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Quintos

(scénario et dessin d'Andreas, couleurs d'Isabelle Cochet, collection Long Courrier, éditions Dargaud) Il y a quelques semaines, La Retirada était commémorée dans les Pyrénées-Orientales (France). La Retirada, c'est cette longue retraite des républicains espagnols qui, au cours de l'hiver 1939, ont passé comme ils ont pu la frontière française pour échapper aux massacres perpétrés, de l'autre côté, par les troupes franquistes. Ces réfugiés sont arrivés en France croyant que la démocratie républicaine les accueillerait comme des frères démocrates et républicains qu'ils étaient. Grave erreur puisque la majorité d'entre eux a été internée dans des camps, livrés à eux-mêmes dans un premier temps puis très rapidemment gardés par la soldatesque française... Passons... L'action de Quintos se situe deux ans avant La Retirada, en 1937, en plein coeur de l'Espagne déchirée. Un groupe de républicains se dirige vers le village de Quimera ("chimère" en français...) pour y appuyer les troupes régulières contre les rebelles nationalistes. En définitive, c'est bien vers leurs chimères que se dirigent ses personnages tous très différents les uns des autres, non seulement du fait de leurs nationalités (des espagnols, un belge, un américain, un allemand, une française...), mais également des motivations qui les ont conduit là. Après la destruction du camion, et alors qu'ils se retrouvent sans chef pour les guider, chacun d'entre eux va peu à peu révéler ses ressorts intimes : des slogans rassurants pour l'un, une foi inébranlable pour l'autre, un désir de rachat personnel pour le troisième... Sur les sept personnages survivants, ce sont en réalité sept archétypes différents que nous propose Andreas. Cette situation scénaristique un peu caricaturale a au moins le mérite de la véracité historique puisque, en effet, le camp de républicains espagnols comptait de nombreux étrangers venus défendre la démocratie, chacun pour des raisons parfois très personnelles à défaut d'idéologie... En définitive, Quintos est un bel album, non seulement pour le sujet qu'il traite, mais aussi par son dessin et le traitement du découpage des vignettes, très cinématographique. On regrettera de ne pas assez cotoyer les personnages pour mieux comprendre encore ce qui les a conduit au coeur de la guerre civile espagnole. Ceci dit, les albums sur ce sujet sont relativement rares en France pour que l'on se permette de les critiquer... Pour compléter Quintos, je rappelle également à votre souvenir Montserrat, de Julio Ribéra, qui vous donnera un autre aperçu de la guerre d'Espagne. Cette modeste chronique est dédiée à la mémoire de Francisco Mulero, jeune carabinier de la République espagnole qui, trimballé de Madrid à Barcelone et jusqu'en France, est resté fidèle aux lois démocratiques de son pays, à ses engagements, à son éducation et à son sens de l'honneur... A lire : la très complète chronique de Krinein