Chronique | Coupures Irlandaises

coupures_irlandaisesScénario de Kris Dessins de Vincent Bailly Futuropolis Public : à partir de 14 ans Pour les bibliothécaires : comme "Un homme est mort", indispensable pour toute bonne bédéthèque.

Les chansons des mômes de Belfast...

coupures-irlandaises_1En 1987, afin d’améliorer leur anglais, Christophe et Nicolas partent durant deux mois à Belfast, au milieu de l’Irlande du Nord et d’une guerre civil à peine apaisée. Dès les premiers instants, ils savent que la réalité du conflit va inexorablement les rattraper. Mais s’imaginent-ils vraiment où cela les mènera ? La vérité du conflit Nord Irlandais m’a longtemps été masquée par cette espèce de légende romantique que les français entretiennent souvent avec l’Irlande. Pour moi, c’était surtout des images sur des murs, des faits plus historiques que contemporains, des chansons (U2, Renaud, Soldat Louis…) et des matchs du tournoi des V nations. Bref, j’étais un peu comme ces deux jeunes et leurs parents, endormi dans le confort d'une vie sans souci. Et puis, à défaut de voir par moi-même, j’ai lu la réalité cruelle d’un peuple en constante guerre civile où les humiliations répondent à la peur. Réveil difficile. Dans Coupures Irlandaises, Kris raconte son expérience et cet éveil. En partie autobiographique, ce récit dresse le portrait de deux peuples et d’une cassure inexorable. Religions, statuts sociaux et économiques, tout est différence, tout est violence. Comme des passeurs entre les deux communautés, les petits français observent et constatent avec la légèreté propre au nombrilisme d’adolescent. Ils voient les efforts de certains et l’intransigeance des autres, voient la peine ravalée et l’inconscience des persécuteurs, prennent partie pour le peuple, admire la noblesse des populations brimées, bref s’attache… jusqu’à ce qu’une blague, une petite révolte bien loin du fait d’arme mettent le feu aux poudres. Ici se termine le récit autobiographique pour laisser place à une fiction tellement plausible. Ici se termine surtout l’Enfance. Car, les héros de cette histoire ne sont pas seulement Christophe et Nicolas mais toute la jeunesse irlandaise, des enfants protestants privilégiés aux catholiques en révolte, tous portent en eux le terreau de cette haine ordinaire. Ce récit est la fin de leur enfance à tous… « car dans la guerre, les enfants n’existent pas » (Kris). Graphiquement, le dessin de Vincent Bailly ne cherche pas à faire dans l’exagération. C’est simple et efficace, rappelant sous certains aspects le dessin de Baru (la couleur surtout). Il ne fallait pas trop en faire, il a su respecter l’écriture tout en retenu du scénariste. Comme souvent chez Kris, l'histoire du "petit peuple" est croqué dans sa plus grande noblesse. A l’image de son écriture, c’est en toute simplicité qu’il montre une vérité, celle qu’il a entr’aperçu il y a longtemps mais qu’il n’a toujours pas oublié. Les deux auteurs signent donc un témoignage très fort, à lire absolument pour (re)découvrir une réalité et comprendre un peu mieux ce conflit ancien. Juste un peu mieux, ou moins mal disons. Pour vous aider, n’hésitez pas à lire le très bon dossier documentaire à la fin de l’ouvrage. Loin d'être anecdotique, il vous parlera de cette Irlande loin des légendes et des clichés. A lire : l’impressionnante notice de wikipedia sur le conflit nord-irlandais A lire : La critique de BD gest

5 réflexions au sujet de « Chronique | Coupures Irlandaises »

  1. Clair, ça remue ce témoignage. Il y a des visuels que je garderais en mémoire, comme ce face" à face quand Chris ramasse sa balle dans la rue et qu'il se rend compte qu'on le regarde. Il y a tout de même pas mal "d'images" qui m'ont rappelé "Au nom du père", un très bon film. Je ne vais pas en dire plus, tu n'as pas spoilé, ce serait dommage de le faire en commentaires

    1. Oui, il y a beaucoup de belles images et de nombreux symboles dispersés tout au long de l'album. Je suis finalement assez content de l'avoir relu. Merci KBD !!

  2. "Ici se termine le récit autobiographique pour laisser place à une fiction tellement plausible. "

    Plausible ?????!!! Muais pas convaincu.

    Je trouve que la bd s'articule bizarrement entre autobiographie / et les pages de fiction à la fin. Les deux morceaux ne collent pas pour moi. Sinon super d'accord avec tout le reste.

    1. C'est difficile de répondre à ton commentaire sans spoiler. Cependant, c'est au regard de mes lectures sur le sujet que je trouve cette articulation assez plausible. N'oublions pas que ce qui déclenche la fin, la scène d'interrogation n'est pas inventé elle. Quand un simple contrôle prend des allures d'interrogatoire, j'imagine assez bien ce que peut provoquer une vexation ou un mensonge… Quand tu dresses la liste des incidents qui se sont produits durant l'histoire de ce conflit tu te dis que finalement, oui c'est plausible. Enfin, c'est mon points de vue. Et puis, ce n'est pas une articulation pour reprendre ton expression, c'est une rupture dans le récit… une fracture même.

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