Chronique | La position du tireur couché

positiondutireurcouche_tardi_manchettedessins et adaptations de Jacques Tardi d'après le roman de Jean-Patrick Manchette (1981) Editions Futuropolis (2010) Public : Adulte et amateur de roman noir Pour les bibliothécaires : Manchette est un incontournable en RP, Tardi est incontournable en BD... ça résume la situation.

Voyage en Néo-Polar

Monsieur Chistian est un tueur à gages. Monsieur Christian veut raccrocher. Mais il oublie que dans son métier, il ne suffit pas de le dire pour pouvoir le faire… Jean-Patrick Manchette est un auteur à part, hors des sentiers battus de la littérature, l’un des maîtres français du néo-polar. Avec Manchette, on aborde la littérature dans ce qu’elle a de plus noire et contestataire. Le néo-polar est un monde obscur, urbain, où l’extrême violence est la règle d’or, où les personnages sont des marginaux et des exclus, où l'histoire souligne les dérives de la bonne morale. Avec Manchette, c’est aussi l’écriture, chirurgicale, froide et malgré tout d’une grande complexité. Une écriture qui vous fait partir dans un univers glauque, froid et dérangeant. C’est l’écriture d’un virtuose. Tardi est également un auteur à part, un auteur exigeant mais aimé du grand public grâce à des œuvres populaires de qualité. La liste de ses succès est très longue mais on y retrouve de nombreuses adaptations d'auteurs célèbres : Léo Mallet (Nestor Burma), Jean Vautrin (Le Cri du peuple) , Daniel Pennac (La débauche) sans oublier la magistrale illustration du Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline… Et puis il y a Tardi & Manchette. Tardi a déjà signé l’adaptation de Le petit bleu de la cote Ouest en 2005. Mais avant la mort de Manchette en  1995, les deux créateurs avaient déjà travaillé ensemble sur Griffu (1978). L’alchimie entre ces deux-là est diabolique. Il faut reconnaître que le positiondutireurcouche_tardi_manchette1dessin de l'un s'accommode parfaitement de l’écriture de l'autre. Le souci du détail, le noir pesant immédiatement sur les épaules du lecteur de la BD ou du roman et ce rythme faussement nonchalant menant, on le devine, vers le drame. Froidement mais régulièrement, la trame de l’histoire se déroule, les pages se tournent et l’atmosphère gagne en épaisseur. Et on se rend compte, dans l’adaptation de Tardi comme dans le roman original, que les détails, les sensations, l’environnement des personnages sont bien plus importants que l’histoire en elle-même. Les "héros" n’ont rien d’attachant, ils sont juste des bouts d’humanité jetables et interchangeables. Et pour faire passer cette impression, Tardi a su remplacer les mots par le dessin. Il a créé un récit de bande dessinée sans trahir l’esprit original. Comme si Manchette lui-même avait signé l'écriture de la BD... comme en 1978. Par cette réussite, l’album devient vraiment impressionnant et transporte le lecteur de bout en bout jusqu'à l'ultime et surprenant soubresaut d'un récit finalement marqué par la souffrance et la mélancolie. Bref, grand amateur de l’œuvre de Jean-Patrick Manchette, un peu moins de celle de Tardi (mais tout de même), je suis ravi d’avoir pu redécouvrir un des romans les plus intéressants de l’œuvre du grand maître du néo-polar. La BD se départie du roman original tout en y restant très fidèle. Je remercie les éditions Futuropolis (et Mo' aussi) pour m’avoir fait découvrir cet album. Une de mes très bonne lecture de l’année sans aucun doute ! A lire : l'article du Comptoir de la BD A lire : la chronique de sceneario.com A écouter : des extraits de l'interview audio de Tardi sur le blog de Futuropolis

Pitch du jour | Le Fils de son père

fils_de_son_pere"Mon père, m’a souvent choisi comme ami, rarement comme fils… Alors nous nous sommes perdus de vue, sans heurt ni rupture, doucement, inexorablement, usés par notre connivence. Il en va souvent ainsi de l’amitié. Mais peut-on perdre son père sous prétexte qu’il ne fut qu’un ami, qu’un homme ? Certaines choses ne se partagent pas." (Olivier et Guillaume Mariotti) Oui, je sais... Je triche. J'avais parlé de pause et là je vous sors un pitch du jour. Mais non, on ne se paye pas la tête de nos lecteurs sur IDDBD ! Et puis prenez ce pitch comme une pré-chronique. Car Le Fils de son père est un album que nous avons eu le privilège de découvrir avant sa sortie grâce à Nathalie, la grande manitou des éditions Les Enfants Rouges. Nous la remercions encore 🙂 C'est simplement un très bel album, très beau et d'une grande finesse. Vous avez confiance en IDDBD ? Comment ça non ? Ah ! Pas depuis qu'on ne tient pas nos promesses de pause.... Ok, ben re-pause alors... A voir : la fiche album sur le site des enfants rouges A lire : la chronique de Sceneario.com

Dimanche K.BD : Transmetropolitan T.1

Comme chaque dimanche, l'équipe de k.bd vous invite à découvrir sa nouvelle synthèse. Toujours dans le thème de la BD américaine sans super-héros, notre ami Champi signe sa toute première synthèse sur Transmetropolitan ! On l'applaudit bien fort car s'attaquer au journaliste gonzo le plus déjanté de la bande dessinée, il fallait une sacré dose de talent ! Pour rappel, IDDBD avait particulièrement aimé le premier volume de cette série déjantée écrite par Warren Ellis et illustrée par Darrick Roberston (voir notre chronique ici). >>>Allez c'est par ici<<<

IDDBD en vacances…

pilules-bleues-pause Non ce n'est pas un "au revoir" (pas tous les ans quand même). Juste une pause histoire de  revigorer un peu les lecteurs que nous sommes et laisser le temps à d'autres projets de mûrir dans nos caboches. Donc IDDBD fait une pause, petite certainement, pas trop longue surtout. Pour des conseils de bonnes lectures, nous vous invitons à aller voir nos copains blogueurs (colonne de droite). Allez, iddbdéiens mes semblables, mes frères, à très bientôt !

Chronique | Bakuman T.1

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scénario Tsugumi Ohba dessins de Takeshi Obata Editions Kana Série en cours (5/??) Public : Ados et + Pour les bibliothécaires : une bonne série sur l'univers du manga. Question qui tue : section adulte ou jeunesse ? Je n'ai pas tranché 🙂

Mangaka powaaaaa !!!!

Il est surprenant et étonnant de voir des auteurs changer complètement de registre d’une série à une autre. Il faut quand même ne pas avoir peur de la réaction des lecteurs surtout quand vous venez de signer Death Note, le thriller fantastico-gothique qui a fasciné une bonne partie du monde du manga.
Dans Bakuman pas question de tuer en écrivant dans un cahier ni même de dominer le monde (enfin pas le monde entier). Nous suivons les aventures de deux adolescents de 14 ans. Mashiro a un don incontestable pour le dessin mais se laisse porter par le cours du temps et son milieu social. Sans grande illusion sur ses capacités, il s’attend à vivre une vie peinarde de citoyen japonais moyen. Takagi, lui, est tout le contraire. Élève brillant se destinant à Todaï (la plus prestigieuse université public du Japon), il est volontaire et un brin manipulateur. A priori ces deux-là n’ont rien en commun hormis leur école. Mais un dessin griffonné sur un cahier oublié dans une salle de cours va tout changer. Takagi dévoile son rêve à Mashiro : créer des mangas ! bakuman_2Bienvenus dans le petit monde des mangakas ! Chose certaine, les œuvres traitant des créateurs de mangas ne sont pas légions. Il faut croire que l’autobiographie est moins monnaie courante au Japon qu’en Europe. On peut avoir en tête l’excellent Journal d’une disparition de Hideo Azuma, qui ne présentait pas cet univers d’une manière très positive ou encore le très bon Un Zoo en hiver de Taniguchi qui posait un regard plus serein. Il en existe sans aucun doute d’autre mais c’est tout de même la première fois que j’ai l’occasion de lire un shonen sur ce thème ! Les Shonen (manga pour garçons) répondent toujours aux grands principes de : « suis ton rêve et soit prêt à tout pour l’atteindre ! ». Bakuman n’échappe pas à la règle. Cependant, cette logique, toujours primordiale, n’empêche pas une forme de dérision et/ou d’autodérision. Pour ne rien vous cacher, les personnages sont parfois outrageusement caricaturaux. Le romantique et l’exalté, la timide et la figure du maître (l’oncle certes disparu mais omniprésent dans ce premier volume). Et on sent que les deux auteurs se sont beaucoup amusés avec leurs personnages. Du coup, les situations et les réactions sont parfois tellement énormes qu’on ne peut qu’éclater de rire avec franchise. Ça ne m’était pas arrivé souvent avec Death Note. Toutefois, ce shonen ne se veut pas qu’une caricature de l’univers des créateurs de mangas. Les différentes pratiques comme l’utilisation des plumes, les étapes de création graphiques (de la création des personnages à la mise en place des trames), le découpage (avec les fameux Nemu qui surprendront le pauvre Takagi) et même les relations avec les éditeurs, tout cela est présenté avec un grand sens du détail. De là à savoir si c’est la vérité… je ne suis qu’un humble chroniqueur (et même pas professionnel). Si j’ajoute les tonnes de références aux œuvres passées et présentes du manga (Death Note par exemple), on peut y voir un vrai souci didactique.bakuman02 Dernière grande qualité de ce premier volume, qualité déjà présente dans Death Note, c’est le dessin de Takeshi Obata ! Je ne le dis pas souvent à propos des mangas, mais là je trouve son style impressionnant de finesse. D'une manière générale, son desssin (et celui de son studio ^^) est vraiment reconnaissable entre mille. Bref, si vous avez envie d’en connaître un peu plus sur l’univers des mangaka, si vous avez envie de lire une série dynamique et drôle, nous vous conseillons d’entamer la lecture cette oeuvre. Une entrée en matière agréable de bout en bout ! A suivre donc ! Encore une fois, c’est Ginie de Bulles et Onomatopées qui m’a fait découvrir cette série. Encore une fois, cette lecture rentre donc dans le cadre du Challenge Pal Sèches de Mopalseches A voir : un site de fans (ou vous pourrez découvrir des extraits de l'anime) A lire : la critique de krinein

Challenge BD : Sorry Mr Zombi !

Challenge-BD-logoVous nous connaissez sur IDDBD, on s'enthousiasme pour des choses, on part un peu n'importe comment et après on oublie. Aujourd'hui nous rattrapons notre erreur en tirant un bon coup de chapeau à Mr Zombi et à son Challenge (le premier auquel participe IDDBD). Alors voilà, nous en avons terminé en remplissant joyeusement notre contrat. Nous avions choisi le Challenge Curiosite en mode Hard avec la clause Warrior. L'idée était que nous devions lire 30 BD, comics ou manga dans l'année avec au moins une dans un style dont nous n'étions pas forcement très amateurs. Pour nous, c'était la BD jeunesse. Donc contrat rempli avec pas moins de 44 volumes lus pour ce challenge et la découverte de 2 BD jeunesses de grandes qualités (Billy Brouillard et La Cité Saturne). Bon, vous allez nous dire, chroniquer 30 BD dans l'année sur IDDBD, avec plus de 600 chroniques en 4 ans 1/2... Oui, c'est vrai. Mais l'idée n'était pas de montrer que nous pouvions le faire, on le savait déjà. Le but était surtout de participer à ce challenge pour partager notre goût et surtout donner l'occasion à d'autres de découvrir de bonnes lectures. Bref, tout ce que nous faisons depuis maintenant un certain temps. Ce fut un plaisir. Maintenant, nous enchainons avec le challenge Pal Sèches de Mo' la Fée. L'idée étant de chroniquer des albums qu'on nous a conseillé. Pour tout vous avouer c'est un peu plus dur car d'habitude c'est nous qui nous donnons notre avis. ^^ Et puis, pourquoi pas un challenge sur IDDBD ? Bon déjà, on va essayer d'assurer le petit rythme de deux chroniques par semaine pris depuis septembre... On verra par la suite 🙂 Encore merci Mr Zombi ! Pour retrouver tous les albums chroniqués, cliquez sur le tag "Challenge BD"

Chronique | Pluto

Pluto tome 1scénario et dessins de Naoki Urasawa d'après Astro Boy : Le robot le plus fort du monde d'Osamu Tezuka Editions Kana (2010) Série en cours (5/8 prévus) Public : A partir de 14 ans Pour les bibliothécaires : Si vous hésitez à acheter Monster ou 20th Century Boys (parce que longues séries), Pluto peut être une bonne alternative pour tester votre public par rapport à l'oeuvre d'Urasawa. Série courte.

Robothriller

Dans un futur proche, les humains et les robots vivent en totale harmonie. Des lois ont été promulguées pour assurer une reconnaissance aux machines et aujourd’hui, ces dernières participent à la vie sociale au même titre que leurs créateurs. Les robots sont des sportifs, des femmes de ménage, des employés de bureau, des policiers ou des soldats… Mais un jour, le puissant Mont-Blanc est anéanti mystérieusement. Au même moment, un membre du groupe de défense des lois sur les robots est assassiné. Y’aurait-il un lien entre les deux affaires ? Doute levé lorsqu’on on retrouve le même ornement en forme de cornes sur les lieux des crimes. L'enquête est alors confiée à l’inspecteur Gesicht, l’un des 7 robots les plus perfectionnés du monde… comme l’était Mont-Blanc. Naoki Urasawa revient et c’est une bonne nouvelle ! Dans le monde du thriller, il a signé sans aucun doute les toutes meilleures séries du manga. Les noms de 20th Century Boys ou Monster ne vous sont certainement pas inconnu. Mais cette fois-ci, Urasawa s’attaque à Osamu Tezuka en adaptant une histoire d’Astro Boy : "Le robot le plus fort du monde". Honnêtement, je regrette de ne pas avoir lu le récit original de Tezuka avant de lire Pluto. Je regrette également de ne pas connaître assez bien l’œuvre du Dieu des Mangas pour pouvoir attraper au vol toutes les références que l’on devine au fur et à mesure de la lecture. Je regrette enfin de n’avoir dans la tête qu’une série d’animation (réussi ?) lorsqu’on évoque Astro Boy. Mais, est-ce que cela empêche d’apprécier la qualité de l’adaptation ? Non, car on retrouve encore une fois la patte magistrale d’Urasawa.pluto-urasawa-tezuka Encore une fois, en avançant dans son intrigue l’auteur de Monster sème le trouble dans l’esprit de ses personnages et de ses lecteurs. Il nous lance sur différentes pistes, des pistes qui s’arrêtent en cours ou bizarrement se rejoignent pour en former une nouvelle. Ce labyrinthe va assurément vous perdre mais attention, chaque détail aura peut-être son importance ! Ces chemins sont également des prétextes pour découvrir la société futuriste telle qu’imaginée par les deux créateurs. Mais Urasawa intègre dans son intrigue des éléments contemporains tels que la guerre en Irak (et ses robots de destruction massif) ou encore l'intolérance anti-robot. Autre aspect de l’œuvre, c’est la notion d’humanité. Ce thème récurrent dans les bons romans de SF est un des moteurs principaux de l’œuvre et peut-être même de l’intrigue. Les robots peuvent-ils ressentir les sentiments humains comme l’amour, la pitié, la peur… voire la haine ? C’est peut-être là la vraie quête de ce thriller. Le coupable est-il cette étincelle d’humanité chez ces robots ultra-perfectionnés ? Comme à son habitude, il nous donnera peut-être une partie de la réponse à la fin de son histoire… peut-être. Naoki Urasawa frappe encore très fort avec ce thriller complexe par l’intrigue et riche par les thèmes abordés. N’ayant pas lu l’œuvre originale d’Osamu Tezuka, je ne peux pas juger de la pertinence de l’adaptation. Cependant, le récit en lui-même est (encore) d’une grande qualité et vous serez rapidement emporté dans les dédales de la pensée robotique. Un déjà classique ! J’ai découvert cette série par l’intermédiaire de Ginie de Bulles & Onomatopées (merci^^). Cette chronique entre donc dans le cadre du challenge Pal Sèches de Mo.palseches A lire : la toujours bonne chronique de Du9.org (je vous conseille de regarder les montages avec les personnages avant et après l'adaptation)

Dimanche K.BD : Black Hole

blackholeComme chaque dimanche, l'équipe de k.bd vous invite à découvrir sa nouvelle synthèse. Ce mois-ci, nous changeons de thème avec la BD américaine... mais sans les hommes en collants bleus ! Nous commençons fort avec Black Hole, le chef d'œuvre dérangeant de Charles Burns. Une série que nous avions chroniqué il y a fort longtemps déjà (voir notre chronique ici). >>>Allez c'est par ici<<<

Extra (Théâtre) | J’ai quelques choses à vous dire

fabienne-sonnelite-jaiqqchoseavousdireThéâtre, Seule en scène, avec Fabienne Sonnelite Mises en scènes de Rémy Aubert Textes de Mireille Maidon Production Les Ateliers des Arts Scéniques La Bonneville-sur-Iton, Salle Jean Le Boeuf (à côté d'Evreux)

Liberté de parole

Une fois n’est pas coutume nous ne parlerons pas BD aujourd’hui mais théâtre. Pourquoi ?  Parce qu’un soir de filage, on m’a demandé : « Bon David, dis-moi ce que tu en penses. Comme si tu écrivais une de tes chroniques BD ». Le problème c’est que mes chroniques BD, je les écris rarement dans le feu de l’action, j’ai besoin de décanter les choses. Alors j’ai bien dit deux/trois choses mais… je n’étais pas très satisfait. Mais le défi est resté… Et pourquoi pas une chronique de théâtre pour une fois ? Après tout, ce spectacle j’ai le privilège de vivre ça de suffisamment près pour en comprendre la démarche, pour voir le travail et toute la réflexion qu’il y a derrière. Mais j’ai aussi la chance de voir ça avec le recul du spectateur, sans la pression de l’acteur ou l’angoisse de l’auteur. Bref, une position de choix. Et ce théâtre, ce n’est pas n’importe lequel.  Non, je vous arrête tout de suite, ce n’est pas du classique où alexandrins s’amoncellent en drames et encore moins du boulevard populo où portes qui claquent succèdent aux rires gras. En plus l’actrice est seule en scène. Quoi ? C’est du one-woman-show ?? Euh… non plus. Enfin, plus maintenant ! Si Fabienne Sonnelite a trois spectacles d’humour derrière elle, J’ai Quelques choses à vous dire n’est pas drôle. Enfin si, aussi mais pas que…. Décidemment ce n’est pas simple ton truc, Fabienne ! Pour tout vous avouer (presque tout), ce spectacle est la prise de conscience d’une actrice qui s’est dit un jour que l’humour n’était pas complètement fait pour elle et qu’à son tour, elle pouvait égratigner les esprits à coup de vérités vraies et de sourires jaunes, à coup de mots bien pesés et de personnages bien trempés.  Et Fabienne réussi le tour de force de changer. Elle vous invite à entrer dans son jeu, à participer à l’aventure, à vous mettre face à ce miroir qui ne réfléchit pas que du beau. Surtout pas que du beau. Comme un dessinateur, elle créé une atmosphère, peint des personnages et les petites phrases assassines écrites par son auteur Mireille Maidon finissent le travail commencé. Ici comme en BD, il n’y a pas de réussite sans osmose entre les deux éléments de l’œuvre. Le seul vrai souci de ce spectacle en fait c’est qu’on y est bien. Les scénettes vous font pénétrer dans un univers différent et c’est assez frustrant d’en ressortir régulièrement. C’est un peu comme lorsque je lis un recueil de nouvelles (en BD ou ailleurs), on s’installe, on y est, on est là et paf ! C’est déjà fini ! On a envie de continuer l’aventure avec plusieurs de ces personnages, les voir évoluer, les accompagner plus loin. Mais c’est ainsi, les personnages sont éphémères et peut-être perdraient-ils leur force au cours du temps ? Peu importe après tout, car on sent le plaisir communicatif de la comédienne, du metteur en scène Rémy Aubert et de l’auteur dans ce très joli spectacle. On ne doute pas un instant que les occasions de les retrouver plus tard ne manqueront pas. Dans la continuité d’une belle aventure qui commence dès ce soir pour le public. On ne dit pas de gros mots sur IDDBD, mais on n'en pense pas moins... A découvrir : Les infos, les dates (et les photos)... sur le blog de Fabienne Sonnelite

Chronique | Village Toxique

village_toxique_bd_jarry_otto_TScénario Grégory Jarry Dessins Otto T. Editions FLBLB & Le Nombril du monde (2010) Public : Adultes Pour les bibliothécaires : Une bonne acquisition. Dans la lignée de leurs albums précédents (13€)

Il ne faut prendre les gens pour des c... (mais il ne faut pas oublier qu'ils le sont)*

En 1987, l’état français avait sélectionné d’un commun accord avec lui-même 4 sous-sols afin d’accueillir les déchets nucléaires (et juste un peu radioactifs) générés par les centrales nucléaires. Comme par hasard - ce petit malin faisant toujours bien les choses - ces 4 régions étaient plutôt du genre rurales, en théorie pas trop habituées au grand charabia politico-financier… pour ainsi dire des péquenots. Oui mais, comment dire ? Il y eu comme un caillou dans le chabichou pour les grands penseurs technocrates. Dans les Deux-Sèvres – et les autres départements d'ailleurs – les « paysans » n’étaient pas tout à fait prêt à se laisser faire. Et c’est ainsi que la lutte commença…village_toxique_bd_jarry_otto_T_1 Nous avions quitté Grégory Jarry et Otto T. après La Conquête de Mars, une réécriture ucrhonique de l’histoire où les nazis partaient vers la planète rouge. Avant cela, nous les avions découverts avec une ré-interprétation tout aussi comique de la Petite histoire du Grand Texas. Aujourd’hui, c’est toujours avec un style et un humour propre à leur duo que nous les retrouvons dans un livre à mi-chemin entre la pochade grinçante et le documentaire cynique… Grégory Jarry et Otto T. jouent toujours sur ce décalage constant entre un petit texte court, documenté, descriptif, quasi-journalistique (le narrateur de Village Toxique est Yves Mourrousi c’est dire !) et ce dessin dynamique, réduit à la portion congrue (des ronds, quelques traits par-ci par-là) mais toujours très expressif.  On pourrait se dire : « oui bon maintenant on connaît ça va hein ! » et bien non ! Ca marche toujours. Plus on avance dans le récit, plus les textes deviennent précis et plus les dessins partent en vrille. Ce fossé est le moteur de cet humour à part. Mais il ne faut pas s’y tromper car sous un masque bon enfant, cet album aborde des thèmes dépassant l’histoire principale. Village Toxique est un livre politique, au sens le plus noble du terme, sur des notions comme l’engagement, le respect de l’autre, l’écoute, le partage, le devoir citoyen. Cette histoire d’éleveur de chèvres (ou de petits ouvriers) s’élevant contre les plus hautes autorités de l’Etat a des airs de Robin des Bois. Il faut l’avouer on aime bien prendre le parti du soi-disant plus faible. Cependant, cet album se veut engagé ET didactique. Ici, les traits d’humour ne sont jamais gratuits et les flèches font mouche mais elles sont surtout décochés avec le travail documentaire et le talent nécessaire pour toucher la cible. Au bout du compte, même si parfois c’est un peu jaune on sourit beaucoup et on s’attache à ces gens comme s’ils étaient nos voisins (surtout que pour ma part c’était le cas). Bref, encore une fois, les deux lascars des éditions FLBLB ont réussi leur coup : mettre le doigt sur une histoire qui a fait mal aux uns (les politiques) et montrer la grande solidarité des autres. Seul bémol, le nouveau format « album classique » que je trouve moins pertinent que leur petit format à l’italienne. Mais peu importe, en format à l’italienne, en classique, sur des pages des 3x3m ou sur écran, nous vous conseillons de lire ce très bon album. Un album rappelant aussi que la lutte pour vivre librement dans un monde sain n'est jamais terminée. A découvrir : le site des éditions FLBLB (retrouvez les dates de dédicaces) A découvrir : le spectacle du conteur Nicolas Bonneau tiré de cette histoire A lire : la page consacrée au livre sur le site de Sortir du nucléaire A lire : la chronique de Sceneario.com ps : le titre est une citation tirée d'un sketch des Inconnus (on a les références qu'on peut, hein !)