Infos du jour | Salon du livre de Vernon, KBD, Bastien Vivès…

Nous sommes mercredi et c'est d'habitude le jour où je vous livre ma chronique de la semaine. Désolé mais ce ne sera pas pour aujourd'hui, faute d'une belle angine qui a réussi à étonner mon imperturbable médecin de famille et m'a cloué au lit pour un week-end prolongée à l'insu de mon plein gré comme disait Maradona... (ou Pelé je ne sais plus). Bref, les conséquences sur mon état de forme se faisant encore un peu sentir, vous m'excuserez pour mon écrit minimaliste. Pour une fois que je ne fais pas deux pages ! Bref, j'en profite pour vous livrer plusieurs informations intéressantes : Tout d'abord la suite et la fin de notre mois consacré à la BD de science-fiction sur KBD. J'avoue ne pas du tout avoir lu cet album. Alors devant cette insuffisance notoire, je vous laisse découvrir la synthèse parue dimanche dernier et rédigée par Mo'. Ensuite, j'enchaîne avec des informations locales mais qui pourront intéresser les parisiens (car les deux villes sont à 1h de train grand max de la capitale). Tout d'abord, la nouvelle édition du Salon du livre d'aventure de Vernon qui aura lieu du jeudi 29 mars au dimanche 1er avril 2012. Édition placée sous le signe des Terres Nordiques. Tout d'abord, je trouve l'affiche splendide (bon là l'image n'est pas extraordinaire mais en vrai elle est très chouette). Elle est signée Gwen Keraval, illustrateur de livre jeunesse. Si j'attire votre attention sur cette manifestation c'est pour sa dimension humaine et familial. Il est de plus en plus difficile de trouver des salons où l'on peut véritablement prendre le temps de discuter avec les auteurs présents. Auteurs jeunesses ou adultes, il y en a pour tous les goûts (et surtout les bons). Vous trouverez également des conférences tout au long de la journée ainsi que des expos. Mais sur ce blog, qui je crois est spécialisé dans la BD, c'est surtout le plateau 9e art qui nous intéresse. Et là, félicitations car on est loin du grand n'importe quoi ! Jugez plutôt : Erwan Surcouf (dessinateur Du chant du pluvier chez Delcourt), Chloé Cruchaudet (auteur de Groenland Manhattan et de Ida), Pierre-Henri Gromont (Kirkenes), Frédéric Bihel (Exauce-nous) et Pierre Makyo (Un coeur en Islande). Ouais, quand même Pierre Makyo, c'est pas tous les jours ! J'ajouterais bien l'étoile montante de la bande dessinée Agnès Maupré, auteure de l'excellentissime Milady de Winter mais je crois vous avoir déjà convaincu, non ? Pour toutes les informations, en particulier les séances de dédicaces, c'est par ici ! polina-couvPour terminer cette énumération d'infos, retenez la date du 7 avril 2012. BDlib, la librairie spécialisée BD d'Evreux (mon fournisseur principal que je le croise même dans les allées d'Angoulême c'est dire !) reçoit le dernier petit génie de la BD française alias Bastien Vivès. Ceux qui serait passer à côté de Polina devrait peut-être venir y faire un tour histoire d'être conquis. Moi, j'y serais en tout cas ! Faites-moi signe si vous passez par Evreux ! Pour plus d'infos, le site de BDLib ! C'est tout pour la séance "je me rattrape aux branches car je suis trop creuvé pour faire une chronique".

Bibliothèques | Lecteur de BD, qui es-tu ?

D'après l'enquête sur les pratiques culturelles des français de 2008, nous sommes 16 millions de lecteurs de bande dessinée. C'est bien simple, en une décennie, l'édition de bande dessinée a été multiplié par 3. Positive ou non, cette explosion fait du secteur le plus dynamique du marché du livre. Pour compléter cette étude, le DEPS (Direction des études, de la prospective et des statistiques) du ministère de la culture et la Bibliothèque publique d’information ont mené une enquête auprès de 4580 personnes âgées de 11 et + sur leur rapport au 9e art. L'enquête est publié aujourd'hui dans la collection Culture, études. Heureusement pour ceux dont les rapports statistiques ne représentent pas un idéal de lecture, un document de synthèse a été publié. Qu'en ressort-il ? Rien de bien surprenant. Toi lecteur de BD, tu es plutôt un homme, plutôt jeune et diplômé. C'est bien simple, plus tu lis, plus tu as de chance d'être quelqu'un d'actif en matière de culture. Tu empruntes beaucoup auprès de tes amis ou dans les bibliothèques quand tu as moins de 25 ans. Mais ensuite, le temps de l'opulence venu, tu as tendance à acheter tes livres. Actuellement, 83% des lecteurs de BD ont lu du franco-belge, 52% les magazines de BD, 48% la BD américaine (comics surtout), 38% du manga et BD asiatiques et 21% du romans graphiques. Sachant que cette dernière catégorie est transversale. Le héros le plus connu ? Tintin ? Astérix ? XIII ? Thorgal ? Que nenni ! Il s'agit des Pieds Nickelés ! Bref, amis chroniqueurs, au travail ! Pour en savoir plus, je vous invite à lire la synthèse à télécharger sur cette page.  

Chronique | Les derniers corsaires (Houde & Richard)

Durant la seconde guerre mondiale, le lieutenant Woolf est le second du capitaine Wallis sur le Jason, un sous-marin de la Royal Navy prêt à partir en mission. Woolf est ambitieux et ne comprend pas pourquoi, après des années d’efforts, il n’a pas encore son propre vaisseau. Le destin ne va pas tarder à lui offrir des réponses… L’appel du large est souvent un moyen bien utile de débuter une aventure. Rien de mieux que l’horizon pour se lancer dans des promesses : des jolies filles dans chaque port, du sang, des combats et des larmes. Bref, de quoi s’éloigner pour un instant de la froideur de nos écrans d’ordinateurs pour se chauffer un peu au soleil, sur le pont. Non vraiment, rien de mieux qu’un titre comme Les Derniers Corsaires pour souffler dans les voiles de notre imagination. Pourtant, dans cet album dont les qualités m’ont rendu très difficile la rédaction de cette chronique, il ne s’agit pas de cela. Ici point de flibustiers mais  la marine militaire avec toute sa rigueur, sa discipline, son honneur, son mérite et sa confiance ne se gagnant que par modestie et travail. Dans ce sous-marin, il n’y a pas de place pour l’approximation. L’horizon est celui du périscope, le sang est dilué dans l’eau de mer, les combats se déroulent sous le secret des vagues dans un jeu de cache-cache mortel. Quant aux femmes : pas l’ombre d’une chevelure, parbleu ! Les derniers corsaires est une évocation des combats sous-marin durant la seconde guerre mondiale. Comme Soldats de Sable (cf chronique de la semaine dernière) Jocelyn Houde et Marc Richard, les deux auteurs québécois de cet album, n’ont pas pris le parti de la fresque historique majeure mais la petite histoire de quelques personnages. En fait, il s'agit surtout d'un récit d’apprentissage. Si le lieutenant Walter Woolf connaît la théorie du combat, il est vite confronté à la réalité et surtout au capitaine Wallis, alias Ed Le Puant. Ce personnage austère particulièrement réussi allie la sagesse du vieux briscard, la noblesse de l’homme d’honneur et la morgue de l’officier. On appréciera également le personnage du capitaine Fielding, fin stratège et orfèvre en combat sous-marin. En y repensant, il n’est sans rappeler le capitaine Stark (Chargez !!!) des Tuniques bleues. Bref, la narration repose essentiellement sur leurs rapports, parfois conflictuels, parfois cocasses, de maître à disciple. Par ce biais, le lecteur est entraîné dans les profondeurs du récit. Les situations s’enchaînent entre moments de tensions,  de guerres et instants de calme, voire de réflexions. Combats et stratégies sont démontrés et expliqués sans lourdeur, les situations sont amenées avec beaucoup de finesse, laissant la place à des rebondissements inattendus. Au bout du compte, tout est précis, orchestré, fluide. La construction en trois temps est impeccable, ça file, on veut en savoir plus. Bref, un récit aussi construit et pensé que les opérations décrites. Cette super-précision pourrait être un frein à l’émotion. Or, c’est là qu’intervient le travail magnifique du dessinateur Jocelyn Houde qui n’est pas sans rappeler le Christophe Blain d’Isaac le pirate. Une référence ! A première vue pourtant, le trait est simple. Des trames garantissent une relative obscurité à l’ensemble, la couleur est simple également, jouant sur les tons chauds ou froids quand nécessaire. Mais plus on pénètre dans le cœur du récit, plus on s’aperçoit de la virtuosité du dessinateur. C’est puissant et beau quand nécessaire, dynamique ou contemplatif au besoin, ça accroche l’œil immédiatement. Les émotions comme la panique ou la honte sont palpables. Et que dire des brouillards ou des vagues, superbe ! N’ayant pas les qualités techniques pour juger de la qualité d’un dessin, je m’enthousiasme rarement autant sur un illustrateur. Mais il faut bien avouer que peut avant sa mort en 2007, Jocelyn Houde montrait une qualité époustouflante à chacune de ses cases. Loin des critères réalistes, il donnait pourtant une vraie présence à ses personnages et à ses histoires. De quoi laisser un goût très amer à tous les amateurs du 9e art qui aurait pu bénéficier de son talent. Je suis triste à retardement. Je ne sais qu’ajouter de plus sinon vous inciter à découvrir cet album réédité par La Pastèque cette année. Un album magnifique dressant le portrait de héros méconnus, soldats de l’ombre sous-marine, adepte du jeu d’échecs. Des hommes vrais avec leurs faiblesses et leurs victoires. Un bel hommage par des auteurs québécois qui, une fois de plus, on pense à Michel Rabagliati ou Jimmy Beaulieu, nous gratifient d’un album tout simplement merveilleux. Merci ! Merci aux éditions La Pastèque pour cette découverte (j’ai beaucoup de chance avec cette maison d’édition) A voir : la fiche auteur sur le site La Pastèque
Les Derniers Corsaires (one-shot) Scénario : Marc Richard Dessins : Jocelyn Houde Éditions : La Pastèque, 2012 (première édition en 2006) Public : Amateurs de livres historiques, Ado-adultes Pour les bibliothécaires : Il y a tant de BD historiques qui n'ont aucun intérêt... Pour une fois que vous avez un bijou, sautez dessus sans attendre. Vos lecteurs vous remercierons !

Dimanche KBD : Les derniers jours d’un immortel

Nous continuons l'exploration de la galaxie et des univers futuristes avec un album qui a connu une vraie reconnaissance critique lors de sa sortie. Les derniers jours d'un immortel de Fabien Velhmann (au scénario) et Gwen De Bonneval (dessins) est un album surprenant qui laisse une impression particulière après lecture. Il n'y a pas encore de chroniques sur IDDBD mais Oliv' pour KBD s'est chargé de vous faire une belle synthèse de tout ça. Bravo à lui, car pour une première, c'était du costaud. Bon dimanche à tous !

Blog | Le bruit de la mouche le soir au fond du blog (humeur)

Comme un bruit de moucheron derrière l’oreille, ça m’est venu sans prévenir, pour déranger, pour m’empêcher de trouver le sommeil du juste. C’est un germe semé aux quatre vents du globe Internet et qui touche tout le monde… enfin surtout nous, auteurs de chroniques amateurs.

Cette idée m’est venue en regardant mes statistiques. Ah les statistiques ! Qui vient chez moi ? Quand ? Pour quel article ? Beaucoup d’entre nous font les fiers en arborant l’air détaché de celui qui s’en désintéresse. Si pour certains dont la noblesse d’âme n’est plus à prouver c’est effectivement le cas, la plupart se jette quotidiennement, ou disons très régulièrement, sur les courbes, camemberts, listes ou autres histogrammes. Les mêmes statiques qui nous font découvrir les mots clefs poétiques du type Loisel Erotique, Comédie Pornographique utilisé par les gens pour rejoindre notre site. Et encore j’évite de mettre les plus trashs ! Bref, de quoi avoir des assurances quant à l’avenir glorieux de l’humanité... Je dois avouer que je suis plutôt dans la catégorie des acharnés des stats.  Après tout, si le blog est un outil narcissique de première catégorie – regardez comme je sais faire de jolies phrases  – c’est aussi un moyen efficace de partager son avis avec le monde entier. Sous réserve bien entendu que le dit « monde entier » soit francophone mais nos diplomates y travaillent. Bref, être lu est agréable et ça motive pour faire de belles chroniques (si, si !). Où en étais-je ? Ah oui ! Après 3 ou 4 jours sans passer par mon module de gestion du blog, je regardais donc ces fameuses statistiques. Quand soudain (tada !) un pic ressemblant étrangement au Mont Ventoux sur un profil d’étape du Tour de France ! Un pic, un cap, une… ! Cette pointe spectaculaire était le fruit d’un article publié ce jour précis, un seul article, unique, alors que j’ai tant de chouettes billets à lire : la Page Blanche de Boulet et Bagieu ! « Fichtre me dis-je ! Je viens de quintupler mes visites sur un seul article ! ça c’est du buz ! » Buuuuzzzz, buuuuzzzz ! Vous avez vu ! L’appel du moucheron ! L’idée saugrenue était cachée sous l’insinuation maladive qu’éventuellement, en étant un peu malin, je pouvais peut-être doubler mes visites sur la multiplication de ces articles dont l’objet était plus le passage que l’album lui-même. En y réfléchissant c’est simplissime :
Recette pour se faire du buzz : - Prenez le top 10 des meilleurs albums vendus dans le classement Livres Hebdo ou plus fort encore celui du supermarché local. Evitez tout contact avec votre libraire habituel ! - Choisissez les 5 premiers, en particulier les albums qui marqueront à jamais l’histoire de la bande dessinée surtout ceux scénarisés par des imitateurs de la télé. - Faites une chronique de préférence incendiaire - Comptez sur la chance pour qu’une armée de fan en délire passe par là et vous insulte copieusement - Faites montez la sauce en surenchérissant dans l’insulte graveleuse, voire raciste/machiste (pour les garçons)/féministes (pour les filles)/ homophobe c’est encore mieux. - Consultez vos statistiques, si ça ne prend pas encore, recommencez. A force ça passera.
A partir de la semaine prochaine j’appliquerai donc cette formule. … Non mais revenez quoi ! Heureusement pour moi, cette idée saugrenue a été chassée d’un revers de la main. Un gros PAF sur le moucheron et l’idée était déjà partie. Vous ne verrez donc pas sur IDDBD, les albums de ce fameux top 5 des titres les plus vendus. Bien entendu si un jour Fred Peeters était dans le lot je ferais une exception mais malheureusement je suis bibliothécaire depuis 9 ans et je ne l’ai encore jamais vu passer. Evidemment, vous l’aurez compris, je me moque gentiment de cette chasse aux lecteurs dont certains blogueurs sont friands. Ils sont capables de choses étonnantes pour cette gloire illusoire. Ce n’est pas nouveau, seule la qualité, la créativité ou la participation sont des moyens de faire grandir un blog. Les solutions artificielles sont rarement pérennes… et les choses se savent vite dans ce petit monde. Mais après tout, chacun mène sa barque dans la direction voulue. Ce n’est simplement pas la même que la mienne. IDDBD restera donc un petit blog. Ce billet n’avait d’utilité que pour moi seul, c’est un petit plaisir narcissique dont je parlais plus haut, une façon caricaturale d’exorciser un penchant mal venu. J’en tremble encore. Il est parfois utile de se perdre un peu. Allez demain j’attaque une chronique sur les blagues de… Buuuuuzzzzzzzzzzzzzzzz !!!!! Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhhhhhhhhhh !!!!!!!

Chronique | Soldats de sable (Higa)

De mars à juin 1945, des milliers de civils japonais furent pris dans la bataille de l’archipel d’Okinawa. Simples civils, soldats, volontaires des groupes d’auto-défense, hommes, femmes ou enfants, c’est par leur regard que Susumu Higa raconte l’un des tournants de la sanglante bataille du Pacifique.

Un livre pour l’histoire

Pour moi, inculte notoire passant son temps à lire des livres avec des images, la bataille du Pacifique était surtout quelques lignes dans les livres d’histoire du lycée, des noms comme Kamikaze, Pearl Harbor ou Hiroshima par exemple. Ce recueil d’histoires était donc l’occasion de m’éclairer un peu en découvrant en plus le travail de Susumu Higa. Pour raconter cette histoire,  l’auteur n’a pas fait le choix de se lancer dans une grande saga militaire digne des reportages et films hollywoodiens sur le sujet. Au contraire, il a pris le parti des petits, de l’humain, de ceux et de celles qui ont subi les conséquences des choix des puissants. Par ce biais Susumu Higa, dont l’attachement à son île natale est si profond qu’il en a fait le lieu de toutes ses œuvres, dresse le portrait d’une dizaine de personnages, femmes, hommes et enfants. Il raconte même les histoires de ses propres parents. Sans doute un peu romancés, ces témoignages n’en demeurent pas moins véridiques et apportent un éclairage bien particulier sur une époque et une société. Un japon qui, au vu de ses récits, paraît clairement à la dérive à la veille de cette bataille.

Histoires ordinaires

En faisant ce choix, on pourrait penser que l’auteur manque d’ambition. Au contraire, évoquer une guerre uniquement par ses grandes manifestations m’apparaît personnellement beaucoup plus paresseux. Oui, la connaissance du fait est importante mais est-elle primordiale pour comprendre ? Pourquoi 100 000 civils sur 450 000 habitants sont-ils morts ? Pourquoi sur les 90 000 militaires morts du côté japonais (sur une armée de 110 000) 28 000 était des membres civils de groupe d’auto-défense ? Pourquoi ce massacre ? Pourquoi ce sacrifice ? Beaucoup de questions auxquelles une description des événements militaires serait bien incapable de répondre. La pertinence de l’approche de Susumu Higa apparaît alors dans le détail, dans le sous-texte permanent qui décrit d’une manière indirecte une société schizophrénique prise entre un militarisme forcené, un sens du sacrifice proche de la folie suicidaire et une volonté de survie, de conservation de la part de ses citoyens. Heureusement, il évite la moralisation facile du type « la guerre c’est mal » mais touche par l’héroïsme de ces êtres ordinaires. L’inquiétude et l’émotion sont vite au rendez-vous.  

Une juste progression

Susumu Higa fait le choix d’une très grande sobriété. Son trait est plaisant, fin et réaliste, il n’abuse pas d’effet. La composition est efficace, classique mais permet d’alterner le rythme. Même si Soldats de Sable est un recueil, il propose des récits relativement longs ce qui permet d’éviter la frustration inhérente au format. Surtout, si les nouvelles sont indépendantes, elles progressent chronologiquement. Ainsi, des prémisses de la bataille dans le premier récit, aux premières attaques puis à la débandade, la lecture entraîne progressivement dans le conflit. Nous perdons peu à peu les repères pourtant si clairs au départ, à l’image de ce volontaire du groupe d’autodéfense, vous serez perdu dans le flot des événements comme les personnages eux-mêmes ! Là encore, cela participe à l’intérêt du récit en rendant ainsi la perte du monde connu par la population japonaise encore plus amère. Soldats de Sable est une œuvre documentaire majeure dont la force réside dans sa grande sobriété. Pas de grandes envolées, juste la simplicité de l’humanité. Une œuvre qui porte un regard particulier sur un événement historique important. Un hommage aux disparus innocents de la seconde guerre mondiale. Une œuvre forte justement sélectionnée au FIBD d'Angoulême 2012. A lire : feuilletez les premières planches sur le site du Lézard Noir, le très bon éditeur de cet album. A lire : la chronique de Choco, notre spécialiste Japon sur KBD
Soldats de Sable (Suna no Tsurugi) Scénario et dessins : Susumu Higa Éditions: Le Lézard Noir, 2011 (21€) Public : Adultes Pour les bibliothécaires : une œuvre incontournable pour les bibliothèques au budget satisfaisant. Plus difficile pour les petites.
 

Dimanche KBD : L’incal (Jodorowsky & Moebius)

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Quand on évoque la science-fiction et la bande dessinée, le nom de Moebius, alias Jean Giraud, apparaît comme incontournable. Alors nous ne pouvions pas passer à côté dans notre mois Bienvenue dans la 4e dimension.

Mais voilà, comme un pied de nez au destin - dont Moebius était friand - Jean Giraud a rejoint hier l'Olympe des très grands auteurs du 9e art. En compagnie d'Hugo Pratt, Eisner, Hergé, Tezuka ou Franquin, il nous fait un petit signe. En effet, depuis plus de 2 mois, nous avions prévu de vous faire une synthèse de son œuvre - enfin de l'une de ses œuvres - les plus marquantes : L'Incal. Alors pas besoin d'en rajouter aujourd'hui, L'Incal est un monument à redécouvrir sous la plume de Mitchul, l'homme synthétiseur. Sur IDDBD, nous sommes un peu triste même s'il nous reste toutes ces bonnes BD à lire, à relire... Chapeau bas, Monsieur ! La bio de Jean Giraud sur wikipedia  

Chronique | Soil (Kaneko)

Dans la petite ville de Soil Newtown, la famille Suzushiro a mystérieusement disparu. Le capitaine Yokoï et le lieutenant Onoda du commissariat de Kamikawa sont appelés sur les lieux. Mais ce qui pourrait être une enquête classique se transforme, devant l’accumulation de preuves et de pistes étranges, en un case-tête menant dans les secrets de la ville.

Chronique d’un jeu pour les grands

Parfois, je trouve qu’il y a des instants privilégiés pour rédiger des chroniques. Dans la foulée d’une lecture lorsque nous sommes encore dans l’enthousiasme ou quelques jours après quand il s’agit de trouver des arguments… Et puis ces heures qui correspondent à l’atmosphère spécifique d’un livre. Je commence cette chronique au moment où la plupart des gens se couchent. Au début de la nuit, l’heure des loups comme on dit, quand chacun retrouve son petit univers, au moment où les songes se confondent encore un peu avec la réalité. Il n’y a pas de meilleurs moments pour apprécier Soil. Cette ville de province, une ville nouvelle, pure création d’entrepreneurs qui l’ont depuis abandonnée, est un terrain de jeu idéal créé par l’imagination d’Atsushi Kaneko. Sorte de « monde idéal » où on n’est pas surpris de croiser la famille Ricoré de la publicité entourée de leurs gentils voisins prévenant et sympathiques. Chacun est gentil, respecte les lois et les règles de la communauté sous la houlette du délégué des habitants. Oui, ce Japon est idéal. Et c’est justement pour cette raison que Soil est un plateau parfait pour développer cette histoire. Tenez-vous prêt à jouer car un souffle suffit et l’équilibre se brise. Pour le lecteur, tourner un page sera déjà bien suffisant pour déclencher les catastrophes dans les méandres de rues rectilignes de cette ville-décor où les secrets anciens et les rancunes cachées sont un terreau d'indices et de soupçons en tous genres. Dans Soil, tous les personnages sont des suspects, tous ont leur part de mystères.

Un monde multi-face

Dans l’univers des mangas barrés, Soil n’est pas un simple faire valoir. Cette histoire pourrait être un pur polar, un récit fantastique ou d’horreur, une chronique sociologique du japon, un roman noir, un thriller terrifiant voire une bluette pour ados… Elle est tout ça à la fois sans incarner un style en particulier. Astushi Kaneko prend divers éléments de ces catégories et en fait un grand plat non pas indigeste mais déroutant. Il explore toutes les pistes pour rendre une œuvre d’une richesse rare pour ce genre de récit. On se perd dans les méandres d’une imagination qui utilise toutes les possibilités offertes. La ville de Soil est un phénomène, un monde parfait qu’Atsushi Kaneko va prendre un malin plaisir à démonter pièce par pièce… comme un enfant qui rit aux larmes en cassant ses jouets. Et dans le rôle de Ken et Barbie : deux policiers tout à fait opposés. Le capitaine Yokoï (dit Moumoute) est un vieux policier cynique, crade, passant la plupart de son temps à poser des questions sur la vie sexuelle de sa partenaire en se grattant tout ce qu’il est possible de se gratter sur un corps humain. Être pas forcément très sympathique au premier abord. Barbie c’est le lieutenant Onoda (dite La mocheté) : jeune policière timide en mal de reconnaissance, sa vie civile est un désastre complet. Elle est tenace et prête à tout pour résoudre l’énigme de Soil. Ces deux personnages sont à l’image de cette histoire, tout à fait prêt à s’en prendre plein la figure. Ce qui ne va évidemment pas tarder. Ils vont être tour à tour perdus, nous aussi, exaltés, nous aussi, en danger, nous aussi. Parfois, ils vont même disparaître sans prévenir avant de nous faire signe quelques chapitres plus loin. Nous n’avions rien vu. Bienvenus dans le jeu ! La construction à multi-facettes de cette histoire se révèle diabolique et elle ne vous permettra jamais de prendre toute la mesure des événements. Bien entendu, je ne vais pas trahir le mystère de cette enquête. De toute manière, les 6 premiers volumes n’apportent que des éléments bien obscurs. Des réponses, certes, mais aucunes qui vous permettraient de résoudre cette affaire… ou alors vous êtes dans la tête de l’auteur… Et franchement, dommage pour vous ! Côté graphisme, le dessin d’Atsushi Kaneko est très plaisant. Il s’éloigne très légèrement des canons habituels du manga en adoptant un trait plutôt réaliste et épais qui correspond parfaitement à l’univers particulièrement pesant de cette série. Vous l’aurez compris à la tombée de la nuit, je ne peux que vous conseiller cette lecture qui vous entrainera dans une enquête et un monde particulier, renfermé sur lui-même, où la ville est un gigantesque terrain de jeu, voire un personnage particulier, pour la folie créatrice de l’auteur. Une vraie bonne claque à la hauteur d’un Monster ou d’un Dragon Head. A lire… mais âmes sensibles s’abstenir ! A lire : la chronique du tome 1 sur Imaginelf et la critique de du9 A voir : la présentation vidéo sur le site d'Ankama, l'éditeur français de Soil
Soil (7/11 tomes parus) Scénario et dessins : Atsushi Kaneko Edition : Ankama, 2011 (8,55€) Collection : Kuri-Seinen Edition originale : Enterbrain Public : Ados-adultes Pour les bibliothécaires : une série relativement courte (11 tomes) et prenante. Une bonne série pour les adultes.