Chronique | Boris : l’intégrale (Rémy Simard)

boris-couv_bandeauBoris est un bébé comme les autres. Enfin... Sa sœur cherche à l’éliminer, il parle avec sa plante carnivore et son bonhomme de neige qui ne fond jamais… Son créateur - non pas son père - est l’une des figures de la bande dessinée québécoise. Dans la grande tradition du comics strips, Rémy Simard nous offre les mini-aventures d’un mini-héros.

Une grande figure de la BD québecoise

Bon j’avoue, je ne connaissais pas Rémy Simard avant d’aller consulter sa biographie sur BD gest’ en préparant cette chronique. Et j’ai été très surpris ! En effet, à la lecture de Boris, je ne pensais pas découvrir un auteur avec autant d’expérience. Son trait est en effet très moderne et j’irais même jusqu'à dire quasi-informatique. J’ai même pensé à un moment à une forme de dessin vectoriel. Noir, gris et bleu, voici les seules couleurs qui ornent les planches des aventures de ce petit garçon.

En fait, Rémy Simard a tout fait en bande dessinée, en littérature jeunesse et en pleins d'autres choses ! Éditeurs, illustrateurs, romanciers, président de l’association des auteurs de bande dessinée québecoise, bref cet auteur est un grand "monsieur" outre-Atlantique. Je suis assez loin du jeune créateur débordant d’énergie et de motivation que j’imaginais.boris-strip2

Strip toujours

Vous qui suivez IDDBD depuis longtemps, savez que le strip est un des genres que j’apprécie le plus. Pour moi, c’est le haïku de la BD, l’optimisation de l’humour en quelques cases. Les grands auteurs sont légions et nombreux sont à mon panthéon personnel. Pêle-mêle on citera Liniers (chez La Pastèque également), Quino (Mafalda, la meilleure BD du monde), Charles M.Schulz (et ses Peanuts, la meilleure BD du monde… oui celle-ci aussi)… Allez, je passe sur la question mais c’est dire si je porte un regard curieux sur les nouveaux albums de cette forme. Rémy Simard nous fait entrer dans cette grande tradition en maniant un humour très particulier basé sans cesse sur le décalage. Entre le comique de situation, Boris s’imaginant sa vie d’adulte avec sa vision d’enfant, et une espèce de folie douce qui fait partir les mini-récits dans l’absurde. Le lecteur se retrouve baladé dans des séries de strips qui se répondent et ajoutent encore un peu plus des situations cocasses à des jeux de mots qui parfois laissent le lecteur non-québecois un peu sur la touche. C’est un peu le problème du genre, il s’inscrit souvent dans la culture populaire de son pays.boris-strip1

Une fleur nommée Paulette

Et Boris est véritablement une œuvre de comics strip. Jamais on ne sort du schéma 2, 3 ou 4 bandes. Ce qui est d’ailleurs un peu la limite de cette œuvre. Cette intégrale compte 204 planches de 3 strips. Je vous laisse faire le calcul. Du coup, parfois, la cadence peut provoquer l’ennui. Oui, malgré la qualité de l’auteur, je n’ai pas réussi à lire l'album d’une seule traite. Pourtant, Rémy Simard, même s’il joue parfois sur le comique de répétition, ajoute pas mal de détails qui transforment peu à peu les aventures de Boris. Pour preuve, l’étonnante galerie de personnages secondaires. On part de la famille proche, les parents et la sœur (la plus mauvaise élève du Québec sans doute), pour aller vers le bonhomme de neige, un orignal qui se prend pour une truite et une plante carnivore prénommée Paulette... Et non, je n'ai absolument pris aucun psychotropes en rédigeant la phrase précédente. Je remercie les éditions La Pastèque pour cette découverte d’un auteur majeur de la bande dessinée québecoise. Avec Boris, vous passerez un bon moment si vous appréciez le genre comic-strip. Toutefois, la lecture doit se faire par touches car l’univers est quand même bien particulier.
boris-couvBoris : l’intégrale (one-shot) Dessins et scénario : Rémy Simard (Canada, Québec) Editions : La Pastèque, 2012 Public : enfants, ados, adultes, ça dépendra des histoires Pour les bibliothécaires : une bonne façon de faire découvrir un auteur québecois important.

Info du jour | Mort de Fred

fred-bandeauIl y a presque un mois, j'écrivais ma tristesse au sujet de la mort de Didier Comès. Aujourd'hui, l'ami Fred nous quitte à son tour. Le voilà parti dans son pays de conteur éclectique pour reprendre le titre d'une monographie qui lui a été consacré il y a un ou deux ans. Voilà, Fred est mort.

histoire conteur eclectiqueC'est difficile à croire. Mais c'est comme ça. Ça arrive même aux meilleurs d'entre nous. Il est parti comme d'autres de cette génération d'auteurs qui ont changé le visage de la bande dessinée. Il entre dans l'histoire avec les Moebius, Comès et tous les autres que je n'ai pas le cœur à citer. Cette génération disparaît, à nous de ne pas oublier la qualité de leur travail. Laissons un moment nos piles de nouveautés impossibles à faire disparaître pour se pencher le temps d'une parenthèse dans ces univers qui, je l'espère, traverserons les âges. Lisons-les, achetons-les dans nos bibliothèques, proposons-les et écrivons de chouettes chroniques qui donneront envie à d'autres de les lire, de les acheter, de faire de beaux billets... Sans Fred, le monde sera un peu moins joli, moins joyeux et moins enclin à se laisser porter par l'esprit libre des rêveurs. Fred était de cette engeance, il était même un spécimen rare, de ceux qui savent partager leurs folies douces. Je ne reviendrais pas sur son parcours, il est si grand, même si beaucoup l'avait un peu oublié. Allez, je vous invite à lire L'histoire du Corbac aux Baskets... rien que pour le plaisir ! Salut Fred !