Chronique | Sarah Cole, une histoire d’amour d’un certain type

sarah_cole_mardonscénario et dessins de Grégory Mardon d'après la nouvelle de Russell Banks éditions Futuropolis (2010) Public : adulte Pour les bibliothécaires : Grégory Mardon, auteur peu reconnu mais toujours très bon. Une valeur sûre !

Le Prince et la grenouille

Il est beau, musclé, calme, intelligent, riche et célibataire depuis peu. Le soir, il traine souvent dans ces bars huppés où se rencontre avocats et courtiers en bourse. Elle, la quarantaine, pas vraiment une gagnante de concours de beauté, divorcé, 3 enfants, une attitude qui cache difficilement son milieu social, populaire évidemment. Pour oublier la solitude et son boulot de mise en carton dans une imprimerie, elle sort avec ses copines. D’habitude, elle évite ce genre de bar huppé où se mêlent avocats et courtiers en bourse… Grégory Mardon fait partie de ces auteurs peu connus des médias mais impeccablement régulier dans la qualité de leur travail. Je l’avais découvert avec Vagues à l’âme en 2000, récit biographique et imaginaire de son grand-père marin, un récit assez proche de Big Fish de Tim Burton. Depuis, c’est toujours avec plaisir que je découvre ses œuvres (Corps à Corps, Leçon de choses, Incognito…). Ici, Grégory Mardon s’attaque à l’adaptation d’une nouvelle très connue de Russel Banks, grand auteur américain dont l’un des thèmes de prédilection est la description du monde du petit peuple. Bref, c'est dire si le travail n'était pas aisé. Dans ces cas-là, le plus difficile est de ne pas se laisser manger par l’œuvre originale. Or, Grégory Mardon évite cet écueil en très bon scénariste qu’il est. Comment ? Tout simplement en  en faisant le moins possible. Ici, les silences sont de rigueur et le trait, doublé d’un sens de la mise en scène et du découpage très précis, fait le reste. Les regards en biais, les sourires en coin, l’isolement de l’un et la vulgarité de l’autre, la lâcheté aussi… Tout cela est mis en exergue par une succession de cases, bien pensées, bien posées, silencieuses. Et c’est ainsi que les mots prononcés prennent sens dans la bouche des deux protagonistes jusqu’au moment où le monde des apparences et les fossés sociaux sont les plus forts. Les contes de fées sont pour les autres, ici, dans le monde de Russell Banks, et par appropriation dans celui de Grégory Mardon, les princes n’embrassent pas les grenouilles ou alors, c’est juste sous le coup d’une inspiration malsaine ou par pitié… jusqu'au moment où il se reveille de sa gueule de bois. Encore une fois, Grégory Mardon est juste sur toute la ligne. Une très belle adaptation littéraire dans la lignée d’album comme Shutter Island ou Pauvres z’héros. Sans trop en faire, il restitue parfaitement l’atmosphère de cette étonnante et poignante nouvelle de Russell Banks. A découvrir : la fiche album sur le blog Futuropolis A lire : pour preuve qu'on ne dit pas toujours que des imbécilités sur IDDBD, voici la chronique du blog du journal Le Monde A noter (encore une fois) : Sarah Cole fera l'objet d'une présentation (par votre humble serviteur) lors de la soirée Rentrée Littéraire du 5 novembre 2010 à la librairie La Compagnie des Livres à Vernon (27). N'hésitez pas si vous passez dans le coin (20h30 !). J'y présenterai également Château de Sable et Fais péter les basses, Bruno !

6 réflexions au sujet de « Chronique | Sarah Cole, une histoire d’amour d’un certain type »

    1. Oui, c'est le même titre.
      Une note en fin d'album précise que cette nouvelle a été publié dans le recueil "Histoire de réussir" aux éditions Actes Sud.

    1. Oui… bon en fait ce n'était pas prévu comme ça.
      Je fais ça un peu à l'arrache… On va voir si mon stage d'impro théâtre est vraiment efficace.
      Mais ça fait aussi partie du métier de parler de livres… dans une librairie ou ailleurs.

    1. Oui, j'ai vu ton article…
      Graphiquement, c'est le style de Mardon. Très dépouillé, pas trop de détails mais avec un sens assez fin du rythme et du découpage. Enfin ça reste mon avis, hein 😉
      J'aime par exemple beaucoup son travail sur le clair/obscur… Il y a toujours un contraste noir/blanc entre les deux personnages. Les grandes cases où on les voit nus ensemble, totalement dépouillé de leurs atours… et pourtant la différence est toujours omni-présente voire même accentuée.
      Bref, j'aime la subtilité avec laquelle il a traité son sujet.

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