Chronique | Trop n’est pas assez

trop-n-est-pas-assez-lustscénario & dessins :  Ulli Lust (Autriche) Editeur : çà et là, 2010 Editeur original : Ulli Lust & avant-verlag (Berlin), 2009 Public : Adulte Pour les bibliothécaires : ses deux prix lui donnent une valeur non négligeable, son contenu un peu moins. Plaira aux amateurs du genre. Prix élevé : 26€

Punk Movie

Eté 1984, Ulli, jeune punk autrichienne de 17 ans, décide de partir sur un coup de tête vers l’Italie avec Edi, une fille déjanté qu’elle vient à peine de rencontrer. Sans argent ni papier, les deux filles se lancent dans un road movie fait de galères, de rencontres, de bonnes et de mauvaises surprises. Ici la seule règle est la liberté… Pour son second album paru en France, l’autrichienne Ulli Lust signe un autoportrait de plus de 400 pages, un pavé de souvenirs : portrait d’une jeune femme en construction, portrait de l’état d’esprit punk, portrait d’une époque et d’une génération d’inconscient qui allait être rattrapé quelques années plus tard par le SIDA. Il fallait bien 450 pages pour en parler. Mais étonnement, malgré avec un titre encourageant, tout cela est conçu dans un classicisme absolu voire soporifique. Attention, quand j’écris classicisme, je ne parle pas de lignes claires à la Tintin. Mais avec le temps, les nouveautés d’hier sont les standards d’aujourd’hui et il faut bien avouer que le format proposé ici n’apporte rien ou pas grand-chose ni sur la forme, ni sur le fond. Il faut dire qu’en matière d’autobiographie, les dernières années ont été foisonnantes : Le Journal de Fabrice Neaud, L’Ascension du Haut-Mal ou Persepolis pour ne citer que les séries les plus connues ont tout de même apporté des références au genre. Je suis désolé de dire qu’il faut maintenant faire avec et souffrir de la comparaison. Et ici pas de surprises. Quelques photos ou lettres manuscrites apporte un sentiment plus fort de réalité. Et après, bien…400 pages peuvent paraître un peu longues quand la structure du récit est aussi linéaire. En comparaison, j’avais beaucoup apprécié Rock N’Roll life de Bruce Paley et Carol Swain (chez ça et là également). Cet album racontait les aventures autobiographiques de Bruce Paley durant les années 70/80, la vie d’un marginal dans les années rock. Les histoires étaient courtes, n’étaient pas classés chronologiquement mais l’ensemble gardait une vraie cohérence. Le thème était le même… mais 20 ans plus tôt. Mais avec Trop n’est pas assez, sous le couvert de la totale liberté, j’ai plutôt eu l’impression d’assister à un délire d’étudiantes écervelées. L’extrême des situations et surtout leur incapacité à se rendre compte des dangers m’ont plus souvent agacé que dérangé et encore moins passionné. Evidemment, certains thèmes sont intéressants comme le portrait au vitriol de la gente masculine, les états d’âme de l’héroïne ou sa démarche d’apprentissage. Certains moments apportent même un regard neuf quand ils s’encrent dans la grande histoire (je pense à l’évocation des premiers malades du SIDA). D’accord, mais ces instants de grâce disparaissent rapidement laissant la place à des poncifs vieux de 10 ans lus, relus et digérés. Tout cela est bien classique, bien trop pour m’emporter dans le récit. Honnêtement, il ne faudrait pas que la bande dessinée "indépendante" tombe dans les travers du roman français (pour le coup c’est une autrichienne) à savoir de l’autobiographie finalement un peu bidon qui cache le manque d’inspiration. A mon sens, ce n’est pas parce que l’on fait 400 pages, qu’on parle de culture alternative et qu’on dessine en noir et blanc qu’on est forcement digne d’intérêt... surtout à 26€ l’album ! Si les albums tirés des blogs girly sont insipides à souhait, leur pendant intellectualo-femino-autobiographiques n’en valent pas plus la peine. Je suis bien embêté car cet album a tout de même reçu deux prix : le prix Artémisia 2011 de la BD féminine et le prix Révélation d’Angoulême 2011. A la lecture des autres blogs, j’ai également l’impression d’être seul au monde. A tord ou à raison, mon conseil est de vous reporter sur des albums comme La Parenthèse d’Elodie Durand, (également prix révélation 2011) d’un intérêt bien plus profond. D'ailleurs j'essayerai d'en parler dès que possible.

8 réflexions au sujet de « Chronique | Trop n’est pas assez »

  1. "Mais avec Trop n’est pas assez, sous le couvert de la totale liberté, j’ai plutôt eu l’impression d’assister à un délire d’étudiantes écervelées. L’extrême des situations et surtout leur incapacité à se rendre compte des dangers m’ont plus souvent agacé que dérangé et encore moins passionné."

    Voilà, tout est dit ^^ Je n'ai pas lu l'album et je suis justement très réticence à le découvrir. Tu mets en mots les appréhensions que j'ai suite à la lecture de plusieurs avis de lecture. Je pense que je réagirais comme toi à cette lecture, je pense donc que je vais faire l'impasse sur cet album

    1. Après, ne juge pas sans avoir lu. C'est mon avis et tu sais combien nous sommes parfois radicalement opposés. Mais c'est vrai que j'ai été particulièrement agacé par cet album. Je pense toutefois qu'Ulli Lust est une artiste intéressante. Son choix de bichromie noir/vert et son dessin volontairement (enfin j'espère) "crade" colle bien à l'univers Punk. Mais après, si chacun raconte ses histoires de délire un peu extrême en prétendant être particulièrement intéressant, on n'est pas sorti.

      Mais bon, je n'ai pas le monopole du bon goût même si je considère cet album comme un album de "cultureux". Notez que d'habitude je défends les albums de çà & là, souvent intéressant, pertinent voire novateurs mais là… Non.

      1. j'ai tout de même du mal à passer outre mes représentations sur l'album malgré le fait que tu tentes d'atténuer. Oui, on a parfois des ressentis complètement différents. Je crois (??) que mon ressenti est plus proche que celui de Choco mais, à la lecture de son avis sur l'album d'Ulli Lust, j'avais déjà eu cette impression que je réserverais un mauvais accueil à ce récit. Ensuite… hum hum… comment juger sans avoir lu ? La question est entière ! Comment entrer objectivement dans une lecture que déjà je rejette ? J'ai vu à ma bibliothèque qu'ils venaient de rentrer l'album. A l'occasion, je me prendrais 1/2 heure pour lire les premières pages…

        1. Juger sans avoir lu ? Vaste question. C'est vrai que c'est difficile de changer d'avis sur un album qu'on ne sent pas très bien. Mais parfois, on a de bonnes surprises aussi.
          Je ne tente pas d'atténuer, je pense sincèrement qu'Ulli Lust a un talent certain mais pour l'album en lui-même… bôf.
          Pratiques les bibliothèques 🙂

  2. Avis très intéressant … bien perçus ce road-trip … pas ou peu trippant … pour toi !

    ça se tiens ce que tu avances …. il est clair pour moi que la comm' faite autour de se livre as bien fonctionné.

    que le côté pendant intellectualo-femino-autobiographiques, fonctionne !!

    Après perso, j'ai fais lire ce livre, il as été bien aimé … et de ma lecture aussi, j'ai pas trop mal aimé sans y mettre un coup de foudre non plus !!

    Comme tu dis, Ulli Lust est je pense aussi, une artiste intéressante .

    1. Désolé Oliv pour le temps de publication de ton commentaire. Je ne modère personne mais le tien a été mis dans "indésirable"… Ce n'est pas de mon fait, personne n'est indésirable sur IDDBD 🙂
      C'est surtout le côté "pénible" des deux héroïnes qui m'a agacé. Après je maintiens ce que j'ai dit à propos d'Ulli Lust mais aussi de la catégorie de son album. Quand je le compare à d'autres, je le trouve peu intéressant. C'est mon expérience de lecteur qui parle. Et mes goûts personnels évidemment 🙂
      La com' sur cet album, je ne sais pas. Oui, peut-être… Ce n'est toutefois pas trop le genre de çà et là de jouer plus sur la com' que sur la qualité.

  3. Hum… si mon avis sur cet album était plutôt positif, je garde malgré tout une certaine réserve que je n'ai peut-être pas assez exprimé dans mon article. Le dessin ne m'a pas spécialement enthousiasmé et j'ai trouvé tout de même cette odyssée un peu longue en effet. ON pourrait retirer une petite partie de cet album sans que ça perturbe la lecture. Bref un album intéressant à lire, je trouve, mais de là, à le couvrir de prix…non !

    1. Oui, je pense qu'avec 150 pages de moins ça deviendrai un peu plus agréable.
      Toutefois, les personnages m'ont beaucoup trop agacé pour que j'en fasse un conseil de lecture.
      Pour les prix… mouais, franchement on est loin de la qualité de La Parenthèse.

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