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Pilules Bleues (TV) | Jean-Philippe Amar

JB est un jeune dessinateur de bande dessinée. Un soir du nouvel an, il rencontre Laura. Ils tombent amoureux. Mais rapidement, elle lui annonce sa séropositivité. Commence alors le début d’une histoire d’amour pas tout à fait comme les autres, une histoire qui débouche des années plus tard sur une bande dessinée… Continue la lecture

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Chronique | Les derniers jours de Stefan Zweig (Seksik & Sorel)

1941, Stefan Zweig a 59 ans. Après plusieurs années d’exil qui l’ont conduit de Londres à New York, il rejoint le Brésil en compagnie de sa jeune femme Lotte. Mais alors qu’il pense trouver un peu de paix dans ce lieu paradisiaque, ses propres démons le rattrapent.

Comme une évidence, cette bande dessinée est un drame. Je le précise pour ceux qui auraient une mince lueur d’espoir et qui ne connaîtrait pas – et nous sommes nombreux dans ce cas – la biographie d’un des plus grands romanciers du 20e siècle. Personnage complexe et torturé, témoin visionnaire des événements d’une époque meurtrie par la montée des fascismes en Europe. Dès 1934, il quitte l’Autriche pour une fuite sans retour jusqu’à ces 6 derniers mois dont nous sommes les témoins durant les 88 planches de cet album. Adaptée du roman éponyme de Laurent Seksik – qui signe également le scénario de la bande dessinée – cette histoire raconte bien plus que les ultimes instants de la vie du célèbre auteur. Elle est la chronique d’un désenchantement d’un homme fatigué et angoissé face au monde, face à l’histoire, face aux souvenirs d’une vie perdue 8 ans plus tôt. Nous sommes loin du mythe.

Mais ce personnage n’est pas seul, il est accompagné par une jeune et belle femme, Lotte, son épouse et secrétaire particulière. Tout au long de ce récit, le lecteur observe le rapport entre ces deux personnages. Elle, jeune, solaire, sociable mais malade d’un asthme sévère; lui, sexagènaire, lunaire, solitaire, écrivain au sommet de la reconnaissance mais empreint d’un spleen inguérissable. Le moteur du récit est à la fois, dans la complexité de leur relation mais aussi dans ce rapport de force inconscient qu’ils entretiennent entre eux et les autres. Rapport complexe et plutôt bien rendu.

Mais je trouve pourtant qu’il manque un certaine fluidité dans le récit. J’ai parfois eu l’impression de franchir abruptement des étapes psychologiques par pallier. On voit diverses scènes étalées sur plusieurs mois, des moments précis que l’on sent primordiaux dans l’évolution du personnage. Mais cette construction rend le récit bizarre, fait de multiples ruptures successives. Il serait presque facile de diviser ce récit en chapitre comme on peut le faire dans un DVD par exemple. Nous sommes ici, je pense, dans la limite du genre biographique en bande dessinée. Le temps de ce média, forcément plus rapide car plus dense qu’un roman demande beaucoup de subtilité pour ne pas donner l’effet d’une suite de passages obligés afin de respecter la chronologie. Visiblement, l’écriture d’un roman et d’une bande dessinée n’est pas le même travail. Je n’ai malheureusement pas lu le roman original paru en 2010. Mais j’imagine que ces étapes sont moins visibles.

Ce qui m’amène à une réflexion d’ordre plus professionnelle. Même si ce point de vue peut s’appliquer à tous types de lecteurs. Comme souvent avec les bandes dessinées contenant le nom d’un homme de lettres dans son titre, cet album s’adresse à un certain type de public que je qualifierai gentiment de « lettrés ». Les multiples références aux œuvres de l’auteur en sont une preuve, une bonne connaissance (ou une lecture attentive de la biographie de l’auteur sur des encyclopédies) sont nécessaires pour apprécier à sa juste valeur une œuvre qui semble vouloir être pour les gens qui en ont (de la culture légitime). Je n’ai rien contre ces personnes, rassurez-vous. « Y’en a des biens comme le chante avec beaucoup de finesse » Didier Super. J’en côtoie moi-même avec beaucoup de bonheur tous les jours. C’est plutôt la démarche qui me dérange et parfois le manque de recul du bibliothécaire face à tel ou tel titres de ce genre. Disons que cette volonté d’adapter les réussites littéraires en bande dessinée trouve parfois ses limites et que nous ne faisons pas toujours attention, emportés par l’espoir que ce titre touchera un public différent, plus légitime, des lecteurs de romans quoi ! Entre nous, je serais prêt à parier que de nombreux acquéreurs de BD en bibliothèque, n’ont pas mis 15 secondes à décider d’acheter ce titre. Ne me dites pas que j’ai tort, je vous vois froncer le nez devant votre écran. Je comprends leur point de vue, j’ai moi-même acheté des albums sous un estampillage « culture légitime ». Mais posons-nous la question quelques instants : aurions-nous acheté cet album si le nom de Proust, Zweig, Poe ou Balzac n’était pas imprimé sur la couverture ? La bande dessinée, en tant qu’art à part entière, a-t-elle besoin de ça ? N’a-t-elle pas ses propres classiques que nous devrions promouvoir ? Malgré mes critiques, Les Derniers jours de Stefan Zweig est un album de qualité – il est d’ailleurs sélectionné parmi les livres de l’été de l’ACBD – mais qu’en est-il des nombreuses pseudo-adaptations de grands auteurs malheureusement disponibles dans nos bacs ? J’ai bien une réponse mais je sens que vous voyez où je veux en venir… Ne pas acheter une BD originale de qualité pour réserver une place à l’adaptation douteuse d’un roman à succès sous prétexte « qu’il va sortir » est discutable. Voilà pour la partie « je chipote ».

Pour reprendre cette chronique : côté dessin, Guillaume Sorel livre un one-shot d’une très grande qualité. A l’image d’Algernoon Woodcock (avec Mathieu Gallié au scénario), son graphisme est à la fois réaliste et teinté d’un certain décalage. Cette impression provient sans doute de sa couleur dont les teintes semblent toujours recouvertes d’un filtre marron-gris-noir. Du coup, les beaux paysages de Rio peuvent apparaître inquiétants ou du moins, oppressants. J’admire beaucoup les choix souvent pertinents, en particulier les magnifiques pleines pages qui ponctuent le récit et cassent le rythme qui aurait pu être un peu pantouflard. Oui, je ne suis pas à un paradoxe prêt. J’admire les ruptures dans le dessin mais pas dans le scénario…

Pour conclure, Les derniers jours de Stefan Zweig est une œuvre efficace et réussie. Je ne trouve cependant pas l’adaptation du roman original très en adéquation avec le format bande dessinée. Les nuances sont peu subtiles, le scénariste manque d’espace et nous contraint aux seuls scènes marquantes sans beaucoup de transition. En revanche, j’ai apprécié le graphisme de Guillaume Sorel, toujours aussi efficace. Reste que cet album est l’archétype d’œuvres pour amateurs de biopics littéraires truffés de références. Il laissera les autres plus dubitatif. J’en fais partie.

A lire : la chronique plus enthousiaste de Jacques Viel du blog Un amour de BD
A voir : les premières pages sur BD’Gest

Les derniers jours de Stefan Zweig (one-shot)
d’après le roman de Laurent Seksik
Scénario : Laurent Seksik
Dessins : Guillaume Sorel
Editions : Casterman, 2012

Public : Adulte, lettrés…
Pour les bibliothécaires : encore une adaptation littéraire… Réussie certes mais avec les limites de son genre.

 

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Chronique | Le Sommet des dieux (Taniguchi & Baku)

Dans une petite boutique népalaise, Fukamachi tombe sur un appareil photo qui pourrait bien être celui de George Mallory, le célèbre alpiniste qui fut le premier à essayer de vaincre l’Everest. Mallory disparût avec Andrew Irvine, lors de cette ascension en 1924, sans que l’on puisse savoir s’ils sont parvenus au sommet. Et si c’était seulement lors du chemin du retour qu’ils avaient eu cet accident fatal? (synospis BD Gest’)

Retour aux origines

Séquence nostalgie. Le sommet des dieux fut l’une de mes premières lectures de manga. C’est dire si ça commence un peu à dater ! A l’époque, les bibliothécaires se demandaient encore si ces drôles de BD, écrites à l’envers, avaient leur place dans leurs rayonnages. Où devaient-on poser ces fichus code-barres d’ailleurs ! Nous avions perdu nos repères, c’était terrible ! Oh, ça va, on ne se moque pas, hein ! C’est facile avec le recul.

Mais heureusement, Jirô Taniguchi était là pour nous rassurer. Le sommet des dieux avait tout pour apaiser les défenseurs de la BD franco-belge que nous étions. Un trait plus proche de nos habitudes et loin de nos idées reçues : pas de petites culottes volantes ni de violences gratuites, aucuns grands yeux ni personnages stéréotypés… Heureusement avec de la curiosité et du temps, nous avons appris à apprécier la bd asiatique dans toutes ses qualités.

Je remercie mes petits camarades de KBD pour cette occasion de me replonger dans cette série. Pour la petite histoire, Le Sommet des dieux est d’abord un plaisir personnel de Jirô Taniguchi. En effet, ce dernier rêvait d’adapter en manga le roman éponyme de Yumemakura Baku, véritable best-seller au Japon. Ce récit à tout pour plaire : quête identitaire du héros, mystères historiques, figure héroïque – voire mystique – en quête d’absolu et enfin, ce rapport, très japonais, entre l’homme et la nature.

Au-delà du sommet

Encore fallait-il que Taniguchi réussisse son adaptation ! A l’époque, avec la morgue du débutant pensant tout connaître parce qu’il a lu 3 mangas (dont le fantastique Quartier Lointain), je doutais de sa capacité à traiter un récit de sport à cause de son graphisme et de sa façon très personnelle de raconter ses histoires. Mais si Le Sommet des dieux parle d’alpinisme, il raconte surtout, à travers les souvenirs de Fukumaru, l’histoire et la quête de Habu, espèce de génie (des alpages) associable et attachant. D’ailleurs, avec le recul, si l’alpinisme avait été l’unique sujet, je n’aurais sans doute pas été au bout des 5 longs tomes. Mais voilà, qui d’autre que Taniguchi pouvait raconter avec une telle maîtrise cette espèce d’aventure intérieure, cette absolue nécessité d’aller plus haut – au sens propre comme au figuré – de se dépasser ? Doué pour décrire les émotions de ses personnages, j’ai découvert avec Le Sommet des dieux un auteur capable de dessiner les grands espaces, les vides profonds et les horizons lointains avec une qualité remarquable. Il se place ainsi dans la lignée des artistes japonais qui ont fait de l’utilisation de l’espace une marque de fabrique. De plus, par un souci extrême du détail, il évite non seulement l’écueil de la lourdeur d’une partie non négligeable des dessinateurs réalistes franco-belges mais surtout nous emmène dans les plus grands massifs du monde tant en montrant l’homme dans toute sa petitesse face à la montagne.

Mais ce manga n’est pas uniquement une suite de vastes planches de paysages montagneux, il est aussi un manga d’action. Habu, Fukumura et tous les autres subissent les joies et les peurs de l’alpinisme : chutes, avalanches et j’en passe pour ne rien dévoiler. Le réalisme extrême rend très fort les instants de tension et Le Sommet des dieux promet son lot de rebondissements. Là encore, le dessin s’adapte. Taniguchi change son rythme en rétrécissant les cases ou en ajoutant des gros plans, bref en accélérant la narration. Résultat, l’histoire ne souffre pas de grands ralentissements et les non-initiés (comme moi) trouveront un vrai plaisir à suivre les aventures de ces alpinistes. Pour les pro-montagnes, c’est le plaisir absolu !

Avec Le Sommet des dieux, Jirô Taniguchi a réussi le pari d’adapter un roman à succès japonais. Prouvant sa très grande technique, il offre au public une œuvre à la fois dynamique et profonde, tenant en haleine sur plusieurs centaines de planches. L’une des œuvres majeures de l’un des auteurs « passerelles » entre les sphères asiatiques et européennes. A lire absolument.

Le Sommet des dieux (5 volumes, série terminée)
d’après le roman de Yumemakura Baku
adaptations et dessins de Jirô Taniguchi
Éditions : Kana, 2004

Public : Ado-adulte
Pour les bibliothécaires : Incontournable dans la bibliographie de Jirô Taniguchi.

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Chronique | Les Nouvelles Aventures du Chat botté (Pena)

Vous connaissez tous l’histoire du chat botté ? Non, pas le mexicain faisant les yeux doux à son copain l’ogre… Le chat Botté avec un B comme BD : le marquis de Carabas, l’ogre, le chat astucieux etc, etc… ça vous parle ? Mais saviez-vous que cette histoire avait une suite ?

« Qui peut avoir des idées aussi absurdes ? L’auteure… La peste soit de ces bonnes femmes et de leur imagination débordante. »

La bonne femme à l’imagination débordante a pour nom Nancy Peña. Vous voyez l’intérêt quasi-fanatique que je porte à Fred Peeters (j’essaie de me soigner mais c’est dur) ? Et bien, chez Mo’ c’est pareil mais en pire concernant cette auteure. A force, cette acharnée a réussi à me convaincre. C’est donc sans jamais avoir ouvert un de ses livres que je découvrais  l’œuvre de cette auteure… par la petite porte.

Non pas que cette courte série soit inintéressante mais la collection, pardon, l’excellente collection Lepidoptère de 6 pieds sous terre n’est pas tout à fait un grand format. 30 pages format poche, ça a le mérite d’être rapide à lire. Encore plus quand vous vous passionnez pour le récit.

Ce qui fut évidemment le cas, sinon je ne vois pas l’intérêt d’en parler ici.

Alors que l’ultime volume de De Capes et de crocs sort ce mois-ci, Nancy Peña nous emmène dans un univers assez proche de celui des Don Lopes et d’Armand de Maupertuis fait de bons mots, de multiples clins d’œil à la littérature française et de rodomontades en tout genre. Cependant, sous ses airs enjôleurs, le chat ne cherche bien qu’à sauver sa peau. Pas vraiment de noblesse dans la démarche. En même temps, quand, par une méprise, une montagne cri vengeance parce qu’elle pense qie l’ogre transformé en souris par la malice du chat était son fils – ben oui les montagnes accouchent de souris c’est bien connu (ne cherchez pas, lisez la BD c’est mieux) – que faire d’autre sinon chercher une solution ? Bref, le chat du marquis de Carabas part sur les routes accompagnés de Victoire, l’illustre souris célébrée par La Fontaine dans sa fable pour avoir vaincu un lion (non mais ne cherchez pas vous dis-je !).

Ce petit résumé sans queue (de lion ou de souris voire de chat) ni tête (idem), nous montre aisément que cette BD est un joyeux n’importe quoi maniant aussi bien l’absurde, l’humour et la logique propre à un monde merveilleux. Pour faire simple, suivre les nouvelles aventures du chat botté c’est partir dans une aventure où les protagonistes ont (presque) tous à voir avec les histoires ou les fables de votre enfance avec en plus ce petit brin de créativité  permettant de faire passer le cynisme, les coups bas, les escroqueries grossières mais aussi le franc parler merveilleux de ces personnages. De Capes et de crocs certes, mais avec la dose d’impertinence inhérente à la collection de 6 pieds sous terre. Pour moi, l’un des tous meilleurs éditeurs d’humour (fin j’entends) dans le paysage de la BD actuelle.

A sa manière, Nancy Peña s’inscrit dans une tradition de la BD à la fois pour adulte et enfants. Il n’y a certes pas le côté joyeusement trash du Gotlib de  Rubrique à Brac (cf Le vilain petit canard… et la suite) mais il y a cette même ton enjoué et humoristique. Dans cette approche de réappropriation, la BD est un univers idéal par son côté graphique. En effet, elle est capable d’appréhender et d’offrir avec originalité une nouvelle lecture d’histoires connues de tous.

De ce point de vue, Nancy Peña se fait particulièrement plaisir en jouant, malgré leurs tailles minimes, sur des doubles pages. Comme elle le fait avec le conte de fée, elle explose les codes narratifs de la BD avec talent pour nous sortir de la lecture linéaire d’une planche. Droite à gauche, en rond de bas en haut, la lecture reste pourtant naturelle tandis que les structures des pages sont à chaque fois différentes. Un travail magnifique de réappropriation de contes mais aussi de création graphiques. Je passe sur les situations ou les personnages hauts en couleur qui sont eux même des caricatures de caricatures (cf Le magicien d’Oz).

Avec Les Nouvelles Aventures du Chat botté, Nancy Peña nous offre une lecture comme on les aime. A la fois intelligente, pétillante, sympathique, un retour dans une certaine tradition de la bande dessinée tout en la renouvelant avec talent. C’est drôle de bout en bout, c’est rythmé. Bref, un coup de cœur caché sous le spectre de la simplicité. Et moi, j’adore les surprises !

A voir : le blog de Nancy Peña
A voir : la fiche album sur le site de 6 pieds sous terre

Les Nouvelles Aventures du Chat Botté (3 volumes, série terminée)
Scénario et dessins : Nancy Peña
Editions : 6 pieds sous terre
Collection : Lépidoptère

Public : Petits zé grands
Pour les bibliothécaires : une approche intéressante du travail de Nancy Peña, pas une de ses séries majeures cependant, mais très bien quand même ^^

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The Walking Dead (série VS comic book)

En ce moment, je vois des zombis partout. Je regarde par la fenêtre et me dis : et là, si une horde de viande morte vagissante s’approche, je fais quoi ? Je rester au balcon de mon 1er étage en barricadant mes portes ? Ou je tente… je tente quoi d’ailleurs ? Je n’ai pas d’armes à la maison, à peine un marteau… Note pour plus tard : s’acheter un sabre pour décapiter la boulangère… enfin juste si elle se change en zombi hein ! Vivante, j’ai un très bon rapport avec elle. Mais qu’est-ce que je raconte ? Faut vraiment que j’arrête The Walking Dead.

Entre nous, je viens de terminer simultanément le tome 15 du comics en VF (paru il y a quelques semaines maintenant) et la saison 2 de la série TV. Deux avatars d’un même univers imaginé par Robert Kirkman. Sur IDDBD, nous avions déjà parlé des premiers volumes dans une chronique.

Si le comic est passionnant, quoique un peu convenus depuis quelques albums, la série TV est quant à elle beaucoup plus controversée. En effet, cette dernière ne suit que de très loin les grandes lignes directrices de l’œuvre originale. La saison 2 est assez étonnante pour des lecteurs assidus car si nous sommes bien dans les lieux de l’action du comics, rien ne se passe comme prévu. Robert Kirkman, pourtant co-scénariste de la série TV, n’est pas fidèle à son histoire ! Incroyable trahison ! Honte à lui !

Et pourquoi pas ? Dans les adaptations, il y a deux écoles, celles qui suivent à la lettre (cf Tony Parker et l’adaptation de Blade Runner) et ceux qui utilisent la matière première pour aborder l’histoire d’une nouvelle manière afin de surprendre le quidam. Personnellement, j’aurais apprécié retrouver les mêmes éléments, c’est rassurant (surtout dans cet univers). Pourtant, je me souviens encore des émotions reçues à la lecture des volumes papiers, des rebondissements et des angoisses. Revivre la même chose, oui mais est-ce la bonne solution ? Pourquoi se contenter d’une redite quand on peut redécouvrir l’univers d’une autre manière ? Comme dans un jeu de rôle où malgré des passages obligés, il est possible de jouer d’une manière différente. Pour moi, ce choix est plus enrichissant et plus fort. Dans ces deux mondes parallèles, les Rick, Dale, Lori, Carl, Andrea ou Shane vivent des événements différents en prenant des risques différents.

Après, la qualité intrinsèque de la série TV est discutable évidemment. Personnellement, j’avais été enchanté par la saison 1. 6 épisodes à fond, entrainant toujours vers une peur plus grande malgré un dernier épisode un peu particulier. La saison 2 est plus inégale avec 3 premiers épisodes franchement terribles, puis des moments assez inégaux, comme ce dernier épisode qui me laisse un goût mitigé. Bref, une saison montée sur courant alternatif. Beaucoup de temps morts (si je peux dire ça) – comme dans le comics d’ailleurs – qui ne correspond pas forcément au format télévision. Mais une série qui marque les esprits par des scènes particulièrement réussies qui redonnent les frissons habituels (fin de l’épisode 7 notamment).

Bref, une série à suivre pour tous les amateurs et pour les autres, je vous conseille la lecture d’un comics de zombis pas tout à fait comme les autres !

Cette mini-chronique boucle mon challenge Reading Comic Book Challenge de Mr Zom…. Aaaaahh, mais c’est pas vrai ! Quand je vous dis que je les vois partout !

J’ajoute un petit trailer de la saison 1, histoire de… Âmes sensibles, s’abstenir !!

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Chronique | Kaze, cadavres à la croisée des chemins

Japon, 1603. Jiro, un charbonnier, tombe par hasard sur un cadavre transpercé d’une flèche, gisant à la croisée des chemins. Témoin de cette découverte, Kaze, rônin de passage,  décide de mener sa propre enquête, dut-elle mettre à mal « l’ordre établi ».

Les deux chemins

Pour une fois, je vais commencer par la fin, histoire de combler un petit sentiment d’absence qui subsiste une fois ce livre refermé…  Ce sont des points de suspension, un petit vide comme lorsqu’on sort d’un espace où les règles du jeu nous sont apparus à la fois précises et floues. Comment l’expliquer clairement ? Disons qu’au court de cette lecture,  l’impression de marcher sur une corde ne m’a jamais quitté. Car, plus qu’une histoire de samouraï détective, Kaze est un récit qui oscille constamment entre les cultures orientales et occidentales. Il suffit de voir le sous-titre pour comprendre l’idée force de cet album. L’enjeu ici est donc de savoir si cette corde imaginaire est un lien ou une limite.

Prenons le personnage principal par exemple. Matsuyama Kaze est  lui-même une double figure. Véritable représentant du samouraï errant cherchant à accomplir une improbable quête afin d’effacer son passé, il répond également aux caractéristiques habituelles du privé à l’anglo-saxonne : malicieux, à la fois fidèle et insoumis, tête brûlé et invincible. Bref, le héros à la présence rassurante et au charisme certain. Imaginez un peu Humphrey Bogart  avec un katana à la place du flingue arborant crânement un chignon en guise de chapeau mou !  Oui, ça fait un choc.

Alternances

Au départ, Kaze est l’adaptation du roman Death of the Crossroad (La promesse du samouraï en français) écrit par Dale Furutani, un américain d’origine asiatique. Ce dernier y mélangeait savamment deux  genres propres à chaque culture : d’un côté le récit de samouraï, de l’autre le polar à l’américaine basé sur l’intrigue et l’action. Chacun ayant ses propres codes narratifs avec ses habitudes et ses lecteurs, il semblait difficile de les faire cohabiter. Mais voilà, tout en se plongeant  dans le japon féodal, le lecteur se retrouve au milieu d’une véritable enquête moderne avec recherches de preuve, rebondissements et autres coups fourrés. On se dit alors que nous sommes bien loin des récits traditionnels japonais mais c’est sans compter sur ce rythme particulier, alternant les moments de calme et d’action, les moments de contemplations et d’actions. Ce rythme ne se base pas seulement sur une volonté narrative, elle répond à l’un des principes de l’art asiatique : la notion de plein et de vide. Le vide mettant en exergue le plein. Ecoutez la musique traditionnelle japonaise, vous vous rendrez compte de son importance. Importance, qui, comme le souligne Scott McCloud dans L’Art invisible, existe aussi dans les structures du manga. Et non, ce n’est pas un hasard !

Représenter sans (se) trahir

Reste l’histoire en elle-même. Bon, avouons-le, l’intrigue principale n’est sans doute pas à la hauteur des plus grands polars. Hormis quelques sous-quêtes, tout est cousu de fil blanc. C’est sans aucun doute la faiblesse principale de l’œuvre. Mais l’intérêt de cet album ne réside pas forcement dans le polar mais d’abord dans le portrait fidèle – presque ethnographique – du japon des débuts du shogunat Tokugawa. Il révèle ainsi une société très hiérarchisée, presque bloquée par les traditions et encore traumatisé par la guerre qui a pris fin juste quelques années plus tôt avec la bataille de Sekigahara. Et l’importance de cette bataille n’a absolument rien d’anecdotique, il s’agit même d’une des clefs du récit.

Pour finir, je finirai par le début (rappelez-vous j’ai commencé par la fin, logique non ?). Il faut souligner la très belle adaptation réalisée par Vincent Duteuil. Cet auteur belge ne se contente pas d’illustrer le roman, il y a créé un style à base de gros traits au fusain et d’aquarelles. Si son dessin prend une forme asiatisante, il ne cède toutefois aucunement à une facilité qui aurait pu paraître évidente : utiliser un style manga. Mais non. Il est resté fidèle à son statut d’auteur européen et a gardé les spécificités de l’école européenne (en particulier dans le découpage). A l’image de Dale Furutani, il opte pour la même corde suspendue entre deux univers et donne à son livre un aspect artistique beaucoup plus intéressant.

Pour conclure cette longue chronique et répondre à la question posé plus haut, Kaze, cadavre à la croisée des chemins, est une œuvre passerelle entre deux cultures. Se nourrissant de chacune, Dale Furutani puis Vincent Dutreuil ont réussi à créer un univers à part, passionnant par sa forme, intéressante par son aspect descriptif et plus anecdotique sur l’intrigue. Malgré ses faiblesses, on en ressort troublé et, pour ma part, enchanté. Un très joli album pour une maison d’édition qui nous a habituée à des œuvres graphiquement audacieuses (cf La Revanche de Bakamé).

A lire : la fiche album sur le site de la Boite à Bulles
A découvrir : les premières pages sur Digibidi
A lire absolument : la contre-chronique de ma copine Mo’ (ça va débattre dans les chaumières !)

A noter : Merci aux éditions La Boite à bulles et Les Agents Littéraires pour cette collaboration. Retrouvez cette chronique sur le site des Agents Littéraires.

adaptation et dessins : Vincent Dutreuil
d’après le roman Death of the Crossroad de Dale Furutani
Editions : La Boîte à Bulles (2011)

Collection : Champ Libre
Prix : 17€
Public : Ado-adulte
Pour les bibliothécaires : une très jolie adaptation, premier volume d’une série de 3.
Cependant, j’attendrai de voir l’évolution de la série avant de faire un choix.

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Chronique | Milady de Winter (T.1)

Pendue à un arbre totalement nue, la comtesse de la Fère n’est a priori plus qu’un cadavre. Mais miraculeusement, elle reprend vie et réussi à se dégager. Rentrant au château, elle apprend que son mari s’est enfui après lui avoir fait subir ce sort funeste. Qu’à cela ne tienne, elle part à son tour, pour oublier sa vie antérieure et surtout cacher son infamie. Finalement la comtesse est bien morte car une nouvelle femme est née de ces malheurs… Une femme aussi dangereuse que belle, l’espionne préférée de Richelieu, ennemie des mousquetaires… La légendaire Milady de Winter !

Adaptation, réinvention

Même si adapter Les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas est un pari ambitieux, il n’est pas d’une folle originalité. Étant donné le nombre de films, livres, dessins animés et même bandes dessinées sur le sujet, réussir à faire quelque chose de véritablement différent n’est pas chose aisée.

Mais prendre comme héroïne principale, la méchante de service, la femme la plus machiavéliques de la littérature classique, la belle et intelligente Milady de Winter est déjà en soi un sacré pari ! Une idée certes simple mais qu’il fallait osé. D’autant plus que c’est une excellente surprise car on redécouvre ce personnage sous un autre jour. Agnès Maupré réussi l’exploit de réinventer ce mythe tout ou gardant son essence. Un grand travail de réappropriation !

Cette Milady est une femme splendide à l’apparence aussi légère et gracieuse que le trait aérien et faussement naïf d’Agnès Maupré. Un  trait dans la même lignée qu’Aude Picault (Transat, Comtesse) ou Lucie Durbiano (Orage et desespoir, Le rouge vous va si bien) et surtout Joann Sfar avec qui elle a longtemps travaillé.  Mais sous ce masque se cache une écorchée, une romantique déçue, une femme originale qui porte sur le monde un regard d’une grande lucidité. Cynique pour les uns, charismatique pour les autres, opportuniste, vengeresse et manipulatrice, vous apprécierez sans aucun doute ce personnage finalement très humain, se laissant aller à ses envies dans l’intimité et totalement en contrôle lorsqu’elle sort dans le monde, capable de colère et d’amour sincère, capable de vengeance et d’érotisme.

Anti-héros et héroine

Mais une belle héroïne ne suffit pas pour réussir un album. Milady n’aurait pas cette présence sans la galerie de personnages issus de l’œuvre originale. Ils sont autant de miroirs déformant la belle. Et là, Agnès Maupré s’en donne à cœur joie en prenant le contre-pieds de l’imagerie populaire. D’Artagnan et ses amis mousquetaires, la Reine, le Duc de Buckingham, Constance, homme ou femme, chacun subira la férocité de la scénariste : quand la gente masculine apparait comme des phallocrates de première catégorie pris entre leurs pulsions sexuelles et leurs romantismes douteux, les femmes ne sont que manipulations, suffisances et imbécilités. L’idiotie, l’apparence et la morale sont les deux mamelles de l’univers de cet album. Finalement, un seul personnage secondaire semble s’en tirer avec les honneurs… le Cardinal de Richelieu !

Transformé en mentor (voire en double) de la belle espionne, il apparaît comme l’homme politique manipulateur et malin. Tout aussi cynique que sa protégée, on lui doit quelques unes des plus belles répliques du livre : « une homme d’état et une espionne ! Nous ne pouvons nous comporter comme si nous étions du genre humain ». Bref, un personnage plus à la hauteur de sa réputation !

Ces anti-héros apportent chacun une pierre pour comprendre le mur qui sépare notre héroïne du monde commun. Et qu’y voit-on ? Une femme résolument moderne, intrigante, contrainte par la vie à chercher une indépendance dans un monde dirigée par des lâches et des bandits. Finalement, on se pose une question : cette bd est-elle féministe ? Pour moi, c’est surtout un portrait passionnant de femme que je rapprocherai aisément de Martha Jane Canary, autre très bonne bande dessinée racontant la vie de Calamity Jane. Il y a une très grande force dans ces deux héroïnes mais chacune d’elle reste humaine et fragile même si la vie ne les y autorisent pas. C’est sans aucun doute la faiblesse du personnage de Milady mais en aucun cas de cet album.


Pour conclure, on ne peut que vous conseiller la lecture de cet album. Une adaptation originale d’une très grande qualité. Beaucoup de rythme et un vrai plaisir de lecture. Même en connaissant l’histoire originale, les surprises seront au rendez-vous ! Une très grande maîtrise de la jeune Agnès Maupré. Série et auteure à suivre… et de près !

scénario et dessins : Agnès Maupré
d’après Les Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas
Editions : Ankama , 2010
Public : Ado-adultes
Pour les bibliothécaires : alors que nous achetons a peu-près toutes les  catastrophiques adaptations littéraires en bande dessinée sous le prétexte que se sont des adaptations de grands livres, ne passons pas à côté de ce petit bijou !

palsechesA voir : la très bonne critique de Sébastien Naeco sur Le Comptoir de la BD
A découvrir : le blog d’Agnès Maupré
A lire : les 10 premières planches sur BD-Gest’

A noter : cette lecture ayant été conseillé par Tristan de Bulles & Onomatopées, elle entre donc dans le cadre du challenge « Pal Sèches » de Mo‘.

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Chronique de vacances #5 | Blast au cinéma ?

Lu sur Bodoï, Manu Larcenet aurait pour projet d’adapter sa dernière série, le très fameux et très obscur Blast.

Nouvelle aussi surprenante qu’enthousiasmante, tant Manu Larcenet n’a jamais été un grand admirateur du travail en grosse équipe. Mais il est vrai que de tous ces livres, Blast est sans doute celui qui peut le mieux s’adapter au cinéma : une histoire sombre, aux rebondissements infinis et surtout un anti-héros à la présence certaine. Et puis rappelez-vous la bande annonce du tome 2, hum ? Ça donnait déjà envie, non ?

Une expérience unique pour lui et qui n’en appellera certainement pas d’autres  «  ce sera probablement ma seule expérience en la matière. Je vais mettre dans ce film tout ce dont j’ai rêvé et que j’aime dans au cinéma : Jim Jarmusch, les frères Coen, des documentaires… Je serai sans doute vidé ensuite, et très content de revenir à la BD. »

En attendant le tome 3 de cette énorme série, on rêve un peu…

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Pitch du jour | Metropolis

MetropolisAujourd’hui, nous faisons un petit focus sur l’une des dernières parutions d’une maison d’édition qu’on aime bien : Les Enfants Rouges.

« Metropolis, la cité de l’avenir est gouvernée d’une main despotique par Joh Fredersen. La ville est divisée en deux secteurs : la partie haute, la ville des maîtres entourée de magnifiques jardins verdoyants, lieu de résidence d’une minorité de privilégiés et la partie basse, la grouillante et crasseuse ville des travailleurs, où survivent des ouvriers qui assurent le fonctionnement de la cité rivés à des machines avilisantes. Un jour, Freder, le fils de Fredersen, va rencontrer Maria, esclave de la ville basse qui prêche la bonne parole aux travailleurs. Avec elle, il va découvrir les bas quartiers et la misère. Bouleversé, il va essayer de défendre la cause des travailleurs auprès de son père sans grand succès. Fredersen décide alors de créer, avec l’aide de Rotwang, un robot… »

Metropolis est l’adaptation par Christophe Girard du film du génialissime Fritz Lang (lui-même adapté d’un roman de Théa Van Habou). Nous avions évoqué récemment M de Jon J. Muth qui était l’adapation de M le maudit de ce même duo de créateur.

Pour en savoir un peu plus, rendez-vous sur la fiche album de l’éditeur.

Chronique | Do androids dream of electric sheep ?

d’après le roman de Philip K.Dick
Adaptation : Tony Parker
Editions : Emmanuel Proust (2011)
Collection : Atmosphériques
Edition originale : Boom ! (2010)
Public : Amateur de science-fiction et des oeuvres de Philip K.Dick
Pour les bibliothécaires : Une adaptation assez réussie (pour une fois), 3 volumes prévus donc série indispensable à mon avis. (17,90€)

« A l’origine, j’avais un véritable mouton. »

Après le cataclysme nucléaire, seuls quelques hommes vivent encore sur Terre… comme Rick Deckard, de la brigade spéciale des chasseurs de primes. Rick, ce tueur qui poursuit un rêve : remplacer son mouton électrique par un animal vivant… Mais sa rencontre avec la belle Rachel, une androïde Nexus-6 à l’intelligence supérieure, bouscule ses convictions, et va le conduire à s’interroger sur la différence entre l’homme et la machine, la manipulation, et la réalité.

Si ce pitch vous rappelle vaguement quelque chose, c’est normal. Do Androids dream of electric sheep ? est le roman qui fut adapté au cinéma par Ridley Scott en 1982 sous le titre Blade Runner (avec Harrison Ford). Malgré son succès mondial, les amateurs du roman de Philip K.Dick virent dans ce film une pâle copie de l’original. Comme souvent dans les adaptations, les choses avaient été simplifiées, les détails éliminés, les reliefs du scénario aplanis. Mais comment rendre l’ampleur de ce chef d’œuvre de la littérature ? Comment se mettre au niveau d’un des plus grands auteurs de la science-fiction, d’un des plus grands auteurs du 20e siècle ? Difficile.DADOES_02

Alors la BD peut-elle réussir là où le cinéma a relativement raté son coup ? Peut-être. On ne pouvait pas réécrire le texte sans en perdre sa qualité ? Alors Tony Parker ne se contentera « que » de l’illustrer. Oui, vous me comprenez bien, les textes lus dans cette BD, les dialogues, les cartouches sont TOUS de l’auteur original dans une traduction de 1996.

Ça marche ? Oui. Le texte de Philip K.Dick trouve un nouvel écrin dans la bande dessinée et même si les premières pages sont surprenantes, on se retrouve vite à se délecter du style, à se faire transporter dans la vie crasse de Rick Deckard. La magie opère et les pages se tournent lentement, très lentement pour une bande dessinée. On se rend alors compte du génie visionnaire de l’auteur : la disparition des espèces animales, le danger nucléaire, la solitude, les rêves consuméristes, le rejet de la différence, l’abandon des faibles, la puissance des grands groupes industriels, l’humanité. Les thèmes d’un texte écrit en 1968 résonnent encore dans nos esprits d’hommes du 21e siècle.

DADOES-plancheMalheureusement, le graphisme de Tony Parker – un trait mainstream très classique – n’atteint pas l’exceptionnelle qualité narrative de  Philip K.Dick. La BD étant un art de fusion entre l’écrit et le graphisme, ce bémol est important. Si les atmosphères sont plutôt bien rendues parfois on sent un vrai décalage entre les deux éléments. On se prend alors à rêver d’un illustrateur-créateur comme Ben Templesmith (30 jours de nuit, Fell)ou Dave McKean (Cages, les couvertures de Sandman) qui aurait apporté un élément supplémentaire. Mais peut-être auraient-ils gêné la mise en avant du texte ? Y’avait-il assez de place dans ce projet pour confronter des créatifs de cette trempe ? Peut-être pas.

Autre bémol, le choix de reprendre au mot près le roman de K.Dick est un choix courageux mais peut-être pas forcément très adapté à la bande dessinée. Je m’explique. Quand vous voyez (dessiné) un personnage pointant son doigt avec un air menaçant en direction du héros, vous vous doutez bien qu’il le désigne et qu’il n’est pas très heureux. C’est alors que vous lisez, dans un cartouche au milieu de la planche : « Il désignait Rick, le regard dur »… Oui merci, on avait compris. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Je pense que dans les écoles de BD, ce genre de choses doit être appris dès la première année : on ne répète pas ce qui est déjà dessinée, on ne répète pas dans les dialogues ce qui est inscrit dans les cartouches (Le Soleil brillait …. « Tiens le soleil brille ! »). Je caricature à peine certains passages de dialogues. Ça hache considérablement la lecture et ne donne pas de possibilités à l’illustrateur.

Malgré ses imperfections, cette adaptation apporte un regard neuf sur cette œuvre et on prend tout de même plaisir à (re)découvrir l’un des plus fameux romans de Philip K.Dick. On saluera également le travail d’édition avec des textes originaux de Warren Ellis, Ed Brubaker, Matt Fraction et des planches superbes en fin d’album. Prévue en 3 volumes (le dernier à paraître en Août 2011), cette série est à suivre pour tous les amoureux de la grande science-fiction !

A découvrir : la fiche album sur le site d’Emmanuel Proust

A lire : la page consacré à Philip K.Dick sur Wikipedia