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Chronique | Une histoire d’hommes (Zep)

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Il y a 16 ans, Yvan, JB, Franck et Sandro formaient les Tricky Fingers, un groupe de rock qui commençait à avoir du succès. Mais un soir, dans les studios de la BBC à Londres, le destin changea leur histoire. Sandro devint une megastar… pas les autres. Des années plus tard, les 4 hommes se retrouvent dans le manoir de ce dernier. De quoi parler du passé, de musique, de cicatrices et de secrets inavoués.

Je suis bien embêté pour rédiger cette chronique. A ma première lecture, j’avais mon opinion bien arrêtée. Je savais où j’allais. Mais voilà, sans lire sa chronique, les deux pouces en l’air de Mo‘ m’ont titillé le cervelet. Si nos mauvaises fois légendaires se sont souvent affrontés, je me suis tout de même poser des questions. Alors, j’ai relu ce livre avant de rédiger cette chronique et mon avis s’est un peu modifié.

Contrairement à beaucoup qui ne voient dans Zep que le papa de Titeuf, j’apprécie son travail et ne me limite pas qu’à son seul héros médiatique. D’ailleurs, je l’aime bien moi, ce petit monstre à mèche jaune ! A ma relecture, je dois bien l’avouer : Une histoire d’hommes est un bon livre. Le déroulement du récit est agréable et fluide. Les dialogues sont dynamiques, animés, drôles quand nécessaire, émouvants au besoin. Les rapports, passés et présents, entre les personnages sont bien tissés et clairement établis. Leurs places respectives sont plutôt claires, parfois même un peu trop. Zep maîtrise son récit du début à la fin et nous offre une histoire d’amitié teintée de nostalgie. Côté graphisme, c’est une vraie-fausse surprise. Effectivement, le dessin ne répond pas aux canons habituels de l’auteur. Nous sommes plus proches d’un JC Denis à l’héritage ligne claire assumé qu’un graphisme à la Tchô, patte personnelle de Zep qu’il utilisait même dans ses œuvres pour adultes plus récentes. C’est un peu surprenant de sa part mais avec ce travail, il prouve toute l’étendue de sa palette. Bref, d’un point de vue de la qualité de l’œuvre, Une histoire d’hommes se situe dans la droite ligne du récit de vie noir et blanc que l’on connaît depuis maintenant pas mal d’années.

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Et c’est justement ce qui me chiffonne le plus dans ce travail. Cet album n’est ni original, ni nouveau. La seule véritable originalité est un approche « roman graphique » d’un auteur habitué à faire du « gros nez ». Désolé, mais si j’ai une mémoire de poisson rouge sur beaucoup de choses, ce n’est absolument pas le cas pour mes lectures. Et il y a plus de 10 ans, je lisais avec bonheur Week-end avec préméditation de Wazem et Tirabosco (2002) ou encore Quelques jours avec un menteur d’Etienne Davodeau (1997). Ces auteurs nous proposaient alors des histoires d’hommes fragiles, en huis-clos noir et blanc, avec des secrets, des interprétations, des rebondissements et des personnages émouvants. Si ça vous rappelle quelque chose, faites-moi signe.

Certes, il est possible de juger cette œuvre à sa simple lecture. De ce côté-là, je vous l’ai dit, cette BD est réussie. Mais si on se place dans un point de vue plus large, on peut se poser la question de l’intérêt de cette œuvre. Après tout, Zep est considéré par ses pairs comme un auteur important. Il a été Président du festival d’Angoulême tout de même ! Et il prend également un virage. Mais pour un passage au « roman graphique », on pouvait s’attendre quelque chose de beaucoup plus… fort ? Différent ? Je n’ai pas le mot et certainement pas le talent de Zep pour trouver cette petite étincelle qu’il nous a si souvent habitué à produire (Titeuf, Le guide du Zizi sexuel, Happy Sex…)

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Si je voulais être un peu dur, je pourrais comparer ce changement aux acteurs comiques se mettant aux monologues dramatiques en théâtre. Sans renier leur talent, on a parfois l’impression qu’ils recherchent une certaine légitimité, une forme d’adoubement de la classe pensante de leur art. Histoire qu’on arrête de les prendre pour des guignols. Pourtant, je ne trouve jamais Zep aussi bon que quand il ne se prend pas au sérieux, jamais aussi émouvant que quand il sait se moquer de lui-même ou de ce qu’il voit. Pour preuve, Découpé en tranches qui me semblent contenir tout ce qu’il fait de mieux et qui reste pour moi son meilleur album. D’ailleurs, dans les dialogues d’Une Histoire d’hommes, les traits d’humour font mouche et son personnage de Franck, batteur bourrin à l’auto-dérision affirmé est – malgré certaines traits caricaturaux (mais c’est le cas de tous les personnages dans ce récit) – l’un des plus réussi.

Suis-je un lecteur aigri comme m’avait si bien dit un gentil un gentil troll dans ma chronique de 3 secondes ? Peut-être. Mais j’attends d’une lecture qu’elle me retourne un peu, qu’elle me transporte. Là, j’ai vu un bel exercice de style, une histoire bien racontée mais pas plus. Du coup, cet album est donc à la fois une lecture plutôt agréable mais également une source de frustration. Malgré mes remarques, Une histoire d’hommes est un livre réussi et assez fin sur les relations d’amitié. Cependant, on pouvait s’attendre à une vraie claque de la part d’un auteur de la classe de Zep. Nous avons seulement le livre phare d’un nouvel éditeur. Bon…

Je remercie Decitre pour la découverte de cet album. N’hésitez pas à consulter la fiche auteur et la fiche album.

A lire : les chroniques de Mo’ et de Ginie sur B&O

unehistoiredhommes_couvUne histoire d’hommes (one-shot)
Scénario et dessins : Zep
Editeurs : Rue de Sèvres, 2013 (18€)

Public : Adultes
Pour les bibliothécaires : bon, c’est Zep quoi ! Peut-être un outil intéressant pour faire passer les amateurs de BD classique à une BD un peu plus exigeante.

 

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Chronique d’été #1 | Monstres Academy

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Toutes les histoires ont un début et une fin, parfois même, elles commencent bien avant cela. Dans le monde des monstres, les cris des enfants humains est l’énergie nécessaire au bon fonctionnement de la ville. Bob Razowsky, petit monstre vert, et Jack Sullivan, grand monstre poilu, rêvent d’intégrer la prestigieuse classe des « Terreurs » à l’Université des Monstres. Quelques années plus tard, dans Monstres & Cie, ils sont les meilleurs amis du monde. Mais entre les deux ? 12 ans après, les studios Pixar reviennent en arrière. Retour vers le futur.

On commence fort ces chroniques d’été avec LA grosse sortie cinéma, LE blockbuster du cinéma d’animation. Vous n’êtes pas très habitué aux œuvres grands publics sur IDDBD. Je brûlerais en enfer pour cela. Cependant, j’assume car malgré toute la puissance commerciale et publicitaire de Disney, il faut le reconnaître, Pixar c’est la plupart du temps un sacré numéro.

A l’image de la série des Toy Story (1995 pour le premier, 2010 pour le troisième), Pixar – contrairement à Dreamworks – n’a pas profité du succès de l’un de ses films pour produire en masse des suites qui perdent à chaque fois un peu plus en qualité. Je ne parle pas ici de technique mais bien d’écriture, des scénarios, de profondeur des personnages. Et sur ce point, Monstres Academy, préquelle à Monstres et Cie, n’est en rien un sous-produit.

Nous retrouvons donc nos deux joyeux compères, Sulli le gros balèze bleu à pois rose et Bob le petit pois vert énervé. On redécouvre également l’univers foisonnant des monstres en tout genre du premier film. Tout est là, encore, avec la même énergie et la même volonté de nous faire partager ce monde parallèle. Le tout restant toujours cohérent. Bien entendu, le film fait clairement référence aux Teen Movies où une « bande de jeune » arrive tout frais à l’université. Les clins d’œil sont nombreux mais n’envahissent pas l’écran, tout comme les dialogues qui évitent le côté bavard des gros films d’animations à l’américaine. Il existe de la place pour les silences, pour la variation et les émotions.

Le plus réussi restant la construction du scénario. Comme nous avons affaire à un préquelle, la fin ou du moins l’issu à long terme ne fait aucun doute. Les deux monstres seront amis. Mais la ligne n’est pas aussi droite que l’on veut bien l’entendre. Car s’il s’agit de la construction d’une amitié, sujet principal, le film aborde aussi les thèmes de la construction et de l’acceptation de soi, de la poursuite d’un idéal… Bref, je ne vais pas tout vous mâcher. Moraliste ? Un peu avouons-le. Mais le message est bien traité car étayé par un déroulement qui se veut beaucoup moins linéaire qu’on ne l’imagine. Oui on arrive à ce point final mais les deux personnages ne deviennent pas amis dans le style classique de l’histoire d’amitié virile made in USA. Ils ne passent pas de l’affrontement à l’amitié par un simple coup du sort. Cette amitié se construit, recule, reprend son envol pour enfin se consolider. Des épreuves, des humiliations, des déceptions, des victoires… et des rencontres aussi. Rien n’est simple, tout se construit.

Certes, Monstres Academy est un film à gros budget. Il n’en demeure pas moins un film au scénario construit. Une demi-surprise cependant, Pixar nous ayant souvent produit des films de cette qualité. A voir évidemment.

 

monstres-academy-afficheMonstres Academy
Réalisateur : Dan Scalon
Scénaristes : Daniel Gerson, Robert L. Baird, Dan Scanlon
Producteurs : Pixar Animation Studios (USA), 2013

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Chronique | Deux Généraux (Scott Chantler)

Comme promis, voici la première chronique consacrée aux éditions La Pastèque. Nous commençons avec Deux généraux, un album sorti le 22 août dernier. Un récit biographique de Scott Chantler, un auteur canadien à découvrir d’urgence (encore un !)

Hommage aux soldats

Dans deux généraux, Scott Chantler raconte l’histoire de Réginald Law Chantler. Oui vous avez bien lu, Chantler, comme l’auteur. Il s’agit en fait de son grand-père, officier vétéran de la seconde guerre mondiale. A l’image d’un album comme la Guerre d’Alan, l’auteur raconte le débarquement, la bataille de Normandie, la prise de Buron puis de Caen, bref, la grande histoire, à travers les yeux d’un de ses protagonistes. Mais pas seulement, car Deux Généraux est aussi une belle histoire d’amitié entre Law et John Hartwell Chrysler dit « Jack », deux officiers servant dans la même division :  la HLI (Highland Light Infantry of Canada). Les deux hommes sont très différents : l’un est calme, réfléchi, amoureux et pondéré, d’un flegme très britannique pour un canadien ; l’autre est en revanche plus impétueux et séducteur. Et pourtant, l’amitié est là, forte et belle, nécessaire aussi car… la guerre arrive.

Et pourtant, Deux généraux n’est pas vraiment un récit de guerre au sens classique du terme. Bien entendu, la seconde guerre mondiale joue un rôle prépondérant dans cette histoire et se serait faire injure à ces soldats de la passer au second plan. Pourtant, elle se situe plus comme un révélateur des âmes de ces hommes. Je ne parle pas que de Law et Jack mais bien de l’ensemble de ces militaires canadiens. Le lecteur voit leur préparation, leurs angoisses avant le jour J, mais aussi des moments plus légers. On y découvre l’insouciance de l’avant-guerre et parfois, une certaine dérision. Si Deux généraux parlent des soldats, il évite l’écueil du guerrier. En ne faisant de ces personnages que des hommes ordinaires, il rend leurs actes, leur vie et leur mort d’autant plus admirables.

Un récit intelligent et sobre

deux_generaux_scott_chantlerCette histoire commence par une image assez forte. L’un des deux « géneraux », de dos, fumant une cigarette, est seul au milieu du champ de bataille. C’est terminé, la victoire est acquise. Mais à quel prix ? Un coup d’œil à cette couleur rouge, qui n’est utilisé que pour les batailles, et aucun doute. Le combat a été sanglant. Où sommes-nous ? Qui est-il ? Flashback. Naissance de Réginald et le récit d’une vie commence : jeunesse, adolecence, enrôlement, mariage, amitié… Deux généraux est construit comme un récit qui porte inexorablement vers cette première planche pourpre. Qu’est-ce qui pousse un homme normal à la guerre. Comme peut-il la vivre ? Des questions qui alimentent le récit. Une façon intelligente de donner envie au lecteur d’aller au bout de l’histoire.

Sans cette pirouette scénaristique, Deux généraux aurait pu se révéler comme un simple récit descriptif… chose que certains critiques ont reproché à tort à La Guerre d’Alan. Oui, mais cet effet est bien présent et tout change. Scott Chantler se pose alors en auteur-narrateur, sa voix explique les événements, contextualise si besoin, aime à jouer parfois sur un côté décalé. Je pense par exemple à la comparaison des situations entre Canada et Allemagne durant la crise économique des années 30. Bref, il montre ses recherches et la maîtrisent de son sujet (son histoire est basée sur les carnets de son grand-père et ceux de la HLI). Résultat, cela apporte encore de la profondeur à l’ensemble. On ne s’ennuie pas, on est touché jusqu’au bout, jusqu’à la dernière planche.

Cette écriture et cette structure pouvant s’avérer complexes, il fait le choix d’un graphisme sobre dans son trait et dans la constitution de ses planches basées sur un gaufrier 3×3 cases. Toutefois, il n’hésite pas à placer de grandes cases pleines pages renforçant l’impact de ces dernières. Petit bémol sur les personnages qui ont des faux-airs de Francis Blake et qui du coup, se ressemble un peu trop parfois. Globalement, on retrouve l’esprit des auteurs de romans graphiques canadiens – je pense à Seth surtout – avec un style qui mélange le figuratif dans les personnages et la grande précision dans des éléments de décors. Il suffit de voir cette abbaye anglaise pour en être persuadée. J’ai déjà parlé de la couleur mais l’utilisation du rouge dans les moments de tension et une idée simple mais qui produit un effet très efficace.

Pour conclure, Deux Généraux est un bel hommage. D’un petit-fils à son grand-père, d’un homme du XXIe siècle à ceux du XXe. On ne peut qu’admirer la qualité de cet album. Bien pensé, bien construit, bien raconté. Le côté descriptif est vite gommé par un effet scénaristique simple. La qualité graphique et l’écriture font le reste. Il s’agit ici d’une belle histoire d’amitié, une belle histoire d’homme. Encore une fois, et après Les Derniers Corsaires, les éditions La Pastèque nous offre un bien bel ouvrage. Recommandé par IDDBD évidemment !

A lire : la chronique de BDGest’
A voir : la fiche album sur le site de La Pastèque

Deux Généraux (one-shot)
Dessins et scénario : Scott Chantler
Editions : La Pastèque, 2012

Public : adulte, amateur de récit historique
Pour les bibliothécaires : en plus d’être un témoignage fort, c’est aussi un très bon livre. Une porte ouverte pour le public traditionnel de la BD vers le roman graphique canadien.

 

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Chronique | Kirkenes

scénario de Jonathan Châtel
dessins de Pierre-Henry Gomont
Editions Les Enfants Rouges (2011) – 18€
Public : Ado-adultes
Pour les bibliothécaires : Un album « tranche de vie » efficace mais loin d’être essentiel

A Oslo, Henrik, Mia et Inge forment un trio d’amis inséparables. Si les deux premiers sont en couple, le troisième sait ne pas s’immiscer dans leur relation. Note histoire commence par une sombre nuit où deux individus brûlent une église abandonnée, elle se termine dans un bus, dans un voyage retour des grandes étendues solitaires norvégiennes. Entre ces deux instants, des histoires simples et des relations complexes, bref des vies.

Tout au long de cet album, je me suis demandé ce qui lui manquait. Non pas que Kirkenes soit un mauvais album, c’est l’impression désagréable qu’il sera vite oublié qui m’a gêné. Graphiquement, le dessin est fidèle à la ligne esthétique des Enfants Rouges, à savoir un réalisme non académique, propre et efficace. La couleur est même très réussie. Elle laisse planer une atmosphère « nordique » dont les tons froids laissent une grande place aux sensations. L’idée même de situer le récit en Norvège est intéressante car on imagine bien souvent les pays scandinaves comme des synthèses entre la nature et la modernité. Lieu idéal pour confronter les apparences des sociétés urbaines aux vérités sauvages entre espaces clos et espaces libres, espaces des non-dits et des vérités. Et c’est bien le propos de Kirkenes, se pencher sur le passé, s’illusionner sur l’avenir, laisser parler pour révéler les blessures. C’est bien ce que font ces trois jeunes adultes en partant en voyage. Ce choix aurait pu s’avérer judicieux si…

Globalement, et je parle de l’édition en général, je trouve de plus en plus difficile de réussir des albums « tranches de vie » de nos jours. Très à la mode dans la décennie précédente, il me semble que le potentiel créatif de ce genre s’essouffle un peu. Mais à la rigueur, cela n’empêche pas de réussir un bon album. Non, je trouve surtout que les deux auteurs lancent beaucoup de pistes sans pour autant les suivre. Ne pas répondre aux interrogations est une chose – Peeters le fait très bien dans Lupus par exemple – mais ne pas laisser aux lecteurs assez d’éléments, les abandonnant parfois au milieu en est une autre. De plus, ces pistes ne sont pas toujours d’une folle originalité (pour ce genre là) : le père schizophrène, la jalousie sous-entendue, le cousin photographe… Tout est ici très symbolique sans pour autant apporter une force au contenu. Bref, je trouve la couverture assez représentative :  les personnages passent à la surface de l’eau, sans y plonger vraiment. J’ajouterai à cela la relative inconsistance de Mia et Inge. Comparé à Henrik, héros principal et personnage plutôt complexe, ils apparaissent un peu fade, sans profondeur ni présence. On aurait aimé qu’ils soient plus présents, plus réactifs et surprenants dans leurs réactions. Je ne dirais pas qu’on voit les choses venir mais nous n’en sommes pas loin.

Au bout du compte, je suis frustré par cette lecture qui promettait de belles choses. Mais parfois, à trop vouloir effleurer les choses, on ne dit plus rien. Me viens alors pour finir cette chronique la phrase de Bastien Vivés dans Polina : « les gens ne voient pas ce qu’on ne leur montre pas »…

Comme j’aime beaucoup cette maison d’édition, je ne vais pas terminer cette chronique sans vous recommander la lecture de Le Fils de son père des frères Mariotti dont j’avais fait un pitch au mois de novembre (déjà). Faut vraiment que j’en fasse une chronique digne de ce nom.

A lire : la fiche album sur Les Enfants Rouges
A lire : La critique de Bodoi
A découvrir :
le très beau blog de Pierre-Henri Gomont (Peer Lipo)

Chronique | Bakuman T.1

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scénario Tsugumi Ohba
dessins de Takeshi Obata
Editions Kana
Série en cours (5/??)
Public : Ados et +
Pour les bibliothécaires : une bonne série sur l’univers du manga. Question qui tue : section adulte ou jeunesse ? Je n’ai pas tranché :-)

Mangaka powaaaaa !!!!

Il est surprenant et étonnant de voir des auteurs changer complètement de registre d’une série à une autre. Il faut quand même ne pas avoir peur de la réaction des lecteurs surtout quand vous venez de signer Death Note, le thriller fantastico-gothique qui a fasciné une bonne partie du monde du manga.

Dans Bakuman pas question de tuer en écrivant dans un cahier ni même de dominer le monde (enfin pas le monde entier). Nous suivons les aventures de deux adolescents de 14 ans. Mashiro a un don incontestable pour le dessin mais se laisse porter par le cours du temps et son milieu social. Sans grande illusion sur ses capacités, il s’attend à vivre une vie peinarde de citoyen japonais moyen. Takagi, lui, est tout le contraire. Élève brillant se destinant à Todaï (la plus prestigieuse université public du Japon), il est volontaire et un brin manipulateur. A priori ces deux-là n’ont rien en commun hormis leur école. Mais un dessin griffonné sur un cahier oublié dans une salle de cours va tout changer. Takagi dévoile son rêve à Mashiro : créer des mangas !

bakuman_2Bienvenus dans le petit monde des mangakas ! Chose certaine, les œuvres traitant des créateurs de mangas ne sont pas légions. Il faut croire que l’autobiographie est moins monnaie courante au Japon qu’en Europe. On peut avoir en tête l’excellent Journal d’une disparition de Hideo Azuma, qui ne présentait pas cet univers d’une manière très positive ou encore le très bon Un Zoo en hiver de Taniguchi qui posait un regard plus serein. Il en existe sans aucun doute d’autre mais c’est tout de même la première fois que j’ai l’occasion de lire un shonen sur ce thème !

Les Shonen (manga pour garçons) répondent toujours aux grands principes de : « suis ton rêve et soit prêt à tout pour l’atteindre ! ». Bakuman n’échappe pas à la règle. Cependant, cette logique, toujours primordiale, n’empêche pas une forme de dérision et/ou d’autodérision. Pour ne rien vous cacher, les personnages sont parfois outrageusement caricaturaux. Le romantique et l’exalté, la timide et la figure du maître (l’oncle certes disparu mais omniprésent dans ce premier volume). Et on sent que les deux auteurs se sont beaucoup amusés avec leurs personnages. Du coup, les situations et les réactions sont parfois tellement énormes qu’on ne peut qu’éclater de rire avec franchise. Ça ne m’était pas arrivé souvent avec Death Note.

Toutefois, ce shonen ne se veut pas qu’une caricature de l’univers des créateurs de mangas. Les différentes pratiques comme l’utilisation des plumes, les étapes de création graphiques (de la création des personnages à la mise en place des trames), le découpage (avec les fameux Nemu qui surprendront le pauvre Takagi) et même les relations avec les éditeurs, tout cela est présenté avec un grand sens du détail. De là à savoir si c’est la vérité… je ne suis qu’un humble chroniqueur (et même pas professionnel). Si j’ajoute les tonnes de références aux œuvres passées et présentes du manga (Death Note par exemple), on peut y voir un vrai souci didactique.bakuman02

Dernière grande qualité de ce premier volume, qualité déjà présente dans Death Note, c’est le dessin de Takeshi Obata ! Je ne le dis pas souvent à propos des mangas, mais là je trouve son style impressionnant de finesse. D’une manière générale, son desssin (et celui de son studio ^^) est vraiment reconnaissable entre mille.

Bref, si vous avez envie d’en connaître un peu plus sur l’univers des mangaka, si vous avez envie de lire une série dynamique et drôle, nous vous conseillons d’entamer la lecture cette oeuvre. Une entrée en matière agréable de bout en bout ! A suivre donc !

Encore une fois, c’est Ginie de Bulles et Onomatopées qui m’a fait découvrir cette série. Encore une fois, cette lecture rentre donc dans le cadre du Challenge Pal Sèches de Mopalseches

A voir : un site de fans (ou vous pourrez découvrir des extraits de l’anime)
A lire : la critique de krinein

Chronique | Peter et Miriam, première partie

peter_et_miriamscénario et dessins de Rich Tommaso (Etats-Unis)
éditions çà et là (2010, 2007 aux USA)
Public : Adulte et nostalgique dans années 80
Pour les bibliothécaires : Pas indispensable dans un premier temps, mais intéressant dans un fonds BD américaine à développer.

C’est un roman d’amitié…

Le 26 juillet 1977, Mme Martinelli rend service à Mme Capaldi en acceptant de garder sa fille Miriam pour quelques heures. Un peu timide, cette dernière s’installe dans un coin du salon familial où la télévision est en marche. Très vite, le jeune Peter Capaldi vient la voir et, très vite, l’insupportable casse-pieds qu’il est ne tarde pas à faire sourire Miriam… Petit récit d’une rencontre et début d’un grande amitié ponctuée de sentiments inavoués, de bêtises assouvies, de sérieux et d’exaltations cinématographiques. Cette amitié est le miroir de deux vies, deux vies d’enfants-ado dans l’amérique des années 80.

Dans un superbe écrin réalisé par les éditions çà et là – on ne soulignera jamais assez la qualité de cet éditeur – on trouve un recueil de mini-histoires (rarement plus de 4/5 planches) qui sont une multiplication de focus sur des événements de la vie des deux protagonistes principaux. Ne respectant à aucun moment un ordre chronologique établi, Rich Tommaso fait une description par touches précises et successives. Adolescents, enfants, jeunes adultes, il dresse le portrait de leurs intériorités, de leurs errances, de leurs insatisfactions mais aussi de leurs bonheurs. L’un et l’autre se soutiennent, l’un et l’autre se poussent.peter_et_miriam_planche

Marqué par l’école américaine du strip sans en être prisonnier, avec un trait qui rappelle par instant Charles M. Schultz, Rich Tommaso multiplie les histoires à un  rythme effréné. Les 104 planches se lisent assez rapidement et  peut-être même un peu trop. En effet, on a parfois l’impression de passer un peu vite sur des situations qui auraient mérité plus d’approfondissement. Cependant, la richesse du livre repose sur une approche très sensible des personnages d’où, à mon avis, le besoin d’une double lecture. Si la première permet de découvrir Peter et Miriam, la seconde offre la possibilité d’apprécier pleinement la partie immergée de l’œuvre et de profiter finalement d’une description très fine et qui se révèle finalement plus posé, entière et passionnante.

Cette première partie est donc un très joli livre sur l’amitié et, même si elle s’avère assez peu sûr de soi, une vision positive de la jeunesse américaine des années 80. Sur IDDBD, on attend déjà la suite avec impatience car la trop courte lecture nous laisse un peu sur notre faim ! Finalement, on s’attache au personnage car chacun rêverait d’une amitié aussi sincère. Une belle leçon d’humanité.

A lire : un extrait sur le site des éditions çà et là (pdf) et la fiche album

A voir : la critique de Krinein

A voir : le site de Rich Tommaso (en anglais, sorry)

A noter : cette chronique s’inscrit dans le challenge BD de Mr Zombi auquel IDDBD participe !

A noter : cette chronique clôt le mois spécial BD américaine sur IDDBD.


Amitiés aquatiques

Au fil de l’eau (scénario et dessins de Joel Orff, éditions ça et là)

Jim et Emily, deux amis qui s’étaient perdus de vue depuis des années, se retrouvent par hasard dans le chalet où ils avaient passé ensemble les vacances d’été. Jim, jeune artiste sans emploi vient de se séparer de sa fiancée. Emily, mère divorcée, part pour une nouvelle vie à Denver. Ils sont à un tournant de leur vie respective et leur unique soirée est sans doute leur dernière rencontre.

Entre les mots et le silence, entre le présent et le passé, Joel Orff laisse une grande place aux non-dits et, avec beaucoup de subtilité, dresse un portrait terriblement humain et poétique de ses deux personnages.

Car subtil est bien le maître mot de cette amitié. Le dessin sobre et épuré, parfois torturé, est à l’image d’un récit bâtit comme une conversation. Vous savez quand un situation rappelle une anecdote, un sourire, une phrase, un dessin ou une amitié ?
On suit le fil de leur dialogue et de leurs souvenirs comme ils suivent les contours du lac, au fil de l’eau. Mais c’est bien dans les silences que le choses se passent, trahissant ainsi les vérités oubliées et les regrets. Le fil du temps.

Il aurait été facile pour Joel Orff de se casser les dents sur ce genre de récit. D’autres que lui, et non des moindres, ont échoué. Sans pathos, ni fioriture, il livre ici un album sensible tout en retenu.

Après Andi Watson (Ruptures, Little Star) et Judd Winick (Pedro et moi), les éditions ça et là nous offre encore le meilleur de la BD américaine.

A voir : le site des éditions ça et là

A découvrir : le site officiel de Joel Orff

A lire : la critique d’ActuaBD

A lire : l’interview en 2006 de Serge Ewenczyk, patron des éditions ça et là

Nana : un shojo pas comme les autres

Nana (scénario et dessins d’Ai Yazawa, 16 volumes, série en cours, éditions Delcourt)

Comme promis, je soutiens Mike dans son entreprise « 0% testostérone » pour vous parler d’un shojo, un manga pour fille comme on en voit peu et qui, comme tous les mangas présentés sur IDDBD, casse les clichés du genre.

Alors oui, j’assume ! Je suis un homme et j’adore l’histoire des ces deux jeunes femmes prénommées Nana. Elles se rencontrent dans un train les menant toutes deux vers Tokyo et des rêves différents. J’aime cette amitié entre ces deux filles que tout oppose. Nana Komatsu est fleur bleue, coeur d’artichaut, souriante et exubérante ; Nana Osaki est sombre, solitaire et chanteuse dans un groupe de punk !

Car Nana est également l’histoire d’une lutte fratricide entre deux groupes de rock. Blast (Black Stone) et Trapness se battent pour atteindre les sommets des ventes. Tous seraient trop simples si les membres de ces groupes ne se connaissaient pas si bien ! Et puis, qui dit shojo dit Loves stories !

Mais attention, le maître-mot de ce manga incroyable est « ne pas se fier aux apparences » ! Le scénario est bien ficelé et sous son aspect de shojo bien pensant, Nana cache pas mal de surprise qui elles, ne le sont pas. Je ne vous gâcherais pas le plaisir de les découvrir par vous-même mais sachez qu’une fois pénétré dans l’univers d’Ai Yazawa, vous vous surprendrez à rire, à vous révoltez, à vous inquiétez, voire pour les plus midinettes d’entre-vous à pleurez pour les histoires des ces personnages. Incroyable vous dis-je !

Si les deux Nana ont cette présence qui forme les grandes héroïnes, irrémédiablement liée à un graphisme splendide (des visages, aux styles en passant par les concerts) il ne faut pas en oublier les autres protagonistes tous intéressants, hauts en couleurs et, pour la plupart, terriblement touchants.

Véritable phénomène aussi bien au Japon qu’en France, Nana met un gros coup de pied dans la fourmilière du shojo comme Lady Oscar l’avait fait avant lui. N’hésitez pas à découvrir les premiers épisodes de l’anime qui est très fidèle au manga (c’est d’ailleurs ainsi que je l’ai découvert).

A découvrir : deux sites français sur Nana : Appartement 707 et La Chambre de Nana

A découvrir : le site officiel d’Akata

A voir : le premier épisode de l’anime

Pedro & moi / Judd Winick (çà et là)

Pedro & Moi (scénario et dessin de Judd Winick, éditions ça et là, 2006)

En 1993, Judd Winick, un jeune auteur de comics participe à un reality show, The real world, dans lequel 7 jeunes partagent une maison durant 6 mois. Il partage sa chambre avec Pedro Zamora, 22 ans, d’origine cubaine, homosexuel et séropositif. Pedro utilise cette émission pour sensibiliser les américains à la prévention et à la lutte contre le SIDA.

Mise en image d’une histoire vraie, Pedro & Moi fait partie de ces albums qui tordent le coup aux idées reçues sur le SIDA et l’homosexualité (sur la téléréalité aussi mais on s’éloigne des sujets importants). Loin du misérabilisme et du voyeurisme, Pedro & Moi est le récit d’une amitié entre deux hommes que tout oppose. Brillant (à l’image de Pedro), remarquablement dessiné (un style strip avec de légères déformations quand les personnages sont heureux ou tristes) et mis en page avec efficacité (les cadrages sont pensés à merveille), ce récit nous fait entrer dans l’intimité même des personnages et l’on partage un peu de cette chaleur qui les unit. Au sortir de cet album, une information sur le SIDA, sur les préjugés l’entourant, et plus que tout, une magnifique aventure humaine.

« Il a rendu le monde meilleur qu’il ne l’était à sa venue. C’est la chose la plus noble que l’on puisse faire de sa vie. » Je n’ai rien de plus à ajouter pour vous convaincre.

Juste pour faire le lien, quelques très bonnes lectures (ou rappel de bonnes lectures) sur ce(s) thème(s) :

Blue de Kiriko Nananan (voir la chronique d’Everyday du 15 septembre ) et Love my life, d’Ebine Yamaji. L’homosexualité féminine au japon (oui, oui ce sont des manga…).

Pilules bleues de l’incontournable Frederik Peeters. (cf chronique du 9 septembre)

Un monde de différence d’Howard Cruse. Un roman graphique (un vrai ! 3 heures de lecture sans s’en détacher) sur la vie d’un homosexuel dans les années 50 aux sud des Etats-Unis. Promis, je ferais une chronique dès que possible !

Same difference

(scénario et dessin de Derek Kirk Kim, aux éditions 6 pieds sous terre)

Voilà une bonne surprise comme on aime en trouver de temps en temps ! Cela ressemble de prime abord à un manga (surtout par rapport au nom de l’auteur, américano-coréen, et aux carpes coï de la couverture…), alors on l’ouvre un peu au hasard, parce qu’on se doute bien que ce n’est pas du manga style « saut périlleux avant-saux périlleux arrière« … Et là, première surprise, le trait est plus européen qu’on ne l’aurait cru… Puis on se plonge dans l’histoire et l’on perd encore une fois ses repères… Il y a de l’introspection, de l’humour, de la tendresse, des regrets, du road-movie light (25 km d’autoroute…), bref, un drôle de cocktail qui vous laisse en définitive un goût doux-amer dans la tête. Une fois refermée la dernière page, on sent encore ce goût. On repense aux personnages auxquels finalement on s’est très vite et très fort attaché…

Ce premier album publié en France de Derek Kirk Kim, un jeune auteur américano-coréen, est une vraie réussite (il a d’ailleurs reçu un Eisner Award en 2004 dans la catégorie « Talent Deserving Wider Recognition » et a été nominé dans la catégorie « Premier album » au Festival d’Angoulême 2005, entre autres).

Pour l’histoire, laissons la parole aux excellents rédacteurs de l’excellente maison d’édition 6 pieds sous terre :
« Nancy et Simon, la vingtaine entamée, sont amis. Un jour, ils s’avouent chacun une histoire personnelle qu’ils ont du mal à assumer. Simon parle d’une amie de lycée aveugle, qu’il devait inviter à sortir. Il se ravisa à la dernière minute et inventa un prétexte pour ne pas avoir a le faire. De son côté Nancy, qui vient d’emménager dans un nouvel appartement lui confie qu’elle a reçu des lettres d’amour, d’un certain Ben, adressées à l’ancienne locataire de cet appartement. Au lieu de les retourner, poussée par la curiosité elle les a lus et lui a même répondu en se faisant passer pour la vraie destinataire. Elle convainc finalement Simon de partir sur les traces du mystérieux Ben qui habite Pacifica, la ville ou Simon vivait quand il était au lycée. Ils y croiseront Ben, Irene (l’ami aveugle de Simon) et d’autres anciennes connaissances de lycée de Simon. Ce sera l’occasion pour eux de faire le point, à l’aube de leur vie d’adulte, sur leur façon d’envisager leur relation aux autres et de se pencher sur leurs petites lâchetés. Récit initiatique sur le passage à l’age adulte dans l’Amérique contemporaine Same difference est le premier ouvrage de Derek Kirk Kim, jeune auteur pétri de talent et unanimement salué par ses pairs et par la critique à l’occasion de la sortie de cet ouvrage.« 

IDDBD partage totalement l’avis de l’éditeur sur le talent de Derek Kirk Kim (il suffit simplement de lire Same difference ou d’aller faire un tout sur son site pour s’en convaincre). Tout y est, la maîtrise de la narration et du dessin, et ce petit plus qui fait la différence : une sensibilité qui ne peut que vous toucher… Vivement que d’autres traductions arrivent en France !

A lire : la bio (super express !) de Derek Kirk Kim sur le site des éditions 6 pieds sous terre

A visiter : le site de Derek Kirk Kim, avec plein de strips, de cases, et l’album Same difference en intégralité (mais en anglais) !

A lire : la chronique de hold-up.info