Cendres (Guiro & Pavy)

Au décès de sa mère, Akiko Gaisseau récupère ses cendres au cimetière du Père Lachaise, à Paris. Après avoir réglé les derniers soucis administratifs, elle retourne au Japon pour la cérémonie. S'entremêlent alors le récit d'un voyage, d'un deuil et les carnets intimes de sa mère. Entre passé et présent, le film dresse le portrait de deux femmes, de deux générations mais aussi de deux visions du monde qui s’entremêlent entre Orient et Occident.

A travers toi

Je profite de la sortie de Cendres aujourd'hui en salle pour faire un petit focus sur un film que j'ai particulièrement apprécié et qui mérite qu'on s'y arrête un peu. Réalisé par  Mélanie Pavy et Idrissa Guiro, ce film est de ceux qui marquent sans en avoir l'air. Subtil dans sa photographie, lent dans son rythme, il laisse au spectateur le temps de découvrir ses héroïnes principales. Akiko, la fille, est bien présente à l'écran, riche de sa présence et de ses silences. Kyoko, la mère, est un fantôme qui murmure à notre oreille ses pensées, ses doutes et ses regrets. Elle apparaît parfois dans son passé d'actrice, immortalisé par Jean-Luc Godard dans Made in USA en 1968. cendres-afficheDrôle de personnage que Kyoko Kosada Gaisseau, sorte de révoltée en recherche d'ailleurs, globe-trotteuse qui a vécu au Japon, aux États-Unis et en Europe. Mariée à Pierre-Dominique Gaisseau, ses carnets, utilisés par les réalisateurs sont des témoignages riches d'un après-guerre marqué par la reconstruction et le foisonnement créatif. Actrice de ce monde dans tous les sens du terme, Kyoko a cherché à s'affranchir du poids de la tradition de son éducation sans jamais y parvenir totalement. cendres3De la petite fille à la femme, Akiko apparaît en revanche tout en pondération, calme et avec la volonté de ne pas s'affranchir des traditions. Métisse, elle est une tête de pont entre deux civilisations, deux façons radicalement opposée de voir le monde, qui se parlent sans véritablement se comprendre dans un dialogue impossible. Comme un symbole, elle est la porteuse de l'urne qui ramène sa mère "chez elle". Elle fait le deuil, se conforme aux traditions, suit (et supporte) les recommandations. cendres2Le film repose sans cesse sur ces multiples jeux de contrastes et ces oppositions (mère/fille, Japon/France, liberté/conformisme, présence à l’image/présence par la voix). Idrissa Guiro et Mélanie Pavy dresse un tableau tout en nuance d'une relation et d'une construction personnelle complexe. Profitant de ce temps suspendu, celui du deuil pour les personnages, celui du film pour les spectateurs, on ressent les blessures, les regrets mais aussi les accomplissements de ces deux vies. Comme un symbole, cette scène finale qui montre encore à ceux qui en doutait que le cinéma documentaire est avant tout du cinéma. Extrêmement simple dans sa forme (un plan fixe sur un visage devenu adulte), cette voix off exprimant les pensées et les regrets d'une mère lui donne une force bouleversante. Quels parents serons-nous ? Comment nos choix influencent-ils la vie et la construction personnelles de nos enfants ? Peut-on véritablement se couper de ses origines ? Voici quelques questions posées au cours de ce film subtil et touchant.  Elles resteront sans réponse évidemment mais l'important n'est pas là. Un film soutenu par la Commission nationale de sélection Images en bibliothèques. A découvrir : le site officiel du film A voir : la bande annonce
Cendres Réalisateurs : Idrissa Guiro & Mélanie Pavy Durée : 74' Production : Simbad Films Version : VOSTFR Année de production : 2013
   

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