Info du jour | Angoulême 2011, le palmarès

5000kmparsecondeAh... C'est un blog sur la BD alors il faut qu'on parle du palmarès du Festival international de la BD d'Angoulême 2011 ! Oui... On s'en sort bien cette année. Art Spiegelman comme grand prix ! La classe ! C'est bizarre, je pensais qu'il lui avait déjà donné. J'ai dû me tromper. Dans l'ensemble, le palmarès a plus d'allure que les intitulés des catégories (Prix de l'audace !!!! N'importe quoi !). Le grand vainqueur est le superbe album de l'italien Manuele Fior : 5000 kilomètres par seconde. Une histoire d'amour, hymne aux voyages graphiques et colorés dans le temps et l'espace. Un très bel album c'est clair même si... Bref, je n'ai pas été transporté, touché ou frappé comme j'ai pu l'être avec des albums comme Pinnochio, Le Combat Ordinaire ou NoNonbâ... Mais peu importe après tout, le travail des éditions Atrabile mérite d'être mis en lumière. Il aurait pu l'être également avec Château de Sable étonnement absent du palmarès. Sans doute un peu trop exigeant ou, je ne sais pas... De toute façon, je me plante toujours alors 🙂 Sinon,  le Bleu est une couleur chaude de Julie Maroh que je n'ai pas lu mais qui est sur ma liste depuis au moins 3 mois mérite à mon avis le détour (Prix du public) tout comme l'impressionnant pavé Gaza 1956 du créateur de la BD de reportage Joe Sacco tandis que l'inévitable best de la fin d'année 2010, Asterios Polyp de David Mazzuchelli (pas lu non plus.... rooooh !) rafle le prix spécial du Jury. Fabien Nury et Sylvain Vallée touche le Jackpot avec le prix de la série pour Il était une fois en France (c'est Mike qui va être content). Nous sommes également très heureux pour les éditions çà et là qui gagne le prix révélation avec Trop n'est pas assez de l'auteure autrichienne Ulli Lust. Prix partagé avec le très bon La Parenthèse d'Elodie Durand (chez Delcourt)... Bref, cette année, un palmarès varié qui donne une bonne presse aux maisons d'éditions indépendantes. On est loin de l'abomination Pascal Brutal de l'an passé... fort heureusement. Pour connaître l'ensemble du palmarès, c'est ici !

Chronique | Comédie Sentimentale Pornographique

scénario et dessin Jimmy Beaulieu (Québec) Editions Delcourt (2011) Collection Shamphooing Public : Adultes Pour les bibliothécaires : un très bon album d'un auteur québécois. Pas essentiel dans un fonds moyen.

Histoire de Q

Je ne partage pas vraiment l’enthousiasme des foules sur le retour de la BD érotique. C’est vrai que  ça revient à la mode, d’ailleurs même les éditeurs de BD bien commerciales vendues chez Carrefour entre les légumes et les pots de haricots verts (bios de préférence) s’y sont récemment remis… Comme quoi les popotins, ça marche toujours. Bref, c’est vous dire, si le titre « Comédie sentimentale pornographique » ne me donnait pas franchement envie de découvrir pour la première fois l’œuvre du québécois Jimmy Beaulieu. Mais ne cherchez pas, en ce moment je suis difficile. La preuve, j’avais tord. Comédie Sentimentale Pornographique est même une très agréable découverte. Je ne sais pas dans quelle mesure Jimmy Beaulieu a été influencé par la "Nouvelle BD" européenne mais une chose est sûre, son album entre dans la droite ligne éditoriale de la collection dirigée par Trondheim. On retrouve un trait faussement simpliste, très énergique et expressif. Jimmy Beaulieu fait surtout preuve d’un réel talent d’écriture. Il fait cohabiter deux histoires qui ont uniquement deux points communs : une femme et un livre. La femme c’est Corrine, petite amie de Louis Dubois, réalisateur de film pour l’argent et auteur de BD pour le plaisir. Tous les deux sont fans des romans de Martin Gariépy, lui-même amoureux d’une lesbienne nommée Annie qui est en fait l’ex de …. Corrine ! Ah oui, j’oubliais, Louis quitte Montréal pour s’affranchir de la civilisation dans un hôtel perdu (qu’il vient d’acheter) d’une région perdue. Comédie sentimentale pornographique est donc une suite de scènes et une série de portraits liées par ces hypothétiques fils rouges que sont l'amour, les souvenirs, les fantasmes, une sexualité très assumée. Mais ici, le sexe n’est pas bardé de toute moralité ou immoralité. Il est vécu bien simplement, à la fois comme plaisir, dialogue et terreau de créativité. En fait, l'album est bien plus "érotique" que "pornographique". Car la créativité est aussi un thème récurrent de cet album. Entre l’écrivain et le dessinateur, l’un se nourrissant du souvenir fantasmagoriques de la petite amie de l’autre, la différence n’est finalement pas si grande. La présence d’un extrait du roman écrit par Martin à chaque début de chapitre fait écho à l'une des scènes où Louis parle de son travail à Corrine. Je ne résiste pas à vous retranscrire le dialogue :
-    Sérieux ! J’comprends pas pourquoi tu t’entêtes à faire un nouveau livre ! T’en as déjà fait 10000 ! -    Pffff ! C’est du dessin ! ça intéresse personne! Les gens veulent qu’on leur raconte des histoires! -    Mais c’est super beau ! -    Beau, beau… on s’en fout que ce soit beau… il y tellement plus que ça dans le dessin quand on a appris à regarder au-delà de la surface.
Si au début de l’album on se dit : où va-t-on ? On se laisse entrainer peu à peu par ces vagues de sentiments et de situations contradictoires. C’est très plaisant de parcourir les envies et les sentiments de ces personnages. Et pour reprendre les propos de Louis, sous le vernis du dessin érotique on trouve une grande pudeur chez des personnages auxquels on s’attache très rapidement. Si tous ont des manières différentes de chercher, tous sont en quête de sens  par l'écriture, l'isolement ou l'amour. Pour conclure, Jimmy Beaulieu rejoint la longue liste des auteurs de BD québécois que je relirais avec plaisir ! Avec Comédie sentimentale pornographique, il signe un album d’une extrême finesse où vulgarité et voyeurisme sont complètement absents. Un très bel album où poésie et onirisme règnent en maître. Merci à Babelio et à leur opération Masse Critique de m’avoir fait découvrir cet album ! A découvrir : le blog de Jimmy Beaulieu A lire : la chronique de Sud-Ouest A lire : un entretien (rapide) avec Jimmy Beaulieu A noter : cette chronique a été faite dans le cadre de l'opération Masse Critique de Babelio... Cliquez ici pour voir les autres critiques sur cet album

Chronique | Murena

Scénario de  Jean Dufaux Dessin de Philippe Delaby Editions Dargaud Série en cours (8 publiés à ce jour) Public : ado-adultes
Ma (pauvre) culture latine a évidemment débuté par le très classique cursus... des aventures d'Asterix le Gaulois ! Outre les très nombreuses citations latines, notamment énoncées par le second du bateau pirate, j'ai pu ainsi en apprendre un peu plus sur la vie du premier César (certes, à quelques approximations près...). Bon, j'ai encore un peu patiné avec Alix et son Jules (mais non, je ne parle pas d'Enak...). Mais il restait onze autres César à découvrir, comme me le disait encore récemment Suétone ! Bien entendu, j'aurai pu vous parler d'Auguste, de Tibère ou, mieux, de Caligula, mais bon... enfin bref... J'ai choisi de passer directement à Claude et, surtout, Néron avec la superbe série de Dufaux et Delaby. Lucius Murena, qui a donné son nom à la série, est un  jeune patricien romain que la proximité du pouvoir impérial va mener du Mont Palatin aux bouges des rives du Tibre. Cette descente aux enfers est donc  l'occasion pour nous de découvrir la Rome des règnes de Claude et de Néron. Et il faut bien reconnaître (à ma grande honte) que j'en ai plus appris au cours des huits tomes de Murena que sur les bancs de l'école ! D'autant que les auteurs ont eu l'excellente idée d'ajouter, à la fin des albums, quelques notes fort instructives qui éclairent les citations, événements et situations de l'intrigue. Mais je rassure les indécrottables cancres (auxquels je m'associe avec jubilation), Murena n'est pas qu'une longue leçon d'histoire latine. C'est surtout une suite d'aventures palpitantes. Alors je sais bien que je vous l'ai déjà vendu le truc des rebondissements, des coups de théâtre, et tout le toutim... Au cas particulier, pour une fois, vous ne serez pas déçus ! Personnellement, j'ai englouti les huits tomes de Murena à la vitesse d'un char lancé au galop autour de l'arène ! Il est vrai que la Rome antique reste certainement la capitale historique et internationnale des violents coups tordus, de la corruption généralisée au plus haut niveau de l'Etat, des cruelles intrigues, j'en passe et des meilleures. Autant dire que pour un scénariste de BD, c'est de l'or en barre (seule notre vieille Vème République pourrait rivaliser dans ce domaine...). D'ailleurs Dufaux ne s'est pas privé de saisir toutes les opportunités que lui offrait ce cadre ! Quant à Delaby, son superbe dessin sait mettre en valeur toute la beauté et la majesté de Rome, sans oublier les aspects moins nobles des coulisses impériales... L'ensemble donne une série à mon sens incontournable pour tous les bédéphiles avertis, qu'ils soient amoureux de la culture classique ou fans de péplums hollywoodiens (ou les deux !)... A lire : l'excellente chronique ("y a pas photo !" comme le dirait le Professeur Sintès...) du site http://cewcalo.over-blog.com/article-bd-murena-43732125.html A voir : un résumé de la conférence "Néron en BD" à la Sorbonne A découvrir : la bibliographie "BD" sur le thème "Au temps de Rome et de l'Empire romain" proposée par le site BD-Thèque

Chronique | Magasin général – Tome 6 « Ernest Latulippe »

Scénario de Régis Loisel et Jean-Louis Tripp Dessin de Régis Loisel et Jean-Louis Tripp Editions Casterman Série en cours (6 publiés à ce jour) Public : ado-adultes Si vous lisez les précédentes chroniques d'IDDBD au sujet de la série Magasin Général, vous constaterez que j'hésite toujours entre la pure idolâtrie décérébrée de l'œuvre de Loisel et Tripp et les tentatives maladroites d'explications de son caractère majestueux. Quoi qu'il en soit, vous ne pouvez ignorer que Magasin Général est une oeuvre majeure du 9ème art, comme il en existe dans les huit précédents, un chef d'œuvre tant la série réunit de qualités narratives et visuelles. Bien entendu, vous vous doutez que ce 6ème tome s'inscrit parfaitement dans cette oeuvre. Alors qu'ajouter après cela ? Pas grand chose : comme j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire (on commencerait à radoter ??), ceux qui connaissent Magasin Général se sont déjà précipités pour s'emparer du dernier opus, et les autres (les chanceux qui vont avaler six tomes d'un coup) sont en train de mettre la veste pour courir voir leur bibliothécaire (;)) ou leur libraire préféré et lui demander vertement pourquoi il ne leur a pas encore conseillé cette superbe série... Tabarnak ! Mais pour ces derniers, voici un rapide pitch (tiré du site des éditions Casterman) pour qu'ils sachent au moins de quoi il s'agit (avant d'aller tancer...). L’histoire de Magasin général se déroule dans un village du Québec rural à partir du début des années 20. Elle gravite autour d’un personnage féminin, Marie, veuve avant l’heure et héritière du principal commerce local (le « Magasin général » qui donne son titre au récit), que l’irruption d’un étranger dans la petite communauté va progressivement réconcilier avec le bonheur ; bonheur d’aimer, bonheur d’être aimé(e), mais pas exactement de la manière que l’on pourrait imaginer…
Loisel et Tripp ont concocté ensemble, avec une gourmandise très communicative, une chronique énergétique et très humaine, peuplée de personnages intenses et savoureux. Leur attachement partagé pour le Québec -ils y résident l’un et l’autre - a servi de moteur à cette histoire truculente, qui ne ressemble à rien de ce que l’un ou l’autre a publié auparavant. Fondée sur la complémentarité de leurs savoir-faire, leur collaboration porte autant sur le texte que sur le dessin et se nourrit du meilleur de leurs talents respectifs.

Chronique | DMZ T.1 Sur le terrain

dmz01scénario de Brian Wood dessins de Brian Wood et Ricardo Burchielli Editions Vertigo, 2007 (2005) Série en cours (7 parus en France) Public : ado-adulte Pour les bibliothécaires : une série qui fonctionnera auprès des amateurs de comics mainstream...

Zone de cliché

Dans un futur proche, les Etats-Unis sont déchirés par une deuxième guerre civile. A New York, où les deux armées se font face, l’île de Manhattan est devenue une zone démilitarisée (DMZ). C’est là-bas que Matthew Roth est envoyé comme assistant d’un célèbre reporter de guerre. Mais dès leur arrivée les événements tournent mal... Avant de commencer cette chronique, je tiens à souligner que je n’ai lu que le tome 1, donc que mon avis ne se porte pour l’instant pas sur la série mais bien sur ce premier épisode. Ceci étant précisé je peux m’atteler à la tâche… J’aimerais dire, comme beaucoup de gens autour de moi, que j’ai été transporté dans l’univers de DMZ. En lisant les nombreuses chroniques concernant cette série à succès, j’ai entendu parler de claques, de politiquement incorrect, d’originalité… Si le postulat de départ est intéressant à défaut d’être complètement original (les situations de guerres civiles, il y en a quand même un paquet dans le monde de la BD). Transformer la grosse pomme en fruit pourri par la folie destructrice, c’est toujours plaisant à imaginer et à voir. Pourtant la multiplication des poncifs m’a totalement empêché d’entrer dans cette histoire. De la coupe de cheveux volontairement post-apocalyptique de l’héroïne médecin du monde, aux méchants journalistes exploiteurs du petit stagiaire, sans oublier les testostéronés militaires à la cervelle d’oiseau (et la reprise de la scène de Full Metal Jacket) … bref, on retrouve à peu près les clichés habituels du cinéma « gros bras » à l’américaine. Seul Matty, jeune anti-héros bien glandu au départ (vous m’envoyez dans la DMZ ? Vous êtes tarés ? Ok, j’y vais…) comprend, certes un peu lentement mais comprend quand même, qu’il va devoir apprendre à se débrouiller pour éventuellement revoir sa Normandie (non ce n’est pas le prénom de sa copine). Dans tous les cas, je vois mal en quoi cet album peut être une claque. Certes, vous me parlerez d’ambiance apocalyptique…  mais l’univers n’a jamais suffi à créer une histoire, c'est au contraire un terreau pour y développer des récits anecdotiques sans pour autant avoir un réel fond. Et c’est d’ailleurs ce qui se passe ici. Quels liens ? Quels fils conducteurs ? Des touches sans profondeurs, du joli spectacle qui n’égratigne pas beaucoup les consciences… Univers futuriste où les pourris sont  l’intelligentsia. Les pauvres sont évidemment les victimes… Rooooh ! Préparons la révolution alors ! Je suis bien embarrassé pour vous en dire plus car effectivement, je ne retiens que cet aspect des choses. Graphiquement, c’est d'une efficace réelle, dans la grande tradition du comics mainstream. Mais je dois avouer que je suis très loin de l’enthousiasme suscité par la lecture de séries comme Transmetropolitan qui, pour le coup, est une vraie claque politiquement incorrect. Ici pas de remise en place et surtout  aucune trace d’autodérision qui pourrait faire éventuellement penser que cette accumulation de clichés américano-occidentaux pourraient être une caricature. Mais l’humour s’est perdu dans un appartement de Manhattan aux vitres explosés et à l’horizon de soleil couchant… I’m poor lonesome  blogueur… A lire : la synthèse de K.BD Je dois cette lecture à la très fameuse Mo' la fée. Cette lecture rentre donc dans le cadre de son challenge Pal Sèches

palseches

Bonne année 2011 !

IDDBD vous souhaites, à toutes et à tous, une bonne et heureuse année 2011, pleine de santé, de bonheur, de réussite... et de bonnes BD ! A ce sujet (on ne perd pas le Nord !), cette nouvelle année devrait voir arriver sur nos rayons de bédéthèque quelques bons opus tels que le troisième tome du Maître de Benson Gate (Dargaud), Les années Douces et Au temps de Botchan de Jiro Taniguchi (Casterman), l'intégrale de Helldorado (dessins du sublime Ignacio Noé), l'épilogue d'Uchronie(s) de Corbeyran (Glénat), ainsi que Mes plus belles histoires des Castors Juniors de Carl Barks (non, ce n'est pas une blague... le premier qui moufte, nouvelle année ou pas, je l'éclate...). IDDBD tentera, une fois de plus, de vous faire partager ses coups de coeurs (et de gueule aussi...) au fil de ses inspirations ! Bonnes lectures à tous !