Chronique | Les autres gens

Tout commence dans un café, Mathilde achète des cigarettes quant un inconnu lui demande 3 numéros pour jouer au loto. Le 1, le 2, le 3 et une promesse un peu folle… C’est un début, l’histoire d’une jeune étudiante parisienne, de ses amis, de sa famille, de ses préoccupations et de tout un tas de chose qui n’arrive pas qu’aux autres…

L’aventure d’une génération

Avant d'être un livre, Les Autres Gens est une aventure artistique commencée en mars 2010 sur Internet. Idée un peu farfelue de créer une télénovelas version bande dessinée directement sur le web. Thomas Cadène, instigateur et scénariste de cette aventure, propose ainsi le récit de la petite vie de parisiens chaque jour sur le site Les Autres gens.  Et chaque jour, un nouveau dessinateur prend le relais. Du coup, cette aventure éditoriale est devenue un peu le fer de lance d'une génération d'auteurs. Ici, pas de grand manitou de la BD, pas d'auteurs historiques de l'Association, ni de la Nouvelle BD. Ici, on retrouve les auteurs nés dans la bulle Internet, ceux que l’on retrouve régulièrement au festiblog de septembre. Comme un symbole, c’est Boulet qui ouvre le bal du premier volume avec un magnifique prologue tandis que Bastien Vivès signe la couverture et les premières illustrations. Mais il ne faudrait pas limiter Les Autres Gens aux simples noms de Cadène, Boulet ou Vivès. En effet, chacun apporte sa pierre à l'édifice, donnant un élan supplémentaire à l'ensemble. Il est même étonnant de voir la grande continuité générale malgré la multiplication des graphismes. De Tanxxx avec son style « rock » noir et blanc à Vincent Sorel au trait naïf et coloré, on découvre une large palette picturale. Vraiment très amusant et surtout très surprenant !

L’art de la saga

Il faut le reconnaître, cette cohérence est avant tout liée au grand talent de scénariste de Thomas Cadène. Ce dernier maîtrise l'art du Cliffhanger en laissant des situations en suspend sans pour autant frustrer le lecteur. Tout commence simplement pour peu à peu s’étoffer avec l’entrée en jeu de nouveaux personnages. Tout comme la multiplication des graphismes, les protagonistes ne sont pas là pour compliquer le récit mais bien pour l'enrichir. Si l'histoire et les héros tournent principalement autour de Mathilde, le personnage principal, ils auront tous à un moment donné une petite part de lumière... Andy Warhol appliqué à la BD ! Là encore, c’est une caractéristique du format saga. Il est en effet relativement simple de pénétrer dans l’histoire et ce, à n’importe quel moment. A la base, c’est une publication destinée au web et, contrairement aux obligations du format album, Thomas Cadène n’a pas de contrainte physique, il bénéficie d’un temps illimité pour développer son récit et il sait l’utiliser. Du coup, le rythme est posé et les intrigues se déroulent petit à petit mais en évitant l'ennui. Les choses simples (et parfois difficile) de la vie qui ne pourraient par forcement apparaître dans un récit classique ont ici le temps de prendre tout leur sens et donnent une profondeur réaliste à l'écriture.

Une œuvre majeure ?

Cependant, si Les Autres Gens est une œuvre collective d’une nouvelle génération d’auteur, si elle se veut réaliste, elle n’en reste pas moins une œuvre « légère ». Alors oui, c'est le format, il est rare de voir du "lourd" dans une télénovelas. Mais, avouons-le, le tout semble très "parisien", le milieu décrit est surtout celui d’un petit cercle de privilégiés, pas vraiment proches des préoccupations véritables. C’est un univers peuplé d’étudiants, d’intellectuels, de cadres sup’, d’élites aux problèmes existentiels certains… Certes, chacun en prendra pour son grade mais finalement quoi de neuf sous le soleil ? Nous ne sommes clairement pas dans l'univers prolo-engagé d'un Rabaté, Baru ou Davodeau par exemple. Ce qui est presque dommage tant on se dit que cette aventure pourrait forger l’œuvre collective majeure d’une génération. Vous savez ces œuvres intemporelles auxquelles les lecteurs s’identifient comme l’on pu l’être les grands magazines de publication des années 80 (Metal Hurlant, Fluide Glacial…) ou l’aventure de L’Association au début des années 90, des oeuvres qui donneraient presque leurs noms à des périodes. Mais on semble un peu loin de ces préoccupations. Qui sait ? C’est peut-être cette attitude qui marquera cette époque finalement ! Malgré tout, si on passe peut-être à côté d'une œuvre majeure, on en ressort pas moins avec un grand plaisir de lecture. Une série originale et fraîche qui apporte un peu d'originalité dans une édition classique ronronnante. Une jolie surprise et une aventure que je vous invite à découvrir en papier ou sur le web !
Scénario : Thomas Cadène Dessins : Collectif Edtions : Dupuis Public : Ado-adultes Pour les bibliothècaires : Un collecitf intéressant, indispensable
A découvrir : le site Les Autres Gens A lire : la critique sur Sceneario.com A lire : la chronique du tome 2 d'Yvan sur son blog

4 réflexions au sujet de « Chronique | Les autres gens »

  1. J'ai enfin lu ça cet été à l'occasion de la sortie en album. J'en avais déjà entendu parler et je l'avais juste noté dans un coin de ma tête du coup quand je l'ai vu chez le libraire, j'ai tout de suite eu envie d'essayer.

    En effet, comme tu dis, c'est léger et agréable à lire mais je ne pense pas acheter la suite car je ne suis pas sure de le relire plusieurs fois. Mais qui sait? En tout cas pour l'instant j'attends impatiemment l'achat du tome 3 par la bibliothèque (qui m' a déjà fourni le 2!)

    1. Oui, c'est très prenant, comme une bonne série télé. Je crois que le côté feuilleton est très réussie.
      Mais comme toi, j'y voix plus le côté anecdotique.

  2. Merci d'éclairer un peu le sujet sur cette expérience vantée partout. Je ne l'ai pas lu mais j'apprécie que tu minimises la "portée sociale" de ces albums. Je suis un peu lassée de ce parisianisme constant…

    1. J'avoue que quand je lis que c'est un formidable tableau de la société (j'exagère à peine), ça me laisse un peu dubitatif. ça restera une aventure intéressante d'un point de vue éditorial, mais pas plus pour moi.

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