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Chronique | Le chant du pluvier

scénario d'Amandine Laprun et Joseph Béhé dessins et couleur d'Erwann Surcouf Editions Delcourt Collection Mirages (2009) Public : Ado-adultes Pour les bibliothécaires : Un joli obe-shot très réussi. Entre la BD classique et le roman graphique.
A la mort de sa mère, Guilhem, jeune scientifique en mission au Groenland, invite à son père de le rejoindre quelques temps. Pour le vieux béarnais, c’est l’occasion de découvrir un autre monde et ce fils avec qui il n’a jamais vraiment discuté. En écho à Kirkenes, nous nous sommes dit qu’une seconde couche de froid en plein mois de juillet devrait convenir aux lecteurs assoiffés que vous êtes. Aujourd’hui encore, IDDBD vous propose une histoire de grand nord et de froid. Que dire de ce Chant du pluvier ? C’est une bonne surprise. A première vue, rien de bien nouveau sous le soleil de la collection Mirages. Hormis le trait plus épais, je ferais les mêmes remarques que pour Kirkenes. Un dessin réaliste sans être académique et un choix de couleur tout à fait judicieux. Au final un bel objet joliment relié, bref, la qualité habituelle de cette collection. Mais sous un aspect BD franco-belge assez classique, Le Chant du Pluvier cache tout de même pas mal d’originalité. Pourtant, il est tout à fait possible de se faire avoir au départ car côté scénario, les trois personnages principaux n’ont rien de bien originaux : Guilhem est un fils en mal d’amour et de dialogues, Bernat est un père béarnais taciturne au béret visé sur la tête, quant à Marilis c’est la fille de ferme brusque qui n’a pas sa langue dans sa poche. Cet univers est posé bien avant les premières planches d’Erwann Surcouf. Puis c’est la rupture avec la mort de la figure maternelle et féminine, celle qui attachait encore les membres de la famille entre eux. Cette rupture que l’on pourrait qualifier de pré-récit est justement ce qui donne toute sa force à l’histoire, ce qui donne envie d’en connaître un peu plus. C’est à la fois l’énergie du lecteur et des personnages. Du coup, nous sommes entrainés dans ce même élan. Un élan confronté rapidement à de nouvelles ruptures scénaristiques. Un travail d’orfèvre pour le coup ! Cette rupture marque donc le début du récit et le point de départ à la fois physiques et moraux des personnages. A partir de cet instant, Le chant du pluvier devient un roman d’apprentissage  du dialogue et de la découverte de l’autre. Les auteurs ont pris un certain plaisir à prendre ce terme de découverte de l’autre dans toutes ses significations et ses symboles. L’autre pouvant prendre des visages multiples selon les instants et les personnages utilisés : Bernat découvre le Groenland, Guilhem découvre son père et Marilis… non je ne dirais pas tout ! Et au final tout est bien plus compliqué... Au bout du compte, au bout de ce scénario très bien écrit, ficelé d’une main de maître, les éléments, au départ bien éloignés, se rejoignent pour créer un tout. Ainsi, Amandine Laprun et Joseph Béhé entraînent leurs lecteurs dans cette histoire un peu surréaliste d’un béarnais au Groenland sans en faire un livre d’aventure mais bien une tranche de vie à la fois drôle et émouvante. On est alors conquis et marqué par ce récit. A voir : le très beau site officiel (avec interview, sons, planches, fonds d’écran) A découvrir : les site d’Erwann Surcouf, d’Amandine Laprun, de Joseph Béhé