Anjin-san (George Akiyama)

Anjin est un petit homme sans âge. Au cours de ses voyages, il aide les autres à résoudre leurs problèmes avec sagesse, astuce et tranquillité.

Entre ciel et terre

Publié initialement dans le revue Big Comic – magazine destiné à un public adulte - de 1982 à 1983, Anjin-san est un drôle de livre pour un drôle de personnage. Au cours des multiples aventures de ce héros intemporel, nous cheminons à travers les croyances, les philosophies et le bon sens populaire de la culture japonaise Ce qui pourrait paraître comme un frein à la compréhension devient peu à peu sa force pour un lecteur un peu curieux. Anjin n'est pas vraiment un "héros" à l'américaine, même pas un héros à la japonaise du type Kitaro le Repoussant. J'entends par là que ses pouvoirs ne changent pas fondamentalement le cours d'une histoire. Anjin est un cérébral, un malin, parfois un magicien, mais il est surtout un aiguilleur. Il emmène les personnages sur les chemins les conduisant à la compréhension, au bonheur voire à l'illumination. Lui montre la voie, aux autres de l'emprunter. Dans ce cadre, George Akiyama n'a pas peur de varier ses univers, d'intégrer du fantastique ou du mystique dans ses histoires. D'un côté, les femmes serpents ou des personnages volants ne sont pas rares et étonnent à peine les protagonistes, de l'autre, il interroge en filigrane la société japonaise toujours prise entre respect de la tradition et modernité. Famille, argent, amour, loyauté sont des thèmes très souvent abordés. Toujours entre deux eaux, l'auteur montre ainsi que la réalité brute et imaginaire peuvent s'imbriquer et permettre un accomplissement spirituel.

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A travers le temps

Car, Anjin-San est avant tout une œuvre originale qui oscille sans cesse entre bouddhisme teinté de shintoïsme (dans son rapport à la nature et au corps) et sagesse populaire. Anjin est lui-même le petit-fils du Bouddha… et son nom est même une référence directe au boudhisme, c'est dire ! Étonnant de la part d'un auteur dont les œuvres ont souvent été accompagnés de polémiques et de censures par la violence de ses propos. Malgré ses 30 ans passés, Anjin-san trouvent toujours un écho et traverse le temps sans encombre. On pourrait le comparer facilement aux célèbres Histoires de Nasreddine, avec leurs morales propres aux gens simples. Le lire dans 10 ou 15 ans sera toujours aussi intéressant. Sur le plan graphique en revanche, le dessin de George Akiyama est un peu daté. Il reste cependant agréable avec un découpage fluide. Il abuse parfois des débordements de case, notamment avec les dessins demi-planche en position suggestive de Hinagiku, la geisha. Cela ajoute une très légère dimension érotique – type année 80 bien sûr – qui n'est pas forcément choquante. Rien de bien méchant. Pour terminer, je note  le très bon travail éditorial des Editions du Lézard Noir. Petite maison qui propose toujours un travail soigné. C'est important. Pour résumer ma chronique, si vous avez envie de vous détendre avec intelligence, ce recueil de nouvelles est pour vous. Une plongée intéressante dans la pensée spirituelle et populaire du Japon. Un album sélectionné en 2013 à Angoulême dans la catégorie Patrimoine A voir : la fiche-album sur le site du Lézard Noir A lire : la chronique de Samuel, sur Littexpress et celle de Lunch sur Ben Dis Des extraits ici
anjin-san-couvAnjin-san (one-shot) Scénario et dessin : George Akiyama Editions : Le lézard noir, 2012 (25€) Public : Adulte Pour les bibliothécaires : une œuvre intéressante dans le cadre patrimonial. Gros travail de médiation en perspective. Mais un livre plutôt abordable pour un public non-amateur. A voir pour les petits budgets.

6 réflexions au sujet de « Anjin-san (George Akiyama) »

  1. Je le disais dans ma chronique (qui date déjà un peu) : c’est un pur bonheur de lire Anjin-San. On en ressort avec le sourire, et le souvenir de cet homme « banal » nous marque 🙂
    C’est beau, poétique et philosophique. Touchant !

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