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Chronique | Portugal (Pedrosa)

Simon Muchat n’a pas envie. Pas envie d’acheter une maison, de voir sa famille ou de tondre la pelouse. Il n’a pas l’intention non plus de continuer d’écrire et dessiner des livres. Il a honte de ses œuvres et se perd peu à peu sur les routes qui le font intervenir dans des écoles à travers tout le pays. Mais des événements vont immuablement le ramener vers son passé : le mariage d’une cousine et surtout, une invitation dans un festival de BD au Portugal, le pays de son grand-père immigré dans les années 30. En 2007, Cyril Pedrosa frappait un grand coup dans le paysage de la bd française avec son très remarqué Trois Ombres, un conte moderne sur le deuil d’un père. Si, à l’époque, j’avais reconnu la très grande qualité de son travail, je ne partageais pas entièrement l’enthousiasme général. Mais en 2011, avec ce livre aussi épais et lourd qu’une brique, je ne peux que m’incliner et reconnaître ici l’un des albums les plus extraordinaires de l’année. Oui, extraordinaire.

Perdre et retrouver la voie

Cyril Pedrosa se raconte sous les traits de Simon. Il est cet homme au milieu de… de quoi ? De son art asséché ? Des normes sociales imposées ? De ses séances de psychothérapie ? De cette fuite perpétuelle pour nulle part ? Simon ne sait pas, Simon chemine, Simon est perdu dans un monde gris et pluvieux. Et soudain, comme dans tout bon récit, c’est une rupture, symbolisé par un changement éclatant. La lumière, le foisonnement de couleurs, tout est là pour symboliser non seulement la découverte d’un pays à travers l’état intérieur du personnage mais aussi pour faire passer le choc, le frémissement d'une conscience, quand le personnage/auteur ère comme un fantôme au milieu d’une foule bigarrée, bruyante mais qu’il ressent au plus profond de lui-même. Le temps d’un week-end, Simon découvre une nouvelle voie, une première marche. Reste à franchir les étapes en trois temps et plus de 250 planches.

La règle des 3

A ma description, vous vous dites que Cyril Pedrosa s’est fait une psychothérapie en direct, nous montrant son nombril en le remuant pour faire joli. C’est tout simplement faux. Il parle de lui c’est vrai mais il s’efface derrière cette quête personnelle devenue familiale. Car Portugal n’est  pas uniquement le portrait intérieur d’un homme. Il est celui d’une famille, les Muchat, symbolisée par 3 générations, du grand-père au petit fils. Simon est le conteur, mais Abel ou Jean sont les mémoires. Portugal est ainsi un récit en trois temps avec un héros mais trois hommes. Le trois est la règle. Car au delà des trois membres d'une même famille ce sont aussi trois lieux, trois événements pour trois chapitres qui expliquent peu à peu ces liens qui se transmettent, se gardent jalousement, se taisent parfois et se perdent souvent. La faute à pas de chance, à l’éloignement, aux humains… à la vie tout simplement. Voici peut-être la seule remarque désobligeante que l’on pourrait formuler à l’égard de cet album. N’est-ce pas déjà vu ? Le coup du retour aux racines pour comprendre son présent  ? N’est-ce pas un peu facile ? Je vous l’accorde. C’est une histoire que l’on a déjà vu des centaines de fois. Comme les histoires d’amour, voici un thème qui peut tomber rapidement dans le pathos, le cliché et le lacrymale gratuit si il n’est pas bien traité. Mais ce n’est pas le cas ici.

Ouvrir les yeux, c'est...

Tout d’abord, Cyril Pedrosa s’accorde du temps. C’est un luxe suffisamment rare dans la BD pour en profiter. Aucun de ses personnages ou de ses pistes lancées ne sont délaissés. Comme dans la vie certains sont perdus de vue mais aucun n’est là gratuitement. Ils apportent tous une pierre à l’édifice, un point de vue nouveau permettant perpétuellement de changer de regard sur les évènements présents et passées. Tout cela crée un tourbillon de vie, de situations qui emportent irrémédiablement le lecteur dans une curiosité positive loin de tout voyeurisme. Ensuite, Cyril Pedrosa fait preuve d’une inventivité graphique déconcertante. J’ai déjà parlé de la couleur plus haut mais j’insiste encore. Je ne suis pas un amateur forcené de son dessin, en revanche, ses couleurs changeantes au grès des situations sont splendides. Il retranscrit aussi bien l’ambiance d’une fin de soirée de mariage en Bourgogne qu’une après-midi au bord d’une plage portugaise et sait travailler les transitions avec beaucoup de subtilité. Il nous offre également de belles digressions graphiques. On sent une grande liberté personnelle dans Portugal, une joie du dessin presque enfantine. On la retrouve d’ailleurs dans une scène qui semble anodine au début du livre. Surtout, et c’est pour moi le plus important, il montre toute la dignité et la générosité d’un peuple. Véritable déclaration d’amour au pays de ses grands parents, Portugal est une œuvre sur l’échange, le don de soi et l’ouverture aux autres. Paradoxalement, et c’est sa plus grande réussite, cet album autobiographique évoque l’autre avec justesse et passion. Bien entendu, il parle des portugais, peuple absolument charmant et accueillant (je sais j’ai testé plusieurs fois !). Mais à travers leur exemple, il parle aussi des liens entre les migrants et le pays qui les accueille. Des liens parfois conflictuels, parfois positifs, mais des liens irrémédiables qui marquent la grande et la petite histoire. Pour conclure, lisez Portugal. Un album autobiographique qui s’accorde la grâce de parler des autres avec autant de justesse ne mérite pas que l'on passe à côté. Cyril Pedrosa évoque  un cheminement intérieur vers sa propre mémoire génétique. Une œuvre tout simplement splendide et positive. Essentielle pour tous ceux qui se sont un jour égaré sur leur propre route. A voir : l'interview de Cyril Pedrosa sur France5 A lire : l'interview sur Rue89 A lire : la chronique de Mo'
scénario et dessins : Cyril Pedrosa Editions : Dupuis (2011) Collection : Aire Libre Public : Adulte, ados Pour les bibliothécaires : Pour les petits budgets, pas facile car c'est un gros livre. Mais avec Blast, Elmer ou Polina, il fait partie des albums essentiels de l'année. On en reparlera sans doute à Angoulême.

Prenez le large, que diable !

Le diable des 7 mers (scénario de Yves H., dessin de Hermann, collection Aire Libre, éditions Dupuis, 2008) Bien entendu, les lecteurs les plus persifleurs d'IDDBD auront beau jeu de crier une fois de plus au scandale ! A part les westerns, les comédies sentimentales et les histoires de pirates, que peut-on désormais trouver sur IDDBD ? Heu... de bonnes histoires de pirates qui ressemblent à des westerns sentimentaux, ou des comédies sentimentales rassemblant des gueules de pirates sur la trame narrative d'un bon western, à moins qu'il ne s'agisse de westerns où l'on croise des pirates sentimentaux ? Sans être tout cela à la fois, il faut bien reconnaître que Le diable des 7 mers nous entraîne en Caroline du Sud à l'aube du XVIIIème siècle (certes, ce n'est pas vraiment du western mais on est déjà en Amérique...) où nous rencontrerons tour à tour une jeune fugueuse fougueuse, la fille de Lord Somerset (ça, c'est clairement pour le côté sentimental... enfin, si l'on aime les tigresse...), un jeune aventurier, Conrad, et une sacrée bande de pirates purs jus, menés par un certain Murdoch, le fameux diable des 7 mers (et croyez-moi, celui ne s'habille pas en Prada !) ! Bilan : Le diable des 7 mers est une vraie histoire de pirates comme on les aime sur ces côtes bédéphiles, n'en déplaisent aux grincheux et autres intellos du 9ème art. On aborde des bateaux, on pille, on massacre à tour de bras, on se trahit... mais surtout on cherche Le trésor ! Le tout, sur la trame sans faille de Yves H. (le fils de son dessinateur de père, Hermann). Et le couple "père-fils" fonctionne on ne peut mieux dans cette histoire originale (comme quoi, on peut raconter des récits de pirates qui - tout en respectant les règles du genre auxquelles les puristes sont attachés - sortent des sentiers - côtiers - battus et rebattus...). Quant au dessin, je ne m'étendrai pas sur le sujet tellement le trait d'Hermann est juste magnifique : il vous suffit de jeter un coup d'oeil à la couverture et aux deux planches que nous vous proposons. Vivement la seconde partie, sacrebleu !  

Et si on Cosey d’amour ?

Une maison de Frank L. Wright et autres histoires d'amour (scénarios et dessins de Cosey, collection Aire libre, éditions Dupuis, 2003) Et si, en ce joli printemps, IDDBD vous proposait une petite sucrerie ? Ou plutôt, un petit coffret, un assortiment de quatre friandises toutes en douceur et délicatesse ? Cela vous changerait un peu des chroniques western, science-fiction ou héroïc fantasy, non ? Et bien justement, cette petite gourmandise précieuse, IDDBD vous la rappelle à votre bon souvenir ou vous la fait découvrir. Son nom ? Une maison de Frank L. Wright et autres histoires d'amour. Ses ingrédients ? Quatre belles et délicates histoires d'amour. La première fait se retrouver, à l'hiver de la vie, deux amants qui ont partagé un moment de leur printemps avant de se perdre de vue. La seconde a pour cadre l'une des sublimes maisons dessinées par l'architecte américain Frank L. Wright, au sein de laquelle deux jeunes gens vont se retrouver avant de s'être connus. La troisième est une histoire d'amour au-delà du temps et du pardon, une véritable ôde à la vie qui parfois nous tend gentiment la main. La quatrième, enfin, nous invite à ne pas rater les occasions de retrouver un amour de jeunesse... surtout lorsqu'il aime - comme vous - la bande dessinée ! Son goût ? Doux comme les souvenirs de certains émois, sucré comme l'amour présent, mais jamais mièvre ou doucereux. L'esbrouffe ou la facilité ne font pas partie du vocabulaire artistique de Cosey. Avec un chef aussi talentueux, vous aurez donc du mal à résister à la tentation de Une maison de Frank L. Wright et autres histoires d'amour, ce dessert que vous avalerez en une bouchée mais dont vos yeux garderont longtemps le goût... Après son Voyage en Italie, Cosey est décidément un impénitent romantique. A moins qu'il ne soit tout simplement un véritable être humain ? A découvrir : le site de la fondation Frank Lloyd Wright

Plumes de nerfs…

Lune de guerre (scénario Jean Van Hamme, dessin de Hermann, collection Aire Libre, éditions Dupuis, 2000) "Foouuyyââ !", comme on dit dans la région de Saint-Etienne (Loire) "IDDBD nous en a bien balancé d'la violence c'tte s'maine !". Et je dois reconnaître que notre lecteur stéphanois à raison : depuis lundi, il pleut de la violence sur IDDBD comme pluie au mois d'août (à Saint-Etienne !). C'est un peu La loi des séries, une sorte de malediction (d'Edgar), la douce vengeance du pot de miel contre le pot de m....(Homère), bref c'était la mafia story sur IDDBD ! Et pour finir cette semaine de la violence, il nous fallait un album en forme d'apothéose, une BD grandiose, digne d'une tragédie grecque, et au dessin qui soit à la hauteur. Dans ces cas là, une seule solution : convoquer des pointures du 9ème art, des monstres sacrés qui accepteraient une collaboration comme ça en passant, sans faire de genre... Pas facile à dénicher, cette perle rare existe : Lune de guerre de Van Hamme et Hermann ! Est-il vraiment besoin de vous convaincre que cet album vaut la peine d'être lu lorsque l'histoire est concoctée par Jean Van Hamme et les pinceaux tenus par Hermann. Franchement, ce serait faire injure aux talents respectifs de ces deux immenses artistes. Et pourtant, bravant toute honte, refoulant (du goulot) toute sorte de respect de soi et de ses lecteurs, occultant une maîtrise approximative de la langue française, IDDBD se lance et n'hésite pas à faire l'article... Avant d'être une BD, Lune de guerre est une leçon magistrale de maîtrise totale du scénario et du dessin, l'équilibre parfait entre le texte et l'image. A cet égard, ceux qui ne connaissent pas encore le dessin d'Hermann peuvent jeter un coup d'oeil aux quelques planches et dessins qui illustrent cette chronique : cela se passe de commentaire tant le trait est maîtrisé, harmonieux, sans pour autant perdre de sa force. Sublime ! Les dessins sont tirés du site d'Hermann... Quant au récit, Jean Van Hamme maîtrise lui aussi son art de conteur d'histoires à suspens. Comme pour les meilleurs d'entre elles, tout part d'une situation a priori banale qui va très vite (à peine cinq planches) se transformer en véritable cauchemard, le tout de façon absolument cohérente (le lecteur n'a jamais l'impression de se jeter tête baissée dans l'invraisemblable...). Son secret ? Peut-être sa fine observation et sa connaissance poussée de la nature humaine et de ses ressorts les moins avouables. C'est en tout cas ce que vous retrouverez dans Lune de guerre, où le déchaînement de violence - qui éclate entre deux clans pour une simple histoire de tomates à la crevette - est d'abord le prétexte pour explorer toutes les régions les moins reluisantes des hommes et des femmes (29 au total) qui peuplent ce récit halletant et halluciné...

Attention, western culte !

On a tué Wild Bill (scénario et dessin d'Hermann, collection Aire Libre, éditions Dupuis, 1999) Aaaahhhh ! Combien de temps sans vous chroniquer un bon western ? Trop ! C'est la raison pour laquelle IDDBD ne pouvait ne pas vous parler de ce magnifique album d'Hermann, dessiné en couleurs directes aquarellées et au scénario impeccable. Que signifie "impeccable" ? Tout simplement qu'Hermann utilise les codes qui font que l'ont aime le western sans que l'on est pourtant l'impression de lire un catalogue du genre ou la énième ressucée de la vengeance du fils de la revanche commanche... Vous retrouverez donc dans On a tué Wild Bill, cette palpitante aventure du jeune Melvin que vous suivrez de l'adolescence à l'âge adulte, les chercheurs d'or californiens, les bandes de tueurs à la solde des grands propriétaires terriens, les saloons enfumés de l'Ouest où les joueurs de pokers arrivent sans mal à sortir une douzaine d'as de leur jeu... vous parcourerez les main street de villes champignons embourbées (mais aussi quelques ruelles sombres...), les immenses paysages du Wyoming où vous chasserz ours, cerfs et autres bouquetins en compagnie d'un trappeur pur jus... Bien entendu, il y aura tout de même de la vengeance (mais quasiment par hasard car tel n'est pas le propos central de l'ouvrage) et, surtout, de la rédemption. Bref, toute l'action et tous les grands sentiments que l'on aime retrouver dans le western. Et lorsque cette magnifique histoire est servi par un dessin à vous couper le souffle, le bonheur est complet. On a alors le sentiment de tenir entre les mains ce qui ne peut être qu'un classique du genre, un de ces albums que tout bédéphile amoureux de western (hein ? quoi ? on parle d'IDDBD ?) se doit de posséder sur ces étagères. Juste pour pouvoir s'y replonger de temps à autres... A lire : le pitch des éditions Dupuis (profitez-en aussi pour visiter le site de la très belle collection Aire Libre...). "Le parcours mouvementé de Melvin Hubbard, de l'adolescence à l'âge d'homme, débute par un massacre et se clôt sur une tuerie. "On a tué Wild Bill" n'est cependant pas l'histoire d'une vengeance ni d'un épisode sanglant, et encore moins celle de James Butler "Wild Bill" Hicock (qu'il ne faudrait pas confondre avec William "Buffalo Bill" Cody). C'est la fin d'une époque à laquelle on assiste ici. Le XXe siècle est à quelques coups de colt. Un monde est en train de disparaître. L'Ouest sauvage embaume déjà ses mythes. La jeune Amérique a pris ses mesures. Hermann ses crayons et ses pinceaux pour dépeindre à sa manière, de cette façon magistrale et parfaitement maîtrisée qui n'appartient qu'à lui, les mouvements du coeur humain, ses bassesses, sa grandeur, et surtout sa réalité." A lire : la courte mais excellente critique de FredGri sur sceneario.com A visiter : le site d'Hermann A lire : pour avoir un rapide aperçu de la carrière d'Hermann et de sa production, un article sur Wikipédia

Tronchet… Côté obscur

Houppeland 2 volumes ou édition intégrale (scénario et dessins de Didier Tronchet, collection Aire Libre, éditions Dupuis)

Imaginez un Noël perpétuel. Foie gras, dinde au marron, réveillon, blagues et cadeaux tous les soirs ! Un bonheur ? Pas si sûr… encore moins si vous vous trouvez à Houppeland.

Dans ce diptyque de la collection Aire Libre, le très fameux créateur du très ridicule Jean-Claude Tergal pousse le rire jusqu’à la jaunisse en mélangeant un conte de Noël et 1984 de Georges Orwell.

C’est en suivant Marcel, simple citoyen de la république de Houppeland, que l’on découvre cette société terrifiante peuplée de pères noël armés, surveillée par la fascisante brigade des joyeux drilles et dotée d’un esprit de Noël à faire pâlir les épisodes sombres de la France des années 40. Dans ce monde de joie institutionnelle, il est finalement assez facile de sortir du rang. Par amour mais aussi par tout un tas de quiproquo ridicule, Marcel devient La-queue-du-mari : l’ennemi public n°1…

On connaissait déjà l’humour très caustique de Tronchet mais avec Houppeland, il passe d’une gentille méchanceté à une authentique et violente caricature du genre humain. Peuplés de lâches, de suiveurs, de traitres ou de faux donneurs d’espoirs capable d’accepter l’inacceptable, de marcher derrière n’importe quel dirigeant atteint d’une quelconque lubie ou de participer aux exactions d’un pouvoir totalitaire, les deux albums de Houppeland ne ratent jamais l’occasion de nous rappeler les travers possibles de notre petit confort et de nos réjouissances obligatoires (ah ! les corvées… pardon les cadeaux de Noël !). Tout cela sous le couvert d’un humour toujours très décalé allégeant la lecture sans en ôter l’acidité du discours.

Bref, pour ceux qui doutait encore du talent de conteur d’histoires de Tronchet, où si vous n’avez jamais lu que les Jean-Claude Tergal, découvrez donc le côté obscur d’un auteur qui m’a souvent fait pleurer de rire. Une histoire politiquement incorrecte tirant à boulet rouge là où ça fait mal…et ça fait du bien !

A découvrir : le projet d’adaptation cinématographique.

Le voyage en Italie

(scénario et dessin de Cosey, collection Aire Libre, éditions Dupuis, 2 tomes et version intégrale) Cette BD est l'une des premières que m'a fait découvrir Manu, l'ami qui m'a initié au 9ème art. J'ai alors découvert que la bande dessinée ne se résumait pas à des banquets de gaulois, à de pauvres cow-boys solitaires poursuivant quatre bandits crétins ou à un éternellement jeune reporter à houpette. Non, la BD savait aussi parler d'histoires d'hommes, de femmes et d'enfants qui pouvait vous toucher autant qu'aurait su le faire un roman ou un film. Le voyage en Italie de Cosey appartient à cette catégorie. Certes, le dessin peut paraître un peu daté, un peu classique mais le fond est là. Une narration intelligente, des personnages crédibles, des sentiments vrais... Et l'on se laisse emporter sans difficulté par ces amis d'enfance - Arthur, Ian et Shirley - qui se retrouvent quinze ans après le drame qui les a à la fois uni et séparé. Chacun essaie de racheter la faute qu'il pense avoir commise. Mais peut-on remonter le temps ? Kéo, la petite cambodgienne au coeur des retrouvailles suffira-t-elle à réunir ces trois âmes blessées ? En tout cas, la délicatesse et le talent de Cosey suffisent déjà à faire notre bonheur de lecteur. Quant aux personnages... Le voyage en Italie est un classique, un diptyque culte, un incontournable pour tous ceux qui veulent dépasser les clichés habituellement attachés à la BD. Pour ceux qui savent déjà, c'est toujours un plaisir de retrouver de vieux amis... Salut, et merci Manu... A lire : la critique de François sur du9.org

Les enfants

(scénario et dessin de Jean-Philippe Stassen, collection Aire Libre, éditions Dupuis) Quoi ? Encore un album de Jean-Philippe Stassen ? Et bien oui. Encore un album de Jean-Philippe Stassen. Pourquoi ? Parce qu'IDDBD vous disait hier à propos de Deogratias convient tout autant à cet album. Certes, nous ne sommes plus au Rwanda mais dans un pays indéterminé de l'Afrique noire, dans une ville où des assaillants mènent une guerilla toute proche, où les habitants vivent au quotidien entre les tirs sporadiques et le bistrot du coin, où des enfants orphelins sont pris en charge par une ONG... Parmi eux, Mongol, un jeune enfant particulièrement touchant, enfermé dans son monde pour échapper à la violence du monde qui l'entoure, ou Black Domino qui s'invente une vie entre le Canada et l'Australie, ou encore Airbus, un solide gaillard toujours à la limite... Et autour d'eux, des adultes à la dérive ou un peu paumés comme Colombo, le commissaire de police, Nefertiti, un trav un peu spécial, ou Anika, la responsable locale de l'ONG... Les enfants est un album profond, émouvant, sensible, aux antipodes de ce que l'on pourrait attendre d'une BD traitant de l'Afrique, de ses problèmes, de sa réalité et de son avenir. Comme Deogratias, Les enfants est une BD importante pour qui veut mieux prendre conscience de notre monde. Indispensable. A lire : la très bonne critique de Gilles sur BDsélection.com L'info du jour La pub pour l'abonnement à Fluide Glacial, le mensuel "d'Umour et de bandessinée", me fait mourir de rire... Et vous ? Evidemment, c'est du Ferri... A visiter : le site de Fluide Glacial sur le ouèbe

Deogratias

(scénario et dessin de Jean-Philippe Stassen, collection Aire Libre, éditions Dupuis) Il est des BD comme ça, que l'on reçoit comme coup de poing, qui vous prennent aux tripes, vous bouleversent. Tel est le cas de Deogratias ou le destin d'un jeune homme Hutu avant, pendant et après le génocide Tutsi, au Rwanda... Des critiques plus professionnels, mieux informés, plus talentueux décortiqueront cet album certainement mieux que je ne pourrais jamais le faire (voir l'excellente critique sur du9.org). J'ai juste envie de vous conseiller la lecture de Deogratias comme ça, sans trop intellectualiser, pour mieux ressentir à défaut de mieux comprendre, pour commencer à prendre conscience à défaut de compatir. Laissez-vous emporter par le dessin aux traits épais de Stassen, plongez dans son Afrique, dans son histoire, suivez Deogratias, ce jeune homme devenu fou de la folie des hommes et qui rejoint, la nuit, les chiens, plus humains. Lisez Deogratias et réfléchissez après. Prenez votre temps, revenez plusieurs fois sur les flash back qui émaillent le récit, détaillez les cases, ressentez l'Afrique, sa douceur, ses douleurs. Bref, pour une fois, comme ça, débranchez le cerveau pour laisser d'abord aller le coeur. A lire (avant Deogratias) : l'excellente critique de Vincent sur BDsélection.com A lire (après Deogratias) : l'excellente critique de du9.org

Le vol du corbeau

(scénario et dessin de Jean-Pierre Gibrat, collection Aire Libre, éditions Dupuis) Samedi dernier, IDDBD vous conseillait la lecture du magnifique diptyque Le sursis de Jean-Pierre Gibrat, une chronique rurale pendant l'Occupation, et vous encourageait à lire l'autre diptyque du même Gibrat, Le vol du corbeau, qui constitue une sorte de continuité du premier sans en être véritablement la suite. Dans l'intervalle, IDDBD a relu Le vol du corbeau. Verdict ? Continuer la lecture de Le vol du corbeau