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La voie de l’arc

L’âme du Kyudo (scénario et dessins de Hiroshi Hirata, collection Akata, éditions Delcourt)
En 1606, un samouraï, héros de la fameuse bataille de Sekigahara qui unifia le Japon, établi un record bien particulier. Il venait de faire passer une cinquantaine de flèche le long de la galerie extérieure d’un temple de la ville. Cette nouvelle frappa les autres fiefs qui tentèrent à leur tour de battre ce record.  L'épreuve du Tôshiya était née. L’âme du Kyudo raconte ce défi entre clans et à travers lui, l’histoire de Kanzaemon Hoshino (Kanza), jeune samouraï de basse classe, qui voit dans cette épreuve surhumaine le moyen de venger la mort injuste de son père. Mais bien au-delà d’une simple histoire de lutte intestine et honorifique entre clans de samouraï, L’âme du Kyudo est une œuvre sur un l’art et l’esprit du kyudoka (pratiquant de l’archerie traditionnelle japonaise). Traversant les siècles, cette histoire est relatée avec brio par l’un des plus grands auteurs de gekiga, auteur également du splendide (mais violent) Satsuma, l’honneur des samouraï (chez Delcourt également). Pour information, le gekiga est un style à part dans le manga. Destiné à un public adulte, il se caractérise par un dessin ultra-réaliste, loin des critères graphiques habituels du manga. Les gekiga (littéralement traduit par "drame réalisé sur du papier") abordent des thèmes très sérieux, très souvent historiques et parfaitement documentés. En effet, la plupart des évènements relatés dans ce récit sont historiquement vérifiables. Bref, tout ça pour dire qu’à travers cette histoire, Hiroshi Hirata se pose presque en ethnologue. Tout comme il l’avait fait dans Satsuma, il cherche à décrire l’état d’esprit des samouraïs du 17e siècle. Bien entendu honneur et déshonneur, concentration et fureur, force et maîtrise sont au rendez-vous ce cette fresque historique passionnante. Mais pas seulement, car sous les images d’Epinal se cachent des hommes avec leur faiblesse. L’âme du Kyudo fêtera l’année prochaine ses 40 ans, pourtant ce gekiga n’a pas subi les affres du temps. Même si on ne s’intéresse pas forcément au kyudo, ses 400 planches se dévorent et s’apprécient avec délectation. Preuve, s’il en fallait encore une, que les années n’ont pas de prise sur les chefs d’œuvre. Incontournable, évidemment. A lire : les chroniques de Satsuma, l’honneur des samouraï et de Les Vents de la colère, un autre magnifique gekiga de Tatsuhiko Yamagami A voir : le site français de la fédération de Kyudo. Excellent site pour en apprendre plus. A lire : un avis contraire à mon point de vue sur Krinein.com. Contraire jusqu’au genre. D’après eux, c’est un shonen (pour ados)… Vous jugerez.
A lire : deux critiques sur Chronic’art et