. Au début du mois de janvier, nous avions consacré une chronique à TMLP (Ta mère la pute) de Gilles Rochier. Pour nous, son travail avait quelque chose d'indéfinissable. Un trait au premier abord maladroit mais dont la maîtrise et surtout la justesse prenait le lecteur à parti et l'emmenait là où il le voulait. Nous ne nous en cachons jamais, pas de raison de commencer aujourd'hui, Gilles Rochier fait désormais partie de nos auteurs "stars" sur IDDBD. L'objectivité de la présente chronique est donc tout à fait discutable. Mais entre nous, je m'en balance car je suis chez moi ! J'aurais pu consacrer une mini-chronique à Temps Mort, car j'ai parfois eu l'impression en la rédigeant que je redonnais encore une fois les mêmes arguments. Pourtant, cet album sonne lui aussi d'une manière particulière. Même s'il est plus ancien, il répond d'une certaine façon à son "p'tit frère". En effet, si TMLP évoque l'enfant et la jeune cité, Temps Mort raconte l'homme et le vieux quartier. Armé de son carnet de croquis ou simplement se déplaçant au gré de sa vie quotidienne, l'auteur/personnage parcourt la cité dans de multiples saynètes montrant un aspect de la vie dans les barres d'immeubles. On retrouve les mêmes qualités que dans TMLP. Gilles Rochier utilise la bande dessinée comme un documentariste utilise sa caméra, comme un regard sur le réel, sur la vie de tous les jours, comme un simple témoin, sans jugement, sa apriori. D'ailleurs, détail amusant, le lecteur voit la plupart du temps le héros de dos. Le travail du regard est là, renforcé par les multiples croquis qui ornent les pages. Elles ne sont pas là pour faire joli, elles illustrent le propos, renforçant l'impression de réalité immédiate. Le dessin prend alors toute sa force et devient aussi puissant que l'objectif du caméraman, dévoilant même des sensations particulières. On retrouve également le dessin si particulier de Gilles Rochier, celui qui donne tant de bonheur aux aficionados de la ligne claire année 80. Je suis certain que ces derniers ont dû s'étouffer à la cérémonie de remise des prix d'Angoulême quand TMLP a reçu le prix révélation. A bien y regarder, les immeubles sont droits, fouillés, détaillés parfois, on sent la rue et son atmosphère particulière tandis que les personnages sont de vraies gueules cassés, burinés par la vie, par les émotions, par le désœuvrement. Le contraste décor réaliste / personnages caricaturaux n'est pas sans rappeler certains grands noms de la ligne claire. Le spleen du personnage, fil conducteur du livre, est particulièrement bien rendu. Sans parler de poésie, on retrouve ce quelque chose d'indéfinissable, une justesse dans le propos, dans le trait, qui rend ce personnage attachant mais jamais nombriliste. Ce dessin particulier fait passer beaucoup plus de chose qu'une simple illustration car si on oubliait textes et dialogues, je pense que beaucoup de messages passeraient tout de même. Entre nous, ce serait bien dommage car certaines discussions valent bien qu'on s'y arrête. Finalement, cet album apparaît d'une très grande justesse. A travers un regard autobiographique, il tente de montrer la banlieue, ses figures, son quotidien, son humour et ses difficultés. Comme dans TMLP, il ne fait pas dans le misérabilisme, il montre tout simplement sans faire d'effets malvenues. Et puis, il y a ces croquis donnant encore un peu plus de réalité à l'ensemble. Un beau livre. Un de plus. A voir : la fiche album sur le site de 6 pieds sous terre
Temps mort (one-shot) Scénario et dessins : Gilles Rochier Couleurs : Jean-Philippe Garçon Editions : 6 pieds sous terre, 2008 (13€) Collection : Monotrème Public : Adulte Pour les bibliothécaires : J'espère que vous avez déjà TMLP... et bien le parfait complément.

Chronique de vacances : Boris Labbé

L'info du jour Vous savez qu'IDDBD soutient (modestement mais avec conviction) un jeune artiste en lequel nous croyons : Boris Labbé. Nous avons déjà eu l'occasion de vous en parler et de vous présenter son blog, dessin-tegrer.fr. Sachez que Boris présentera ses oeuvres pour la première fois dans le cadre d'une exposition personnelle du 7 au 21 août à l'Auberge de Jeunesse d'Anglet, en partenariat avec la galerie Spacejunk. Si Boris a déjà participé à de nombreuses expositions collectives, c'est donc la première fois qu'il bénéficiera d'un espace personnel pour exposer ses dessins (qui seront tous à vendre...). Le vernissage est prévu le jeudi 7 août au soir avec une soirée électro qui devrait se terminer sur la plage, à 500 m du lieu d'exposition ! Caliente, caliente ! Bonne chance pour cette première exposition. Cela confirme bien l'intuition d'IDDBD : Boris Labbé est un jeune artiste en devenir dont vous auriez tout intérêt à suivre dès maintenant la carrière... Et intérêt à acheter des dessins du 7 au 21 août !

De l’art et du cochon…

UpSkirt (scénario et dessin de Totoz et Nunusse, collection Révolution, éditions Carabas, 2007)

Prenez deux loosers bien grattinés : un peintre qui refuse, par principe, de vendre son âme aux marchands du temple de l’art contemporain, et un petit teigneux dont le seul talent est de vouloir à tout prix coacher son compère pour se faire un max de blé. Le premier, c’est Totoz, le catogan au vent, mal rasé et vivant dans un appartement qui relève plus du squatt que du petit home cosy. Le deuxième, c’est Nunusse, lunettes noires constamment vissées sur le nez, mal rasé et vivant dans le squatt de son pote Totoz qui ressemble de moins en moins à un appartement.

Ajoutez à ce duo de « poissards » quelques personnages pas piqués des hannetons. Tenez, voilà le "gros", obsédé par les photos qu’il prend de nanas rencontrées via Internet, prêtes à tout pour se voir décerner le titre de modèle du siècle (version cordelettes et bottes de cuir...). Et puis, il y a aussi Tchoupi, un artiste peintre au coeur pur, parcourant le monde en creusant son sillon, jusqu’au jour où il bute sur une caillasse de taille : une directrice artistique aux dents aussi longues que son hypocrite amour de l’art...

Secouez tout ça entre les soirées branchées organisées par des galeristes vulgaires (« Plus de chatte ! Plus de chatte ! ») et les sauteries du milieu parisien (« Je vois le vent comme une dynamique aléatoire qui s’inscrit dans une perspective fragmentaire... ») et vous obtiendrez UpSkirt, une chronique acide (et lucide) du petit monde de l’art contemporain.

Décapantes, drôlissimes, jubilatoires : telles sont les aventures de Totoz et Nunusse, servies par un dessin nerveux et une mise en scène efficace en diable ! Ah ! J’allais oublier le détail qui tue, la cerise sur le gâteau : les extraits hallucinants de Zantar, le fils de la jungle, qui ponctuent l’album... UpSkirt, c’est jouissif vous dis-je !

Bon réveillon à tous les lecteurs d'IDDBD !

Cages

(scénario et illustrations de Dave McKean, Delcourt, 1999)
Les lecteurs de Sandman, l'œuvre majeure de Neil Gaiman (dont nous reparlerons sans doute un jour sur IDDBD) se souviennent sans aucun doute de l'impression étrange émanant des couvertures créées par Dave McKean. Dans Cages, ce mélange amer perdure tout au long des 500 pages de cette expérience rare voire unique. Cages raconte l'histoire de trois artistes : un dessinateur en reconquête d'inspiration, un romancier en quête d'oubli et un musicien de jazz spirituellement accomplit. Ils habitent un lieu étrange où insolite, bizarrerie, folie, fantasmagorie et même fantastique se confrontent sans cesse. Eux-même sont des personnages bien curieux. Leur immeuble se situe au milieu d'une mégalopole contemporaine. Dans cet endroit particulier, il se passe des évènements faussement anodins. Entre rencontres, monologues intérieurs, discussions et chants spirituels, entre témoignages "à la façon" d'un documentaire télé et longs silences, Dave McKean donne toutes les autorisations et le temps nécessaires à sa réflexion personnelle sur l'art et la création pour se développer. Cette recherche narrative s'accompagne alors d'une incroyable variété graphique. La plupart du temps épurées, en noir, blanc et gris, les illustrations changent d'une page, voire d'une case, à une autre. On passe ainsi d'un crayonné simplissime à un dessin baroque en couleur, d'une photo à un montage finement pensé. Déroutant mais magnifique ! Surtout quand ces choix apportent une valeur supplémentaire aux impressions et aux sensations liées au texte. C'est violent et beau à la fois ! De ces expériences qui marquent la vie d'un bédéphile amateur. A n'en pas douter, Cages est un authentique joyau. Il a été d'ailleurs largement récompensé à travers le monde (Alph'Art du meilleur album étranger en 1999) et fait partie de ces chefs d'œuvres incontournables, difficiles c'est vrai, mais magnifiques. A voir : le site officiel de Dave McKean A lire : deux bonnes critiques sur le site Bulle d'Air

Louvre, révolu……

Les Sous-sols du Révolu : extraits du journal d'un expert. (scénario et dessins de Marc-Antoine Mathieu. Co-éditions Futuropolis, Musée du Louvre) Après l'extraordinaire Période Glaciaire de Nicolas de Crécy, le musée du Louvre continue d'ouvrir ses portes au petit monde de la BD et au talent de ses auteurs. Dans Période Glaciaire, un corps expéditionnaire d'historiens et de chercheurs redécouvraient le continent perdu d'Europa à la travers des peintures enfouies dans des vestiges oubliés. Cette fois-ci, nous suivons Eudes Le Volumeur, expert, dans son travail d'étude et d'inventaire des fonds du musée du Révolu, anagramme du véritable nom oublié depuis des générations. Nous voici donc entrainés dans un surprenant voyage dans les entrailles de la gigantesque bête. Et croyez-moi, si il est un auteur capable de jouer avec les codes narratifs de la BD, d'en modifier votre perception et même d'agir directement sur l'objet livre en lui-même, c'est bien Marc-Antoine Mathieu ! Car, avec lui, ne vous attendez pas à une banale visite, pas de temps mort, ni le temps de bailler aux corneilles comme avec la plupart des guides, non ! Chaque chapitre est une nouvelle expérience originale et inoubliable : mise en abyme, travail sur les nuances de noir et de blanc, réflexion fine sur l'art et bien entendu clin d'œil amusant et acide sur "l'art séquentiel". Ceux qui ont déjà lu Julius Corentin Acquefacques ne seront pas surpris par toutes ces trouvailles narratives. Les autres, les chanceux, vivront une expérience étrange car, non content de flatter notre œil, Marc-Antoine Mathieu aime jouer aevc nos cerveaux. Véritable extraterrestre de la BD, il nous sert encore un OVNI dont il a le secret. Décidément, cette série consacrée au musée du Louvre est d'une trés grande qualité (artistique et éditoriale). Quand on sait, qu'après Nicolas de Crécy et Marc-Antoine Mathieu, les deux illustres inconnus que sont Emmanuel Guibert (La fille du professeur, Le photographe) et Bernard Yslaire (Sambre, XXe ciel.com) préparent à leur tour un album, on en salive d'avance ! A lire : les critique de sceneario.com et Krinein.com A découvrir : un site sobrement personnel sur MAM.

La Sirène de pompiers

(scénario de Hubert, dessins de Zanzim. Dargaud. Poisson Pilote. 2006.) Lors des chroniques de Miss pas touche, nous vous avons beaucoup parlé de Kerascoët et de son (enfin leur plutôt) magnifique dessin. Mais nous n’avons pas beaucoup parlé de Hubert, le scénariste. Rattrapons-nous aux branches multiples d’IDDBD et rendons justice à ce pondeur d’histoire à l’atmosphère si particulière. Si vous avez apprécié Blanche, la fameuse Miss pas Touche, vous allez adorer cette nouvelle héroïne mi-femme, mi-poisson au caractère bien trempée (ça nous change des séries « Blondes »). Bretagne fin du 19e siècle, une jeune sirène s’ennuie sur son rocher. Noyer les marins ne l’interressent pas (d’autant plus qu’elle chante faux), elle ne rêve que de Paris. Alors elle décide de rejoindre la ville Lumière. Mais voilà, une fois à la capitale, elle se retrouve confronté à la puanteur des eaux de la Seine et la voilà bien déçue. En passant sous un pont, elle reçoit dans les bras, un peintre du nom de Gustave Gélinet. Gustave est dépressif, suicidaire depuis qu’il s’est fait taillé en pièce par Fulmel, l’éminent critique parisien. C’est ainsi que le corps de la Sirène va devenir la source d’inspiration du peintre. Devenue muse des arts, elle découvre Paris, la culture et une nouvelle forme de peinture naissante avec le XXe siècle : l’impressionnisme. Dans une atmosphère proche de Miss pas touche, Hubert (et Zanzim le dessinateur) nous offre un hommage sensible, doux et attendrit aux peintres pompiers (l’école classique de cette fin de 19e siècle). Un album qui allie humour, surprise, charme et fantaisie. Beaucoup de fraîcheur et de talent pour ces deux auteurs. Bref, brillant ! A lire : la critique sur Krinein.com A lire : la bio de Hubert sur BDgest’ A lire : la bio de Zanzim sur BD Paradisio