Dimanche K.BD : Torso

Comme chaque dimanche, l'équipe de K.BD vous invite à découvrir sa nouvelle synthèse. Cette semaine, nous terminons notre mois à thème consacré aux serials killers avec Torso de Brian Michael Bendis et Marc Andreyko. Et c'est moi qui m'y colle pour la synthèse (ça m'a permis de me rattraper de la déplorable chronique faite à l'époque, mon dieu j'ai honte !) Bref, si vous aimez l'histoire, voici le récit "presque" véridique du premier tueur en série américain. C'est par ici. Pour retrouver les chroniques d'IDDBD consacré aux oeuvres de Bendis c'est ici !

Chronique | New York Trilogie

scénario et dessins de Will Eisner 3 volumes : La Ville / Les Gens / L'immeuble Editions Delcourt (2008) Editions originales : Norton & Cie (1981, 1982, 1983, 1986) Public : tous les amateurs de bande dessinée en âge de comprendre une planche de BD Pour les bibliothécaires : Simplement incontournable.

"La grande ville n'est au fond qu'une ruche de béton et d'acier..."

Will Eisner est un génie. Oui, c’est la nouvelle de l’année ! Heureusement qu’IDDBD est là pour vous le rappeler. Oui, vous avez le droit de vous moquer. Mais est-ce que ça vous est déjà arrivé ? Savoir qu’un artiste est un mythe et pourtant être à chaque lecture surpris par son talent… Je le savais pourtant. J’étais prévenu ! J’ai même lu des dizaines d’articles ou de livres là-dessus. J’avais des éléments de comparaison ! Pourtant en tournant les pages des trois volumes de New York Trilogie de Will Eisner, je ne pouvais m’empêcher de répéter : « c’est génial ! C’est génial ! C’est génial ! ». Au point d’obliger ma femme à aller lire son roman (un livre sans image) plus loin. Pour recadrer cette trilogie dans son contexte, brève histoire de l’auteur. Après la seconde guerre mondiale (à laquelle il participe en tant que dessinateur), Will Eisner ne rencontre pas le succès escompté avec The Spirit, son pourtant fameux personnages de détective privé créé en 1939. En 1952, il abandonne la série et se consacre à son métier d’enseignants à l’école d’arts visuels de New York. Durant les années 60 et 70, il dessine peu de bandes dessinées. Mais son envie d’évoquer sa ville, sa population et son passé devient le ferment d’une nouvelle approche dans son œuvre. Elle forge surtout une période charnière de l’histoire de la BD américaine. En effet, en 1978, il publie A Contract with God (Un pacte avec Dieu) considéré comme l’un des premiers romans graphiques. Jusqu’à sa mort à l’âge de 87 ans en 2005, Will Eisner consacre la majorité de son œuvre à l’histoire du petit peuple New Yorkais. New York Trilogie regroupe les nombreuses histoires publiées dans les albums Big City édités dans les années 80. Pour plus de précision concernant l’édition Delcourt, je vous invite à cliquer sur ce lien démêlant les tenants et les aboutissants de cette publication. Durant ces récits, parfois longs parfois courts, parfois muets ou bavards, Will Eisner croque avec un talent d’observateur hors du commun le folklore de la vie urbaine sous ses aspects les plus divers. Utilisant trois focales correspondant aux trois albums (Les Gens, La Ville, L’immeuble), il mélange poésie du quotidien et fantastique, situation improbable et analyse sociologique. Comme l’a fait Woody Allen au cinéma, il signe une véritable déclaration d’amour à sa ville et à toutes ses composantes. Mais surtout, les pages de Will Eisner grouillent, virevoltent de vie. Il créé des planches audacieuses, n’hésitant pas à casser les codes de la bande dessinée classique, utilisant le texte comme un dessin et son trait comme une phrase. Un trait précis, efficace et dynamique doté d’un sens de la composition et de la mise en scène inimitable. Avec Will Eisner, une bouche de métro devient la scène d’un petit théâtre urbain et un immeuble le personnage central de la vie de quatre personnes d’origines diverses. Il ne suffit que d’un instant pour pénétrer dans l’atmosphère poussiéreuse et enfiévré de la rue new yorkaise. Dans cet espace de liberté, les éléments graphiques et narratifs sont intimement liés. L’art de la fusion texte-image qu’est la bande dessinée prend tout son sens. La modernité frappe et on contemple comme un enfant, en se taisant doucement. On prend un cours de BD. On rit et on pleure. Et au milieu, ce personnage, un petit bonhomme incrusté dans les pages le nez sur un carnet de croquis, invisible mais présent : l’observateur du quotidien. Dans le dessin de Will Eisner, il y a, on le devine, des heures et des heures de regards sensibles posés sur le monde. Un regard d’artiste, un regard de génie furieusement poète. A découvrir : le site officiel de Will Eisner (en anglais) A lire : la biographie de Will Eisner sur Wikipedia A (re)lire : la chronique de KBD sur Un Contrat avec Dieu brillamment rédigé par notre ami Champi A noter : cette chronique s'inscrit dans le Reading Comic Challenge de Mr Zombi. Un album qui entre dans l'option A mort les superhéros !

Info du jour | Sauvons les requins !

IDDBD se fait aujourd'hui le relais d'un appel. Les Requins Marteaux, l'une des plus intéressantes maisons d'éditions alternatives du moment, est une petit entreprise qui connaît malheureusement la crise. De notre côté, on ne peut rien faire d'autres que relayer cette information. Voici un extrait du message : [...]La mauvaise, vous vous en doutez peut-être déjà c'est que nous sommes dans une sale passe... On peut invoquer pas mal de raisons, la crise qui touche le secteur, des livres de qualité certes mais difficiles et quelque peu onéreux… Mais c’est comme ça ! On aime chacun de nos bouquins et nous sommes extrêmement fiers de ce catalogue qui donne tant de sueurs froides à nos représentants et si peu de satisfaction à notre banquier. Comment nous en sortir alors ? Nous sommes en train d’explorer plusieurs pistes. Premièrement, il est hors de question de couiner en vous demandant de faire des dons à notre gentille association. Non ! Non ! et re-non! Pour régler notre problème de trésorerie, qui s’élève tout de même à plus 60 000 € (oui, 60 000), nous allons vous mettre face à vos responsabilités chers amies et amis des Requins Marteaux ! Car ces 60 000€ nous les avons! Nous les avons sous forme de livres, de t-shirts et autres bienfaits de la société de consommation. Vous les achetez ? Nous sommes sauvés ! Vous les achetez pas, et bien les Requins Marteaux finissent comme Jimi Hendrix ! Après tout pourquoi pas ? Bon je dis ça mais en même temps, non pas que ça me dérange de mourir dans du vomi et des supers accords de guitare, mais ça me briserait sérieusement les noisettes de fermer boutique ! Alors voilà, tout ce que j’ai à vous offrir, c’est une win-win situation ! Vous achetez nos trucs, on continue d’exister et du coup vous pouvez continuer d’acheter nos trucs et peut-être même vos enfants peuvent à leur tour acheter nos trucs et comme ça tout le monde est content ! Faites ce geste simple et nous serons sauvés… mais pour l’instant tout ce que je peux vous promettre ce sont des larmes et de la sangria ! Dans les jours et semaines à venir, les Requins Marteaux vont vous proposer un nombre impressionnant d’opérations commerciales destinées à renflouer nos caisses. Ventes de livres, d’originaux, projections de films, conférences, concerts, visites surprises chez nos amis libraires Bisous et patati et patata ! (vous pouvez déjà télécharger notre affiche de soutien ici  et la placarder chez vous ou la distribuer dans la  rue). Voilà! D'ici quelques mois nous saurons si une activité originale comme la nôtre a encore lieu d'être en 2011. Et c’est VOUS qui allez en décider… Alors quelle qu' en soit l'issue, tout ceci se terminera dans une Méga Fiesta dont j'ai le secret dans un endroit connu de moi seul ![...] Voilà, pour que des livres soit publiés il faut des auteurs mais aussi des éditeurs de talent pour transformer la matière en écrin somptueux. Quand on a lu le Pinnochio de Winschluss ou les Autobiography of me too de Guillaume Bouzard (et ce ne sont que des exemples on pourrait également parler de Nine Antico ou Tanxxx) on est vite persuadé de la qualité de cet éditeur. IDDBD est avec les requins marteaux ! Et vous ?

Pitch du jour | Metropolis

MetropolisAujourd'hui, nous faisons un petit focus sur l'une des dernières parutions d'une maison d'édition qu'on aime bien : Les Enfants Rouges. "Metropolis, la cité de l’avenir est gouvernée d’une main despotique par Joh Fredersen. La ville est divisée en deux secteurs : la partie haute, la ville des maîtres entourée de magnifiques jardins verdoyants, lieu de résidence d’une minorité de privilégiés et la partie basse, la grouillante et crasseuse ville des travailleurs, où survivent des ouvriers qui assurent le fonctionnement de la cité rivés à des machines avilisantes. Un jour, Freder, le fils de Fredersen, va rencontrer Maria, esclave de la ville basse qui prêche la bonne parole aux travailleurs. Avec elle, il va découvrir les bas quartiers et la misère. Bouleversé, il va essayer de défendre la cause des travailleurs auprès de son père sans grand succès. Fredersen décide alors de créer, avec l’aide de Rotwang, un robot…" Metropolis est l'adaptation par Christophe Girard du film du génialissime Fritz Lang (lui-même adapté d'un roman de Théa Van Habou). Nous avions évoqué récemment M de Jon J. Muth qui était l'adapation de M le maudit de ce même duo de créateur. Pour en savoir un peu plus, rendez-vous sur la fiche album de l'éditeur.

Chronique | Le Bleu est une couleur chaude

scénario et dessins de Julie Maroh Editions Glénat (2010) Public : A partir de 15/16 ans Pour les bibliothécaires : cet album fait tout simplement partie de ma bédéthèque idéale. Comme ça c'est réglé. Prix du public Angoulême 2011 (14,90€)

"Si j'avais été un garçon, Clém' serait tombé amoureuse de moi quand même..."

Clémentine a 15 ans et se rend à son premier rendez-vous galant lorsqu’elle croise une jeune femme aux cheveux bleus dans la rue. Quelques mois plus tard, alors qu’elle est entrainée dans un bar gay par son meilleur ami, elle la retrouve. Elle s’appelle Emma. C'est un coup de foudre et  le début d’une histoire d’amour à la fois douloureuse et profonde entre les deux jeunes femmes… J’ai la faiblesse de croire que les livres peuvent changer l’existence des gens, de croire que l’imagination et la créativité peuvent être plus fort que mille discours moraux. Je suis persuadé que des albums comme Le Bleu est une couleur chaude peuvent apporter des réponses ou apaiser des jeunes gens qui luttent contre leur propre nature, parce qu’elle n’est pas « bien », parce qu’elle n’est pas « normale ». Pourtant, je n’ai pas non plus l’impression que cette BD ait été écrite pour prouver ou démontrer quoique se soit mais bien dans le seul but de raconter une histoire. Le Bleu est une couleur chaude est une simple histoire d'amour, plus compliquée que les autres c'est vrai, mais qui n'en demeure pas moins véritable et terriblement humaine. Cette BD n'est pas militante par son approche, elle l'est par la justesse de ses propos. Julie Maroh réussit à dépasser cette soi-disant différence pour nous montrer un véritable amour romantique. Ici, il n’est pas question de soleil illuminant les champs de blé ni de chamallows grillés au coin du feu, dans ce récit tout est digne malgré la réalité qui n’épargne pas les amours outrageants. Au bout, les sentiments affluent comme une vague… bleu évidemment. En lisant Le Bleu est une couleur chaude, vous passerez par tous les états possible. Cet album fait parti de ces œuvres qui, par on ne sait quelle magie, réussissent l’exploit de former un tout, une copie presque parfaite de l’existence, où durant quelques pages se mélangent la vie et la mort, la renaissance et l’éternité, la joie, les peines, les déceptions… Tout cela est rendu possible par les qualités d’écriture indéniables de Julie Maroh. Son style est impeccable, clair, son scénario alterne les phases d’emballement et de calmes, laissant les silences, l’attente et les sentiments s’installer. Côté graphisme, elle étonne en mélangeant des influences assez classiques (sa bichromie bleu/noir et son trait me rappelle dans une certaine mesure les Sambre de Yslaire) et une part d’onirisme magnifique (des planches pleines pages de toute beauté). Cet album, outre son titre, n’est pas non plus sans rappeler Blue, le chef d’œuvre de la mangaka de Kiriko Nananan. On y retrouve le même plaisir du silence, la même finesse de trait, la même volonté intimiste, la même force surtout. palseches Si je voulais être pénible, je dirais que Julie Maroh n’a pas encore donné toute la mesure de son talent. On peut en effet discuter de certains passages, moins brillant sur le plan graphique et/ou narratif. Mais incontestablement, avec ce premier album – son premier album – elle entre directement dans l’antichambre des grands. Si je voulais m'avancer, ses qualités graphiques et surtout d’écriture lui permettront sans doute de signer des œuvres de très hautes qualités, à la hauteur d’un Fred Peeters ou d’un Larcenet. Il suffit de lire Blast ou Lupus pour vous faire une idée de mon point de vue. Maintenant la patience est de mise. En attendant, je vous invite à relire et à faire lire cet album rare. Le Bleu est une couleur chaude a reçu le prix du public au FIBD d'Angoulême en 2011. Cet album m’ayant été conseillé par Mo’, Choco (et mon Padawan, elle se reconnaitra) il entre donc dans le challenge Pal Sèches de Mo’ (ouf plus que 2 !). Et comme Julie Maroh est une bien jolie fille, il entre également dans le cadre du challenge Women BD de Théoma. Et zou ! A découvrir : le très beau blog de Julie Maroh A voir : toujours sur le site de Julie Maroh, l'émission Un Monde de Bulles consacré à l'homosexualité dans la BD A lire : la critique de Ginie sur B&O, celle de Mo' et tiens celle de Choco aussi !

Nouveau challenge !

L'éternel retour du commencement du début...

On m'y reprendrai plus, je l'avais assuré ! Et pourtant... Après le "Pal Sèches" de Mo' que je n'ai pas terminé (pourtant je fais petit bras), le challenge Women BD de Théoma que je n'ai pas commencé (bon en même temps c'est 1 BD minimum donc ça devrait le faire), me voici avec un nouveau challenge sur les bras ! Le Reading comic challenge de Mister Zombi himself. L'idée est simple : lire un maximum de BD américaine évidemment. De Picsou à Batman, de Crumb à Eisner, vous avez le choix ! Donc pour IDDBD c'est parti pour le niveau Acolyte (5 comics dans l'année) avec non pas une comme proposé au départ mais 2 options : l'option A mort les super-héros (j'vais encore me faire des copains tiens) où il s'agit de lire la moitié de comics sans super-héros et l'option Adaptation qui consiste à parler d'adaptation cinéma, TV, etc d'un comic book. Et bien ça promet ! Donc quand vous verrez ce joli petit logo, et bien vous pourrez dire : 1 de moins !

Dimanche KBD : Monster

Encore un beau dimanche et comme chaque dimanche le collectif KBD vous propose une nouvelle synthèse. Aujourd'hui c'est le docteur Tenma qui vous donne rendez-vous pour LE thriller manga : le très fameux Monster de Naoki Urasawa, une histoire de serial-killer comme on les aime ! >>>Pour retrouver les chroniques des oeuvres de cet auteur génial sur IDDBD c'est par ici<<< >>> Et pour nous rendre visite sur KBD c'est par là ! <<<

Info du jour | Interne T.2

interne2_david-de-thuinC'est toujours avec un certain plaisir que nous recevons des nouvelles de David De Thuin. En effet, ses messages sont souvent synonymes d'une nouvelle parution. Et la particularité première de cet auteur, illustrateur, entres autres de Zélie et Cie (dont ma plus grande fille est très fan) est d'auto-publier ses propres œuvres. Pourquoi ? Disons que c'est sa conception de l'expression "faire un livre". Une belle démarche personnelle que nous supportons avec enthousiasme ! Sur IDDBD, nous l'avons connu avec le fabuleux Roi des Bourdons, sa première série auto-publié. A l'époque, 2006 déjà, Mike ne tarissait pas d'éloges à son propos. Et d'ailleurs, nous n'avions pas tord car le bouche à oreille avait fait son petit effet chez les amateurs et les libraires spécialisés. Aujourd'hui, David De Thuin sort le deuxième volume d'Interne, un recueil d'anecdotes personnelles avec des petites pages supplémentaires qui ne vont pas nous faire regretter l'achat. Bref, faites-moi confiance, David De Thuin c'est de la bonne BD auto-produite ! >>> Pour la commande c'est par ici <<<<

Chronique | Dallas Cowboy

dallas_cowboy_larcenetscénario et dessins : Manu Larcenet Éditions : Les Rêveurs (1997) Collection : On Verra bien Public : Adulte Pour les bibliothécaires : Important pour une bédéthèque de grande taille, plus anecdotique pour les moyennes, à oublier pour les petites.

"la nuit, il se passe des trucs étranges"

Au départ, j’avais envie de faire une chronique du second volume de Blast. Puis, j’ai lu les nombreuses critiques qui ont déjà été faites un peu partout. La plupart sont, à juste titre, dithyrambiques et beaucoup de belles analyses ont rendu hommage à une série qui, c’est mon humble avis, confirme mon impression initiale. Blast marquera pour très longtemps l’œuvre de Manu Larcenet. Ainsi, plutôt que de répéter des choses qui ont déjà été évoqués en mieux, je préfère consacrer ma chronique (et mon temps qui vaut ce qu’il vaut mais quand même) à un album qui date de 1997. Le siècle dernier donc. C’était bien avant la reconnaissance du grand public avec Le Combat Ordinaire ou le Retour à la terre. Il date d’une époque où Blast n’aurait pu sortir chez un éditeur comme Dargaud et où Larcenet était en froid avec les indépendants. La solution était toute trouvée, publier soi-même ses livres. Dallas Cowboy fait donc partie des premiers titres parus chez Les Rêveurs (de runes à l’époque). Dallas Cowboy, L’artiste de la famille, On fera avec, Presque… Dans ces premiers livres, Manu Larcenet adopte un ton très différent, en tout cas très différent des albums d’humour qu’il créé à l’époque. Introspectifs, ils sont à chaque fois des réflexions sur son passé, sa condition d’artiste, sur ce qui l’a marqué en tant qu’homme. On découvre avec étonnement un autre Larcenet, au graphisme sombre. Mais c’est surtout l’écriture de l’auteur qui frappe, cette plume qui lui permet de mettre les mots sur ses maux et de toucher avec justesse le cœur des événements et des lecteurs. Bien entendu, nous ne sommes pas encore au niveau de Blast. Dans Dallas Cowboy, Manu Larcenet cherche le sommeil à l’heure où Juvisy se réveille. A la lueur des premiers rayons de soleil, il laisse aller son esprit, sa mémoire et ses angoisses. Et déjà les mots frappent : « Quand j’étais petit j’étais heureux ? Mmh… non… J’étais gros… déjà ! ». Oui, de là à franchir le rubicon de la comparaison avec Blast… Non sans moi. Alors , où le petit Manu arborant fièrement le T-Shirt des Cowboys de Dallas nous emmènera-t-il ? Loin, très loin dans l’esprit du personnage/auteur, entre le présent moite d’une chambre où le sommeil tarde à pointer et le passé ingrat fait d’humiliations et de souvenirs sombres. Ce court récit oscille sans cesse dallas_cowboy_larcenet_3entre ces états et sont marqués par un changement de style graphique. D’un dessin gros pif proche de celui de Bill Baroud on passe à des masses noires formant des personnages aux traits cadavériques et des paysages inquiétants. Ici, seul le présent apparaît comme réel, le reste, le passé, n’est constitué que de figures floues et malsaines. Pour le lecteur, ce n'est pas facile d’être dans la tête de ce Manu Larcenet là. Il est sans concession et cherche à expliquer… Quoi ? La question est bonne. Elle est sans aucun doute le moteur principal de l'intérêt du récit. On ne pourra pas répondre, les albums de BD ne remplace pas une psychanalyse. Soyons clairs. Ne cherchez pas dans cette chronique une tentative pour lier Dallas Cowboy à l’œuvre actuelle de Manu Larcenet. Cet album et les autres ne sont pas des prémisses à Blast, pas plus que ceux d’un Combat Ordinaire. Ils ne vous révéleront pas les clefs de l’esprit de Polza Mancini, pas plus que celui de l’auteur de ces magnifiques albums. Ils sont pourtant à mon avis, non pas essentiels, mais important pour comprendre et prendre la pleine mesure des évolutions d’un auteur devenu un incontournable. Pour détourner un peu la célèbre phrase de Mère Thérèsa : "ce ne sont que quelques page dans un livre mais si elles n’étaient pas là, elles manqueraient…" A consulter : la fiche album sur le site des Rêveurs A lire : la chronique (de 2006) de Mike consacré à Presque... D'ailleurs il rend hommage à un certain bibliothécaire 😉 A voir : la vidéo d'Un Monde de Bulles consacrés à Blast et à Larcenet (entres autres)