Chronique | La page blanche (Bagieu & Boulet)

Elle est dans la rue. A Paris. Regard à droite, à gauche… Que fait-elle ici, sur ce banc ? Elle ne sait pas vraiment. Son nom… comment s’appelle-t-elle ? Impossible de se rappeler. Son sac ! Elle fouille. Éloïse Pinson, 10 rue de Nancy… Oui, peut-être…

Le Mariage des princes

Dire que le phénomène blogs BD a été un véritable changement dans les pratiques de lecture des bédéphiles dans ces 10 dernières années est un doux euphémisme. De nombreux auteurs ont connu le succès grâce à leurs billets quasi-quotidiens. Plus que quiconque (hormis Martin Vidberg peut-être) Pénélope Bagieu – qui s’est fait connaître au départ par le pseudo de Pénélope Jolicoeur – et Boulet sont les exemples parfaits de cette réussite. Succès sur le web avec des dizaines (voire des centaines) de milliers de visiteurs par jour et succès de papier avec les ventes de leurs albums respectifs (les Notes, Ma vie est tout à fait fascinante, Joséphine, Cadavre Exquis). Qu’on aime ou pas leurs travaux, là n’est pas la question. Ils sont simplement incontournables et comme souvent dans ce cas, sont tour à tour l’objet de critiques voire de haines… Bandes de petits jaloux ! C’est dire si cette Page blanche était attendue au tournant ! Boulet au scénario et Pénélope aux dessins est une idée venue des équipes de Delcourt. Et je dois avouer que j’étais moi-même plutôt intrigué par le résultat possible de cette collaboration. En effet, si Boulet n’a pas attendu le succès de son blog pour faire des séries de qualités issues du magazine Tchô ! – je vous conseille la lecture de La Petite Rubrique scientifique ou de Raghnarok – il est surtout spécialiste de formats courts (gags à planches, billets de blogs...). Que pouvait-il donner sur une histoire de 200 planches ? Allait-on retrouver cette touche si particulière entre humour de geek, nostalgie et regards décalés ? Pénélope Bagieu, la sainte patronne des blogueuses  girly, pouvait-elle adapter son dessin à un esprit différent ?

Une jolie idée

Cette histoire de quête identitaire commence par une introduction qui pose bien les choses. Immédiatement, nous retrouvons le trait habituel de Pénélope Bagieu : lisse, couleurs informatiques, personnages en rondeur et découpage dynamique n’hésitant pas à faire zoom avant ou arrière, gros plan... Pas de mots inutiles, beaucoup d’efficacité et nous voici déjà plongés dans l’histoire. Tout part très vite et on attend la suite car cette idée d’amnésie, si elle apparaît être classique, peut très bien amener des développements intéressants. Bref, la première impression est bonne. Au fur et à mesure de l’histoire on retrouve de ci de là ce qui fait toute la saveur des travaux des deux auteurs : le sens de la dérision, cette faculté à multiplier les situations cocasses – je pense notamment aux tentatives diverses d’explication de la situation dans l’esprit d’Héloïse – et un sens de la construction qui rend très agréable la lecture. Puis, au cours de l’histoire, des thématiques apparaissent : le rapport aux choses et aux êtres, l’intégration dans la vie et la construction de sa propre personnalité… ça effleure, ça tend des perches, ça va démarrer bientôt, là, oui, c’est… la fin. On dit au revoir à Éloïse sur une conclusion terrible, monumentale, audacieuse, ultime dirais-je ! [NDLR : attention je spoile à la fin de cette phrase] : elle repeint son appartement  ! Moi, je dis YES, pourquoi perdre son temps avec une psychanalyse. C'est LA solution !

Sous le superficiel... le vide

Désolé, je ne pouvais empêcher cette pointe de sarcasme. J’ai essayé pourtant, impossible ! Franchement, quel est le problème de cet album ? Son manque profond d’intérêt et d’envergure. Oui c’est par instant drôle, c’est même un album très bien réalisé, tout est en place, tout est pensé et construit. Ça donne l’impression d’une pierre parfaitement polie pour être la plus douce possible, une pierre sur laquelle les flots passent. Mais que reste-t-il au bout ? Une vague lecture, un simple divertissement alors que les possibilités offertes étaient nombreuses. Honnêtement, quand on se moque à demi-mots des lectures « standards » des clients de son héroïne, on veille à produire un livre qui sorte un peu des sentiers battus. Tout au long de cette lecture, j’ai attendu un véritable démarrage, une prise de risque qui nous amènerai éventuellement à être touché par cette tranche de vie perdue. J’attendais un instant lumineux où l’apparence des êtres, la superficialité des instants seraient dépassés par un message, une thématique. J’attendais quoi ? Je ne sais pas très bien. Une surprise, un rebondissement ? Un peu de profondeur dans un récit qui se borne à inspecter la surface des choses ? On en vient presque à plaindre cette héroïne qui se débat seule pour aller au-delà, comprendre… On lui donnerait presque un mouchoir quand, dans sa « profonde » quête identitaire, elle n’arrive pas à faire des réflexions plus puissantes que « Oh, une maison Bouygues ! Super ! ». Zut les auteurs, aidez-là quoi ! C’est incroyable. Quand on lit régulièrement le blog de Boulet, on sait que sous ses airs d’humoriste  potache, il est capable par un dessin, un mot, une réflexion simple, d’émouvoir avec beaucoup de sensibilité. Il a la grâce de l’humoriste, capable de parler de choses graves avec légèreté, le talent de celui qui « montre son cul pour cacher son cœur » (Desproges). Mais La Page Blanche est une simple historiette, un petit livre artisanale bien propre fait pour donner bonne conscience aux foules par un message final démago mal amené qui tombe avec autant de finesse qu’un sumotori plongeant du tremplin de 30 mètres à la piscine municipale. Ils peuvent se moquer du cliché de la parisienne tout au long du livre mais objectivement, jamais ils n’en sortent eux-mêmes ou alors pour en proposer de nouveaux. Au final, toutes ces pages sont bien fades. La Page Blanche est un album décevant. Paradoxalement, il est réalisé avec beaucoup de maîtrise mais en matière de dessin comme en scénario, l’absence de risque, la volonté de faire « propre » dénature complètement la bonne idée de départ. Au bout de l’histoire, rien ou si peu, sinon une accumulation de clichés et une conclusion démagogique. A lire : enfin une critique digne de ce nom sur les Bulles Carrées !
La Page Blanche (one-shot) [encore heureux !] Scénario : Boulet Dessins : Pénélope Bagieu Editions : Delcourt, 2012 (22,95€) Collection : Mirages Public : Ados-adultes Pour les bibliothécaires : un pur best-seller. Aucun intérêt mais on vous le demandera.

Dimanche KBD : L’autoroute du soleil (Baru)

Nous terminons cette semaine ce mois consacré à la collection Écritures avec L'Autoroute du Soleil de Baru. Cet album atypique, sorte de manga à la française, a reçu le prix du meilleur album à Angoulême en 1996 et constitue depuis un grand classique de l’œuvre de l'ancien président du festival. Je vous laisse découvrir la longue synthèse rédigée par Mo'. Et rendez-vous la semaine prochaine pour une plongée dans la 4e dimension !

Chronique | Frenchman (Prugne)

1803, la Louisiane est vendue par le jeune consul Bonaparte à la toute jeune nation américaine. Dans le même temps, le futur empereur lève la conscription en France. En Normandie, dans le village de Champs-sur-Huguette, Alban Labiche, fils de paysan, frère d’Angèle, est ami avec Louis de Mauge. Ce dernier est également l’amant d’Angèle. Quels liens entre ces personnages, la Louisiane et la conscription ? Le destin et une aventure dans les paysages sauvages et dangereux de l’Amérique inexplorée.

Aventure, aventure

Ce qui attire l’œil en premier lieu avec ce livre, c’est cette couverture aux tons brumeux. On hume l’aventure à plein nez, le danger également. Bref, en l’ouvrant on sait que l’on va être transporté vers des univers bien éloignés de la réalité des grandes villes et des considérations intellectuelles du roman graphique. Ici, c’est de la BD à l’ancienne, avec des jeunes héros insouciants, des vieux briscards qui vont leur apprendre la vie et des méchants bien pourries comme on aime à les détester. Effectivement, pas de surprises, on trouve exactement ce qu’on était venu chercher. Angèle, par exemple, porte magnifiquement son nom avec son visage doux, ses cheveux blonds, ses fesses rebondies, ce petit côté audacieux et indomptables, cette naïveté de (fausse) pucelle, bref des traits qui sauront séduire ces messieurs. Quand elle se fait presque violer, elle réussit à dire : « Sans votre intervention, je ne sais pas de quoi ce vaurien aurait été capable ». Heureusement, Patrick Prugne joue très bien le coup dans la réplique suivante. Ce qu’on pourrait donc prendre pour de la maladresse se révèle être un petit côté auto-dérision, une gentille façon de se moquer de son personnage.  Quant aux garçons, pas de soucis avec eux, il y a du courage, de l’impétuosité, de la droiture et un côté candide absolument parfait qui les poussent de plus en plus loin dans leur aventure. Bref, des héros de bande dessinée qui ont, eux aussi, droit à quelques répliques bien senties.

La tradition "historique"

Le dessin n’est pas strictement académique. Mais il correspond parfaitement au genre « historique ».  Toutefois, nous ne sommes pas ici dans les critères stricts d’une collection comme  Vécu de Glénat qui cherche un trait très réaliste. La grande qualité graphique de cet album est double. D’abord les couleurs qui sont, à l’image de celles de la couverture, absolument splendides. Elles donnent une vraie atmosphère aux forêts sauvages, aux baraquements des premières colonies mais aussi à ces paysages normands du début du 19e siècle. Ensuite, les cadrages. Patrick Prugne fait ici un remarquable travail sur ces choix en faisant « tourner » ses images autour de ses personnages. Sur une même planche, on peut facilement avoir plusieurs angles. Cela nous permet à la fois de bénéficier d’un regard à 360° sur des paysages magnifiques lors de temps de repos ou de jouer sur les points de vue durant les moments « chauds ». Bien entendu, comme dans toutes BD réalistes à l’ancienne, on  notera le remarquable travail de documentation graphique et historique. Il nous permet de plonger avec exactitude dans une période et un lieu propice aux grandes aventures. Ici, il ne s’agit toutefois pas de dresser le portrait d’un général mais d’un simple soldat victime d’une chasse à l’homme accompagné d’un trappeur bougon type Davy Crocket à moustache. Ce dernier, personnage historique réel, est d’ailleurs l’archétype du vieux briscard dont je parlais tout à l’heure.

Par les chemins... balisés

Mais très vite, on s’approche des limites de ce type de bande dessinée. Il y a bien sûr le côté un peu vieillot. Mais après tout, c’est dans les vieux pots… vous connaissez le dicton. Non, mon principal reproche est la linéarité du scénario. Hormis le dénouement que je trouve bien vu quoique pas totalement surprenant, je trouve l’histoire très prévisible. Bien entendu, il y a ce long flashback qui permet de comprendre la situation de départ mais globalement, on voit les choses venir de loin, trop loin. J’ajouterais même qu’avec des personnages principaux et secondaires de ce type, très marqué graphiquement par leurs rôles respectifs, proposer un tel scénario signifie s’exposer aux clichés. Heureusement, on se laisse facilement emporter par la narration qui est plaisante et l’atmosphère graphique. Cependant, les quelques rebondissements sont, eux aussi, cousus de fils blancs. Mais c’est peut-être un point de vue très personnel. Pour moi, le problème de la bd historique est souvent qu’elle cherche à trop se coller à la grande histoire en oubliant quelques peu le récit. Ainsi, malgré un travail remarquable d’inscription dans les faits historiques, on peine parfois à s'accommoder d’une histoire un peu trop simpliste. Voici quelques temps, je disais l’inverse dans un commentaire (sur Habibi je crois) mais simplicité ne rime pas toujours avec linéarité. Ici, nous sommes plus transportés par l’atmosphère que par une véritable action et des rebondissements. Frenchman est un beau tableau d’un Amérique naissante avec ses violences, ses cruautés, ses beautés naturelles. Graphiquement somptueux, cet album s’inscrit dans un classicisme assumé et ravira les amateurs de BD historiques d’aventures. Cependant, son scénario très linéaire manque un peu de surprises. Une lecture agréable certes, mais loin d’être extraordinaire. A lire : la chronique de Manuel Picaud sur son blog
Frenchman (one-shot) Scénario et dessins : Patrick Prugne Éditions : Daniel Maghen, 2011 (19€) Public : Adultes Pour les bibliothécaires : une bd classique qui ravira les amateurs de bd historique... et pour une fois ce n'est pas une série à rallonge.

Mini-Chronique | Übel Blatt T.11 (Shiono)

Il est de retour !

Après 2 ans et demi de pause -  et donc d’attente pour ses lecteurs - Etorouji Shiono renoue avec Übel Blatt, sa série fétiche de Dark Fantasy. Pour plus d’informations concernant cette série, je vous invite à relire notre chronique consacrée aux volumes précédents. Selon ses propres déclarations, l’auteur avait besoin d’un break pour retrouver l’inspiration. Il était arrivé à un tournant de l’histoire. Et en effet, ce nouvel opus semble bien ouvrir un nouveau cycle  avec l’apparition d’un héritier légitime à notre héros. Les cartes sont donc redistribuées tandis qu’un refrain ancien est entonné sous les yeux des protagonistes. Ce tome 11 est donc un nouveau départ et comme souvent, cela signifie replacer les pions avant de faire avancer l’histoire. Quasi-retour au tome 1. Mais, on sent l’auteur impatient et du coup, je reprocherais le côté rapide (voire bâclé) de certaines situations qui auraient méritée peut-être un peu plus de développement. Visiblement, il a eu du mal à retrouver ses habitudes dans les premiers chapitres même si le plaisir revient au fur et à mesure. Cet univers est bouillant et on sent que les possibilités sont multiples. Reste à connaître les choix de scénario, toujours surprenant dans cette série. Il manque quand même le héros, désespérément absent au cours de ce volume.  Pourtant, Koinzell est toujours là, prêt à prendre les armes contre les fameux héros qui l’ont trahi… enfin ceux qui restent. Pas de doutes, la force de cette histoire tient autant à son héros qu’à ses multiples rebondissements. Je ne vais pas trop spoiler sinon je vais m’attirer les foudres légitimes du lecteur déçu. Une histoire qui se relance mais qui n’est pas encore à la hauteur des volumes précédents. On ne s’impatiente plus, mais on veut vite la suite… pour être sûr et certain qu’Übel Blatt soit véritablement une référence.
Übel Blatt (12 volumes, série en cours) Scénario et dessins : Etorouji Shiono Editions : Ki-oon, 2012 (7,50€) Editions originales : Square Enix Public : Ados-Adultes Pour les bibliothécaires : une série référence dans le genre. En espérant que le tome 12 ne tarde pas.

Chronique | Mister Wonderful (Clowes)

Dans un bar quelconque des Etats-Unis, Marshall patiente. Quinqua dépressif et anxieux, il attend son rendez-vous avec l’amie d’une amie, le premier depuis son divorce 6 ans auparavant. Elle est en retard, il fait des plans et ressasse inlassablement sa vie. Quand soudain… apparaît Nathalie.

Le petit monde angoissé de Daniel

Dans le monde de la bande dessinée américaine d’auteurs, Daniel Clowes est une figure incontournable. Son nom est synonyme de qualité. Il possède même un héritier en la personne d’Adrian Tomine (Loin d’être parfait). Doué pour explorer différent genre, il n’hésite jamais à surprendre ses lecteurs. Mais ce dernier excelle surtout dans un style particulier : le portrait. A l’image de Mister Wonderful, Ghost World ou David Boring sont ainsi des peintures de personnages types, souvent en décalage avec leurs époques et leurs milieux. Maniant l’humour acide et situation cocasse, voire dramatique, Daniel Clowes n’hésite jamais à malmener ses anti-héros pour nous faire prendre conscience de l’absurdité de nos petites valeurs étriquées. Dans une certaine mesure, Daniel Clowes est un peu le Woody Allen de la bande dessinée. D’ailleurs, le format à l’italienne du livre fait penser au format d’image cinéma. De plus, en voyant le personnage de Marshall « Mister Wonderfull », on ne peut s’empêcher de penser à Manhattan avec son héros perdu, se posant des questions existentielles en sirotant son café, angoissé (ou conscient) par les vicissitudes du monde qui l’entoure et désespérément en recherche d’amour. Bref, même si je n’apprécie pas beaucoup ce terme, un personnage de looser parfait.

L'art de décaler les sons

Finalement, le moteur du récit est simple : comment un personnage comme celui-ci peut tomber amoureux et surtout séduire une femme ? Difficile… à moins de tomber sur aussi torturé que lui ! Et avec le personnage de Nathalie, je crois que nous sommes bien servis. Dans Mister Wonderful, nous assistons donc à une parade amoureuse ridicule, faite de quiproquos, de non-dits, d’interprétations ratées et de situations ubuesques. Si Daniel Clowes, fidèle à son graphisme académique, ne passe pas par un jeu de dessins ou de couleurs pour raconter son histoire, il travaille en revanche beaucoup sur l’écriture et surtout sur ce double texte qui jalonnent le récit. Ces deux textes parallèles nous permettent d’appréhender la rencontre de deux manières. Tout d’abord par un regard extérieur symbolisé par ce qui se voit et s’entend : le dessin et les dialogues. Ce point de vue est celui du Marshall « sociale ». Ensuite, par les pensées intérieures du personnage. Très souvent, et ce n’est pas une image, les deux textes se superposent dans une cacophonie visuelle qui permet de créer un décalage réel entre les images, le(s) texte(s) et la situation. L’effet est immédiat et on se prend à sourire de ces multiples contradictions qui apparaissent. On s’attache rapidement à ce personnage, à cette pensée qui vagabonde au grès des rebondissements et au bout du compte, à cette histoire d’amour tentant de naître entre deux adultes pas vraiment gâtés par les aléas de la vie. C’est rythmé, c’est décalé, et la lecture file à la vitesse de l’éclair. Lire Daniel Clowes est à chaque fois un plaisir. S’amusant à jouer avec les codes de la comédie romantique, il dresse le portrait sympathique d’un anti-héros chronique. Bande dessinée construite comme un film de cinéma, Mister Wonderful est une œuvre drôle et intelligente, plus légère que ces œuvres précédentes. Une parfaite introduction au travail parfois exigeant de l’auteur de Ghost World. A lire donc ! A lire : la très bonne critique de du9 A  voir : la fiche album chez Cornelius
Mister Wonderful Scénario et dessins : Daniel Clowes Editions : Cornélius, 2011 (20€) Collection : Solange Public : amateurs de comédie romantique à la Woody Allen et de la BD indé américaine Pour les bibliothécaires : bah... Daniel Clowes quoi !!

Mini-Chronique | Tétine Man (Long & Nicolas)

Aujourd’hui, j’entame un nouveau type d’article sur IDDBD : les mini-chroniques. Ces billets sont destinés à des albums dont je souhaiterais parler mais qui ne nécessitent cependant pas d’en faire une analyse longue et profonde (hum, hum) comme dans les chroniques habituelles. Je pourrais également les utiliser pour vous signaler la suite de séries déjà présente sur IDDBD. Bref, un peu de tout mais pas du n’importe quoi. Donc c’est parti avec Tétine Man. C’est une BD jeunesse (oui, une BD jeunesse, incroyable ici) que j’ai acheté pour ma fille lors du festival d’Angoulême. Les plus attentifs se souviendront s’en doute de mon article sur le sujet. Tétine Man est un petit garçon de 4 ans qui ne se sépare jamais de sa tétine. Il y puise force, courage, calme. Bref, sans sa tétine, il n’est plus Tétine Man. D’ailleurs ses parents ont abandonné la lutte. Impossible de lui faire enlever. Malgré les quelques quolibets, Tétine Man reste Tétine Man : il est le plus fort. Durant ce premier volume, nous découvrons trois petites histoires qui le mettent aux prises avec les plus furieux adversaires : la petite fille qui voulait passer devant au toboggan, le petit garçon qui voulait lui manger son goûter et sa grand-mère (la plus maline de toute). Mais évidemment… Lecture rapide pour un petit livre mais de très bons moments d’humour intergénérationnel. Ma fille de 4 ans, sa grande sœur, sa maman et moi-même avons beaucoup ri, mais pas pour les mêmes raisons. Les parents y verront une jolie parodie des super-héros, aimeront le côté décalé de l’ensemble. Les enfants se retrouveront dans ce petit personnage malin, stoïque et jamais violent (au contraire). Bref, l'écriture de Christophe Nicolas est efficace et rigolote. Quant au dessin de Guillaume Long, il est aussi très simple. Son petit personnage est, comme souvent avec les enfants, très expressif. Si on ne voit jamais sa bouche, ses yeux et ses attitudes parlent pour lui. Bref, une fois n’est pas coutume, je vous conseille de lire cette BD jeunesse très maline. Et si vous avez des enfants, c’est encore mieux. Une bonne façon de découvrir la bande dessinée pour nos chères têtes blondes. A voir : la fiche album sur Didier Jeunesse
Tétine Man (2 tomes parus) Scénario : Christophe Nicolas Dessins : Guillaume Long Éditions : Didier Jeunesse Public : pour tous, et les parents surtout Pour les bibliothécaires : ah, je ne suis pas spécialiste en BD jeunesse mais je pense que celle-ci vaut le coup !

Dimanche KBD : Swallow me whole

Nouvelle étape dans notre mois consacré aux 10 ans de la collection Ecritures de Casterman avec Swallow me whole de Nate Powell. Un album qui a apporté son lot de débat au sein de notre équipe. Une œuvre forte qui aborde la question de l'adolescence sous ses aspects les plus obscurs. Je vous invite à lire la chronique d'IDDBD et bien sûr de découvrir la synthèse de KBD ! Et cette fois-ci, c'est moi qui m'y colle ! Et n'oubliez pas le concours pour gagner Habibi de Craig Thompson à l'occasion des 2 ans de KBD !  

Chronique | Une métamorphose iranienne (Neyestani)

Mana Neyestani raconte sa propre histoire, celui d’un simple illustrateur, auteur de dessin d’humour pour les enfants, qui par un malheureux concours de circonstance se retrouve au milieu d’une révolte ethnique en Iran. Son crime : avoir dessiné un cafard prononçant un mot en azéris, un dialecte turc. En quelques heures, il est confronté à la machine judiciaire iranienne.

Liberté de manipulation

Dire que les régimes autoritaires sont paranoïaques est un doux euphémisme. Si vous en doutiez, je vous conseille de lire ce récit dessiné par son protagoniste principal. Au cours de ces 200 planches, Mana Neyestani évoque ces mois qui auront complètement bouleversé sa vie. Il nous montre d’une manière hallucinante comment alors qu’il n’est un simple dessinateur de presse enfantine, il devient un coupable « facile » et idéal, comment il est le pion de multiples luttes politiques à tous les étages du pouvoir, comment un simple dessin peut être détourné afin de devenir un instrument. Tout ce qu’on lit est proprement inimaginable pour des européens habitués à une liberté d’expression ancrée dans des pratiques, fondement même de tous régimes démocratiques digne de ce nom. Pour nous qui hurlons à l’atteinte aux libertés à la moindre contrariété – justifiée ou non – cette métamorphose kafkaïenne est une petite leçon de réalisme. Car, c’est avec un certain effroi que l’on constate que des artistes, des intellectuels ou des journalistes dans des pays pas si éloignés du nôtre sont véritablement menacés à cause de leurs œuvres ou de leurs opinions… Bien entendu, à moins d’être véritablement dans une bulle, cette information n’est pas une nouveauté, des ONG nous le rappellent tous les jours. Cependant, il est bon d’être confronté à cette réalité même au travers d’une bande dessinée. Les persécutions, la pression des services de renseignements, la torture, l’enfermement, l’environnement carcéral, la parodie de justice et surtout cette liberté, relative, tant ces événements marquent à jamais l’existence et obligent à des solutions pour le moins radicales comme l’exil.

Aides (in)humanitaires

Chose grave, on constate également l’absence d’aide extérieure. Si aujourd’hui Mana Neyestani est en sécurité à Paris, où il est en résidence d’artiste à la Cité Internationale des Arts dans le cadre d’un programme de soutien à la liberté d’expression, il ne le doit qu’à sa bonne fortune, assez peu à l'aide des pays occidentaux. Là encore, alors que celui-ci est véritablement menacé dans son pays, les portes se ferment devant lui… mais aussi devant beaucoup d’autres. Car le cas Neyestani, intéressant par sa nature, n’est pas isolé. Ainsi, durant son périple, il est accompagné par plusieurs couples, tous en demande d’asile politique, tous confrontés à l’administration et, en dernier recours, aux passeurs. La main tendue, les droits de l’homme sont bafoués, aussi bien par les uns que par les autres. Paradoxalement, alors que les politiciens donnent aux artistes et à leurs œuvres une puissance surdimensionnée, leur statut apparaît bien fragile.

Journaliste ou auteur ?

Je dois éviter d’en dévoiler plus. C’est difficile car ce récit se colle complètement à la réalité du propos. C’est à la fois le principal intérêt de cette œuvre mais aussi sa faiblesse. Pour moi, elle se rapproche beaucoup plus du reportage journalistique. On sent en effet que cet album a été écrit par un illustrateur de presse. Il y a une certaine linéarité, peu de ruptures, c’est presque un travail minutieux d’exposition. Les événements sont relatés minutes par minutes. Malgré de bonnes idées, notamment le parallèle avec la métamorphose de Kafka qui est le « fil rouge » du récit, l’histoire reste essentiellement descriptive et n’est pas le fruit d’une écriture POUR la bande dessinée. D’ailleurs, le découpage n’est pas toujours une grande réussite. Il suffit de voir les petites flèches entre les cases, vestige d’un temps ancien permettant de suivre le fil du récit correctement, pour s’apercevoir que la maîtrise du média BD n’est pas totale. Graphiquement, là encore, on voit la formation de dessinateur de presse derrière les visages, avec des faces incroyables et très expressives. L’aspect « caricature » n’est pas loin. Mais cela n’enlève rien aux qualités esthétiques de l’œuvre. Au contraire, chaque planche est superbe et surtout, son dessin est parfaitement adapté à un tel récit. Les cases possèdent une réelle énergie. Ce dessin entre réalisme froid et caricature est une base solide pour le développement entre réalité et métaphore. Une métamorphose iranienne est une œuvre assurément forte. Malgré les défauts soulignés, c’est un album dont je vous recommande fortement la lecture. Récit témoignage, il permet de prendre conscience des véritables enjeux des mots « libertés d’expression » et combien cette valeur est importante. Pénétrer dans ce récit se fait assez naturellement, on est entrainé dans cette spirale infernale avec les protagonistes. Une œuvre dont la puissance pédagogique est indéniable. A lire : la chronique de Jérôme qui a influencé Mo', qui m'a influencé pour acheter ce livre ! Merci à vous 2 ! A voir : la fiche album sur le site de l'éditeur
Une métamorphose iranienne Scénario et dessins : Mana Neyestani Éditions: çà et là / Arte (2012) Public : Adulte Pour les bibliothécaires : une oeuvre intéressante, bon complément d'une œuvre comme Persepolis. A avoir si vous avez un budget suffisant.

Dimanche KBD | KBD fête ses 2 ans avec Habibi !

Décidément, en ce moment c'est la période des anniversaires, après les 6 ans d'IDDBD, voici les 2 ans de KBD ! Pour fêter dignement cet événement, nous vous avons proposé un petit concours. Présentation :
Voilà déjà deux ans que KBD parcoure les sentiers de la BD à vos côtés, en vous proposant des synthèses à plusieurs mains sur des albums divers et variés. Le fonctionnement et l'équipe ont un peu changé au cours de ces deux années, mais notre envie de vous faire (re)découvrir des albums forts et marquants est quant à elle restée intacte. Comme nous soufflons notre seconde bougie, on a eu envie de faire les choses en grand en organisant un petit concours pour vous faire gagner l'album Habibi de Craig Thompson. Pour participer, rien de plus simple, envoyez-nous vos réponses à l'aide du formulaire de contact (que vous trouverez dans la colonne latérale). Vous pouvez rendre vos copies jusqu'au 24 février inclus. Le gagnant sera tiré au sort le 27 février parmi les participants qui nous auront fourni les bonnes réponses.
Alors prenez vos petites mains, votre souris et votre clavier et répondez aux questions concoctées par le machiavélique Lunch (et sa complice l'infâme Mo') sur cette page. Et sinon, découvrez la synthèse d'Habibi rédigée par Yvan et la chronique d'IDDBD.