Archives par mot-clé : CaseDoc

Casedoc#4 | Edmond, un portrait de Baudoin (Laetitia Carton)

Durant plus d'un an, la réalisatrice a suivi Edmond Baudoin. A 70 ans, cet ancien chef-comptable devenu dessinateur par désir profond et par peur de l'ennui fait partie des grands auteurs de la bande dessinée contemporaine. Avec son dessin unique au pinceau, il est dès ses premières planches dans les années 80, un personnage tout à fait à part dans l'édition. 30 ans et une cinquantaine de livres plus tard, ce portrait filmé nous permet de le découvrir dans son intimité, entre son petit village de l'arrière-pays niçois, les grands festivals et surtout les discussions feutrées autour d'un dessin, moments privilégiés d'échanges sur l'art, la liberté, la vie. Continuer la lecture de Casedoc#4 | Edmond, un portrait de Baudoin (Laetitia Carton)

Casedoc#3 | Laurent Vicomte, Entretemps (Avril Tembouret)

Depuis 15 ans, les bédéphiles – pourtant d'un naturel patient – attendent avec fébrilité le deuxième volume de Sasmira de Laurent Vicomte. Que se passe-t-il ? Pourquoi ce temps infini entre les deux épisodes de cette série mythique ? En 2004 déjà, Avril Tembouret décidait de prendre sa caméra pour élucider ce mystère… et 8 ans plus tard… Portrait d'un perfectionniste hors du temps. Continuer la lecture de Casedoc#3 | Laurent Vicomte, Entretemps (Avril Tembouret)

CaseDoc #2 | Histoire de la planche 52 (Avril Tembouret)

page_52_2Ce film retrace la création de la planche 52 du dernier album de Valerian, personnage mythique de la bande dessinée de science-fiction. S'immergeant dans le quotidien des auteurs, essentiellement celui de l'illustrateur, le spectateur découvre le travail quasi-artisanal de transformation des mots en images. Difficultés, choix, retour en arrière et discussions sont le quotidien de Jean-Claude Mézières et Pierre Christin. Durant plusieurs jours dans le cadre feutré de l'atelier de l'illustrateur, on voit naître la planche finale des crayonnés à l'encrage. De mon point de vue d'humble bédéphile, j'ai trouvé ce témoignage intéressant. On retrouve ce que tout bon fan de BD a ressenti un jour dans sa vie quand, après quelques heures ou quelques minutes (c'est selon) d'attentes pour une dédicace, il découvre la magie d'un dessinateur. Ce fameux geste qui, en quelques traits, fait naître une silhouette sous les yeux ébahies de son public. Merveilleux et fascinant. Dans Histoire de la page 52, nous allons un peu plus loin que ces mouvements ô combien maîtrisés. On assiste également aux errements, aux doutes ou à l'enthousiasme d'un illustrateur. Tout cela dans un style cinématographique très sobre, avec un montage plutôt sage laissant la belle place à un Jean-Claude Mézières en verve. Je trouve juste dommage de voir aussi peu Pierre Christin, l'un des plus grands scénaristes de la BD européenne. Et justement, c'est là que, pour moi, le film manque un peu sa cible et est assez représentatif de la vision de la bande dessinée en Europe… à savoir un art avant tout graphique. Rappelez-moi le nombre de scénaristes qui ont reçu un prix à Angoulême ? Sans commentaire. page_52_site_1 En fait, Histoire de la page 52 ne filme pas vraiment la création d'une planche mais le dessin d'une planche. La nuance est subtile – et discutable certes -  mais nous ne voyons finalement que la moitié "visuelle" de la création. On oublie que faire de la bande dessinée c'est aussi raconter une histoire. Qu'en est-il de Pierre Christin et de son travail d'écriture ? On en distingue l'aboutissement au début de film mais de nombreuses questions restent en suspens. Comment cette planche est apparue dans son esprit ? Quelle est sa place dans le récit ? Quelles ont été ses difficultés ? A-t-il eu le syndrome de la "page blanche" ? Quid du découpage, de la construction des dialogues, etc… Si on s'attarde avec un certain brio sur les errements de Jean-Claude Mézières, on oublie presque totalement l'invisible travail des mots pourtant fondamental en BD… ou en cinéma. Finalement, je ressors de ce film un peu frustré. Il me manque des éléments non pas pour comprendre mais pour apprécier ce travail. Malgré cette réalisation propre, ce film manque pour moi d'un peu de matière pour atteindre son but : vouloir nous faire entrer dans les profondeurs de la création d'une bande dessinée. Au-delà, j'attends toujours LE film documentaire qui saura prendra un parti esthétique fort pour nous parler de 9e art. A voir : la fiche du film sur le site du producteur
page_52Histoire de la page 52 Réalisateur : Avril Tembouret Durée : 43' Production : Kanari Pays : France Version : VF Année de production : 2013
La bande annonce
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CaseDoc | Matt Konture, l’éthique du souterrain (Francis Vadillo)

konture Lozere A travers des interviews de ses proches amis, de ses relations professionnelles, de spécialistes et bien sûr de Mattt Konture lui-même, Francis Dadillo tente de dresser le portrait d'un des artistes les plus singuliers de sa génération.

Avant propos : CaseDoc, c'est quoi ?

Comme vous l'avez remarqué depuis quelques mois, IDDBD ne parle plus uniquement de bande dessinée mais aussi de cinéma, de cinéma documentaire pour être précis (avec une parenthèse animation cet été). Or, je constate que de nombreux films ont été réalisé sur ou autour de la bande dessinée. Afin de lier l'utile à l'agréable, je vous propose donc CaseDoc, des séries de chroniques autour de ces documentaires consacrés au 9e art. J'ai le bonheur de vous proposer Mattt Konture pour ce premier billet. Tout simplement l'un des membres fondateurs de la mythique Association.

Mattt Konture : l'Artiste

Qui de tête pourrait me donner les 7 membres fondateurs de l'Association sans aller faire un tour sur Wikipedia ? Essayons ensemble : David B,  Jean-Christophe Menu, Lewis Trondheim... Euh... ça devient plus dur ensuite... Normal, ces trois là sont les plus médiatiques. Je suis persuadé que beaucoup d'entre nous pourraient ajouté Joann Sfar en se mettant profondément le doigt dans l’œil. Pourtant, ils étaient bien 7... et pas des moindre : Patrice Killofer, Stanislas, Mokeit et Mattt Konture. Mais pourquoi parler de ce dernier ? Après tout, n'est-il pas plus intéressant de faire une chronique de la vie du protestataire Jean-Christophe Menu, par exemple ? Pourquoi faire le portrait d'un auteur qui a passé la majorité de son temps à parler de lui-même dans ses œuvres ? N'est-ce pas suffisant pour le comprendre ? Quel est l'intérêt de ce film en fait ? Konture_art Les premières minutes sont révélatrice et résume assez bien l'esprit général du propos développé par le réalisateur. L'artiste est seul au milieu de la Lozère de son enfance. Il est là avec son crayon, retranscrivant graphiquement ces quelques instants, se dessinant gentiment au milieu de ce grand espace. Son dessin est reconnaissable, joyeusement sombre. Il parle avec sérennité. On sent un peu de timidité et pourtant, il se livre avec une véritable volonté de partage. A cet instant, et ce sera le cas tout le long du film, ni la plume ni la voix de Mattt Konture ne mentent. Rare sont les artistes qui font corps avec leur art. Mattt Konture est de ceux-là. Dans son petit appart', dans sa manière d'être, dans sa manière de se vêtir, de parler, il  ne se différencie pas de son œuvre. Il est ce qu'il fait... jusqu'au bout de ses incroyables cheveux (seul partie du corps où l'on peut se permettre d'être créatif dixit l’intéressé). Il suffit de voir cette scène incroyable où il peint avec ses propres cheveux dans un petit festival de musique alternative en pleine campagne pour être convaincu du propos. Moment de folie ou d'extase artistique ?

Portrait d'un auteur libre

A travers le témoignage de ses amis et surtout de cette très belle scène - sorte de fil rouge du film - où Patrice Killofer tente (et réussi) de dessiner son camarade, on perçoit véritablement toute l'importance de ce personnage dans le monde de la bande dessinée contemporaine. Certes, comme je le disais plus haut Mattt Konture n'est pas le plus médiatique, certes il ne vend pas 100 000 albums, certes il n'a pas l'honneur des sunlights. Mais il est le créateur d'une œuvre toute particulière qui l'a conduit très tôt à se mettre lui-même en scène et par le fil du destin à évoquer sa maladie, la sclérose en plaque. D'une manière frontale, il l'évoque sans mensonge ni pathos avec toujours ce lien fort unissant travail et être profond. Par ce mouvement autobiographique, il a marqué directement ou indirectement le monde de la bande dessinée et particulièrement des auteurs de l'Association. Si l'on peut discuter de la naissance de l'autobiographie BD en France, une chose est certaine : elle doit beaucoup à Mattt Konture. konture-sclerose Mais, tout cela semble le dépasser un peu ou du moins n'en fait-il pas une montagne. On le voit, 20 ans après la création de l'Association alors que de nombreux petits camarades sont allées vers les cieux plus chauds de la BD mainstream, continuer de travailler dans le milieu underground. Fils spirituel et indirect d'un Robert Crumb, il fait ses fanzines, de la musique, se déplace dans les petits festivals, travaille avec des jeunes et les aide à porter leurs projets. On pense par exemple au collectif En Traits Libre dont Kristophe Bauer, dessinateur de Sentinelles de l'Imaginaire fait partie. Sous les yeux du spectateur, Mattt Konture apparaît comme un géant. Mais l'important n'est pas là. L'important est de continuer... toujours...

Comme une absence

Au-delà de l'artiste en lui-même, le film de Francis Vadillo montre en filigrane cette rupture qui s'est créée depuis quelques années dans le milieu de la BD. Alors qu'on s'évertue souvent à parler de la bande dessinée comme d'un média unitaire, on comprend rapidement toutes les dissensions au sein des différents mouvements qui l'animent. Après tout, la BD est maintenant considéré comme un art à part entière - enfin la plupart des gens le reconnaisse aujourd'hui - pourquoi serait-il différent des autres ? Qu'est-ce qu'il le rendrait différent ? konture-musique Ce qui frappe dans ce film c'est justement l'absence des grandes figures historiques et ancien partenaires de l'auteur Mattt Konture. Vous ne verrez jamais Trondheim ou David B., ni même des auteurs apparentés comme Sfar qui a pourtant connu des moments de gloire avec ses fameux carnets (tiens de l'autobiographie justement). En revanche, on verra Jean-Christophe Menu et sa parole toujours très marquée. Le film se déroule au moment des 20 ans de l'Association et justement ces absences font un peu mal et témoignent très indirectement des évolutions de la BD depuis 20 ans. Quelques mois plus tard, c'est la crise chez l'éditeur historique de la BD alternative... Finalement, Mattt Konture semble être un catalyseur d'une forme qui reste et restera très expérimentale et rejette toute facilité, une sorte de bohème du 9e art. Sur IDDBD, on a une tendresse particulière pour les Artistes. A travers son parcours, on ressent les évolutions de la bande dessinée underground (bien plus qu'alternative) depuis les années 80. Bref, ce film propose un point de vue intéressant pour les amateurs de 9e art. Les profanes seront peut-être un peu perdus dans les méandres de ce portrait singulier. Je regrette juste une forme cinématographique parfois un peu sage, j'aurais aimé quelques surprises à la hauteur du personnage principal. Mais après tout, c'est un format télévision. Faudrait pas trop faire peur au spectateur non plus ! Malgré cela, j'insiste sur la qualité du documentaire et sur le beau regard posé par Francis Vadillo sur cet artiste attachant. Petit post-scriptum à ma chronique : comme je vous l'expliquais, Kristophe Bauer travaille avec Mattt Konture dans En Traits Libres. Juste pour vous signaler la sortie d'un nouveau numéro Des Sentinelles de l'Imaginaire (nos premières chroniques ici). Je m'excuse car j'ai reçu le n°4 il y a déjà quelques mois et je n'ai pas pris le temps de faire un billet. En revanche je l'ai lu et ça s'améliore encore ! Bravo à eux et bonne continuation ! A voir : l'allèchant coffret Film + Comixture sur le site de l'Association Les premières minutes du film Mattt Konture - L'éthique du souterrain from Pages et Images on Vimeo.
konture-couvMattt Konture : l'éthique du souterrain un film de Francis Vadillo Production : Pages & Images / France Telévision 64mn, 2010