Info du jour | Une idée bizarre… 3e !

gotcha_uneideebizarre Une idée bizarre, une idée bizarre ? Si cela ne vous dit rien c'est que vous avez la mémoire courte (petit rappel ici). Bref, cet éditeur associatif dont le concept n'est pas aussi farfelu que son nom ne l'indique nous propose cette année de redonner une suite à une série non terminée. 22 ans après le dernier album, Une idée bizarre réunit l'intégrale de la série Gotcha de Jean Dufaux et Jean-Louis Humblet avec en plus le dernier volume inédit. Tout cela dans un album luxe numéroté. Pour les bédéphiles et les bibliophiles avertis car les livres de cet éditeur sont d'une très bonne qualité. Bref, je vous invite à découvrir toutes les informations sur le site de l'éditeur. Pendant que vous y êtes aller voir aussi le blog. Je souhaite bonne chance à Patrick et à ses collègues pour cette nouvelle aventure !

Chronique | Buzz-Moi (Aurita)

buzz-moi_bandeau En 2006, une quasi-inconnue sort un petit bouquin qui va faire du bruit bien au-delà du petit monde parfois anonyme de la bande dessinée. Avec Fraise et Chocolat, premier et deuxième volume, la jeune Aurélia Aurita connaît alors les joies du buzz, les flots d’interviews et de sollicitations… Bref, les joies du fameux quart d’heure de gloire que les auteurs craignent et rêvent à la fois. En 2009, elle revient sur cette période dans un nouveau livre : Buzz-moi. Tout un programme.

Parle-moi d’amour

Pour bien comprendre la genèse de Buzz-moi, il faut un peu revenir sur l’épisode Fraise et Chocolat. Pour ceux qui s’en souviennent, ce livre a été une tempête à l’époque. Dans ces deux livres, Aurélia Aurita parlait de sa relation avec Frédéric Boilet, auteur, éditeur, penseur de la Nouvelle Manga en France. Bon, vous allez me dire sur un ton sarcastique  : chouette, un auteur qui nous raconte sa vie ! Cependant, Fraise et Chocolat aborde le rapport amoureux du point de vue sexuel. Attention, je n’ai pas dit pornographique. Même si les scènes sont osées, l’angle n’est pas voyeuriste. D’ailleurs, il vaut mieux lire un bon vieux Manara si vous voulez vous chauffer avec ce genre de bande dessinée. Le dessin d’Aurélia Aurita n’étant pas un modèle de belles proportions et de réalisme outrancier. buzz-moi2 Non, cet album parle bien d’amour, de la relation de couple. Comme elle le rappelle elle-même dans Buzz-moi, Fraise et Chocolat est une histoire pour dire « je t’aime ». Surprenant de bout en bout, choquant pour les âmes prudes, il se distingue par son approche décomplexé et je dirais presque révolutionnaire en BD - en tout cas en BD européenne car des auteures japonaises de ladies comics comme Mari Okazaki ont déjà marqué leur époque. Le fait qu’il soit écrit par une jeune femme a renforcé encore le message. Depuis, elles sont quelque unes à avoir pris le relais. Sans même parler du renouveau de la BD érotique. Mais revenons à nos moutons.

Buzz-moi ou l’art de gérer…

Donc Buzz-moi parle de cette période un peu incroyable vécue par l’auteure.  Elle raconte sa relation à la presse écrite et télévisuelle, lance quelques anecdotes sympathiques mettant en lumière quelques personnalités célèbres, montre les pratiques douteuses de certains journalistes culturels (ou non). Bref, c’est la tempête médiatique et la folie afférente. Elle ne l’a pas cherché, pourtant elle la trouve. buzz-moi3 On y retrouve les mêmes formules que dans ses précédents livres : une forme de recueil de souvenirs s’ajoutant les uns à la suite des autres. Dans ces saynètes successives, l’action passé est vécue et dessinée tandis que la « voix off » - la voix présente de l’auteure elle-même - commente avec un certain recul son propre vécu. D’un côté le dessin est simple, parfois naïf ou caricatural, de l’autre, l’écriture est fine, souvent drôle et acide, parfois ambigüe. On ressent chez Aurélia Aurita une vraie recherche de sincérité. Elle assume complètement sa subjectivité et sa sensibilité. En tout cas, si ce n’est pas le cas, elle est encore plus doué que je ne l’imaginais. buzz-moi1 Bon, la limite de ce genre de récit reste toujours un peu le même. Buzz-moi présente sans aucun doute moins d’intérêt pour ceux qui n’auront pas vraiment adhérer au propos de Fraise ou Chocolat ou même de  Je ne verrais pas Okinawa, autre très bon album d’Aurélia Aurita. Car il présente tout de même une autre facette du monde de la bande dessinée et des médias. Cet album a l’avantage de donner des éléments de réflexion sur la notion de célébrité, de sa gestion, des milieux culturels, des médias. Cependant, avec toute la modestie de l’auteure, il reste au niveau de l’expérience personnelle. L’auteur ne nous livre pas un essai. Autant Fraise et Chocolat pouvait parler au plus grand nombre, autant celui-ci reste du domaine de l’anecdote. Il n’en reste cependant pas moins intéressant à découvrir, histoire de prolonger un peu l’aventure. A lire : l'article de du9 sur Fraise et Chocolat A découvrir : des extraits sur le site des Impressions Nouvelles Souvenez-vous : le buzz, on connait aussi sur IDDBD
buzz-moi-auritaBuzz-moi (one shot) Scénario et dessins : Aurélia Aurita Éditions : Les Impressions Nouvelles, 2009 (15€) Public : Adultes Pour les bibliothécaires : un bon album, un peu anecdotique. A conseiller si vos lecteurs se sont arrachés Fraise et Chocolat.
      L'interview d'Aurélia Aurita sur France Inter France Inter - Aurelia Aurita par franceinter

Chronique | Boxing Gym (Wiseman)

Boxing-Gym_2Une salle de boxe au Texas. Un ancien professionnel entraine des petits jeunes, des pros, mais pas que. Dans ce microcosme se croisent le melting pot à l’américaine, blancs, noirs, hispaniques… Une femme ne veut pas que son enfant épileptique prenne des coups. OK, il travaillera au sac jusqu’à ce qu’il guérisse... car il guérira c’est sûr. Ici, on laisse la violence à l'entrée, on travaille.

Mister

Un jour, dans une chronique sur un album de Will Eisner, j’avais écrit mon émotion devant le talent de cet homme. Ce qui semblait une évidence me sautait à chaque fois aux yeux. Comme une surprise. Ce constat s’applique tout autant à Frederik Wiseman, 80 ans passé, et toujours l’un des plus grands documentaristes actuels. Alors évidement, les grands spécialistes du cinéma, trouveront sans aucun doute des choses à dire sur ce film. OK, je rends les armes. De toute façon, je n’en ai pas assez pour juger correctement. Je prendrais donc l’étendard du ressenti pour vous parler de ce film d’une fausse simplicité.

Car, depuis ses débuts, le travail de Wiseman est le même : poser sa caméra, filmer, filmer encore, filmer tellement qu’on oublie sa présence. C’est alors que son vrai travail commence, chercher l’essence même de son sujet et, sur la table de montage, faire ressortir une forme unique à partir de centaines d’heure de rush.frederik-wiseman

Noble art et sociologie

Pendant un an, il a posé son dispositif dans une ville du Texas. Et que voit-on ? Des boxeurs ? Pas vraiment. Des bagarres ? Pas du tout. Il a tout d’abord filmé des corps qui, sous la forme de coups de poing, de jeux de jambe, de positions, recherchent un équilibre entre défoulement, maitrise de soi et perfection. Il filme le sport, le noble art comme on le surnomme, mais surtout l’effort physique et, alors qu’on ne voit jamais la moindre goutte de sang, une forme de violence indirecte. Boxing-Gym_1 Mais au-delà de l’apparence de l’effort sportif, il montre un lieu de vie où l’Amérique se rencontre. Dans ce monde, il y a des boxeurs professionnels encadrant bien souvent les débutants. Il y a des mères inquiètes, des pères pressés et même des bébés dans des couffins attentifs aux moindres sons, aux bips annonçant la fin d’un round, au balancement fugace de la poire de frappe. Petits, grands, personnes âgées, femmes… Tout ce petit monde se côtoie et on se surprend même à sourire devant des situations cocasses. Car parfois, au milieu de ses sons si particuliers aux salles de boxe, naissent des discussions improbables entre deux beaux gaillards sur des danses sud-américaines et des cours d’accordéon… A l’image de toute son œuvre, Frederik Wiseman nous fait pénétrer dans le monde des autres. Mais avec tout son talent et sa générosité de cinéaste documentaire, il en fait le sien, puis nous le donne. Et tout d’un coup, ça résonne, on s’identifie un peu, parfois beaucoup. Amateur de boxe ou pas, ce film, ce lieu devient un peu le nôtre. A lire : la très bonne chronique du Blog documentaire car, eux, savent parler cinéma avec talent !
boxing-gym-DVDBoxing Gym (documentaire) Réalisateur : Frederik Wiseman (USA) 1h34mn, VOSTFR, 2010