Chronique d’été #3 | Le Tableau (Laguionie)

le_tableau_bandeau Il était une fois un tableau représentant une forêt et un château. Ce tableau était peuplé d'êtres de peinture : les Toupins, entièrement peint, les Pafinis auxquels ils manquaient des couleurs et enfin les Reufs qui étaient encore des esquisses. Les Toupins se sentant supérieurs méprisaient et maltraitaient les autres. Mais dans l'ombre, un toupin et une pafini tombèrent amoureux. Par un heureux hasard, un petit groupe parti à la rechercher le peintre pour qu'il termine son tableau et gomme ainsi les différences. le-tableau-4 Après la grosse machine américaine et le savoir-faire japonais, nous continuons cet été consacré au cinéma d'animation avec une production signée Jean-François Laguionie. Dans le monde de l'animation, la production française est toujours un cas un peu à part. Produisant moins que les deux grands centres mondiaux que sont les Etats-Unis et le Japon, la France cultive une certaine exception dans la forme et le fond. Entre Michel Ocelot (Kirikou) ou Sylvain Chomet (Les Triplettes de Belleville) qui sont les portes drapeaux du genre, on saisit rapidement la différence d'approche. Jouant sur l'atmosphère, sur des techniques d'animation très différentes, voire désuètes parfois, sur des scénarios parfaitement écrits, l'animation française s'appuie également sur une grande tradition et sur une formation sûre. Reste des moyens beaucoup moins important d'où une production moins régulière. Du coup, dans les vagues américaines, le spectateur passe parfois à côté de très bons films. Et si Le Tableau a eu son petit succès d'estime, ce fut moins le cas côté spectateur. Heureusement, nous sommes là pour remettre un petit coup. 🙂 le-tableau-2 Car voir ce film, c'est se plonger dans un univers parallèle durant un petit plus d'1h. Comme toute bonne fable, nous échappons aux cadres strictes de la logique et de la science (des personnages de peintures qui traversent des tableaux) tout en restant ancré dans des thématiques de notre société humaine. En effet, nos héros font face à des réalités particulièrement parlantes et qui sont aussi les moteurs des grandes histoires : racisme, domination, révolte, guerres absurdes, amours contrariés, quête de soi, inspiration et bien sûr arts. Tout cela contenu dans un monde qui rappelle constamment les tableaux des grands peintres de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. On pense notamment à Modigliani dont le peintre héros de cette histoire s'inspire profondément. le-tableau-5 Techniquement, si le réalisateur a fait le choix du numérique, il s'applique à reproduire un décor en 2 dimensions. Il coupe les perspectives et appuie sur les traits comme il s'agissait d'un pinceau. Ainsi, contrairement à la plupart des films d'animations grands publics (on peut aussi parler de cette approche en BD), nous n'avons pas les couleurs et les textures parfaites. S'ajoute à cela quelques passages en prise de vue réelle dans l'atelier du peintre où les personnages évoluent. Là encore, le réalisateur créé un monde à part, différent du reste du film, un environnement mystérieux et surprenant alors qu'il s'agit d'une simple maisonnette. Comme je l'expliquais plus haut, il faut prendre cette histoire comme un conte avec ses défauts et ses qualités. Certains pourraient critiquer l'aspect parfois un peu naïf des personnages. Je ne suis pas d'accord. Chacun à sa propre personnalité et parlera aux grands comme aux petits. Chacun y trouvera un plaisir différent. L'un avec les dessins, l'autre avec l'histoire d'amour, le suivant pour cette quête du créateur et les multiples visages de la création. L'univers est riche, l'animation aussi et l'histoire vous emportera. Une très belle réussite du réalisateur de Gwen et le Livre de sable, Le Château des singes et L'Île de Black Mór. A découvrir : le site du film
le_tableau_couvLe Tableau Réalisateur : Jean-François Laguionie Scénario : Anik Le Ray France, 2011, 1h16mn

9 réflexions au sujet de « Chronique d’été #3 | Le Tableau (Laguionie) »

  1. On l’avait repéré à sa sortie. Malheureusement nos « sorties cinéma » sont rares et du coup, faiblement diffusé que le film a été, on a loupé le coche…
    Il faudrait qu’on se rattrape avec le DVD.

    1. Bon, je suis à 3/3 sur ce que tu n’as pas vu 🙂
      Oui, il faut le voir, c’est vraiment très beau. A voir à la médiathèque peut-être ?

        1. Monsieur n’est pas trop film d’animation ? Ou monsieur a une petite fille et n’a plus le temps d’aller au cinéma ou de voir des DVD ? 🙂

        2. C’est plutôt l’éloignement par rapport aux cinémas et le fait d’avoir une fille qui restreint les sorties je dirais.
          Du temps où j’habitais en ville, j’allais très régulièrement au cinéma.
          Une autre époque 🙂

        3. J’habite en ville mais je ne vais quasiment plus au cinéma. Pas le temps, trop cher et films pas tops (on a qu’un gros multiplex). L’avantage de bosser comme vidéothécaire 🙂

        4. Ah ça je suis d’accord, le ciné c’est pas donné.
          C’est pour ça que maintenant on va dans des petits cinés d’art et d’essais qu’on aime bien. On en a un chouette à Talence (Le Festival), en limite de Bordeaux, qui propose quasiment que des films d’animation triés avec amour.

          Sinon, ben… pour le prix d’une séance on a quasiment un DVD, alors ben… on en achète de temps en temps. On est pas à la page mais ça fait rien.

        5. C’est ce que je faisais avant mais comme je n’ai pas de ciné art et essai à portée (ou alors à 1h de trajet).
          On ne peut pas être spécialiste de tout non plus… et vu ce que tu laisses à ton libraire 😉

        6. Oui, je suis bon client pour mon libraire, mais le problème est surtout que moi aussi les bons cinés d’art et d’essai sont à 1h de route.

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