Chronique | Kirkenes

scénario de Jonathan Châtel dessins de Pierre-Henry Gomont Editions Les Enfants Rouges (2011) - 18€ Public : Ado-adultes Pour les bibliothécaires : Un album "tranche de vie" efficace mais loin d'être essentiel
A Oslo, Henrik, Mia et Inge forment un trio d’amis inséparables. Si les deux premiers sont en couple, le troisième sait ne pas s’immiscer dans leur relation. Note histoire commence par une sombre nuit où deux individus brûlent une église abandonnée, elle se termine dans un bus, dans un voyage retour des grandes étendues solitaires norvégiennes. Entre ces deux instants, des histoires simples et des relations complexes, bref des vies. Tout au long de cet album, je me suis demandé ce qui lui manquait. Non pas que Kirkenes soit un mauvais album, c’est l’impression désagréable qu’il sera vite oublié qui m’a gêné. Graphiquement, le dessin est fidèle à la ligne esthétique des Enfants Rouges, à savoir un réalisme non académique, propre et efficace. La couleur est même très réussie. Elle laisse planer une atmosphère « nordique » dont les tons froids laissent une grande place aux sensations. L’idée même de situer le récit en Norvège est intéressante car on imagine bien souvent les pays scandinaves comme des synthèses entre la nature et la modernité. Lieu idéal pour confronter les apparences des sociétés urbaines aux vérités sauvages entre espaces clos et espaces libres, espaces des non-dits et des vérités. Et c’est bien le propos de Kirkenes, se pencher sur le passé, s’illusionner sur l’avenir, laisser parler pour révéler les blessures. C’est bien ce que font ces trois jeunes adultes en partant en voyage. Ce choix aurait pu s’avérer judicieux si… Globalement, et je parle de l’édition en général, je trouve de plus en plus difficile de réussir des albums « tranches de vie » de nos jours. Très à la mode dans la décennie précédente, il me semble que le potentiel créatif de ce genre s’essouffle un peu. Mais à la rigueur, cela n’empêche pas de réussir un bon album. Non, je trouve surtout que les deux auteurs lancent beaucoup de pistes sans pour autant les suivre. Ne pas répondre aux interrogations est une chose – Peeters le fait très bien dans Lupus par exemple – mais ne pas laisser aux lecteurs assez d’éléments, les abandonnant parfois au milieu en est une autre. De plus, ces pistes ne sont pas toujours d’une folle originalité (pour ce genre là) : le père schizophrène, la jalousie sous-entendue, le cousin photographe… Tout est ici très symbolique sans pour autant apporter une force au contenu. Bref, je trouve la couverture assez représentative :  les personnages passent à la surface de l’eau, sans y plonger vraiment. J’ajouterai à cela la relative inconsistance de Mia et Inge. Comparé à Henrik, héros principal et personnage plutôt complexe, ils apparaissent un peu fade, sans profondeur ni présence. On aurait aimé qu’ils soient plus présents, plus réactifs et surprenants dans leurs réactions. Je ne dirais pas qu’on voit les choses venir mais nous n’en sommes pas loin. Au bout du compte, je suis frustré par cette lecture qui promettait de belles choses. Mais parfois, à trop vouloir effleurer les choses, on ne dit plus rien. Me viens alors pour finir cette chronique la phrase de Bastien Vivés dans Polina : « les gens ne voient pas ce qu’on ne leur montre pas »… Comme j’aime beaucoup cette maison d’édition, je ne vais pas terminer cette chronique sans vous recommander la lecture de Le Fils de son père des frères Mariotti dont j’avais fait un pitch au mois de novembre (déjà). Faut vraiment que j’en fasse une chronique digne de ce nom. A lire : la fiche album sur Les Enfants Rouges A lire : La critique de Bodoi A découvrir : le très beau blog de Pierre-Henri Gomont (Peer Lipo)

3 réflexions au sujet de « Chronique | Kirkenes »

    1. Oui le dessin est très bien. Classique mais très réussi, la couleur est même très belle. Mais c'est très frustrant de ne pas rentrer dans ce genre de récit. Il y avait pourtant de bonnes idées. Je pense que leurs auteurs sont à suivre.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *