Chronique | Nausicaä de la vallée du vent (Miyazaki)

Doit-on encore présenter Hayao Miyazaki ? Figure incontournable de l’animation mondiale, créateur des studios Ghibli et des personnages devenus des icônes de la culture japonaise. Pourtant, malgré son énorme talent, il n’est pas facile en 1982 pour l’animateur chevronné de faire aboutir ses projets. Une idée, une rencontre, un manga, un film… une histoire de Nausicaä de la Vallée du Vent, une genèse d’un des plus grands de sa génération.

Storyboard ou manga ?

En 1982, le magazine Animage publie les premiers chapitres d’un nouveau manga : Nausicaä de la Vallée du vent. L’esprit est assez différent des mangas habituel et le succès est quasi-immédiat. Sur la forme, le dessin comme la composition ne s’inscrivent pas dans les règles « classiques » du manga. En effet, on n’y retrouve pas le fameux grapholexique des séries à succès (le nez qui saigne, les gouttes de sueur…), le trait oscille entre réalisme et croquis, presque lancée sur la case. Résultat, pour ceux qui en ont déjà vu, on a parfois l’impression de lire un storyboard dans les premières. Mais un super storyboard où l'on ressent déjà toutes les qualités de l'auteur. Pour la petite histoire, convaincu par son ami Toshio Suzuki, journaliste au magazine Animage, Miyazaki publie les six premiers chapitres de la série afin de convaincre les producteurs de financer son film d’animation. Devant le succès immédiat de la série, le projet est coproduit voit le jour en 1984 soit un an avant la création des studios Ghibli. Pour autant, Miyazaki ne laisse pas tomber un personnage qui lui tient particulièrement à coeur. Et si l’histoire du film se résume grosso-modo aux premier et second volumes, il la développe dans les albums suivants et créé une saga qui se termine seulement en 1994, soit 12 ans plus tard (avec de longues pauses entre les films).

Début d'une ère

Après la lecture du manga, l’univers du film paraît bien plus pauvre. On n’y voit en fait que des esquisses de l’univers développé dans l’imaginaire de Miyazaki. Le manga fait apparaître toute sa complexité… et sa violence également. Si le film est visible par un public assez jeune, le manga est en revanche beaucoup plus dérangeant. Car, si le danger est présent dans le film, il est omniprésent dans le manga : la guerre, les combats, la menace de la mer de la désolation, la géopolitique destructrice, l’absence de bon sens des peuples humains, folies, villages gazés, villes englouties, attaques d’insectes géants... Nausicaä , héroïne homonyme d'un personnage de l'Odyssée (une jeune femme qui sauve Ulysse de la noyade... non rien de symbolique là-dedans...) se débat au milieu du chaos. Sans vous développer l’ensemble afin de ne pas gâcher le plaisir, il faudra vous tenir prêt à voyager dans un univers post-apocalyptique d’une rare complexité. Comme c’est souvent le cas avec ce genre de récit, il nous renvoie à nos contradictions présentes (l’absence de réaction face aux problèmes climatiques), à notre passé (le passage du village détruit par la mer de la désolation rappelle les tristes heures de la seconde guerre mondiale) et à notre futur (les dangers du nucléaire, du non-respect de la nature). Bref, 1000 ans après la quasi-destruction de l’humanité durant les Sept jours de feu, Nausicaä doit encore affronter la nature humaine. Et cette nature ne fait pas rêver… et pourtant cette princesse d’un royaume perdu symbolise l’espoir. Là encore, les personnages eux-mêmes apparaissent comme plus complexes que dans le film. Nausicaä est moins parfaites, plus enclines aux doutes, à la colère, à l’erreur aussi. Mais cette remarque est valable pour l’ensemble des protagonistes apparaissant dans l'anime. Quant aux autres, ceux qui apparaissent au fil des pages, et en particulier les affiliés à l’empire Dork totalement absent du film – ils apportent une touche mystico-politco-fantastique indéniable. En cruauté comme en sagesse, ils ouvrent d’autres portes pour le développement du récit et font de Nausicaä de la Vallée du Vent à la fois un récit de guerre où se débat le personnage éponyme et le récit puissant d’une rédemption. Tout est déjà présent dans cette œuvre majeure. Allez juste pour le plaisir la bande-annonce du film (avec la superbe musique de Joe Hisaïshi)
Nausicaä de la Vallée du Vent (Kaze no tani no Naushika) (7 volumes série terminée) Scénario et dessins : Hayao Miyazaki Editions : Glénat, 2000-2002 Public : Ados-Adultes Pour les bibliothécaires : Incontournable.
 

2 réflexions au sujet de « Chronique | Nausicaä de la vallée du vent (Miyazaki) »

  1. \o/ Une nouvelle chronique \o/

    Il faudrait que je les lisent les Nausicäa, on les a à la maison.
    Je savais pas du tout que le film n’était qu’un condensé (en majeure partie des premiers tomes). Vu que j’avais vu le film, j’ai pas mis le manga en haut de ma liste d’albums à lire j’avoue… maintenant ce que tu dis là titille ma curiosité, d’autant plus si le manga est plus « dark » que le film !

    Je m’y mettrais sûrement quand j’aurais terminé ma relecture de Heads, le soir avant le dodo 😛

    1. Oui, je sais c’est incroyable en ce moment ^^

      Oui, il faut que tu lises Nausicaä, tu seras surpris (enfin un peu moins avec cette chronique). En fait, Miyazaki devait sans aucun doute avoir la trame de son film en tête avant de commencer le manga (vu qu’il a été fait pour convaincre de l’intérêt du sujet). Ensuite, il a brodé… même si on peut légitimement se demander dans quelle mesure il est intervenu sur le manga après la création de Ghibli. Vu le travail que représente la réalisation d’un film d’animation.
      En tout cas, la patte est déjà là !

      Après, oui c’est beaucoup plus « Dark »… ça fait moins légende et plus récit de guerre. Surprenant de redécouvrir le personnage de Nausicaä de cette manière !

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