Archives par mot-clé : Art Spiegelman

Dimanche KBD : Maus

Est-il encore nécessaire de présenter Maus ? Monument de la bande dessinée, prix Pulitzer 1992 (fait unique pour une bande dessinée) et prix du meilleur album à Angoulême 1988 (t1) et 1993 (t2), là encore fait unique dans l'histoire du prix. Est-il nécessaire de présenter Art Spiegelman ? Monument de la bande dessinée américaine, génial créateur de la revue RAW (qui a vu éclore des auteurs comme Charles Burns) et grand prix du festival d'Angoulême 2011 (donc futur président du FIBD 2012). Et justement ce mois-ci, KBD consacre ses dimanches à vous proposer une petite visite dans l'histoire de ces prix d'Angoulême. Si certains d'entre eux - comme Maus - ont marqué l'histoire de la bande dessinée à jamais, d'autres méritent qu'on y revienne. Alors, pour ce rafraichir ou compléter la mémoire, c'est par ici. Et pour relire notre chronique, c'est par là.

Info du jour | Angoulême 2011, le palmarès

5000kmparsecondeAh... C'est un blog sur la BD alors il faut qu'on parle du palmarès du Festival international de la BD d'Angoulême 2011 ! Oui... On s'en sort bien cette année. Art Spiegelman comme grand prix ! La classe ! C'est bizarre, je pensais qu'il lui avait déjà donné. J'ai dû me tromper. Dans l'ensemble, le palmarès a plus d'allure que les intitulés des catégories (Prix de l'audace !!!! N'importe quoi !). Le grand vainqueur est le superbe album de l'italien Manuele Fior : 5000 kilomètres par seconde. Une histoire d'amour, hymne aux voyages graphiques et colorés dans le temps et l'espace. Un très bel album c'est clair même si... Bref, je n'ai pas été transporté, touché ou frappé comme j'ai pu l'être avec des albums comme Pinnochio, Le Combat Ordinaire ou NoNonbâ... Mais peu importe après tout, le travail des éditions Atrabile mérite d'être mis en lumière. Il aurait pu l'être également avec Château de Sable étonnement absent du palmarès. Sans doute un peu trop exigeant ou, je ne sais pas... De toute façon, je me plante toujours alors 🙂 Sinon,  le Bleu est une couleur chaude de Julie Maroh que je n'ai pas lu mais qui est sur ma liste depuis au moins 3 mois mérite à mon avis le détour (Prix du public) tout comme l'impressionnant pavé Gaza 1956 du créateur de la BD de reportage Joe Sacco tandis que l'inévitable best de la fin d'année 2010, Asterios Polyp de David Mazzuchelli (pas lu non plus.... rooooh !) rafle le prix spécial du Jury. Fabien Nury et Sylvain Vallée touche le Jackpot avec le prix de la série pour Il était une fois en France (c'est Mike qui va être content). Nous sommes également très heureux pour les éditions çà et là qui gagne le prix révélation avec Trop n'est pas assez de l'auteure autrichienne Ulli Lust. Prix partagé avec le très bon La Parenthèse d'Elodie Durand (chez Delcourt)... Bref, cette année, un palmarès varié qui donne une bonne presse aux maisons d'éditions indépendantes. On est loin de l'abomination Pascal Brutal de l'an passé... fort heureusement. Pour connaître l'ensemble du palmarès, c'est ici !

Chronique | Maus

Maus (scénario et dessin d'Art Spiegelman, publié en France aux éditions Flammarion) Il est des oeuvres d'art essentielles, des oeuvres qui - égoïstement - nous font nous sentir un peu plus humains. Ces oeuvres sont rares et précieuses. Maus est l'une de ces oeuvres. Pas seulement parce qu'elle est la seule bande dessinée a avoir reçu le prestigieux prix Pulitzer (en 1992). Ce n'est qu'une conséquence logique des qualités du chef d'oeuvre d'Art Spiegelman. Pas seulement parce qu'elle évoque la Shoah avec une intensité rarement égalée dans une oeuvre littéraire ou cinématographique... Ce qui fait de Maus une oeuvre aussi essentielle, c'est aussi la façon dont elle aborde la question du témoignage. Comment recueillir et retranscrire la parole des survivants de la barbarie nazie avant qu'elle ne s'éteigne définitivement ? C'est cette question qui taraude Art Spiegelman, tout autant que la teneur du témoignage. Pour en comprendre l'importance, il faut savoir qu'Anja, sa mère, elle-même rescapée des camps nazis, s'est suicidée 22 ans après... L'oeuvre d'Art Spiegelman est donc tout à la fois le témoignage de Vladek, son père, vieux juif polonais rescapé d'Auschwitz et immigré à New-York, et une chronique de la façon dont il a recueilli ces souvenirs. Pour cela, il lui a fallu surmonter les heurts, les non-dits, et la pudeur de la relation père-fils. Il lui a fallu voir Vladek tel qu'il était, avec ses travers, ses faiblesses, pour ne pas en faire un symbole héroïque mais juste le témoin très humain des évènements qu'il a vécus. Ce parti pris renforce la crédibilité du témoignage rapporté par Art Speigelman. J'avais d'abord écrit "renforce la crédibilité, s'il en était encore besoin, ...". Puis je me suis corrigé. Car malheureusement, "il en est encore besoin" lorsque les négationismes de tout bord se font chaque jour plus pressants. C'est aussi pour cela que Maus est une oeuvre essentielle. On en revient à la question du témoignage. Une dernière chose avant que vous ne vous précipitiez acheter ou emprunter cette bande dessinée : vous pouriez être destabilisés par le trait et l'absence de couleur. Ne vous en inquiétez pas. Vous vous rendrez compte que les choix artistiques d'Art Spiegelman accroissent la puissance de son oeuvre. L'emploi du noir et blanc s'impose d'évidence. Quant aux personnages, leur forme animale (les juifs sont représentés par des souris et les nazis comme des chats) atténue les repères visuels (photos, extraits de films) que nous avons habituellement sur la Shoah pour mieux la (re)voir, comme avec  des yeux neufs. Pour la petite histoire, Maus a été publié aux Etats-Unis à partir de 1972, d'abord sous la forme de courtes bandes dessinées (des strips), puis en 1977 sous la forme d'un premier recueil (Breakdowns, From Maus to Now) pour enfin aboutir, en 1982, à la version définitive du premier tome (A Survivor’s Tale). Publié d'abord dans la revue Raw, fondé par Art Spiegelman et Françoise Mouly, sa femme, puis par Pantheon Books en 1986, ce premier tome est suivi d'un second en 1991. Traduit en dix-huit langues, Maus est arrivé en France en 1987 (pour le premier tome, suivi en 1992 du second puis, en 1998, de l'intégrale, le tout chez Flammarion). A lire : la biographie d'Art Spiegelman sur wikipedia. A savoir : Art Spiegelman a réalisé, depuis Maus, un autre ouvrage important sur lequel IDDBD reviendra dans l'une de ses chroniques. Il s'agit de l'album A l'ombre des tours mortes, publié après les attentats du 11 septembe 2001...