Dimanche KBD : Preacher (Ennis & Dillon)

Raaaah, pour terminer ce mois consacré à Dieu en bande dessinée  rien ne vaut une histoire bien trash, bien anti-conformiste, bien irrévérencieuse. Et dans ce genre-là, Preacher est un album comme il faut ! Garth Ennis & Steve Dillon proposent avec le personnage du révérend Jesse Custer un road movie dejanté dans une Amérique entre enfer et paradis. Une synthèse rédigée par mes soins. Vous pouvez également retrouver la chronique sur IDDBD.

Chronique | Ghostopolis

Avec Ghostopolis, Doug TenNapel nous fait faire un plongeon la tête la première dans le royaume des morts. Quand un ado atteint d’une maladie incurable est recherché par un chasseur de fantôme fatigué amoureux d’une jolie spectre, on se dit que les vivants et les morts ont encore des choses à se dire…

Priorité aux personnages

Au départ, tout paraît simple dans cette histoire. Le dessin est inspiré d'une ligne claire dépouillée dans un style que j’ai trouvé assez proche d’une série comme Seuls. La couleur est elle aussi particulièrement simplifiée (mais pas simpliste). Les décors du monde humain sont eux aussi assez minimalistes.  Quant aux personnages : Frank Gallows, le chasseur de fantôme déprimé, a tout du privé cynique à l’américaine tandis que Garth est l’ado boutonneux un brin scatophile de service. Bref, Ghostopolis se présente comme une bonne BD ado fantastique relativement classique et efficace. Mais la maladie incurable de Garth, le condamnant quasi-irrémédiablement à une mort certaine, creuse une première fissure dans ce récit… une fissure que Doug TenNapel ne cesse de creuser par la suite. Au moment où Garth est expédié par mégarde dans le royaume des morts par Frank, ce n’est pas seulement l’intrigue principale qui se lance mais toute la galerie de personnages. Ghostopolis peut se lire comme un récit d’aventure-fantastique. Mais outre l’histoire qui se veut assez classique, le vécu antérieur des personnages (le background pour mes amis rôlistes) apportent une vraie finesse à l’ensemble. Dans des récits mal pensés, les personnages sont des marionnettes sans passé voire sans avenir une fois lue la dernière page de l’album. Bien souvent, ces histoires sont construites autour d’un ou deux personnages principaux, dédaignant les seconds rôles. Mais pas Ghostopolis. Au contraire, Garth, Frank, Claire, Vaugner et les autres sont tous des éléments d’un même récit. Chacun a sa place, chaque place est importante. Résultat, le scénario s’en trouve enrichi. Finalement, tout cela semble logique car Ghostopolis parle avant tout de l’être humain.

Une fable moderne et farfelue

Et oui ! Parler du monde des morts est un moyen malin d’évoquer la condition humaine. Non, je ne prendrais pas des airs à la Malraux. Mais, au cours de leurs aventures dans le royaume des morts, nos protagonistes se retrouvent face à face avec leurs propres contradictions… sans oublier celles de leurs aïeux… Et bien oui, ne croyez pas que les morts oublient ! Je ne trahirais pas les multiples intrigues, les tenants et les aboutissants de l’ensemble de cette œuvre, ce serait vous gâcher le plaisir. Car se promener dans ce monde est un vrai plaisir. Ghostopolis, la capitale du royaume des morts, constitue un ensemble de trouvailles farfelues. Du simple sourire au franc éclat de rire, Doug TenNapel a créé un univers joyeux habité par des peuples haut-en-couleur (plus ou moins belliqueux), des dangers symbolisés par des prédateurs assez surprenant et ses propres règles (méta)physiques. Par exemple, les vivants ne sont pas soumis aux normes habituelles de la physique terrestre. En gros, les vivants sont des fantômes au pays des morts. Simple, mais un élément de scénario original. Tout au long du récit, l'auteur joue avec les mythes... et leur fait des misères dès qu’il le peut tout. Il multiplie les bonnes répliques sans jamais en abuser. Ces dernières tombent au bon moment et ne semblent pas faire partie d’un cahier des charges. L’art du comique est de parfois ne pas trop en abuser sous peine d’écoeurement. Mais hors de ces dialogues et de cet humour noir  parfaitement taillés, l’auteur possède un don pour les enchainements de situations. Les temps morts sont peu nombreux et le récit se déroule très naturellement. Les intrigues se dénouent et les vérités éclatent les unes après les autres… de quoi tenir en haleine. Finalement, Ghostopolis apparaît comme une véritable fable dont les différents thèmes (la vie, la mort, l’amour, le destin, le regret, la puissance…) sont abordés avec maîtrise et pudeur. Comme dans toutes fables, on n’échappera pas à une morale finale. Là encore, plutôt bien maîtrisée. Si ce livre est destiné essentiellement à un public jeune (12-16 ans), les plus âgés apprécieront la qualité de sa construction. Une très bonne surprise ! A lire : la chronique de Choco A découvrir : le blog de Doug TenNapel
Ghostopolis (one shot) Scénario et dessins : Doug TenNapel Editions : Bragelonne, 2011 (22,90€) Collection : Milady Graphics Edition originale : Scholastics, 2010 Public : Ado... et vieux ados Pour les bibliothécaires : Indispensable dans un fonds pour adolescents. A noter : cet album a été sélectionné aux Eisner Awards 2011 dans la catégorie "Meilleure BD pour adolescents)

Dimanche KBD : Le grand pouvoir du Chninkel

Pour terminer ce week-end, KBD vous propose rien de moins qu’un chef d’œuvre du 9e art. Saga épique, considérée à juste titre comme une œuvre majeure de la fantasy des années 80, Le Grand Pouvoir du Chninkel fait partie des œuvres majeures du duo Van Hamme/Rosinski. Quand on connaît leur œuvre, ça inspire le respect. Enfin, pour vous faire une idée, je vous laisse avec Mitchul et notre armée de chroniqueur. Vous pouvez également relire la chronique de Mike. Bonne semaine à tous !    

Dimanche KBD : Dieu en personne (Matthieu)

Le mois de septembre à peine bouclé sur le thème de la Vie ordinaire (avec Lucille de Ludovic Debeurme la semaine dernière), nous nous attelons au côté métaphysique de la bande dessinée avec "Dieu dans la bande dessinée". Pour une fois, l'occasion de mettre tout le monde d'accord... ce qui serait une première ! Bref, cette semaine, ce n'est rien de moins que Dieu en personne de Marc-Antoine Matthieu. Dans le genre concept métaphysique, on fait difficilement mieux. Bravo à Champi pour cette superbe synthèse ! Bon dimanche !

Chronique | Palepoli (Usamura Furuya)

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Comme à son habitude, les éditions Imho nous proposent une œuvre décalée. Un beau travail d’éditeur pour un livre paru le 20 septembre dernier. Petit coup d’œil sur Palepoli d’Usamura Furuya

L’art du strip

Palepoli est ce genre de livre dont on se demande comment elle a pu naître de l’imagination d’un être normalement constitué. A vrai dire, après sa lecture, j’en suis toujours à me poser la question de l’essence même de ce que j’ai lu. Surréaliste, n’hésitant jamais à malmener des symboliques occidentales et orientales (Jésus, Bouddha, Eros…), cette œuvre est assurément transgressive, onirique, complétement folle… ou souhaitant le paraître. A vrai dire, on devine même qu’il s’agit de son but ultime : faire pâlir les moralistes, séduire les artistes… et faisant suer les chroniqueurs BD devant leur clavier, cherchant à se défaire des impressions paradoxales de ce type d’ouvrage. Bizarre est assurément le mot qui vient à l’esprit tant Usamura Furuya brouille les pistes, varie ses effets et submerge ses lecteurs par le rythme fou de ses micro-histoires en strips de 4 cases. D’ailleurs, hormis Mes Voisins les Yamada, je n’avais jamais lu ce genre en bande dessinée japonaise. Par rapport à ce format, il faut souligner la grande efficacité de l’auteur. Il joue parfaitement le jeu. Même si ces histoires sont très souvent surréalistes, une chute les termine irrémédiablement. Et si parfois, on reste un peu dubitatif, l’enchainement rapide nous permet de rester dans le livre. D’autant plus, que ces strips sont certes indépendants mais participent chacun à la construction de l’ensemble. Ils sont autonomes mais se répondent. Ainsi, des situations, lieux ou personnages se retrouvent au fil des pages. On passe de l’espèce de flou artistique (au sens propre comme au figuré) à un monde plutôt cohérent. En tout cas, où le lecteur trouve un semblant de repères.

Un univers graphique référencé

En apparence, Palepoli semble être un grand capharnaüm graphique. En jetant un bref coup d’œil, on trouve à peu près toutes les techniques possibles de dessins : de la couleur au simple trait, d’un dessin réaliste à la caricature la plus grotesque, voire au smiley. On retrouve ici le côté « étudiant des beaux arts ». Pourtant, là encore, ce grand mélange permet de donner du rythme à l’ensemble. Avec Palepoli, on parcourt les univers graphiques en même temps que l’espèce de folie transgressive de l’auteur. Et cet univers est particulièrement déroutant, oscillant sans cesse entre le morbide, l’humour noir et/ou décalé. Il m’a fait penser – avec l’humour en plus – à l’univers sombre de Thomas Ott. Cependant, entre les références japonaises (aux comiques locaux, aux séries télévisés…) et celles des œuvres picturales européennes, cet univers n’est pas d’un accès très facile pour celui qui n’a pas la culture nécessaire. Personnellement, je ne suis pas un esthète de la peinture, ni un fin connaisseur de la culture « populaire » japonaise. Je me suis retrouvé parfois un peu seul, me sentant idiot devant une planche, devant des références perceptibles mais inconnues. Difficile de rire et de se sentir concerné dans ces cas-là. Un constat qui pourrait facilement faire sortir le lecteur peu curieux à sortir de cette œuvre. Malgré tout, cette lecture est appréciable. Palepoli est totalement originale, ce qui est de moins en moins le cas dans l’édition manga actuelle. Outre les multiplications graphiques montrant toutes les palettes de l’auteur, clouant le bec à ceux qui hurlent à l’imposture graphique des dessinateurs japonais (même si on les entend un peu moins depuis quelques temps), ses multiples idées farfelues contribuent à l’intérêt pour cet objet non identifiable. Les mises en abyme inventives – la série des planches refusées restent pour moi les plus réussies- les situations récurrentes (ah, le comique de répétition !) et improbables de personnages « sacrées », sans oublier des références nombreuses à des mangas connus sont autant de petites perles de… de… quoi déjà ? Au fait, vous savez comment les trains rentrent dans les tunnels du métro, vous ? A lire : la remarquable chronique de du9.org et celle de 7BD
Palepoli (one-shot) Scénario et dessins : Usamaru Furuya Editions : IMHO, 2012 (14€) Edition originale : Ohta Publishing, 2003 Public : Adulte Pour les bibliothécaires : Une œuvre très originale, sans doute un peu trop pour nos bibliothèques. Assurez-vous d’avoir un lectorat prêt à prendre le risque d'un tel achat.