Chronique | Evan Evans (Laurent Kling)

Deuxième partie de notre série consacré à l'éditeur La Pastèque avec Evan Evans, premier album solo de Laurent Kling (Les Rois du pétrole). Un livre étrange à la frontière du cinéma burlesque et de l'humour noir.

Avec des amis comme ça...

Evans, le personnage éponyme de cette histoire, est rond. C'est un cercle dans une case de BD. Étonnant, un rond dans un carré ! Il ne semble pas vraiment à sa place, comme perdu au milieu de son histoire. Avec son air de vieux garçon et son silence mutique, Evans laisse le temps filer, le regardant en direct, couché sur son canapé, écoutant les gazouillis de son ami l'oiseau. Mais quand son ami meurt, c'est la déprime qui gagne. Puis son ami revient, oiseau-zombi, la vie reprend... Et les ennuis aussi avec l'arrivée d'un petit personnage, son vieux pote... Quel drôle de livre me suis-je dit en refermant cette histoire ! Sous l'air faussement naïf d'un graphisme enfantin - Laurent Kling illustre beaucoup de livre/magazine pour la jeunesse - Evan Evans cache en fait un trésor de cruauté et d'humour noir. Si le physique d'Evans fait de lui un personnage décalé, il en fait surtout un véritable punching ball prêt à recevoir son comptant. Ce livre ne cesse de monter en puissance, franchissant sans cesse les paliers vers plus d'abus et d'humiliations. A un certain moment, on se dit : "non ce n'est pas possible, il va réagir..." Et bien non ! Et ça monte encore. Incroyable !  Finalement, l'histoire se termine par une chute absurde. Absurde oui, mais tellement dans l'esprit.

Un hommage au cinéma burlesque américain

Car, et ce n'est qu'à la seconde lecture que j'ai pris conscience de la chose, ce livre s'inscrit dans le genre burlesque du cinéma américain de l'avant guerre. On pense bien entendu à Laurel et Hardy - ou l'un des deux est toujours la victime des abus de l'autre - mais aussi à Buster Keaton. Bref, des humoristes toujours prêt à aller plus loin dans l'absurde et le grand n'importe quoi. Finalement, l'univers développé ici prend grâce à nos yeux par ces références. Oui, on voit le rapport ; oui on rit en se rappelant des grands heures noirs et blanches de ce cinéma. D'ailleurs, la bichromie utilisé est tout sauf un hasard. Evan Evans est construit dans cet esprit. L'art constant du rebond. Les personnages s'en sortent toujours, plus ou moins mal, plus ou moins abîmé. Cette construction scénaristique permet à l'album de garder un rythme régulier qui pousse le lecteur à aller toujours de l'avant. On attend la chute grâce aux mécanismes qui font bouger ce duo clown noir / clown blanc. Et quelle chute ! Parfois, en ces temps de retour à la bonne morale, il est bon de rire du malheur d'un héros de papier... tout en gardant à l'esprit le rôle de la caricature. Seulement drôle ? A voir : la fiche auteur sur le site A découvrir : le site de Laurent Kling
Evan Evans (one-shot) Scénario et dessins : Laurent Kling Editions : La Pastèque, 2012 Public : adulte, amateur du cinéma burlesque américain Pour les bibliothécaires : un album surprenant. Pas facile à faire sortir cependant. Dispensable pour les petites collections, très possible pour les grandes.

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