Chronique | Le jeu du chat et de la souris

Jeu_du_chat_et_de_la_sourisscénario et dessins de Setona Mizushiro 2 volumes (série terminé ??) Editions Asuka, 2010(collection Shojo) Edition originale Shogakukan, 2009 Public : adulte de + 18 ans Pour les bibliothécaires : un très bon Yaoi, série à avoir dans son fonds (malgré des scènes très explicites)

Petit jeu entre amis

Le manga, c’est autant de genres que de catégories de personnes. Le manga, il y en a pour tous les goûts : le seinen pour les adultes, le josei pour les femmes, le gekiga pour les amateurs de romans graphiques, les shonen pour les garçons, le shojo pour les filles… Et puis il existe encore des sous-catégories comme le yaoi et le yuri… Question à deux euros cinquante : c’est quoi ? Les œuvres traitant de l’homosexualité, féminine avec le yuri, masculine avec le yaoi. Si j’ai eu l’occasion de lire et de vous parler de yuri avec notamment l’excellentissime Blue de Kiriko Nananan et Love my life de Jeu_du_chat_et_de_la_souris2Ebine Yamaji, je n’avais jamais abordé la thématique de l’homosexualité masculine ni dans mes lectures ni dans mes chroniques… Pourquoi ? Je pourrais trouver des explications métaphysiques mais je m’arrêterai au côté gênant et masculin de la chose. Ce n’est pas glorieux je sais. Mais le hasard et une nécessaire lecture professionnelle m’a obligé à ouvrir le premier volume de cette série courte (deux exemplaires) mais efficace et suprenante. L’histoire est assez simple (quoiqu’un peu tordue). Kyoïchi n’est pas un époux très fidèle au point que son épouse engage un privé pour le suivre. Ce dernier n’est autre qu’Imagase, un ancien camarade de fac, qui lui propose de négocier afin de ne pas dévoiler ses informations compromettantes : il veut son corps… Débute alors une relation étrange faite de rejet et d’amour… En me renseignant sur les yaoi, je me suis aperçu que leur principal défaut est ce côté un peu mièvre, fleur bleue, romantique qu’on retrouve très souvent chez les mauvais shojo… Bon, il faut dire qu’ils sont justement destinés au public féminin (au contraire des yuri qui sont plus grand public). Et effectivement, le côté « je me prends la tête pendant 15 pages pour te dire que oui mais bon tu comprends » apparaît assez régulièrement. Toutefois, je ne me suis pas ennuyé lors de cette lecture. J’ai même lu les deux volumes d’une traite c’est dire !. jeu_chat_et_souris_imageLe dessin est d’un classicisme efficace mais jamais chargé, le découpage est rythmé. Les personnages ne sont pas non plus des caricatures du gay. Kyoïchi n’est certes pas Ryo Saeba (Nicky Larson) mais il est très masculin et Imagase n’est pas Renato dans la Cage aux folles. Si les scènes de sexes sont très crues, elles ne sont pas pour autant vulgaire mais forte en émotion et toujours justifié dans le fil du récit. Mais l’intérêt de l'histoire, bien plus que la relation amoureuse, c’est le personnage de Kyoïchi. Comment va-t-il évoluer ? Hétéro convaincu et marié, peut-il admettre son homosexualité ? L’est-il vraiment ? Le serait-il s’il n’avait pas rencontré Imagasé ? Toutes ces questions sont le véritable fil rouge du récit. Finalement, on regarde les choses se faire, les comportements évoluer et les sentiments changer. Tout cela avec beaucoup de finesse. Bref, une lecture très agréable (et courte) pour découvrir un pan de la culture manga que je ne connaissais pas encore. Une très « belle » œuvre, à conseiller... A lire : la critique sur manga-news

Chronique | La Revanche de Bakamé

couv_la-revanche-de-bakamescénario de Pieter Van Oudheusden dessins de Jeroen Janssen Editions La Boîte à Bulles (Contrepieds), 2010 Public : Adulte Pour les bibliothécaires : une approche intéressante d'un graphisme africain. Pas forcément un album référence.

Lièvres, Hyènes, Cochons

Après avoir été berné par le lièvre Bakamé, Mpyisi la hyène décide de se venger. Pour cela, il abandonne femme et enfant pour trouver Bwana Kero, un sorcier à l’obscure réputation. La revanche de Bakamé est une surprise. Bonne je n’en suis pas totalement convaincu mais c’est assurément un objet rare dans le petit monde de la BD. Publié par la Boîte à Bulles, cet album a l’allure des BD africaines tant sur le plan narratif – le scénario est l’adaptation d’une fable africaine – que graphique. En effet, le dessin avec son trait épais, cette caricature à outrance (en particulier dans les attributs sexuels des personnages), cette couleur quasiment directe, un remplissage très chargé de l’espace rappelle sans cesse les affiches africaines. Pourtant, les deux auteurs sont… flamands et hollandais !!!! Pour pénétrer dans cet album, il faut s’attendre à être bousculé dans ses principes. Principes graphiques évidemment car nous nous éloignons de nos habitudes occidentales (et même orientales car nous sommes ici aux antipodes du manga) mais aussi principes moraux car, outre la fable , les auteurs de cet album nous invite à lire une histoire et à juger les personnages d’une manière bien inhabituelle. C’est à mon avis la grande qualité de cette BD. Mais pour tout vous avouer, j’ai mis un peu de temps à pénétrer dans cet univers. Même si le graphisme ne m’a jamais empêché de lire une bande dessinée, j’avoue qu’il m’a fallu bien une dizaine de planche pour m’adapter. Cette multiplication des couleurs et ce graphisme baroque me faisait un peu peur. Et pourtant, peu à peu, la magie de la fable opère et nous voilà entrainé dans cet univers de petites lâchetés, d’égoïsmes et d'attrape-nigauds où la moralité semble bien éloignée des préoccupations des auteurs et des personnages. Sous l’apparence d’une fable coquine et humoristique, ce récit dresse un portrait pas toujours très glorieux de la société. La politique, la fidélité, l’amitié, la parole donnée, tout ça est passé à la moulinette… mais avec un humour second degré. Une vision très "africaine" je dirais. Il n’y a rien de bien sérieux dans cette histoire, pas même le tragique. En fait, La revanche de Bakamé, c’est un peu Aya de Yopougon mais en version bien plus trash. Ici, les personnages, mélange d’animaux et d’êtres humains, laissent parler leurs instincts les plus primaires, en particulier sexuels, ce qui les conduit dans des situations parfois cocasses et même souvent cruelles. Après, vous dire que c’est un incontournable… Je n’irais pas jusqu’à franchir le pas. D’habitude dans les fables le lecteur s’identifie un peu aux personnages et ici, c'est extrêmement difficile… à moins de particulièrement se détester car, dans l’ensemble, ils sont tout de même très antipathiques. A part ce bémol, La Revanche de Bakamé est une œuvre intéressante, surprenante sur le fond et la forme. Il manque un petit quelque chose pour faire rentrer l’album dans la catégorie des incontournables. Il reste cependant une bonne lecture, sous réserve qu’on arrive à passer l’obstacle des premières planches. Cette chronique a été réalisée pour l’opération Masse Critique. Merci à Babélio et aux éditions La Boîte à Bulles pour la découverte de ces auteurs africains du Nord (de l’Europe) ! A lire : l'interview des auteurs sur sceneario.com A lire : les autres critiques sur Babelio A découvrir : la fiche album sur le site des éditions La Boîte à Bulles

Info du jour | Hommage à la Librairie Le Feu Rouge

feurougeAujourd'hui, petite information teinté de nostalgie. Demain 15 février, la librairie Le Feu Rouge de Poitiers ferme définitivement ses portes. Cette librairie était un peu spéciale car elle était sans doute l'une des rares librairies spécialisées BD en France à promouvoir quasi-exclusivement la BD indépendante. Elle était la branche libraire des éditions FLBLB dont nous vous avons parlé quelquefois sur IDDBD. Je n'ai malheuresement pas assez fréquenté ce glorieux établissement, héritier des éditeurs-libraires du 18e siècle, lorsque j'étais étudiant... Et donc, jeune et c..., et donc plus préoccupé des BD commerciales à intérêt limité à l'époque. Après j'ai quitté Poitiers et suis revenu de temps en temps... Pas assez. En tout cas, je voulais leur dire ciao, bon vent et MERCI ! Que l'aventure continue éditoriale continue avec succès !!!! D'ailleurs, je vous conseille d'aller voir, si ce n'est déjà fait, l'exposition Petite histoire des colonies françaises actuellement visible à la Cité de la BD d'Angoulême !!! Et pour les infos FLBLb c'est ici !!!!

Dimanche K.BD : Donjon Zénith

Oui, je sais, cette semaine IDDBD, c'est plutôt glandouille et compagnie. On va se reprendre, promis. Surtout qu'on a plein de promesse à tenir alors... Mais en attendant, nous sommes dimanche, et comme chaque dimanche, retrouvez la synthèse de KBD ! Toujours sous le signe de l'heroic-fantasy, retrouvez la synthèse d'un premier tome de Donjon Zénith, l'aventure totalement folle de Joann Sfar et Lewis Trondheim. Donjon, depuis plus de 10 ans maintenant, c'est la folie des collectionneurs BD... Pour les bibliothécaires, c'est une horreur également... Pour nous, c'est un doux souvenir car Donjon est une des premières chroniques d'IDDBD (février 2006 déjà !!!)

Dimanche K.BD : Légendes des contrées oubliées

Nous sommes dimanche, et comme chaque dimanche, retrouvez la synthèse de KBD ! Février se place sous le signe des grosses épées et des monstres avec l'heroic-fantasy, un genre pas toujours apprécié des critiques de BD. Sous le blason, de KBD, nous allons essayer de vous faire découvrir (ou rédécouvrir) quelques bons albums ! Et Krom sais si il y en à ! Allez, c'est parti avec l'un des monuments du genre : Légendes des contrées oubliées >>> Pour retrouver la chronique d'IDDBD, c'est ici <<<

Info du jour | Expo « La BD avant la BD » à la BNF

Après le niveau assez médiocre des commentaires que j'ai publiés ces derniers jours sur IDDBD, je me sentais le devoir de redorer un peu mon blason bédéphile. C'est la raison pour laquelle je vous invite (profitez-en, c'est gratos) à visiter l'exposition virtuelle de la Bibliothèque Nationale de France consacrée à la BD avant la BD ! C'est non seulement très instructif (enfin, en ce qui me concerne...) mais également très ludique. Et puis, comment pourrait-on rater le Gros Plan de l'expo consacré à... "La vie de David" (:))