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Canetor : vilain, mais beau !

Canetor (scénario de Charlie Schlingo, dessin de Michel Pirus, éditions Les Requins marteaux, 2007) Il va de certaines lectures comme de certains films, à savoir qu'elles vous laissent un goût d'indémodable, du statut de culte dés leur commencement, et jusqu'à leur toute fin. Canetor fait partie de cette catégorie. On referme le livre satisfait et convaincu, convaincu que l'on tient là un essentiel de la contre-culture. Car c'est bien de cela dont il s'agit ... mais, sans doute l'aviez-vous déjà deviné ? J'écoute en ce moment même "Sweet nothing" du Sonics Rendez-vous band, un autre groupe culte américain que l'ami Schlingo n'aurait sûrement pas renié. Rock'n'roll et BD, on savait déjà le lien qui unit ces deux, mais Canetor, l'anti Mickey, le Donald défoncé du pauvre est comme une sorte de Quimby the mouse à la française, avec cette dose de non sens d'irrespect, et surtout de sadisme gentillet qui fait la marque des grands créateurs (underground). Pirus est un dessinateur/scénariste respecté mais mal connu du grand public (à part quelques titres phares chez Delcourt ou Albin Michel avec Mezzo), plutôt publié dans la presse rock'nroll et chez certains petits éditeurs depuis le début des années 80. Tandis que Schlingo, décédé l'année dernière est un autre dessinateur/scénariste, révélé dés la fin des 70's, tout aussi culte, qui s'est fait connaître avec une poignée d'albums pré-publiés pour la plupart dans Metal Hurlant époque 80's. Son style un peu trashy, bien déjanté n'a jamais vraiment marché commercialement parlant (tu parles !), mais il est souvent cité parmi les créateurs influents de ces vingt dernières années dans le domaine de la satire sociale en bande dessinée. Canetor est comme qui dirait leur ultime chef-d'oeuvre. Un chef-d'oeuvre à deux mains mélant le fond : de superbes strips en deux pages non-sensiques et plein d'humour mettant en scène un petit canard noir, sa soeur, sa copine et son entourage dans un pavillon de quartier tranquille, ...à la forme : un dessin carré trés lisible  aux couleurs agréables, rendant une nouvelle fois hommage au style d'Herriman (Krazy cat), après une précédente tentative (cf Plip la planète rectangle, éditions Delcourt, 1995), ainsi qu'à Mc Cay et Little nemo. (voir les cauchemards de Canetor). Pas mal, pour un gars trashy, non ? On ne raconte pas ce genre d'album... on le lit et on le relit, comme un petit trésor précieux. Bref, c'est un incontournable... made in France (cocoricoooo !) ! A voir : le site des Requins marteaux, avec les bio des auteurs. A fouiller : Un site perso sur Schlingo, avec pas mal de documents rares. A dépouiller : les périodiques des deux auteurs sur BD oubliées.

Un dinosaure beau comme personne

Mc Cay t.4 - La quatrième dimension (scénario de Thierry Smolderen, dessins de Jean Philippe Bramenti, éditions Delcourt, 2006) Ce quatrième tome paru il y a déjà plus d'un an conclu donc cette série prévue à l'origine en 6. Rappelons que cette étrange histoire magnifiquement dessinée par un auteur de 36 ans met en scène l’auteur réel du personnage de bande dessinée Little Nemo : Winsor Mc Cay. Thierry Smolderen, spécialiste es BD ancienne a concocté tout au long de ces quatre tomes un scénario éblouissant, truffé de références cinématographiques, historiques et plus largement culturelles ; le tout dans une mise en abîme maitrisée comme rarement vu dans ce médium (à part Marc Antoine Mathieu peut-être). Utiliser l’univers de la magie, de l'ésotérisme et du rêve et placer le tout dans des décors dignes des meilleurs films américains noir et blanc (Welles, Lang...) semblait déjà une gajeure et un élément trop original pour ne pas faire de cette série une BD culte. Mais là où Smolderen réussi pleinement son pari, c’est en nous plongeant  dans un époque peu usitée dans le domaine, c’est à dire les années 1890-1914, en nous ouvrant l’imaginaire même du personnage principal, extirpant le sens profond de son oeuvre principale basée sur l’onirisme, puis en poussant enfin ces limites à l’extrême. L’histoire s’achèvant au moment ou Winsor Mc Cay “lâche” malgré lui son personnage fétiche pour quasiment  inventer le dessin animé moderne avec le dinosaure Gertie. Beaucoup auront peut-être été décontenancés par cette atmosphère sombre, étrange, à la limite de la folie, décelée dés le deuxième tome et n’auront pas été plus loin ; le dessin de Bramenti ne rentrant pas non plus dans les canons de la bande dessinée franco-belge habituellement reconnus. Mais à l’instar d’artistes comme Scott Campbell ou Alex Varenne sur des récits tels From Hell ou Ardeur, Bramenti se met complètement au service de l’histoire, la magnifiant même. Il faut s’être pris à s’arrêter sur certaines cases superbes du dessinateur pour appréhender son talent, du niveau des plus grands. A ce titre, la dernière page de la Quatrième dimension est un summum du genre et rappelera aux amateurs, j’en suis sûr, la qualité d’une autre planche culte (planche de l’enterrement de Raven, dans Terry & les pirates, 1942 de Milton Caniff). Une réussite totale et un chef d’oeuvre, assurément. A lire : la note consacrée aux trois premiers tomes sur le blog d'Hector A découvrir : les pages de coconino world consacrées à Winsor Mc Cay Supplément : l’édition luxueuse et historique de dream of a rarebit fiend, les strips qui ont précédés Little Nemo, par  Ulrich Merkl A voir : la vidéo de Gertie le dinosaur (1914) sur Youtube

La mauvaise graine

Capucin (scénario et dessin de Florence Dupré la Tour, collection Bayou, éditions Gallimard, 2006)

Cette jeune auteur dessinatrice née à Buenos Aires en 1978 et pratiquant aujourd'hui dans la capitale des Gaules a participé à la réalisation du dessin animé Petit vampire de Joan Sfar. C'est un détail important qui explique peut-être à première vue le rapprochement graphique d'avec les bandes de l'auteur vedette, et sûrement aussi sa présence au sein de cette collection, dirigée par... Joan Sfar. Néanmoins à bien y regarder de plus près, le dessin de la jeune lyonnaise est beaucoup plus aboutit que son ainé, plus dur et beaucoup plus psychédélique, pour reprendre le terme employé dans la communication de l'éditeur. Premier étonnement. Ensuite, l'aspect scénaristique de Capucin offre une relecture osée et glauque du mythe Arthurien. Le héros, fils d'un fier chevalier de la table ronde  est un petit blondinet chevelu aux yeux disproportionnés qui se retrouve par trahison du jour au lendemain évincé de son château avec sa famille, et réduit à l'état de cerf. L'époque est dure vous me direz, mais l'histoire de Florence Dupré est sans pitié. C'est pourquoi Capucin deviendra meurtrier malgré lui, sera enrolé de force dans une armée d'enfants soldats par le traître qui a mortellement blessé son père, ceci afin de renverser un Arthur omnipotent et injuste (on croit rêver). Dans Capucin on est surpris par le ton libre, provocateur et même très dur de l'ensemble du récit, certaines scènes comme celle de la torture d'un enfant laissant perplexe sur la catégorie de lecteur visée. (néanmoins notée "pour tous" par Joan Sfar lui même), faisant de cette bande dessinée une sorte d'OVNI dans le paysage BD pourtant déjà vaste. Cependant, c'est cette dureté, associée au dessin beau, mais très particulier, ainsi qu'à la présentation soignée de l'ouvrage (chouette cartonnage format roman) qui fascine et place Capucin parmi les oeuvres à retenir. Le scénario étant très dense, on achève ce premier tome avec un désir non fein, mais un peu coupable... de lire la suite. Le tome 2, intitulé "Pour quelques coups de baguette" a paru en avril 2007... A lire : la chronique (excellente) de Chronicart.com

Des pates oui, …mais du Ahn Do-Hyun !

Nouilles Tchajang (d'après l'oeuvre originale de Ahn Do-Hyun, adaptée par Chi Kuy-Sok et ByunKi-Hyun, éditions Dargaud, collection Made in, 2003)

Les nouilles Tcha-jang sont une spécialité chinoise préparée avec une sauce à base de viande, d'oignons et autres légumes. Ahn Do-Hyun né en 1961 a raconté au milieu des années 80 dans un livre sa condition de serveur de nouilles à domicile lorsqu'il était adolescent. C'est ce roman qui a été adapté en 2003. On a déjà eu l'occasion de parler de Chi Kyu Sok lors de la chronique de "L'amour est une protéine" sur ce même blog, et celle-ci se terminait par une note très positive. Cette adaptation courant sur 202 pages est d'autant plus à rajouter au crédit de l'auteur que l'on se trouve non seulement en présence d'un résultat graphique de qualité (de belles aquarelles sur un dessin à la foi sobre et souple), mais aussi devant une adaptation réussie, d'ailleurs saluée par l'auteur original lui-même. On reparlera en revanche de Byunki-Hyun, auteur de Lotto blues chez Hanguk plus tard, lors d'une prochaine chronique, car différencier la part du travail de chacun içi parait hasardeux. Cette autobiographie met en scène Ahn do-Hyun à l'âge de 17 ans, cherchant son premier emploi. Rapidement embauché comme livreur dans une échoppe fabriquant des pâtes, il nous conte sa différence, ses relations familiales, celles avec ses copains et sa difficile approche du sexe faible... jusqu'à la découverte de l'amour... le vrai. D'un ton très réaliste et poétique, "Nouilles tchajang" rappellera aux amateurs de cinéma asiatique les films coréens si particuliers de réalisateurs comme Hong Sang Soo. (voir une critique de la Vierge mise à nu). Les lecteurs d'Akira eux ne pourront s'empêcher un sourire complice durant le passage de la course de motos sauvage en ville, tandis que les rapports (durs) entre le père de Ahn Do-Hyun et sa mère pourront évoquer d'autres films d'auteurs japonais tels Nobody Knows ou Taste of tea , dans leurs analyses des relations familiales (les auteurs asiatiques sont très portés sur ce domaine en général).

... Beaucoup de mangas abordent le relations amoureuses ou familiales d'un point de vue adolescent. On peut s'y retrouver si notre âge correspond ou bien trouver cela un peu plus naïf si l'on est plus âgé. La technique d'un adulte comme Ahn Do Hyun qui raconte lui son adolescence passée intéressera sûrement d'avantage les mêmes adultes... C'est tout l'intérét d'un manwha comme Nouilles Tchajang, qui se pose au final comme une référence en matière de manga/manwha. A visiter (pour continuer dans cette voie) : le label Made in de Dargaud

Nononba : esprit : est-tu là ?

Nononba (scénario et dessin de Shigeru Mizuki, éditions Cornelius, 2006) Ce manga d'un auteur encore inconnu du grand public français il y a quelques mois a été récompensé du prix du Meilleur album 2006 à Angoulème en Janvier dernier. Epais, (414 p.), et publié dans la collection Pierre, Nononba est un pavé jeté dans la mare des publications BD française et dans celle des mangas tout court. Il faut évidemment aimer cette littérature et goûter aux plaisirs du manga dit "adulte" (rien à voir içi avec l'érotisme) pour apprécier pleinement ce gros volume en noir et blanc où l'action ne prime pas; mais quel plaisir,  quelle jubilation !... Mizuki est né en 1922 et se pose donc comme l'un des plus anciens créateurs de manga encore vivant. Il a eu une vie plutôt exceptionnelle, puisque malgré des aptitudes précoces au dessin,  pris jeune dans les  méandres de la guerre du pacifique, on nous explique dans sa bio (site Cornelius) qu'il a été mutilé et que prisonnier, il a vécu au sein de tribus autochtones avant de revenir au pays et de faire sa carrière de mangaka. Il a gardé de ces expériences et de l'accompagnement, enfant, d'une grand-mère portée sur la sorcellerie un fort penchant pour le surnaturel, thème de la plupart de ses ouvrages (les fameux Yokaïs, esprits frappeurs traditionnels), mais aussi une grande humanité que l'on retrouve très présente dans ses récits. Certaine scènes, tellement fortes, et aux dialogues si bien choisis ne peuvent d'ailleurs être que des moments vécus. C'est en grande partie ce qui fait la qualité de ce Nononba, du nom de la même grand mère complice de notre jeune héro Shigéru Muraki. Au niveau graphique, on cite souvent Taniguchi et ses trames très propres (trop ?) lorsqu'il s'agit de qualité dans le manga. Içi, nul classissisme au cordeau, mais plutôt un mélange entre souplesse d'un trait un peu gras et rigueur d'une trame fine souvent horizontale . Une sorte de mix improbable entre un Nakazawa, l'auteur de Gen d'hIroshima et un Taniguchi... Je ne peux résister à l'envie de vous proposer un extrait de philosophie pure, tirée des nombreuses cases consacrées aux moments de discussion entre Shigéru et son père. Mêlés au fil fantastique du récit et à sa poésie inhérente (la mer qui refloue, la séparation d'avec la petite fille, les discussions entre enfants...) , ces moments d'échanges intimes apparaissent finalement comme  ce que l'on fait de plus fort en littérature, ce qui porte aussi souvent un roman, et ceux-ci pourront rappeler aux plus cinéphiles l'ambiance de films de réalisateurs japonais comme Mizoguchi ou Imamura. ...Meilleur album ?... sans aucune réserve, et à mettre entre toutes les mains !! A lire aussi : chez le même éditeur : Kitaro le repoussant et 33 rue des mystères Pour aller plus loin : une présentation de l'univers des mangas adultes (fichier PDF) *photo de l'auteur provenant de son site officiel : http://www.japro.com/mizuki/

Cornelius : toute une famille…

Et un site en or ! Je ne ferai pas l'affront aux lecteurs d'IDDBD de présenter cette maison d'édition parisienne responsable pour moi en tout cas d'une grande partie des meilleures publications bande dessinée de cette fin de vingtième siècle. Cela grâce et à cause d'un catalogue cohérent offrant des livres réalisés avec amour et soin, ainsi que des auteurs à très forte identité. On peut ajouter à cela une politique éditoriale courageuse ayant permis au public français d'avoir pu à nouveau lire, et de belle manière des auteurs étrangers incontournables tels Crumb, Charles Burns, ou Daniel Clowes, et aujourd'hui encore Shigeru Mizuki avec l'ouverture au manga de l'éditeur. Quelle folie ! est-ce dû à leur adresse ? : 100 rue de la Folie Méricourt ? Il ne manquait cependant qu'une chose à la famille Cornelius depuis au moins trois ans, c'était un site présentant leurs collections sur la toile. C'est enfin chose faite... et de quelle façon ! Stylisme classieux, coloré et fun à la Fantagraphics ou Top Shelf's touch (style de deux maisons indépendantes américaines oscillant entre art nouveau et kitsh), animation rigolote, musique branchée... Cornelius.fr nous offre en fin de compte un plus beaux sites de la web'osphère. En prime, comme si le fond du catalogue, agrémenté de goodies d'importation ne suffisait pas, un blog est aujourd'hui aussi proposé afin de se tenir au courant des affaires familiales. Un must ! A savourer : le site de Cornelius A visiter : Humeurs... le blog. A commander : l'art de la mouscaille, ou 16 ans de Cornelius, un collectif collector.

Allah est-il le plus grand et Abdallahi est-il son apôtre ?

Abdallahi - Tomes 1 & 2 (scénario de Christophe Dabitch, dessin de Jean-Denis Pendanx, éditions Futuropolis,  2006) Futuropolis, maison d'édition culte parisienne ayant participé largement au renouveau de la bande dessinée à la fin des années 70 s'est réveillée transformée après des années de sommeil. Sa nouvelle politique éditoriale depuis septembre 2005 ne pouvant reproduire ce qui a déjà été fait prouve néanmoins que son nom prestigieux n'est pas usurpé; ceci à l'aide d'une certaine exigence de qualité sur les titres proposés. C'est le cas de ce superbe dyptique, haut en couleurs dans tous les sens du terme. Je ne connaissais pas ces deux auteurs, apparemment plus tournés vers l'illustration jeunesse pour Pendax, mais cette adaptation du récit de voyage de René Caillé, premier homme blanc a avoir pu visiter la ville mythique de Tombouctou et en être ressorti vivant en 1828 est une belle réussite. René Caillé, fils de bagnard charentais part en 1824 à l'âge de 24 ans afin de traverser l'Afrique. Il feint de se convertir à l'islam en apprenant le Coran et en se donnant  un nouveau nom : "Abdallahi", puis pendant un an au départ de St Louis du Sénégal sur la côte ouest intègre tout d'abord la tribu Maure des Braknas en Mauritanie afin de s'immerger. Il revient en 1827 et part cette fois de Kakondy en Guinée pour traverser à pied l'Afrique centrale, passant par le Niger, le désert saharien avant d'arriver enfin à Tanger dix huit mois plus tard. Un périple proche de l'enfer, le scorbut ayant failli l'emporter. Le style graphique de Pendax cède souvent le pas à l'imagination, avec des peintures parfois floues remplies de couleurs magnifiques, tandis que le scénario et les dialogues de Dabitch parsemés de citations du livre de Caillé nous immergent au coeur du personnage central... nous faisant nous identifier parfaitement à celui-ci. Rappelant certains Corto Maltese (Les Ethiopiques par exemple) de part sa poésie, son aspect contemplatif, ses dialogues et sa documentation, ou parfois  Les Tours de Bois Maury lorsqu'il aborde l'aspect islamique sous son angle le plus familier ... , cette adaptation sent bon le vécu, et on imagine sans mal que de grands auteurs comme Hugo Pratt ou bien Hermann ont tous deux été aussi inspirés par ce récit initiatique. Abdallahi fascine par la magie qui exulte de ses tableaux somptueux et de son souffle épique, et par là même se présente comme une oasis pour tout amateur de bande dessinée et de récits d'aventures. Chef d'oeuvre !! (photos du livre de Caillé tirées de : http://www.sahariens.info) A visiter : le site de Futuropolis A lire : la page consacrée à Pendanx sur BDGest A dévorer : le périple de René Caillé sur Herodote.net ps : Audrey, merci pour cette belle découverte !

la splendeur de l’Amérique en best of

American splendor - the best of (scénario d'Harvey Pekar, dessins : divers;  éditions Ballantine books - USA) Publié en 2005 aux USA, cette deuxième compilation "généraliste" des (censées être les) meilleures histoires de cette série de comics d'Harvey Pekar est toujours disponible en France sur les sites de vente en ligne généralistes et reste l'une des plus simples façon de connaître l'univers de cet auteur, qui n'était à ce jour pas traduit dans notre pays. (pas depuis the Quitter donc !). Cela s'explique peut être par la caractère très américain de la démarche et des allusions, qui, je pense ne trouveraient sans doute pas suffisamment d'échos auprès du public français. L'intérêt majeur de ce recueil  d'histoires (17) en noir et blanc et de la série en général, en plus d'offrir des réflexions sinon pertinentes en tous cas gratinées sur la société américaine, réside donc dans la multiplicité des dessinateurs impliqués. Ainsi, à l'image d'autres recueils ou "annuals" d'éditeurs américains (cf Expo 2000, Dark Horse maverick, Les Top Shelf on parade, 9-11 Emergency, Mome...), le lecteur français a l'occasion de découvrir d'une traite une multitude d'auteurs peu ou pas du tout connus outre Atlantique. Une aubaine  ... pour amateurs ! *Rectification à postériori : ce "Best of" complète le premier sortit en 1991 intitulé bizarrement "The New American Splendor Anthology" (chez Four Walls Eight Windows publisher) et propose des histoires plus récentes de la série, à l'inverse de ce que j'avais avancé sur mon blog en Janvier 2006. Pour trouver les épisodes plus anciens avec des  dessins de Robert Crumb, c'est donc celui de 1991 qu'il faudra choisir en priorité. (cqfd). News : La série qui comptait jusqu'à présent 31 épisodes (une première série de 1976-1993 parue en autopublication, puis une seconde chez Dark Horse), a été réactivée pour quelques épisodes l'année dernière, cette fois chez Vertigo, label de DC comics. Ces épisodes viennent d'être regroupés à leur tour dans un recueil bon marché intitulé "American splendor : another day". A lire : la page documentée de Wikipédia consacrée à American Splendor A découvrir : le site des 100 meilleurs comics (American splendor # 1 en 21eme position !) ainsi que les couvertures de chez Dark Horse A lire : une note plus ancienne (blog d'Hector )sur le parallèle film/BD d'American Splendor

Dégonflé Pekar ?

The  Quitter (scénario et dessin de Harvey Pekar, collection Vertigo, éditions Marvel Panini France) Enfin une traduction d'Harvey Pekar ! Cela aura mit le temps. Cet auteur mis en lumière en France grâce au film American Splendor (2003) reprenant le thème de sa série BD culte n'avait jamais cependant eu l'occasion de trouver preneur pour une traduction. L'écriture de ce "one shot" biographique (ndlr : récit en une seule traite) en aura fourni l'occasion. The Quitter ("le Dégonflé" en français) raconte l'enfance et l'adolescence difficile de ce jeune juif polonais dont les parents ont immigrés aux USA au milieu des années 30. Pekar est un enfant complexé, mal dans sa peau qui déteste l'échec et se réfugie dans la bagarre lorsqu'il baisse les bras. Ce récit à forte teneur sociale et dramatique apporte une nouvelle image à l'auteur d'American Splendor. La mise en image par Dean Haspiel, autre auteur "indépendant" américain connu entre autre pour son personnage Billy Dogma (the last romantic anti hero)  chez l'éditeur Topshelf et qui a déjà travaillé avec Pekar sur sa série phare est plutôt agréable. Le trait noir et blanc de cet auteur quadragénaire oscille entre volubilité et angles coupés au couteau, lui conférant une touche très personnelle. Les passages sur les hobbies de Pekar, amateur de jazz et de comics, qui lui feront entre autre écrire dans des revues jazz et rencontrer Robert Crumb ne sont pas les moins intéressants. A la sortie, il résulte de The Quitter une introspection fouillée et toute en finesse de l'univers d'Harvey Pekar, qui se révèle bien plus efficace et abordable que le tentaculaire American splendor divisé en x fascicules à thèmes et difficilement trouvable. Marvel France Panini avec sa nouvelle collection Vertigo Graphic Novel a donc vu juste et cette présentation soignée à l'identhique, au dos presque carré avec jaquette laisse présager, si les ventes suivent, d'autres belles découvertes du label de comics américain pour adultes. A lire : la chronique d'American Splendor par Hector A visiter : le site de Dean Haspiel A voir : le site de Topshelf comix A fouiller : le site du label US Vertigo

Un Manwha adulte, qu’est-ce que c’est ?

L'amour est une protéine (scénarios et dessins de Choi Kyu-Sok, collection Hanguk, éditions Casterman) Quoi ? Un nouveau rédacteur dans IDDBD ? Mais ça devient l'autoroute de l'information içi !!  Comme quoi la passion ça a du bon et que comme disait l'autre veux sage :  "mieux vaut un blog bien rempli et efficace que dix peu visités !". C'est donc avec raison que je vais tenter de laisser les chroniques BD passionnées mais irrégulières de mon propre blog : le Blog d'Hectorvadair pour rejoindre l'équipe de joyeux lurons d'IDDBD. En espérant que mon rythme va retrouver au sein de cette team sa promptitude originelle. Hector. ... Découvert par hasard à la médiathèque de  Roanne (42) , ce manhwa (manga coréen) m'a d'abord attiré par sa couverture quelque peu bizarre. Normal me direz-vous ? Pas tant que ça. Il s'agit en effet d'un one shot, ou plus précisément d'un recueil d'histoires, et donc non pas d'une série telle qu'on a l'habitude d'en lire généralement dans la culture BD asiatique et japonaise plus précisement. Choi Kyu-sok est né en 1977 et c'est sa seconde publication française après un titre chez Kana en 2003 (collection Made in). L'éditeur décrit lui-même l'auteur comme ayant un trait novateur et une vision acerbe de la société. C'est le moins qu'on puisse dire. Les 6 histoires qui agrémentent ce recueil sont en effet toutes originales et assez dérangeantes. Il se dégage de leurs scénarios une atmosphère à la fois oppressante et provocante, qui nous lie très rapidement à l'auteur. La première (L'amour est une protéine) donne le ton. Celle-ci, mettant en scène trois copains qui commandent du poulet rôti et qui voient arriver le père du poussin rôti en sanglot nous plonge dans un délire comico-psychanalitique. Le style réaliste de Choi Kyu-sok, réhaussé parfois à l'ordinateur, avec des couleurs pastels de trés bon goût contre-balance le sentiment de malaise qui peut s'installer dans un premier temps. L'hommage au trait en noir et blanc dans Dinosaure Dooly au personnage créé par Kim Su-Jeong, bien que hors références puisque ce personnage n'a pas été traduit en France montre toute la force, la poésie et donc le talent dont est capable le jeune auteur sur ce récit de science-fiction. Cocaman, ou Ma décision, autres épisodes durs dans le ton nous donnent à lire des incursions du point de vue d'un jeune homme (l'auteur lui-même ?) dans la société coréenne moderne. On imagine sans mal une approche biographique dans la triste histoire de Cocaman, mais le contexte politique sous-jacent du deuxième récit ouvre des perspectives intéressantes quant à l'engagement de l'auteur de manwha. La dernière histoire : Aiguille de pin, se déroulant dans une Corée antique fleure bon les répères japonais d'autres récits de mangas du même style, et je n'ai personnellement pas pu  m'empêcher de penser, tant au niveau du trait que de certaines ambiances au Tajikarao de Jimpachi  Mori. Celui-ci fini de dérouler le tapis des thématiques et des différents styles abordés par Choi Kyu-Sok, sans oublier le Léviathan, conte acide et farce politique réalisé sous forme de tableaux peints. Ce qui, en fin de compte, sur 173 pages offre un bilan plus que positif pour une découverte. Un auteur dont on aura j'espère l'occasion de lire en tous cas d'avantage de récits dans le futur. A lire : la fiche album sur le site Casterman A lire (aussi) : la chronique de sceneario.com A découvrir : Bededazi autre blog sympa traitant de BD asiatiques.