Chronique | Pendant que le roi de Prusse faisait la guerre, qui donc lui reprisait ses chaussettes ? (Zidrou & Roger)

Catherine a 72 ans, elle est veuve. Elle vit avec son fils, Michel, 43 ans, handicapé suite à un accident de voiture. La vie d’avant, Catherine y pense de temps en temps mais cela fait si longtemps. Au fil de ces petites histoires du quotidien, nous découvrons une héroïne, une vraie, de celle qu’on ne trouve pas dans les livres… Continuer la lecture de Chronique | Pendant que le roi de Prusse faisait la guerre, qui donc lui reprisait ses chaussettes ? (Zidrou & Roger)

CaseDoc #2 | Histoire de la planche 52 (Avril Tembouret)

page_52_2Ce film retrace la création de la planche 52 du dernier album de Valerian, personnage mythique de la bande dessinée de science-fiction. S'immergeant dans le quotidien des auteurs, essentiellement celui de l'illustrateur, le spectateur découvre le travail quasi-artisanal de transformation des mots en images. Difficultés, choix, retour en arrière et discussions sont le quotidien de Jean-Claude Mézières et Pierre Christin. Durant plusieurs jours dans le cadre feutré de l'atelier de l'illustrateur, on voit naître la planche finale des crayonnés à l'encrage. De mon point de vue d'humble bédéphile, j'ai trouvé ce témoignage intéressant. On retrouve ce que tout bon fan de BD a ressenti un jour dans sa vie quand, après quelques heures ou quelques minutes (c'est selon) d'attentes pour une dédicace, il découvre la magie d'un dessinateur. Ce fameux geste qui, en quelques traits, fait naître une silhouette sous les yeux ébahies de son public. Merveilleux et fascinant. Dans Histoire de la page 52, nous allons un peu plus loin que ces mouvements ô combien maîtrisés. On assiste également aux errements, aux doutes ou à l'enthousiasme d'un illustrateur. Tout cela dans un style cinématographique très sobre, avec un montage plutôt sage laissant la belle place à un Jean-Claude Mézières en verve. Je trouve juste dommage de voir aussi peu Pierre Christin, l'un des plus grands scénaristes de la BD européenne. Et justement, c'est là que, pour moi, le film manque un peu sa cible et est assez représentatif de la vision de la bande dessinée en Europe… à savoir un art avant tout graphique. Rappelez-moi le nombre de scénaristes qui ont reçu un prix à Angoulême ? Sans commentaire. page_52_site_1 En fait, Histoire de la page 52 ne filme pas vraiment la création d'une planche mais le dessin d'une planche. La nuance est subtile – et discutable certes -  mais nous ne voyons finalement que la moitié "visuelle" de la création. On oublie que faire de la bande dessinée c'est aussi raconter une histoire. Qu'en est-il de Pierre Christin et de son travail d'écriture ? On en distingue l'aboutissement au début de film mais de nombreuses questions restent en suspens. Comment cette planche est apparue dans son esprit ? Quelle est sa place dans le récit ? Quelles ont été ses difficultés ? A-t-il eu le syndrome de la "page blanche" ? Quid du découpage, de la construction des dialogues, etc… Si on s'attarde avec un certain brio sur les errements de Jean-Claude Mézières, on oublie presque totalement l'invisible travail des mots pourtant fondamental en BD… ou en cinéma. Finalement, je ressors de ce film un peu frustré. Il me manque des éléments non pas pour comprendre mais pour apprécier ce travail. Malgré cette réalisation propre, ce film manque pour moi d'un peu de matière pour atteindre son but : vouloir nous faire entrer dans les profondeurs de la création d'une bande dessinée. Au-delà, j'attends toujours LE film documentaire qui saura prendra un parti esthétique fort pour nous parler de 9e art. A voir : la fiche du film sur le site du producteur
page_52Histoire de la page 52 Réalisateur : Avril Tembouret Durée : 43' Production : Kanari Pays : France Version : VF Année de production : 2013
La bande annonce
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Chronique | Les enfants de la mer (Daisuke Igarashi)

enfants-de-la-mer-bandeau Au début des vacances d'été, Ruka est exclue de son club de sport pour s'être battue avec une camarade. Seule, elle ère dans sa petite ville portuaire quand elle décide de partir pour Tokyo... pour voir la mer. Une fois arrivée, elle rencontre un jeune garçon qui nage dans la baie. Mais Umi n'est pas comme les autres, son frère et lui auraient été élevés par des dugongs, des mammifères marins menacés de disparition. Ruka, fascinée par cette histoire, découvre alors un monde mystérieux et fantastique qui l'entraîne à la fois vers les profondeurs marines, dans la voute céleste et en elle-même… vers les origines.

Le retour à la mer

La première fois que j'ai lu un manga de Daisuke Igarashi IDDBD devait avoir 6 mois. Je n'avais pas encore rédigé la moindre chronique BD mais je souviens encore très bien de Sorcières, une mini-série en deux tomes, puisant dans les croyances populaires et le fantastique. 8 ans et des centaines de chroniques plus tard, je retrouve avec une certaine émotion son univers teinté de retour à la nature et de merveilleux. Je me souvenais surtout de ce dessin particulier ne correspondant pas vraiment aux standards habituels du manga. Il me restait cette troublante fascination pour un trait tortueux oscillant entre séduction et laideur. Quelques années plus tard, ce graphisme s'est encore enrichi d'un équilibre subtil entre écriture et illustration. Graphiquement, le plus impressionnant reste sans conteste les magnifiques et vertigineuses scènes sous-marines où la frontière entre mer et ciel semblent avoir complètement disparue. On ne sait plus très bien si les créatures marines flottent ou nagent dans cet espace. Daisuke Igarashi réussit l'exploit de représenter une profondeur abyssale dans une minuscule case. J'avoue avoir été complètement subjugué par l'apparition d'un requin-baleine en plein milieu d'une planche. enfants-de-la-mer-2-sarbacane

La profondeur du personnage

Si les décors et les éléments aquatiques  sont particulièrement soignés, on sent surtout la patte du dessinateur dans la représentation des personnages et dans l'implication qu'il leur donne. Jouant avec un découpage faisant une belle part aux regards et aux mouvements, Daisuke Igarashi proposent une palette graphique très large entre trait jeté et réalisme frisant parfois l'érotisme. Ses héros possèdent chacun une esthétique propre, parfois volontairement exagérée dans certaines situations (les nages de Umi et son frère Sora par exemple). Cette dernière évolue au cours de l'histoire, rendant plus forte la présence ou l'absence de certains personnages. enfants-de-la-mer-4-ext-2 Tous ces éléments graphiques participent à la très grande qualité de cette série au thème écologico-fantastique très "miyazakien". Toutefois, il ne faut pas limiter Les enfants de la mer à cette référence, trop facile, au grand maître de l'animation japonaise. Par son travail, Daisuke Igarashi propose une aventure fascinante et originale qui se joue à la fois dans les abysses, dans le ciel mais aussi dans l'esprit de ses protagonistes… une quête de mystères devenant une quête de soi. Ce qui rend d'autant plus fort son travail sur la représentation de ses personnages. Toutefois, il serait malvenu de ma part de dévoiler les éléments de l'intrigue tant le scénario repose sur une succession de surprises. Je vous invite à faire, comme moi, confiance à votre instinct (ou à cette chronique) et commencer cette lecture sans avoir d'éléments probants qui viendraient gâcher votre plaisir. Je confirme, ça marche ! Bref, je ne peux que vous invitez à découvrir cette série (terminée en 5 volumes) et de pénétrer dans l'univers fascinant d'un mangaka d'exception. A lire : la chronique de Bidib sur Ma petite Médiathèque
enfants-de-la-mer-1-sarbacaneLes enfants de la mer (5 volumes, série terminée) Scénario et dessins : Daisuke Igarashi Editions : Sarbacane, 2012 (15€) Editions originales : Shogakukan, 2007 Public : Ado, adultes Pour les bibliothécaires : Pas d'excuses de la longueur pour cette série de grande qualité. Indispensable