Chronique | L’accablante apathie des dimanches à rosbif

scénario de Gilles Lahrer dessins de Sébastien Vassant Editions : Futuropolis (2008)
Public : Adultes Pour les bibliothécaires : un titre qui ne pâtira pas du temps qui passe. Incontournable à mon sens.

Viande froide

Brice Fourrastier est un dandy moderne. A 40 ans, cet humoriste remporte un large succès avec ses spectacles. Entre ses passages à la télé, ses tournées avec Jicé son éternel régisseur et ses nuits avec les plus belles filles du showbiz, ce pur hédoniste en profite un maximum. Il semble heureux même si des maux de ventre récurrents lui gâchent la vie. Après examen, ces douleurs sont très sérieuses, beaucoup trop. Le pronostic est clair : il lui reste 3 mois à vivre. Que faire ? Si certains se lamentent, Brice décide de se lancer dans une dernière aventure… LA toute dernière aventure… L’Accablante apathie des dimanches à rosbif est un album qui m’a, passez-moi l’expression, retourné comme rarement. Deux fois en deux lectures. Parfois on se sent grandi par une lecture, ragaillardi par une émotion positive ou la sensation d’avoir découvert un livre incroyable. Cette sensation est rare mais c’est elle qui nous pousse à ouvrir un album inconnu, à aller plus loin dans la recherche de la perle rare. Mais L’Accablante Apathie ne fait pas partie de cette catégorie. Pourtant, je ne peux honnêtement pas vous dire que c’est mauvais. C’est même un bon album, bien écrit et peut-être même trop bien. Le scénariste a su alterner le rythme de l’histoire, laissant le larmoyant pour le début et la fin. Le reste est juste, souvent drôle, parfois un peu trop bavard même si ça correspond assez bien au personnage principal. Le trait est agréable, dans l’esprit de la collection Futuropolis : un mélange de classicisme et de nouveauté. A ma plus grande surprise cet album m’a fait mal. J’en suis ressorti avec un sale goût dans la bouche, avec la sensation inverse de celle évoquée plus haut. Pas grandi, non, cassé plutôt par cette constante et impossible lutte contre la mort. Cette inexorabilité qui est accepté, non sans difficulté, par le héros. Étonnement, si certaines personnes angoissent à la simple pensée de la mort, ce n’est pas mon cas. Je trouve même la mort assez fascinante quand elle est la matière première d’une création artistique. Mais alors pourquoi ce rejet ? J’avoue être dubitatif vis-à-vis de cette question. Une identification au personnage ? Pourtant nous n’avons rien en commun. Aurais-je sans le savoir pris sa place en me confrontant via les planches de l’album à la mort ? La regardant dans les yeux avec la sensation qu’elle a déjà gagné ? Un début d’explication peut-être. Ou alors c’est le cheminement du personnage : d’un côté, Brice veut rester ce qu’il est jusqu’au bout pour le public et pour ses proches ; de l’autre, sa situation est telle qu’il laisse poindre les larmes sous son maquillage de clown et se dévoile peu à peu jusqu'à la chute de la carapace du dandy. Oui, l’Accablante Apathie des dimanches à rosbif raconte cela : la rencontre entre le sourire de l’artiste et la détresse de l’humain et surtout comment il en arrive à lancer cet ultime adieu  en forme de pied de nez chargé d'amour et de tendresse à tous ceux qui l'ont aimé. Bouleversant. Aurais-je trouvé ma clef pour apprécier cet album ? Assurément, l’Accablante Apathie des dimanches à Rosbif est un album marquant pour celui qui aura le bonheur ou le malheur de l’ouvrir. Dans tous les cas, on en ressort touché. C’est vrai, le sujet s’y prête. Mais il y a autre chose dans cet album qui restera pour moi un mystère. Incontestablement une réussite. A lire : la magnifique chronique de D.Wesel sur BD'Gest A lire : également : la non-moins efficace chronique de notre ami Mo' ( a qui j'ai piqué des visuels, merci Mo')

5 réflexions au sujet de « Chronique | L’accablante apathie des dimanches à rosbif »

    1. Merci Lunch.
      Oui, je me répète mais ce récit fait très très mal. Libre à chacun d'ouvrir ce livre est d'en prendre ce qu'il pourra.

  1. Clair qu'il dérange cet album… on y sera tous confrontés tôt ou tard à cette question et ce n'est jamais agréable de se retrouver face à ce constat. Avec le recul, il y a un côté "rassurant" aussi à cette histoire, le fait que Brice fasse face à la situation, que ce ne soit pas "si insurmontable que cela" malgré la difficulté (bon… pas trop envie de spoiler dans les commentaires). Ton avis me donne envie de relire "L'Accablante" pour rafraichir les souvenirs de cette lecture (pour les visuels… bah ^^)

    1. Oui on y est tous confrontés. Mais, comme je le dis dans ma chronique, ce n'est pas une chose qui me dévore l'esprit. Mais là, je l'ai pris en pleine poire.
      Mais c'est vrai que le message n'est pas "négatif" au sens propre, il y a une dose "d'espoir".

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *