Archives par mot-clé : Art

Chronique | Marina Abramovic : the artist is present (Matthew Akers)

En 2010, le MoMA, le célèbre musée d'art contemporain de New York, consacre une rétrospective à l'œuvre de Marina Abramovic. La plasticienne serbe réalise depuis 40 ans des performances mettant à l'épreuve son propre corps. A la veille de cette exposition, nouvelle démarche artistique en soi, le réalisateur Matthew Akers se penche sur cette artiste hors limite. Continuer la lecture de Chronique | Marina Abramovic : the artist is present (Matthew Akers)

Chronique | La traversée du Louvre (Prudhomme)

En flânant parmi les œuvres des grands maîtres ou les trésors artistiques des temps anciens, un visiteur peut facilement se perdre dans les allées du plus grand musée du monde. Dans ce lieu dédié au regard, c’est un maudit coup de téléphone qui sépare Jeanne de David…

Voyageur du regard

J’ai quitté David Prudhomme au matin d’un été grec, dans la torpeur méditerranéenne de Rebetiko. Entre les méandres de fumée et les vapeurs d’alcool, il racontait une musique profonde, tragique et indomptable, celle des bas-fonds de la société grecque, musique populaire synthèse d’une histoire complexe, musique nostalgique et belle comme une histoire triste, musique libre comme les hommes qui la joue. Aujourd’hui, avec La Traversée du Louvre, je retrouve cet auteur dans un tout autre univers, prisonnier volontaire de ce musée monde aux murs tapissés d’œuvres d’art. Au milieu des Rembrandt, Géricault ou autre De Vinci, David Prudhomme s’offre – et nous offre – une déambulation inédite à la recherche de son âme sœur perdue. Il serait plausible de penser à un simple prétexte pour rendre hommage aux plus belles œuvres or, si cet album nous ouvre des portes, ce sont celles du regard du dessinateur, observateur du quotidien, traquant les détails et la beauté dans la normalité. Car, dans ce silence, au milieu de la foule, il guette les attitudes de l’humain face aux œuvres parfois millénaires en se posant une question simple, fil conducteur de l’album : quels rapports entretenons-nous avec elles ? Mais loin de philosopher, David Prudhomme se contente de répondre avec ses moyens, ceux de la bande dessinée. Des moyens énormes quand on connaît les possibilités du dessinateur et de la bande dessinée en général… Regarder à travers les yeux de la Joconde, c’est possible ! Devenir un élément du radeau de la méduse, c’est possible ! Dans ce lieu de silence, l’auteur oublie peu à peu le discours, oublie son téléphone dans sa poche et laisse son trait s’étendre dans des cases s’ouvrant au fur et à mesure de la progression du récit. Le texte apparaît superflu tant son dessin est… simplement grandiose !

L'espace en discours

Peu d’auteurs de bande dessinée sont capables d’atteindre un tel niveau de maîtrise. Alliant simplicité et qualité dans la composition de ses images, David Prudhomme s’autorise de grands espaces. Le vide devient essentiel dans ses planches et permet au lecteur une respiration agréable. Comme face à un tableau, ce dernier peut se laisser aller à son gré à la contemplation ou à l’interprétation. Certains y verront de beaux dessins, d’autres des clins d’œil amusant, les plus fouineurs y trouveront eux-mêmes des explications que je ne saurais donner. Cette utilisation graphique de l’espace n’est pas sans rappeler un certain Jean-Jacques Sempé. Et dans La traversée du Louvre comme dans les recueils du célèbre illustrateur, chaque planche est une surprise, une nouvelle étape, un hommage supplémentaire, une composition à la fois drôle, légère et profonde mêlant nostalgie, amour et humour. Il y a dans le trait de David Prudhomme une part de génie. La bande dessinée est-elle un art ? Peu importe car voici un grand artiste. Pour moi, comme dans Rebetiko d’ailleurs, si cet album est un hommage à l’art, il se penche surtout sur ceux qui le font exister par leur travail ou leur regard. Tout au long de cet album une symbiose entre l’œuvre et le public devient évidente, l’art n’existant que par le regard du visiteur. Et pour l’observateur avisé, que nous sommes dans cet album, ce public « normal » devient une œuvre d’art à son tour, le temps d’une pose inconsciente ou d’une attitude évocatrice. Un beau message rendant accessible l’art à tous et pour tous. Cantonner La Traversée du Louvre à un simple album-hommage au Louvre serait une erreur. Dans sa construction narrative et sa forme, cet album n’a pas à rougir face aux chefs d’œuvre intemporels qu’il décrit. Suis-je trop enthousiaste ? Sans doute. Mais je n’ai aucune autre excuse à faire valoir. Encore une fois, David Prudhomme me bouleverse par son génie graphique. Il nous offre son regard aiguisé pour nous montrer les beautés et les laideurs de ce monde. Après, Nicolas de Crécy, Marc-Antoine Matthieu ou Bernar Yslaire, David Prudhomme est le 7e auteur de bande dessinée à signer dans la collection dédiée à ce musée. Encore une réussite pour un album à lire absolument. Pour moi, simplement la bande dessinée de ce premier semestre 2012 ! A voir : l'exposition des planches originales à l'Accueil des groupes du musée du Louvre. A lire : la chronique (toujours sublime) de du9.org
La traversée du Louvre (one-shot) Scénario et dessins : David Prudhomme Éditions : Futuropolis, 2012 (17€) Public : Tout public Pour les bibliothécaires : Indispensable !

Si reine…

La sirène des pompiers (scénario de Hubert, dessin de Zanzim, couleurs de Hubert, collection Poisson Pilote, éditions Dargaud) Vous pourrez lire, à la suite de cette chronique, d'excellentes critiques de La sirène des pompiers qui auront l'avantage - outre de vous vanter brillamment cette BD - de vous en apprendre plus (si nécessaire) sur les deux courants picturaux, l'impressionnisme et l'art dit "pompier", qui s'opposèrent farouchement dans les salons parisiens de la fin du XIXème siècle. Vous apprendrez également (si besoin), qu'Hubert est non seulement le scénariste de La sirène des pompiers mais également celui du magnifique diptyque Miss pas touche (chroniqué par David) et de la série Le leg de l'Alchimiste. Enfin, vous noterez (si utile) que Zanzim s'inscrit dans la lignée graphique de Sfar et de Blain, libérant le trait de contraintes trop académiques pour (parfois) exprimer pleinement les sentiments, sensations et autres émotions des personnages et du récit. Une fois que vous saurez tout cela, que restera-t-il pour vous de La sirène des pompiers ? Je ne saurai répondre à cette question. Toujours est-il que rien de remplacera une immersion dans ce magnifique album d'Hubert et Zanzim qui ont su tout à la fois parler d'art (rajoutez un A majuscule si vous êtes un admirateur de l'art pompier...) et d'humain, au travers de  l'histoire aussi fantastique qu'allégorique de cette sirène bretonne accueillie puis exploité par Gustave Gélinet, cet imaginaire peintre parisien méprisé par la critique et oublié des muses désormais vouées aux impressionnistes... La sirène des pompiers est à l'image de son héroïne : aussi intelligente que distrayante, aussi profonde qu'inventive, aussi sombre que lumineuse. Bref un vrai chef d'oeuvre... A lire : l'excellente critique de Gallu sur Krinein.com et celle d'Alain Corbellari sur le site de l'Express A(pologie) : je présente toutes mes excuses à David qui nous avait déjà présenté La sirène des pompiers le 23 mars 2007. Honte à moi qui n'avait pas encore pris le temps de découvrir ce magnifique album et qui n'a pas pu s'empêcher de vous en faire subir une chronique...

L’art selon Madame Goldgruber : insulte

(scénario et dessin de Nicolas Mahler, collection Eprouvette, éditions L’Association, 2005)

Quand Mahler, un des rares (voire unique) auteurs de BD indépendants autrichiens, va voir sa fonctionnaire du fisc attitré Mme Goldgruber pour lui prouver qu’il est bien artiste (et bénéficier ainsi d’un magnifique abattement de 10%) on sent que l’on va nager dans la poésie.

A l’origine, ce livre est le catalogue d’une exposition consacré aux travaux de Mahler, chose étrange car comme il l’explique lui-même « l’idée que l’on puisse éditer des essais théoriques sur mes travaux et non mes travaux eux-mêmes me sembla stupéfiante ». Bref, voici l’occasion pour l’auteur de réfléchir au concept d’art et de bande dessinée, et surtout de se lâcher un peu…

Et c’est grandiose ! Mahler manie l’ironie et le sarcasme comme d’autre la pelle ou le burin, avec la grâce du déménageur. Bref, le sous-titre « insulte » n’est pas volé mais c’est tellement drôle et rempli de moment de grâce que l’on ne peut que rire. On pourrait citer le dialogue irréel entre Mahler et Mme Goldgruber (certifiés véritables) mais aussi l’expérience de l’auteur comme dans un magasin de location de vidéo, ou encore… Non je vous laisse découvrir vous-même la suite.

Le dessin ? Anecdotique, très, très, très dépouillé, bref, si vous aimez le beau dessin, bien réaliste on en est loin ! Mais ça suffit pour faire passer le message et passer un bon moment.

Au bout du compte, une vision assez pitoyable de la place de l’auteur de BD dans le monde de l’art mais des instants inoubliables !

A lire : les deux très bon commentaires sur bulledair.com et la passionnante chronique de du9.org David Donnat