Focus : Jade U

En janvier dernier, lors d’un petit festival local en Charente, paraissait l’ultime numéro de la série U des Jade. Débuté en 2006, cette série était une parenthèse dans la longue histoire de la revue éditée par 6 pieds sous terre depuis 1991. 52 numéros à l’image d’un éditeur toujours soucieux de qualité, d’humour et d’intelligence. Bref, aujourd’hui, petit focus sur Jade. jade661U-450Quand j’ai découvert Jade, je n’étais encore qu’un tout jeune bibliothécaire tout à fait certain de parfaitement connaître le monde de la bande dessinée. Avec toute la morgue nécessaire, j’expliquais aux non-initiés le pourquoi du comment. Bref, j’apportais la lumière dans les foyers. Un jour pourtant, l’un des lecteurs de la médiathèque me fit une remarque. Je restitue plus ou moins la conversation : Moi : Ah oui, il faut absolument lire ça, c’est terrrrriiiibllle ! Lui : Tiens, récemment j’ai lu le dernier Jade. Vous connaissez ? Moi : Jade, comment ? Lui : Ben « Jade », tout simplement… Moi : … Elle a écrit quoi ? Lui : Non, mais Jade. C’est la revue de 6 pieds sous terre… Moi : Qui ça ? Lui : L’éditeur… ça ne vous dit rien ? Moi : Et sinon, vous le prenez celui-ci ? ****Fin de la restitution**** jade_124uAvalant la pilule amère de la prise de conscience de mon incompétence, je m’attelais donc à la tâche ardue de découvrir l’univers de ce fameux éditeur et surtout Jade, ladite revue. Donc ma première rencontre se fit vers 2006 avec le Jade 124U où trônait un Plageman en mode combat (première rencontre avec Mr Bouzard aussi). J’ai ouvert et découvert un vrai équilibre entre exigence, humour et analyse. Jade U n’était pas un magazine mais une vraie revue spécialisée avec des textes de qualité se posant de vraies questions sur le média, proposant des entretiens ou interviews croisées d’inconnus comme Charles Burns, Fabien Vehlmann mais aussi le journaliste Xavier Guibert (du9). Loin des formes convenus des magazines généralistes avec toujours les mêmes focus sur les mêmes auteurs et/ou les mêmes sujets, nous sommes ici dans la réflexion thématique, dans l’échange, dans le débat, dans les coups de gueule. Créé à une époque où cette presse n’existait presque plus, Jade U a parfaitement rempli son rôle de « tempête dans le cerveau ». jade661UBien sûr, pour se rappeler qu’en bande dessinée comme ailleurs il ne faut jamais se prendre au sérieux, la présence de quelques trublions était nécessaire. Alléger le propos mais aussi donner au donner des coups de griffes et rigoler doucement des petits travers du petit monde du 9e art au détour des planches. Dans cet exercice, le côté décalé d’un Bouzard ou le crayon affûté d’un James et de son acolyte Boris Mirroir faisaient merveilles. Ces noms me reviennent aujourd’hui en évoquant le 124U mais ne vous y trompez pas. Jade U était aussi une aventure de groupe. Ils ont été nombreux, auteurs reconnus ou en devenir, à écrire et dessiner dans les 32 pages de cette revue publiée dans la Collection Lépidoptère. Fabrice Erre, Fabcaro, Nicolas Moog, Jeffrey Brown, Mattt Konture, Debbie Dreschler, Matthias Lehmann, Ruppert & Mulot, Isaac Wens, Terreur Graphique, Anouk Ricard, Benjamin Adam, Sylvain Ricard… La liste n’est pas exhaustive évidemment mais ce sont peut-être des noms qui sonnent dans vos oreilles. Certains pour quelques pages, d’autres pour plusieurs numéros mais toujours, entre ces gens, le souci de faire un travail de qualité. Aujourd’hui, ça se termine, je suis un peu triste mais impatient de découvrir peut-être la suite. Car il faut, pour la bonne évolution de la BD d’aujourd’hui, de vrais espaces d’expressions toujours en équilibre entre sérieux et humour. Tchao Jade U !

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