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Tronchet,… Côté clairBD

Là-bas (dessins de Didier Tronchet, scénario d'Anne Sibran. Dupuis. Collection Aire Libre) Jour de marché à Alger. Un homme traverse la foule. Une voiture noire passe. Des tirs. Un seul survivant : Alain, petit français d'Algérie épargné par l'OAS juste pour sa couleur de peau. Il est pourtant d'ici, tout comme les autres. Mais voilà, sa femme enceinte, sa mère et sa soeur sont déjà en France, juste le temps que les choses reviennent "à la normale", comme avant quoi ! Et finalement, un matin son ami Rachid, un copain d'enfance, lui annonce : "Alain, ils ont ton adresse au FLN. Demain, tu es sur leur liste." C'est l'heure de partir là-bas, en France. Tronchet côté clair, c'est le soleil d'Alger et la nuit parisienne, c'est la vie, ses peines et ses souvenirs, ce sont des mots mis en image. Les mots de Bleu figuier, le roman d'Anne Sibran (sa compagne dans la vie) racontant l'histoire de son père et du déracinement d'une communauté devenue étrangère où qu'elle aille. Voici un album tout bonnement formidable. Anne Sibran, dont le talent d'écriture est remarquable, signe une histoire à la fois émouvante, drôle et pathétique. Elle délivre, à partir d'un cas particulier, un message quasi-universel mêlant amour, dégout, peine, nostalgie, rêve et tant de sentiments qu'il est difficile de tous les écrire ici. Ce message est relayé avec talent par un Tronchet simple dessinateur (et grand adaptateur) au sommet. Sous une sobriété de façade (un dessin propre, une mise en page simple) et sa mise en couleur jouant sur les tons chauds et froids, Tronchet donnent une contenance et une sensibilité au récit. Mais rien n'est laissé au hasard. Les mots et les personnages sont à leur place pour donner toute sa puissance au récit d'Anne Sibran. Entre nous, j'ai mis presque deux heures à écrire cette chronique. Mais même maintenant, j'ai l'impression d'affadir cet album magnifique gorgé d'amour et de mélancolie. Simplement beau ! A lire : la chronique de BDParadisio A découvrir : le premier chapitre de Bleu Figuier sur le site de Grasset

Chronique | Petit Polio

dessin et scénario de Farid Boudjellal, aux éditions Soleil Il y a mille façons de se battre contre l'intolérance, le racisme et, d'une manière générale, la bêtise humaine (pour ne pas dire, la c.......). Farid Boudjellal, lui, a choisi de dessiner des BD. Nous, nous pouvons choisir de les lire. C'est aussi une façon de lutter. Peut-être pas la plus spectaculaire, je vous l'accorde. En attendant, par les temps qui courent, tous les contre-poisons sont bons à prendre... Avec Petit Polio, Farid Boudjellal nous raconte une tranche de la vie de Mahmoud Slimani (son double quasi auto-biographique), un petit garçon de 8 ans qui vit heureux et sans soucis au milieu de ses nombreux copains, de ses soeurs (Fouzia, l'aînée, Djamilah et Ratiba, les cadettes) et de ses petits frères (Abdelramane puis, un peu plus tard, Mouloud), sous le regard plein d'amour et de sagesse d'Abdel et Salima, ses parents. Bon, c'est vrai que Mahmoud boîte pas mal et porte de lourdes chaussures orthopédiques depuis qu'il a contracté la polio (d'où son surnon dans le quartier...). C'est vrai aussi que Mahmoud est algérien, qu'il vit dans un quartier populaire de Toulon et que nous sommes entre 1958 et 1960. De l'autre côté de la Méditerranée, en Algérie, c'est la guerre. Tout ça c'est vrai et pourtant Petit Polio ne perd pas sa joie (sa soif) de vivre. C'est même une formidable leçon de vie et d'optimisme. Même lorsque la grande Histoire le rattrappe, lorsqu'il voit un homme se faire battre à mort, sans raison si ce n'est qu'il est algérien. Même lorsque la maman de son meilleur ami, Rémy, disparaît. Même lorsque son grand-père à lui meurt. Il faut dire aussi que Mahmoud a des antidotes aux douleurs de la vie et à la méchanceté des hommes : l'amour de sa famille, l'amitié, sa grand-mère... et ses bandes dessinées ! Et aussi le regard qu'il porte sur les gens, les évènements et les choses qui l'entourent, le regard d'un enfant de 8 ans. Le secret de Farid Boudjellal, c'est que lui, il ne l'a pas oublié ce regard là. A ne pas rater : l'interview de Farid Boudjellal par Gilles Ratier A lire : les résumés et les critiques des trois tomes, écrits par Marie, sur sceneario.com. Tout simplement excellent. A déguster (en kémia) : quelques pages des trois albums, juste pour vous donner l'envie... Mention spéciale aux pages 8 et 9 du toisième tome ("Mémé d'Arménie") d'une sobriété mais d'une émotion stupéfiantes.